Des souris et des hommes, Steinbeck : résumé par chapitre, personnages et analyse

2 348 mots · ≈8 pages · Lycée · Fiche de lecture

Fiche de lecture d'un roman américain en traduction — Lycée (accessible en fin de collège) — environ 2 500 mots. Le roman et sa traduction française étant protégés, on le résume ici sans en reproduire de passage.

Présentation de l'œuvre

Sur un chantier de vendanges, à la pause, deux saisonniers comptent sur un coin de carton ce qu'il leur faudrait pour s'acheter un camion et ne plus dépendre de personne. Le calcul ne tombe jamais juste, mais ils le refont chaque soir. Des souris et des hommes raconte un rêve de ce genre, assez modeste pour sembler possible, assez fragile pour se briser en une après-midi. Ce résumé de Des souris et des hommes suit les six chapitres du roman.

L'auteur. John Steinbeck (1902-1968) est né à Salinas, en Californie, région agricole où se déroulent nombre de ses livres. Jeune homme, il a lui-même travaillé dans des ranchs et côtoyé les ouvriers agricoles. Il est aussi l'auteur des Raisins de la colère et d'À l'est d'Éden ; il reçoit le prix Nobel de littérature en 1962.

Le contexte. Le roman paraît en 1937, pendant la Grande Dépression qui suit la crise de 1929. Des milliers de travailleurs sans terre parcourent la Californie, louant leurs bras de ranch en ranch pour un salaire maigre, sans famille ni foyer.

Le titre. Il vient d'un poème de l'Écossais Robert Burns, À une souris, qui dit en substance que les projets les mieux conçus des souris et des hommes tournent souvent mal. Le titre annonce donc l'échec du rêve.

La traduction. La version française de référence est celle de Maurice-Edgar Coindreau, chez Gallimard.

La forme. Steinbeck a conçu ce court roman comme une pièce de théâtre déguisée : six chapitres qui fonctionnent comme six scènes, chacune dans un lieu unique, ouverte par une description de décor puis faite surtout de dialogues. Il l'a d'ailleurs adapté lui-même pour la scène.

Plan de la fiche

  1. Résumé chapitre par chapitre
    • chapitre 1 : le soir au bord de la rivière ;
    • chapitre 2 : l'arrivée au ranch ;
    • chapitre 3 : la chienne de Candy et la main de Curley ;
    • chapitre 4 : la chambre de Crooks ;
    • chapitre 5 : la grange ;
    • chapitre 6 : retour à la rivière.
  2. Les personnages
  3. Les thèmes
  4. Une construction théâtrale et circulaire
  5. Un avis personnel argumenté
  6. Questions de compréhension corrigées

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I. Résumé chapitre par chapitre

Chapitre 1 : le soir au bord de la rivière

Le roman s'ouvre sur un paysage paisible : une rivière près de Soledad, des saules, des lapins qui sortent au crépuscule. Deux hommes arrivent à pied. George Milton est petit, vif, méfiant. Lennie Small, malgré son nom, est un colosse à l'esprit d'enfant, qui aime caresser tout ce qui est doux.

George découvre que Lennie garde dans sa poche une souris morte qu'il caressait ; il la lui confisque. On apprend que les deux hommes ont dû fuir la ville de Weed : Lennie avait saisi la robe d'une jeune fille pour en toucher le tissu, elle a pris peur, on l'a accusé d'agression, et ils ont dû se cacher.

George s'emporte : sans Lennie, il serait libre. Puis il se radoucit et, à la demande de son ami, raconte une fois encore leur rêve commun : acheter une petite ferme, vivre de leur terre, avoir des lapins dont Lennie s'occuperait. Avant de dormir, George fait promettre à Lennie de revenir se cacher dans ce buisson s'il lui arrive un problème au ranch.

Chapitre 2 : l'arrivée au ranch

Le lendemain, ils arrivent au ranch où ils ont été embauchés. Le baraquement des ouvriers est décrit avec précision : couchettes, caisses en guise d'étagères, poêle. Candy, un vieil homme manchot chargé du ménage, les accueille. Il possède un vieux chien qu'il aime profondément.

Le patron les interroge et se méfie de George, qui répond à la place de Lennie. Puis apparaît Curley, le fils du patron, petit homme agressif, ancien boxeur, qui s'en prend aussitôt à Lennie parce qu'il est grand. Candy explique que Curley s'est marié récemment et qu'il est jaloux. Sa jeune épouse passe peu après dans l'encadrement de la porte, sous prétexte de chercher son mari : elle est jolie, maquillée, provocante. George ordonne à Lennie de l'éviter. Lennie, inquiet, voudrait déjà partir.

Les deux amis font ensuite la connaissance de Slim, le meilleur ouvrier du ranch, que tous respectent, et de Carlson, un ouvrier rude. On apprend que la chienne de Slim vient d'avoir des chiots ; Lennie rêve d'en avoir un.

