Fiche de lecture d'un roman jeunesse : présentation, résumé par épisodes, personnages, thèmes, écriture, avis et questions corrigées — Collège (6e, le monstre, aux limites de l'humain ; récits merveilleux) — environ 2 500 mots.
Présentation de l'œuvre
Une dame souriante, bien habillée, gantée même en été, se penche vers un enfant et lui tend un bonbon. Dans la plupart des histoires, ce serait une gentille passante. Dans Sacrées sorcières, c'est exactement le portrait du danger. Roald Dahl renverse les contes traditionnels : ses sorcières ne portent ni chapeau pointu ni balai, elles ressemblent à tout le monde, et c'est ce qui les rend terrifiantes.
L'auteur. Roald Dahl (1916-1990) est un écrivain britannique né au pays de Galles de parents norvégiens. Ancien pilote de chasse pendant la Seconde Guerre mondiale, il a signé des romans pour enfants traduits dans le monde entier : Charlie et la chocolaterie, Matilda, Le Bon Gros Géant. Ses livres sont illustrés par Quentin Blake, dont le trait nerveux accompagne la plupart des éditions françaises.
Le titre original. The Witches. Le titre français ajoute l'adjectif « sacrées », qui joue sur deux sens : des sorcières redoutables, et des sorcières qu'on n'oublie pas. Le roman a été adapté au cinéma, notamment par Nicolas Roeg, avec Anjelica Huston dans le rôle de la reine des sorcières.
Le genre. C'est un récit merveilleux et fantastique, raconté à la première personne par un jeune garçon dont on ne connaît jamais le prénom. Il mêle la peur, l'humour et l'aventure.
Remarque sur le découpage. Le roman compte une vingtaine de chapitres courts et titrés, mais leur numérotation et leurs titres varient selon les traductions et les éditions. Cette fiche résume donc l'histoire par grands épisodes, dans l'ordre du récit.
Plan de la fiche
- Résumé par épisodes
- le garçon et sa grand-mère ;
- comment reconnaître une sorcière ;
- la première rencontre ;
- l'hôtel au bord de la mer ;
- le congrès des sorcières ;
- la transformation ;
- le plan de la grand-mère ;
- la soupe du dîner ;
- une vie de souris.
- Les personnages
- Les thèmes : la peur, l'amour, la différence
- L'écriture de Roald Dahl
- Avis argumenté
- Questions corrigées
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I. Résumé par épisodes
1. Le garçon et sa grand-mère
Le narrateur est un petit garçon de sept ans. Ses parents meurent dans un accident de voiture, et il est recueilli par sa grand-mère maternelle, qui vit en Norvège. C'est une vieille dame robuste, qui fume de gros cigares, raconte des histoires extraordinaires et aime son petit-fils de tout son cœur. Le chagrin les rapproche : elle devient à la fois sa famille, son amie et sa protectrice.
2. Comment reconnaître une sorcière
La grand-mère explique à l'enfant que les sorcières existent vraiment. Elles détestent les enfants et cherchent à les faire disparaître. Elle lui raconte, pour l'en convaincre, plusieurs histoires d'enfants norvégiens disparus ou transformés, dont celle d'une petite fille qui s'est retrouvée prisonnière d'un tableau, où elle vieillissait d'année en année.
Elle lui apprend surtout à les repérer. Une vraie sorcière porte toujours des gants, parce qu'elle a des griffes à la place des ongles. Elle est chauve et cache son crâne sous une perruque qui lui irrite la peau. Ses narines sont plus larges que la normale, car elle sent l'odeur des enfants, qui pour elle est répugnante. Elle n'a pas d'orteils et souffre dans des chaussures élégantes. Sa salive a une teinte bleuâtre.
