Lancelot ou le Chevalier de la charrette, Chrétien de Troyes : résumé par épisode

2 413 mots · ≈8 pages · Collège · Fiche de lecture

Résumé par épisodes et fiche de lecture d'un roman de chevalerie — Collège (5e, « Héros, héroïnes et héroïsmes ») — environ 2 400 mots.

Présentation de l'œuvre

Imaginez un champion qui accepterait, pour retrouver la personne qu'il aime, de défiler dans la ville à l'arrière d'un fourgon de police, sous les huées. C'est à peu près le choix que fait Lancelot au début du roman : il grimpe dans la charrette où l'on exhibe les condamnés. Tout le livre interroge ce geste. Est-ce une honte ou la preuve suprême de l'amour ?

L'auteur et la commande. Chrétien de Troyes compose ce roman vers 1177-1181, pour Marie de Champagne, qui lui en aurait fourni, dit-il dans le prologue, le sujet et l'orientation. C'est l'un de ses cinq romans arthuriens. Il ne l'a pas achevé lui-même : un autre clerc, Godefroi de Leigni, a écrit la fin, avec l'accord de Chrétien, comme il l'explique dans les derniers vers.

La forme. Un roman en vers octosyllabes d'un peu plus de sept mille vers, en ancien français. Au collège, on le lit en traduction moderne en prose, souvent abrégée. Le manuscrit ignore les chapitres ; chaque traducteur découpe et titre à sa manière. On s'appuie donc ici sur douze épisodes, que tu retrouveras quelle que soit la version lue en classe.

Ce qui fait sa nouveauté. C'est ici que Lancelot apparaît pour la première fois comme l'amant de la reine Guenièvre, épouse d'Arthur. Chrétien met en scène la fin'amor, l'amour courtois, avec ses règles : le chevalier se soumet entièrement à la volonté de sa dame. Prouesse guerrière et obéissance amoureuse y deviennent une seule et même chose.

Plan de la fiche

Première partie — Vers le royaume de Gorre

  1. Le défi de Méléagant à la cour d'Arthur
  2. La charrette
  3. Le lit périlleux et la lance enflammée
  4. Le carrefour des deux ponts
  5. Les épreuves du chemin : le gué, l'hôtesse, le peigne
  6. Le cimetière et la dalle
  7. L'Orgueilleux et la demoiselle à la mule

Deuxième partie — Au royaume de Gorre 8. Le pont de l'Épée 9. Le premier combat contre Méléagant 10. La froideur de la reine et la nuit d'amour

Troisième partie — Le retour en Logres 11. Le tournoi de Noauz 12. La tour et le dernier combat

Suivent les personnages, les thèmes, l'art de Chrétien, un avis et un quiz corrigé.

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Résumé par épisodes

Première partie — Vers le royaume de Gorre

1. Le défi de Méléagant. Le jour de l'Ascension, Arthur tient cour. Un chevalier armé entre dans la salle sans saluer : Méléagant, fils du roi Bademagu de Gorre. Il annonce qu'il retient prisonniers de nombreux sujets d'Arthur, dans un pays dont nul ne revient. Il propose un marché : si Arthur confie la reine à un chevalier qui l'escortera jusqu'à la forêt et si ce champion le bat, les captifs seront libérés ; sinon, la reine le suivra. Le sénéchal Keu menace alors de quitter la cour ; pour le retenir, Arthur lui promet d'avance ce qu'il demandera, sans savoir quoi. Keu réclame l'honneur d'escorter Guenièvre. Le roi, lié par sa parole, s'incline. Keu est vaincu et la reine enlevée. Gauvain, neveu du roi, part à leur poursuite.

2. La charrette. Gauvain croise un chevalier inconnu, armé, dont le cheval est fourbu ; il lui en prête un. Plus loin, il retrouve cette monture morte, au milieu de traces de bataille. Il rejoint l'inconnu, à pied, près d'une charrette conduite par un nain. Le narrateur précise qu'on y exposait alors les malfaiteurs : y monter, c'était perdre tout honneur. Le nain promet des nouvelles de la reine à qui acceptera d'y prendre place. Le chevalier hésite, le temps de faire deux pas : Raison lui conseille de refuser, Amour lui ordonne de monter. Il monte. Gauvain, lui, préfère suivre à cheval. Au bourg suivant, la foule le hue.

