Fiche de révision — histoire littéraire française — classes de lycée — environ 2 600 mots.
Pourquoi apprendre les mouvements littéraires autrement
Une copie qui écrit « Baudelaire, poète romantique » ou « Molière, auteur des Lumières » perd immédiatement du crédit. À l'inverse, savoir situer un texte dans son courant permet de comprendre pourquoi il est écrit ainsi, contre qui, et avec quels outils. Les mouvements littéraires ne sont pas des cases figées : ce sont les étiquettes que les écrivains, les critiques ou les manuels ont posées après coup sur des tendances communes à plusieurs auteurs.
Nous proposons une méthode simple : lire l'histoire des courants littéraires comme une conversation. Chaque génération répond à la précédente, par admiration ou par refus. Le classicisme met de l'ordre dans le foisonnement baroque ; le romantisme brise les règles classiques ; le réalisme reproche au romantisme de rêver ; le symbolisme reproche au réalisme de tout décrire. Retenir qui répond à qui, c'est déjà retenir l'essentiel.
Pour chaque mouvement, la fiche donne cinq repères : des dates larges, les idées, les auteurs et œuvres phares, les procédés reconnaissables dans un texte, et le piège à éviter dans une copie.
Conseil d'usage : ne cherchez pas à tout apprendre d'un bloc. Commencez par le tableau final, qui donne une seule œuvre par courant, puis enrichissez chaque ligne avec les auteurs et les procédés. Avant un oral, relisez surtout les pièges : ce sont eux qui distinguent une présentation solide d'une présentation approximative, et ce sont souvent eux que l'examinateur teste par une question de relance.
Plan de la fiche
Du XVIe au XVIIIe siècle
- L'humanisme
- Le baroque
- Le classicisme
- Les Lumières
Le XIXe siècle
- Le romantisme
- Le réalisme
- Le naturalisme
- Le Parnasse
- Le symbolisme
Le XXe siècle
- Le surréalisme
- L'existentialisme et l'absurde
- Le théâtre de l'absurde
- Le Nouveau Roman
Pour réviser
- Tableau récapitulatif
- Cinq questions corrigées
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Du XVIe au XVIIIe siècle
L'humanisme
Dates : XVIe siècle, dans le sillage de la Renaissance italienne.
Idées : l'homme est capable de progresser par l'étude. On redécouvre les textes grecs et latins, on les édite, on les traduit, et on veut lire la Bible dans ses langues d'origine. L'éducation devient une question centrale : former un esprit complet, curieux, cultivé, plutôt qu'un perroquet de formules.
Auteurs et œuvres : Rabelais, Pantagruel et Gargantua ; Montaigne, Essais ; Du Bellay, Défense et illustration de la langue française et Les Regrets ; Ronsard, les Amours ; Érasme, en latin, pour l'Europe entière.
Procédés : références antiques, réflexion sur l'éducation, défense du français comme langue littéraire, mélange du savant et du comique chez Rabelais, écriture de soi chez Montaigne.
Piège : croire que l'humanisme est un optimisme naïf. Les guerres de Religion ont durement éprouvé cette confiance, et Montaigne en tire un scepticisme lucide.
Le baroque
Dates : de la fin du XVIe siècle au milieu du XVIIe.
Idées : le monde est instable, tout change, rien ne dure. Les apparences trompent, la vie ressemble à un songe ou à une scène de théâtre. La mort est partout.
Auteurs et œuvres : Agrippa d'Aubigné, Les Tragiques ; Jean de Sponde, ses sonnets de la mort ; Théophile de Viau ; Saint-Amant ; Corneille dans L'Illusion comique.
Procédés : métaphores en cascade, antithèses, hyperboles, images d'eau, de bulles, de nuages et de miroirs ; théâtre dans le théâtre ; goût pour le mouvement et la surprise.
Piège : le mot « baroque » a été appliqué à cette littérature bien plus tard, par des critiques du XXe siècle. Aucun auteur de l'époque ne se disait baroque.
Le classicisme
Dates : grosso modo de 1660 à 1690, sous le règne personnel de Louis XIV.
Idées : la littérature doit plaire et instruire. Elle obéit à des règles inspirées des Anciens, en particulier pour le théâtre. L'idéal est l'« honnête homme », mesuré, poli, maître de ses passions. On cherche l'universel : peindre l'homme de tous les temps plutôt que l'individu singulier.