3. La première rencontre
Pour respecter le testament des parents, qui voulaient que l'enfant soit élevé en Angleterre, la grand-mère s'installe avec lui dans la maison familiale anglaise. Un jour, alors qu'il construit une cabane dans un arbre du jardin, le garçon aperçoit au pied du tronc une femme étrange, vêtue de noir et gantée, qui lui sourit et essaie de l'attirer en lui proposant un cadeau. Il reste perché dans l'arbre, se souvient des leçons de sa grand-mère, et la femme finit par s'en aller. C'est sa première sorcière.
4. L'hôtel au bord de la mer
La grand-mère tombe gravement malade. Pour sa convalescence, ils partent en vacances dans un grand hôtel d'une station balnéaire anglaise. Le garçon a emporté deux souris blanches qu'il dresse en secret, mais le directeur de l'hôtel lui interdit d'avoir des animaux. Pour s'entraîner tranquillement, l'enfant se cache dans une grande salle de réunion vide, derrière un paravent.
Malheureusement, la salle a été réservée pour l'assemblée d'une association qui prétend protéger les enfants. Des dames élégantes s'installent, la porte est fermée à clé. Le garçon, coincé derrière son paravent, comprend avec horreur qu'il s'agit en réalité de toutes les sorcières d'Angleterre, réunies pour leur congrès annuel.
5. Le congrès des sorcières
Les sorcières retirent leurs gants, leurs chaussures et leurs perruques pour se soulager. Sur l'estrade monte la plus puissante de toutes, la reine des sorcières du monde entier. Lorsqu'elle ôte le masque qui lui sert de visage, elle révèle des traits monstrueux, comme pourris. Une sorcière qui ose la contredire est réduite en fumée.
La reine expose son plan. Chaque sorcière devra ouvrir une confiserie en Angleterre et y vendre des bonbons dans lesquels sera mélangée une formule magique de son invention. Cette potion agit avec retard : l'enfant qui en avale se transforme en souris quelques heures plus tard, une fois arrivé à l'école. Les maîtres et les parents, croyant à une invasion de rongeurs, les tueront eux-mêmes. Pour prouver l'efficacité de la formule, elle montre ce qui est arrivé à un garçon gourmand de l'hôtel, Bruno Jenkins, attiré par la promesse de chocolat : sous les yeux de l'assemblée, il devient souris.
6. La transformation
À la fin de la réunion, les sorcières sentent l'odeur d'un enfant dans la salle. Elles fouillent, découvrent le narrateur et l'attrapent. La reine lui fait avaler une dose énorme de la formule. Le garçon se transforme aussitôt en souris. Il conserve pourtant sa pensée, sa mémoire et sa voix : il reste lui-même dans un corps minuscule. Il réussit à s'échapper, retrouve Bruno, lui aussi changé en souris, et rejoint la chambre de sa grand-mère.
7. Le plan de la grand-mère
La grand-mère reconnaît son petit-fils malgré sa nouvelle apparence et ne cède pas au désespoir. Le garçon a compris que la reine des sorcières loge dans l'hôtel, dans une chambre située juste au-dessus de la leur. Ils décident de retourner l'arme de l'ennemie contre elle. La grand-mère fait descendre la souris jusqu'au balcon de la reine, au bout d'un ouvrage en tricot. Le garçon se faufile dans la chambre et vole une bouteille de la formule, en échappant de justesse à la sorcière qui revient.
8. La soupe du dîner
Le soir même, les sorcières dînent ensemble dans la grande salle à manger de l'hôtel. Le garçon se glisse dans les cuisines, où il manque d'être découvert par les cuisiniers, et verse la potion dans le plat qui leur est destiné. Pendant ce temps, la grand-mère rend Bruno à ses parents, qui réagissent avec plus de dégoût que de tendresse, ce qui donne une scène très comique.
Au cours du dîner, la formule fait son effet : toutes les sorcières, reine comprise, se transforment en souris au milieu de la salle à manger. Le personnel et les clients, affolés, les écrasent et les assomment. Le congrès est anéanti.