3. Le lit périlleux. Une demoiselle les héberge. Elle interdit au chevalier de la charrette de dormir dans un lit splendide préparé dans la salle : un homme déshonoré n'en est pas digne. Il s'y couche quand même. À minuit, une lance au pennon enflammé descend du plafond, frôle son flanc et met le feu aux draps. Il éteint le feu et se rendort. Au matin, d'une fenêtre, il aperçoit dans la plaine un cortège qui emmène une dame : la reine. Il se penche tant pour la suivre des yeux que Gauvain doit le retenir.

4. Le carrefour des deux ponts. Une demoiselle, à un carrefour, leur apprend où est captive Guenièvre et comment entrer en Gorre : deux passages seulement, tous deux redoutables, le pont sous l'eau, étroit et immergé, et le pont de l'Épée, formé d'une lame tranchante. Gauvain choisit le premier ; l'inconnu prend le second.

5. Les épreuves du chemin. Absorbé dans ses pensées amoureuses, le héros chevauche comme dans un rêve. Il n'entend pas le défi du gardien d'un gué, qui le jette à l'eau : la chute le réveille, il triomphe de l'agresseur. Une jeune femme lui offre ensuite l'hospitalité à condition qu'il partage son lit. Il accepte à contrecœur, la délivre d'une fausse agression montée pour l'éprouver, puis dort près d'elle sans la toucher. Plus loin, sur le bord d'une fontaine, il découvre un peigne où restent accrochés des cheveux blonds. Quand on lui apprend qu'ils sont ceux de la reine, il manque de s'évanouir, garde les cheveux sur sa poitrine et les vénère comme des reliques.

6. Le cimetière et la dalle. Dans un monastère, un moine lui montre des tombes déjà marquées du nom de chevaliers encore vivants. L'une d'elles est fermée par une dalle si lourde que plusieurs hommes ne sauraient la soulever ; une inscription annonce que celui qui y parviendra délivrera les captifs du royaume sans retour. Le chevalier la soulève sans effort. Le moine voit en lui le libérateur attendu, sans connaître son nom.

7. L'Orgueilleux et la demoiselle à la mule. Un chevalier arrogant l'insulte en lui rappelant la charrette et le provoque. Vaincu, cet Orgueilleux implore grâce. Une demoiselle sur une mule réclame sa tête. Pitié et générosité se disputent son cœur. Il laisse au vaincu une seconde chance de combattre, le bat de nouveau, puis tranche sa tête et l'offre à la demoiselle. Elle lui promet qu'il sera un jour récompensé : on la retrouvera à la fin.

Deuxième partie — Au royaume de Gorre

8. Le pont de l'Épée. Devant le torrent noir et furieux, une épée immense sert de pont. Au bout, deux lions semblent attendre. Le chevalier ôte l'armure de ses mains et de ses pieds pour mieux s'agripper, et passe en rampant sur le tranchant, qui lui entaille les paumes, les genoux et les pieds. Arrivé de l'autre côté, il regarde l'anneau que lui a donné la fée qui l'a élevé : les lions disparaissent, ils n'étaient qu'un enchantement. Du haut d'une tour, le roi Bademagu, sage et loyal, admire l'exploit et fait soigner le blessé ; son fils, rageur, ne pense qu'à combattre.

9. Le premier combat. Le duel a lieu le lendemain, devant la tour où la reine est à la fenêtre. Affaibli par ses blessures, le héros faiblit. Une suivante demande alors à Guenièvre le nom de ce champion : elle répond qu'il s'appelle Lancelot du Lac. Le lecteur l'apprend en même temps, à mi-parcours du roman. La suivante crie ce nom : Lancelot se retourne, aperçoit la reine et ne veut plus la quitter des yeux. Il se bat d'abord à reculons, puis manœuvre pour placer Méléagant entre lui et la fenêtre, et reprend l'avantage. Bademagu supplie la reine d'arrêter le combat ; elle y consent. Lancelot cesse aussitôt de frapper, alors que son adversaire continue. On convient d'un nouveau duel, un an plus tard, à la cour d'Arthur ; Guenièvre et les captifs sont libres.