Chapitre 3 : la chienne de Candy et la main de Curley

Le soir, Slim a donné un chiot à Lennie. George, en confiance, lui raconte leur histoire et l'incident de Weed. Pendant ce temps, Carlson insiste pour qu'on abatte le vieux chien de Candy, qu'il juge inutile et malodorant. Slim finit par donner raison à Carlson. Candy, impuissant, laisse emmener son chien ; on entend le coup de feu. Le vieil homme se tourne vers le mur.

Plus tard, Candy surprend George et Lennie en train de parler de la ferme. Il leur propose ses économies pour participer à l'achat, en échange d'une place parmi eux. Pour la première fois, le rêve semble réalisable : avec cet argent et un mois de paie, ils pourraient acheter la propriété que George a en tête.

C'est alors que Curley entre, cherchant sa femme et se cherchant un adversaire. Il frappe Lennie, qui se laisse faire, terrorisé, jusqu'à ce que George lui crie de se défendre. Lennie saisit le poing de Curley et le broie. Slim obtient de Curley qu'il prétende s'être blessé dans une machine, pour que George et Lennie ne soient pas renvoyés.

Chapitre 4 : la chambre de Crooks

Un samedi soir, presque tous les hommes sont partis en ville. Lennie entre dans la petite chambre de Crooks, le palefrenier noir, qui vit seul à l'écart, près de l'écurie, car on ne l'admet pas au baraquement. Crooks, d'abord hostile, se met à parler : il évoque son enfance, sa solitude, et s'amuse cruellement à faire croire à Lennie que George pourrait ne pas revenir. Lennie s'emporte ; Crooks recule.

Candy les rejoint et parle de la ferme. Crooks, sceptique, a vu passer bien des hommes porteurs du même rêve ; pourtant, il se surprend à demander s'il pourrait se joindre à eux. Survient la femme de Curley, en quête de compagnie. Elle se moque des trois hommes, devine que c'est Lennie qui a blessé son mari, et quand Crooks lui demande de partir, elle le menace avec une violence raciste qui le réduit au silence. Après son départ, Crooks renonce à son espoir.

Chapitre 5 : la grange

Un dimanche après-midi, Lennie est seul dans la grange. Il a tué son chiot en le caressant trop fort et se lamente, craignant que George ne lui permette plus de s'occuper des lapins. La femme de Curley entre. Elle lui confie sa vie manquée : on lui avait promis qu'elle pourrait faire du cinéma, elle a épousé Curley par dépit et s'ennuie à mourir. Pour la première fois, elle parle à quelqu'un qui l'écoute.

Lennie lui explique qu'il aime toucher les choses douces. Elle l'invite à caresser ses cheveux. Il serre trop fort ; elle prend peur et crie. Affolé, il veut la faire taire et la secoue : il lui brise la nuque. Comprenant qu'il a fait quelque chose de grave, il s'enfuit vers la cachette convenue.

Candy découvre le corps et prévient George. Celui-ci comprend aussitôt que le rêve est fini. Curley, fou de rage, réunit les hommes pour une chasse à l'homme et veut tuer Lennie. Carlson constate que son pistolet a disparu.

Chapitre 6 : retour à la rivière

Le roman revient au décor du début, mais un héron y dévore un petit serpent d'eau. Lennie attend dans le buisson. Il est assailli par des visions : sa tante Clara, qui l'a élevé, lui reproche sa conduite, puis un lapin géant lui prédit que George l'abandonnera.

George arrive, avec le pistolet de Carlson. Il entend les poursuivants approcher. Il demande à Lennie de regarder vers l'autre rive et lui raconte une dernière fois la ferme, les lapins, la vie tranquille. Pendant que Lennie imagine ce bonheur, George lui tire une balle dans la nuque.

Les hommes arrivent. George laisse croire qu'il a pris l'arme à Lennie au cours d'une lutte. Seul Slim comprend ce qui s'est passé et emmène George boire un verre. Carlson, resté derrière, se demande ce qui peut bien les tracasser.

II. Les personnages

Personnage Portrait Fonction
George Milton petit, vif, protecteur, souvent agacé le gardien du rêve et de Lennie
Lennie Small géant à l'esprit d'enfant, d'une force incontrôlable l'innocence qui détruit malgré elle
Candy vieux manchot, chargé du ménage la peur de devenir inutile
Crooks palefrenier noir, isolé, cultivé, amer la ségrégation et la solitude
Curley fils du patron, ancien boxeur, jaloux la violence du petit pouvoir
La femme de Curley jeune, sans prénom, désœuvrée la solitude féminine, le rêve brisé
Slim maître d'attelage, calme, respecté la sagesse, l'autorité morale
Carlson ouvrier pratique et dur l'insensibilité

George. Il se plaint sans cesse de Lennie, mais ne l'abandonne jamais. Leur amitié est rare dans un monde où chacun voyage seul : c'est ce qui intrigue les autres ouvriers. Son geste final est à la fois un meurtre et un acte d'amour, pour épargner à Lennie la cruauté de Curley.