Auteurs et œuvres : Racine, Andromaque, Phèdre ; Molière, Tartuffe, Le Misanthrope ; La Fontaine, Fables ; Boileau, L'Art poétique ; Mme de La Fayette, La Princesse de Clèves ; La Bruyère, Les Caractères.
Procédés : règle des trois unités (action, temps, lieu), vraisemblance, bienséance, alexandrin régulier, style sobre, litote, portrait moral.
Piège : confondre classicisme et ennui. Les passions de Racine sont d'une violence extrême ; c'est la forme, non le contenu, qui est maîtrisée.
Les Lumières
Dates : XVIIIe siècle, surtout entre la mort de Louis XIV et la Révolution.
Idées : la raison doit éclairer l'humanité. Les philosophes critiquent l'intolérance, l'arbitraire du pouvoir, l'esclavage, les privilèges. Ils croient au progrès, à la diffusion du savoir, au bonheur terrestre.
Auteurs et œuvres : Montesquieu, Lettres persanes, De l'esprit des lois ; Voltaire, Candide, Traité sur la tolérance ; Diderot et d'Alembert, L'Encyclopédie ; Rousseau, Du contrat social, Émile ; Beaumarchais, Le Mariage de Figaro.
Procédés : conte philosophique, regard étranger, ironie et antiphrase, dialogue, article de dictionnaire, lettre fictive ; un style vif, clair, souvent comique.
Piège : croire que tous les philosophes pensent la même chose. Rousseau s'oppose à Voltaire sur le progrès et la civilisation ; les Lumières sont un débat, pas un dogme.
Le XIXe siècle
Le romantisme
Dates : de la fin du XVIIIe siècle aux années 1840.
Idées : le moi, la sensibilité, la nature confidente, la liberté contre les règles. Les romantiques ressentent le mal du siècle, cette mélancolie d'une génération née trop tard pour l'épopée napoléonienne. Ils veulent aussi un rôle politique : le poète guide le peuple.
Auteurs et œuvres : Chateaubriand, René ; Lamartine, Méditations poétiques ; Hugo, préface de Cromwell, Hernani, Les Contemplations ; Musset, Lorenzaccio ; Vigny, Chatterton ; George Sand.
Procédés : lyrisme, première personne, apostrophes et exclamations, paysages en accord avec l'âme, mélange du sublime et du grotesque au théâtre, refus des unités classiques.
Piège : réduire le romantisme aux larmes. Le mouvement est aussi un combat esthétique et politique ; la « bataille d'Hernani » en est le symbole.
Le réalisme
Dates : à partir des années 1850.
Idées : représenter la réalité telle qu'elle est, y compris dans ce qu'elle a de banal ou de laid. Le roman s'intéresse aux classes moyennes, au monde de l'argent, à la vie quotidienne. L'écrivain observe, se documente, refuse l'idéalisation.
Auteurs et œuvres : Balzac, La Comédie humaine, en précurseur ; Flaubert, Madame Bovary, L'Éducation sentimentale ; Champfleury ; Maupassant, dans une partie de son œuvre. Le peintre Courbet porte la même ambition.
Procédés : descriptions précises, détails concrets, focalisation interne, discours indirect libre, personnages ordinaires, effacement apparent du narrateur.
Piège : croire que le réalisme copie le réel. Flaubert compose ses phrases avec un soin extrême ; c'est une illusion de réalité construite.
Le naturalisme
Dates : des années 1870 aux années 1890.
Idées : prolonger le réalisme avec une méthode scientifique. Zola veut montrer comment l'hérédité et le milieu déterminent les individus. Le romancier se veut expérimentateur : il place des personnages dans un milieu et observe ce qui se passe.
Auteurs et œuvres : Zola, Les Rougon-Macquart (L'Assommoir, Germinal), Le Roman expérimental ; Maupassant, Boule de suif ; les frères Goncourt, Germinie Lacerteux ; Huysmans, avant sa rupture.
Procédés : documentation minutieuse, langue populaire, descriptions de milieux ouvriers, images de machines et d'animaux, souffle épique des foules.
Piège : confondre réalisme et naturalisme. Le naturalisme ajoute une thèse : les déterminismes biologiques et sociaux.
Le Parnasse
Dates : des années 1850 aux années 1870 environ.
Idées : l'art pour l'art. La poésie n'a pas à servir une cause ni à exprimer les épanchements du moi. Elle cherche la beauté formelle, le travail de la forme, l'impersonnalité.