10. La froideur de la reine et la nuit d'amour. Lancelot court saluer Guenièvre. Elle le reçoit avec une froideur glaciale et refuse de lui parler. Il part chercher Gauvain, est capturé, et le bruit de sa mort se répand. La reine, rongée de remords, cesse presque de s'alimenter, si bien qu'à son tour on la dit morte. Apprenant cette rumeur, Lancelot veut se pendre à l'arçon de sa selle ; on l'en empêche. Quand ils se retrouvent enfin, la reine lui explique sa colère : il a hésité deux pas avant de monter dans la charrette. Elle accepte de le revoir la nuit. Lancelot arrache les barreaux de la fenêtre, s'y entaille le doigt et passe la nuit près d'elle. Au matin, les draps sont tachés de sang. Méléagant, qui les découvre, accuse Keu, blessé et couché dans la même pièce. Lancelot défend l'honneur de la reine en combat judiciaire ; Bademagu interrompt encore le duel.

Troisième partie — Le retour en Logres

11. Le tournoi de Noauz. Parti de nouveau chercher Gauvain, Lancelot tombe dans le piège d'un nain et disparaît. Gauvain, lui, est retrouvé à demi noyé au pont sous l'eau. Une fausse lettre fait croire que Lancelot est déjà rentré à la cour, et la reine regagne le royaume d'Arthur. Lancelot est en réalité prisonnier d'un sénéchal de Méléagant. Apprenant qu'un tournoi est organisé à Noauz, il obtient de l'épouse de son geôlier la permission d'y aller, en jurant de revenir. Il combat incognito. La reine le soupçonne de l'avoir reconnu et lui fait transmettre un ordre étrange : se battre le plus mal possible. Il obéit, fuit chaque adversaire, se fait huer. Le lendemain, même consigne, même obéissance ; puis l'ordre s'inverse, et il triomphe de tous. Fidèle à sa parole, Lancelot retourne en prison.

12. La tour et le dernier combat. Méléagant fait murer Lancelot dans une tour isolée, avec une simple ouverture pour lui passer un peu de nourriture. Puis il vient à la cour d'Arthur railler l'absent ; Gauvain s'apprête à le remplacer. Mais la demoiselle à la mule, qui est la sœur de Méléagant, s'est mise en quête de son bienfaiteur. Elle découvre la tour, lui fait passer un pic, l'aide à s'évader, le soigne et le rend à sa force. Lancelot arrive à la cour au moment décisif. Le dernier duel est sans pitié : Méléagant perd un bras, puis la tête. Le roman s'achève sur cette victoire, et sur la signature de Godefroi de Leigni, qui a écrit cette dernière partie.

Qui est qui ?

  • Lancelot : chevalier sans égal, mais d'abord sans nom ; on ne l'appelle que « le chevalier de la charrette » pendant la moitié du livre. Toute sa conduite est commandée par l'amour.
  • Guenièvre : la reine, femme d'Arthur, qui exerce sur Lancelot un pouvoir absolu. Elle peut être injuste et cruelle, mais aussi profondément éprise.
  • Méléagant : chevalier valeureux mais orgueilleux, déloyal et violent ; il incarne la prouesse sans courtoisie.
  • Bademagu : son père, roi juste et généreux, qui protège la reine et respecte la parole donnée.
  • Gauvain : modèle du chevalier raisonnable ; il refuse la charrette et choisit le pont le moins humiliant. Il sert de point de comparaison.
  • La sœur de Méléagant : la demoiselle à la mule, qui rend à Lancelot le service qu'il lui a rendu.