Lennie. Il ne veut de mal à personne. Son besoin de douceur le pousse à caresser souris, chiot, cheveux, et sa force fait de chaque caresse un danger. Il est le seul à croire au rêve sans réserve.

La femme de Curley. Elle n'a pas de nom : elle n'existe que comme épouse. Les ouvriers la voient comme une menace ; le chapitre 5 la montre comme une jeune femme aussi seule qu'eux.

Crooks et Candy. Ce sont les exclus du ranch : l'un par la couleur de sa peau, l'autre par l'âge et le handicap. Tous deux s'accrochent un moment au rêve de George et Lennie.

III. Les thèmes

La solitude

Presque tous les personnages sont seuls : Crooks dans sa chambre, Candy après la mort de son chien, la femme de Curley dans la maison du patron, les ouvriers qui changent de ranch chaque saison. L'amitié de George et Lennie est l'exception qui fait sentir la règle.

Le rêve et son échec

La petite ferme concentre l'espoir de tous les déshérités du roman : être chez soi, ne plus obéir, garder ce qu'on produit. Le rêve n'a jamais été aussi proche qu'au chapitre 3, et il s'effondre au chapitre 5. Steinbeck interroge ainsi le rêve américain : la promesse de réussite par le travail est hors d'atteinte pour ceux qui n'ont rien.

Les faibles et les forts

Le ranch est une société où les plus fragiles sont éliminés : le chien trop vieux est abattu, Candy redoute le même sort, Crooks est rejeté, Lennie sera traqué. La mort du chien annonce celle de Lennie : Candy regrette de ne pas avoir tué son chien lui-même, et George choisira de ne pas laisser cette tâche à un autre.

L'innocence et la violence

Lennie tue sans le vouloir, par excès de tendresse. Le roman pose ainsi la question de la responsabilité et montre un monde où l'innocence n'a pas sa place.

IV. Une construction théâtrale et circulaire

Six scènes. Chaque chapitre se passe en un lieu unique (la rivière, le baraquement, la chambre de Crooks, la grange) et commence par un décor décrit comme une didascalie. Les dialogues dominent ; le narrateur commente très peu, ce qui laisse les personnages se révéler par leurs paroles.

Une boucle. Le roman commence et finit au même endroit. Mais la nature paisible du premier chapitre devient, au dernier, le théâtre d'une prédation : le héron qui avale le serpent préfigure la mort de Lennie.

Les annonces. De nombreux signes préparent la fin : la souris tuée, l'incident de Weed, le chiot, le chien de Candy, la cachette convenue au premier chapitre. Le lecteur sent la catastrophe venir, comme dans une tragédie.

La langue. Les ouvriers parlent une langue populaire, rude, que la traduction française rend par un registre familier. Ce réalisme du dialogue contraste avec les descriptions lyriques de la nature.

V. Un avis personnel argumenté

Le roman est bref, mais il laisse une impression durable. Sa construction serrée, presque géométrique, conduit le lecteur vers une fin qu'il pressent sans pouvoir l'accepter. La relation de George et Lennie est l'une des amitiés les plus touchantes de la littérature du XXe siècle.

On peut discuter la représentation des femmes : la seule figure féminine, sans nom, sert d'abord de déclencheur au drame. Mais le chapitre 5, en lui donnant la parole, nuance ce portrait et révèle qu'elle aussi est victime du même monde. On peut aussi débattre du geste de George : euthanasie par amitié ou renoncement ? Le roman ne tranche pas, et c'est ce qui en fait un excellent sujet de discussion.

VI. Questions de compréhension corrigées

1. Pourquoi George et Lennie ont-ils dû quitter Weed ? Lennie avait saisi la robe d'une jeune fille pour en toucher le tissu ; elle a cru à une agression et ils ont dû fuir. L'épisode annonce le drame de la grange.

2. Quel est le rêve des deux amis ? Posséder une petite ferme où ils vivraient librement de leur travail, avec des lapins dont Lennie s'occuperait. Candy, puis brièvement Crooks, s'y associent.

3. En quoi la mort du chien de Candy annonce-t-elle la fin ? Elle montre qu'au ranch on élimine ce qui ne sert plus. Candy regrette d'avoir laissé un autre tuer son chien : George, à la fin, tue lui-même Lennie, avec le pistolet de Carlson.

4. Pourquoi Crooks vit-il à l'écart ? Parce qu'il est noir et que les ouvriers blancs refusent sa présence au baraquement. Sa solitude forcée en fait un personnage lucide et amer.

5. Comment comprendre le geste final de George ? Il tue Lennie pour lui éviter d'être lynché par Curley et ses hommes, et lui offre une mort paisible en lui racontant le rêve. C'est un acte de protection autant que de désespoir.

Bibliographie

  • John Steinbeck, Des souris et des hommes, traduction de Maurice-Edgar Coindreau, Gallimard, « Folio ».
  • John Steinbeck, Les Raisins de la colère, Gallimard.
  • John Steinbeck, À l'est d'Éden, Gallimard.
  • Robert Burns, À une souris, poème qui donne son titre au roman.