Auteurs et œuvres : Théophile Gautier, Émaux et Camées ; Leconte de Lisle, Poèmes antiques ; José-Maria de Heredia, Les Trophées ; Banville.
Procédés : sonnet, rimes riches, vocabulaire rare, sujets antiques ou exotiques, description d'objets d'art, refus de l'émotion visible.
Piège : oublier que Baudelaire, Verlaine et Rimbaud ont d'abord été proches du Parnasse avant de s'en éloigner.
Le symbolisme
Dates : surtout des années 1880 aux années 1890.
Idées : le monde visible renvoie à une réalité cachée que la poésie doit suggérer. Contre le réalisme, on préfère l'allusion, le rêve, le mystère, la musique.
Auteurs et œuvres : Baudelaire, Les Fleurs du mal, en précurseur ; Verlaine ; Mallarmé ; Rimbaud par certains côtés ; Maeterlinck au théâtre ; Jean Moréas, auteur d'un manifeste qui donne son nom au mouvement.
Procédés : correspondances entre les sens, symboles, vers libre ou libéré, musicalité, hermétisme, synesthésies.
Piège : classer Baudelaire comme symboliste pur. Il est à la croisée du romantisme, du Parnasse et du symbolisme.
Le XXe siècle
Le surréalisme
Dates : des années 1920 aux années 1940.
Idées : libérer l'esprit des contraintes de la raison et de la morale. S'appuyer sur le rêve, l'inconscient, le hasard. Le mouvement naît dans le sillage de Dada et de la guerre de 1914-1918 ; il se veut aussi révolutionnaire en politique.
Auteurs et œuvres : André Breton, Manifeste du surréalisme, Nadja ; Paul Éluard, Capitale de la douleur ; Louis Aragon, Le Paysan de Paris ; Robert Desnos.
Procédés : écriture automatique, images inattendues, cadavre exquis, collage, récits de rêves.
Piège : croire que le surréalisme est « n'importe quoi ». C'est un programme théorique précis, avec ses règles et ses exclusions.
L'existentialisme et l'absurde
Dates : des années 1930 aux années 1950.
Idées : l'homme est jeté dans un monde sans sens donné. Pour Sartre, il est libre et responsable de ce qu'il fait de lui-même. Pour Camus, l'absurde naît du divorce entre le besoin humain de sens et le silence du monde ; il faut y répondre par la révolte, non par la fuite.
Auteurs et œuvres : Sartre, La Nausée, Huis clos ; Camus, L'Étranger, Le Mythe de Sisyphe, La Peste ; Simone de Beauvoir.
Procédés : récits à la première personne, situations limites, dialogues philosophiques, sobriété du style chez Camus.
Piège : classer Camus comme existentialiste. Il a refusé cette étiquette ; on parle pour lui de philosophie de l'absurde.
Le théâtre de l'absurde
Dates : années 1950.
Idées : montrer sur scène l'absurdité de la condition humaine, non par des discours, mais par des situations et un langage déréglés. L'attente vaine, la répétition, l'incommunicabilité deviennent des sujets.
Auteurs et œuvres : Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve, Rhinocéros ; Samuel Beckett, En attendant Godot, Fin de partie ; Arthur Adamov.
Procédés : dialogues vides ou mécaniques, personnages sans psychologie, intrigue inexistante ou circulaire, humour noir.
Piège : confondre théâtre de l'absurde et philosophie de l'absurde. Camus et Sartre écrivent des pièces construites et argumentées ; Beckett et Ionesco défont le théâtre lui-même.
Le Nouveau Roman
Dates : des années 1950 aux années 1970.
Idées : remettre en question les conventions du roman traditionnel : personnage, intrigue, chronologie, narrateur omniscient. Le roman devient une recherche sur l'écriture elle-même.
Auteurs et œuvres : Alain Robbe-Grillet, Les Gommes, La Jalousie ; Nathalie Sarraute, L'Ère du soupçon ; Michel Butor, La Modification ; Claude Simon.
Procédés : descriptions d'objets minutieuses et répétées, absence de psychologie explicite, narration à la deuxième personne chez Butor, fragmentation du temps.
Piège : voir dans le Nouveau Roman une école unie. C'est plutôt un groupe d'écrivains réunis par un éditeur et par un refus commun.