Les thèmes

L'amour courtois poussé à l'extrême. Lancelot ne se contente pas de servir sa dame : il lui sacrifie son honneur, sa gloire, presque sa vie. Le tournoi de Noauz en est l'épreuve la plus frappante, puisqu'il accepte d'y passer pour un lâche sur un simple ordre.

L'honneur et la honte. La charrette est une marque d'infamie qui poursuit le héros : on l'insulte, on lui refuse un lit. Ce qui déshonore aux yeux du monde devient un mérite aux yeux de l'amour. Mais la reine reproche à Lancelot ses deux pas d'hésitation : en amour, la moindre réserve est une faute.

Le nom et l'identité. Lancelot ne reçoit son nom que dans la bouche de la reine. L'identité du héros dépend de celle qu'il aime, et ce n'est pas un hasard si c'est elle qui le nomme.

L'Autre Monde. Gorre, le royaume d'où l'on ne revient pas, les ponts surnaturels, les tombes prophétiques, les lions qui s'effacent : le voyage ressemble à une descente aux enfers d'où le héros ramène les captifs, comme dans les récits celtiques et antiques.

L'art de Chrétien

  • Le retard du nom crée un suspense original : le lecteur apprend à connaître le héros par ses actes avant de savoir qui il est.
  • Les allégories : Raison et Amour débattent dans l'esprit de Lancelot au moment de la charrette, comme deux personnages.
  • L'humour et l'ironie : les extases de Lancelot devant le peigne ou sa rêverie au gué peuvent faire sourire ; Chrétien montre sa ferveur avec une certaine distance.
  • Les fenêtres : celle du lit périlleux, celle du duel, celle de la nuit d'amour ; le regard unit les amants.

Notre avis

Le roman déroute parfois un lecteur d'aujourd'hui : le héros paraît soumis jusqu'à l'absurde, et la reine capricieuse. Mais c'est justement ce qui le rend passionnant à discuter en classe : peut-on aimer au point de renoncer à sa dignité ? Les épisodes merveilleux, en particulier le pont de l'Épée, sont parmi les plus spectaculaires de la littérature médiévale.

Quiz de compréhension corrigé

1. Pourquoi Lancelot hésite-t-il avant de monter dans la charrette ? Corrigé : la charrette servait aux criminels ; y monter, c'était perdre son honneur. Raison lui conseille de refuser, mais Amour l'emporte, car le nain promet des nouvelles de la reine.

2. Quels sont les deux chemins vers le royaume de Gorre ? Qui prend lequel ? Corrigé : le pont sous l'eau, choisi par Gauvain, et le pont de l'Épée, choisi par Lancelot. Le choix de Lancelot montre qu'il accepte le passage le plus douloureux.

3. À quel moment apprend-on le nom du héros, et par qui ? Corrigé : pendant le premier combat contre Méléagant, quand une suivante interroge la reine. C'est Guenièvre qui le nomme : Lancelot du Lac.

4. Pourquoi la reine accueille-t-elle Lancelot si froidement après sa victoire ? Corrigé : elle lui reproche d'avoir hésité, même brièvement, avant de monter dans la charrette. Pour elle, un amant parfait n'aurait pas réfléchi.

5. Que prouve l'épisode du tournoi de Noauz ? Corrigé : Lancelot obéit à la reine même quand elle lui ordonne de se battre mal et de se faire huer. Son amour est total : il place la volonté de sa dame au-dessus de sa propre gloire.

Conclusion

Lancelot ou le Chevalier de la charrette invente le couple de Lancelot et Guenièvre, promis à une longue postérité. Chrétien de Troyes y mène jusqu'au paradoxe l'idéal courtois : le meilleur chevalier du monde est celui qui accepte la honte par amour. Les romans en prose du XIIIe siècle feront de cette passion l'une des causes de la chute du monde arthurien.

Bibliographie

  • Chrétien de Troyes, Le Chevalier de la charrette, éd. bilingue de Charles Méla (Lettres gothiques).
  • Jean Frappier, Chrétien de Troyes, l'homme et l'œuvre.