9. Une vie de souris
Le garçon et sa grand-mère rentrent en Norvège. Il ne redeviendra pas humain, et il l'accepte. Sa grand-mère lui apprend qu'une souris-personne vit à peu près neuf ans ; il s'en réjouit, car il ne veut pas lui survivre, et elle est assez âgée pour que leurs deux vies s'achèvent à peu près en même temps. Loin de se lamenter, ils forment un nouveau projet : trouver la demeure de la reine des sorcières, où se cachent son argent et ses réserves de formule, et poursuivre la lutte pour transformer les sorcières du monde entier. Le roman se clôt sur cette promesse d'aventure.
II. Les personnages
| Personnage | Rôle | Traits principaux |
|---|---|---|
| Le narrateur | héros, enfant de sept ans | courageux, curieux, lucide, sans prénom |
| La grand-mère | protectrice, guide | savante, drôle, fumeuse de cigares, inébranlable |
| La reine des sorcières | antagoniste | cruelle, tyrannique, au visage monstrueux |
| Les sorcières d'Angleterre | menace collective | élégantes en apparence, haineuses envers les enfants |
| Bruno Jenkins | autre victime | gourmand, insolent, peu attachant |
| Les parents de Bruno | figures adultes | égoïstes, plus soucieux des apparences que de leur fils |
Le narrateur. L'absence de prénom permet à chaque lecteur de se mettre à sa place. Il n'est pas un super-héros : il a peur, il tremble derrière son paravent. Mais il réfléchit vite et agit. Sa transformation en souris ne le diminue pas : il devient au contraire plus inventif et plus courageux.
La grand-mère. C'est l'un des plus beaux personnages de Dahl. Elle n'a rien d'une vieille dame fragile : elle fume, elle argumente, elle prend des décisions. Elle ne ment jamais à l'enfant, même sur la mort. Elle représente l'amour qui ne dépend pas de l'apparence : qu'il soit garçon ou souris, son petit-fils reste son petit-fils.
La reine des sorcières. Elle concentre tout ce que le roman a de terrifiant. Sous son masque, son vrai visage révèle sa nature. Elle règne sur les autres sorcières par la peur, ce qui en fait aussi une figure de dictateur.
Bruno et ses parents. Ils servent de contrepoint comique. Bruno est un enfant gâté, et ses parents réagissent à sa transformation sans grande émotion.
III. Les thèmes
La peur et le monstre caché
Le monstre de Sacrées sorcières ne se cache pas dans une forêt : il marche dans la rue, prend le thé dans les grands hôtels, sourit aux enfants. Dahl apprend au lecteur à se méfier des apparences. La leçon est sérieuse sous l'humour : le danger peut venir d'adultes respectables et aimables.
L'amour entre générations
Le cœur du roman est le lien entre l'enfant et sa grand-mère. Tous deux ont perdu des êtres chers ; ils se reconstruisent ensemble. Leur complicité donne au livre sa chaleur et sa force.
Le corps transformé et la différence
Devenir souris pourrait être une catastrophe. Le narrateur, au contraire, découvre des avantages à sa nouvelle condition : il est rapide, discret, il n'a plus besoin d'aller à l'école. Le roman suggère que l'on reste soi-même quand l'apparence change, et que l'on peut accepter une différence au lieu de la subir.
La mort sans tabou
Le livre parle de la mort avec une franchise rare en littérature jeunesse : la mort des parents au début, la durée de vie limitée du narrateur à la fin. Mais il en parle sans désespoir. La fin, où l'enfant se réjouit de ne pas survivre à sa grand-mère, peut surprendre : elle exprime surtout la force de leur attachement.
IV. L'écriture de Roald Dahl
Un narrateur enfant. Le récit est raconté à la première personne par le garçon. Le vocabulaire reste simple, les phrases sont vives, et le lecteur partage directement ses émotions, de la frayeur au soulagement.