Tableau récapitulatif
| Mouvement | Période large | Idée-force | Un auteur, une œuvre |
|---|---|---|---|
| Humanisme | XVIe siècle | L'homme se forme par l'étude | Montaigne, Essais |
| Baroque | fin XVIe – milieu XVIIe | Instabilité, illusion | d'Aubigné, Les Tragiques |
| Classicisme | 1660–1690 environ | Ordre, règles, universel | Racine, Phèdre |
| Lumières | XVIIIe siècle | Raison, tolérance, progrès | Voltaire, Candide |
| Romantisme | fin XVIIIe – 1840 | Moi, sensibilité, liberté | Hugo, Hernani |
| Réalisme | à partir de 1850 | Peindre le réel ordinaire | Flaubert, Madame Bovary |
| Naturalisme | 1870–1890 | Hérédité et milieu | Zola, Germinal |
| Parnasse | 1850–1870 | L'art pour l'art | Heredia, Les Trophées |
| Symbolisme | 1880–1890 | Suggérer l'invisible | Mallarmé, poésies |
| Surréalisme | 1920–1940 | Rêve, inconscient | Breton, Nadja |
| Existentialisme / absurde | 1930–1950 | Liberté, absence de sens | Camus, L'Étranger |
| Théâtre de l'absurde | années 1950 | Langage et attente vides | Beckett, En attendant Godot |
| Nouveau Roman | 1950–1970 | Contester le roman | Butor, La Modification |
Trois confusions qui coûtent des points
Confondre le siècle et le mouvement. Le XIXe siècle n'est pas « romantique » d'un bout à l'autre : romantisme, réalisme, Parnasse, naturalisme et symbolisme s'y succèdent et parfois coexistent. Flaubert publie Madame Bovary alors que Hugo, exilé, écrit encore des poèmes romantiques.
Confondre l'auteur et une seule de ses œuvres. Un même écrivain traverse souvent plusieurs courants. Hugo est romantique, mais Les Châtiments relèvent aussi de la poésie engagée ; Maupassant est proche du naturalisme dans ses nouvelles normandes, du fantastique dans Le Horla.
Confondre registre et mouvement. Le lyrisme n'est pas réservé aux romantiques, ni l'ironie aux Lumières. Un registre est un ton qu'on retrouve à toutes les époques ; un mouvement est un moment historique. Dans une copie, on écrit « un passage lyrique » ou « une ironie voltairienne », pas « un passage romantique » pour un texte de Ronsard.
Cinq questions corrigées
1. Quel mouvement le romantisme rejette-t-il, et pourquoi ? Il rejette le classicisme, jugé trop soumis aux règles et aux modèles antiques. Les romantiques réclament la liberté de mêler les genres et les tons, et de faire entendre la voix singulière de l'individu.
2. Qu'est-ce qui distingue le naturalisme du réalisme ? Le naturalisme reprend l'ambition réaliste mais y ajoute une méthode quasi scientifique et une thèse : l'hérédité et le milieu déterminent les comportements.
3. Pourquoi le Parnasse et le symbolisme s'opposent-ils au réalisme ? Le Parnasse cherche la beauté formelle plutôt que la représentation du quotidien ; le symbolisme veut suggérer une réalité invisible plutôt que décrire le monde visible.
4. Quelle différence entre le surréalisme et le théâtre de l'absurde ? Le surréalisme veut libérer l'esprit par le rêve et l'inconscient, dans un projet de révolution ; le théâtre de l'absurde montre plutôt l'impasse de la condition humaine et l'échec du langage.
5. Comment situer un texte dans un mouvement lors d'un commentaire ? Il faut partir d'indices précis du texte (thèmes, procédés, rapport au lecteur), puis les relier au courant, sans plaquer d'étiquette. On peut aussi signaler ce qui, dans l'œuvre, échappe à son mouvement.
Conclusion
Connaître les mouvements littéraires ne sert pas à coller des étiquettes, mais à percevoir un texte comme une réponse à d'autres textes. En retenant les débats entre courants, on comprend mieux les choix d'écriture, et on gagne des arguments pour toute dissertation ou commentaire.
Bibliographie
- Pierre Brunel et autres, Histoire de la littérature française.
- Lagarde et Michard, collection de manuels de littérature française.
- André Breton, Manifeste du surréalisme.
- Émile Zola, Le Roman expérimental.
- Nathalie Sarraute, L'Ère du soupçon.