Le mélange de peur et d'humour. Dahl alterne les scènes effrayantes, comme le congrès, et les moments comiques, comme la réaction des parents de Bruno. L'humour permet de supporter la peur et la rend même plaisante.
L'exagération. Le portrait des sorcières repose sur des détails physiques grossis jusqu'au grotesque : crânes chauves, griffes, narines immenses.
Le dialogue avec le lecteur. Le narrateur s'adresse souvent au lecteur pour le mettre en garde, comme s'il partageait avec lui un savoir secret.
V. Avis argumenté
Sacrées sorcières est un roman qui fait vraiment peur, ce qui est rare et précieux pour de jeunes lecteurs. La scène du congrès, où l'enfant caché assiste à la réunion des sorcières, est un modèle de suspense. Mais la peur n'écrase jamais l'histoire, grâce à l'humour et surtout à la tendresse qui unit le garçon et sa grand-mère.
On peut être surpris par la fin : le héros ne redevient pas humain, ce qui contredit l'habitude des contes où tout revient dans l'ordre. C'est pourtant ce qui fait l'originalité du livre. Au lieu d'effacer l'épreuve, Dahl montre un enfant qui l'accepte et qui la transforme en force. On peut enfin discuter en classe du fait que toutes les sorcières soient des femmes : le récit joue avec un cliché des contes.
VI. Questions corrigées
1. Comment la grand-mère apprend-elle à son petit-fils à reconnaître une sorcière ? Elle lui donne des signes précis : les gants qui cachent des griffes, la perruque sur un crâne chauve, les larges narines, les pieds sans orteils, la salive bleutée. Ces détails montrent qu'une sorcière ressemble à une femme ordinaire et qu'il faut observer attentivement pour la démasquer.
2. Quel est le plan de la reine des sorcières ? Elle veut que chaque sorcière ouvre une confiserie et vende des bonbons contenant une formule magique qui transforme les enfants en souris quelques heures plus tard, à l'école. Ainsi, les adultes eux-mêmes tueront les souris sans savoir qu'il s'agit d'enfants.
3. Pourquoi le narrateur se retrouve-t-il dans la salle du congrès ? Il s'y cache pour dresser ses souris blanches, que le directeur de l'hôtel lui a interdit d'avoir. Il ignore que la salle a été réservée pour une réunion qui se révèle être le congrès des sorcières.
4. Comment le garçon et sa grand-mère parviennent-ils à vaincre les sorcières ? Le garçon, devenu souris, vole une bouteille de formule dans la chambre de la reine, puis la verse dans le plat servi aux sorcières pendant leur dîner. Elles se transforment toutes en souris et sont éliminées par le personnel de l'hôtel. Ils retournent donc l'arme des sorcières contre elles.
5. Pourquoi le narrateur n'est-il pas triste de rester une souris ? Il trouve des avantages à sa condition et sait qu'une souris-personne vit environ neuf ans. Comme sa grand-mère est âgée, il pense qu'ils mourront à peu près en même temps : il ne sera jamais seul. Sa réaction montre la force de l'amour qui les unit.
Conclusion
Sacrées sorcières est à la fois un récit d'épouvante, une comédie et une histoire d'amour entre un enfant et sa grand-mère. Roald Dahl y renouvelle la figure de la sorcière en la rendant ordinaire, et donc plus inquiétante. Le roman apprend à se méfier des apparences, mais aussi à rester soi-même quand tout change. Une lecture voisine : Matilda, du même auteur, où une enfant affronte une directrice tyrannique, ou aux contes de Perrault, dont il prend le contrepied.
Bibliographie
- Roald Dahl, Sacrées sorcières, illustrations de Quentin Blake, Gallimard Jeunesse, coll. Folio Junior.
- Roald Dahl, Matilda, Gallimard Jeunesse, coll. Folio Junior.
- Roald Dahl, Charlie et la chocolaterie, Gallimard Jeunesse, coll. Folio Junior.
- Charles Perrault, Contes.