Le Père Goriot de Balzac : résumé et fiche de lecture

2 144 mots · ≈7 pages · Lycée · Fiche de lecture

Fiche de lecture — Lycée (Seconde et Première, le roman réaliste) — environ 2 300 mots.

Une porte entrouverte, une nuit d'hiver

Le roman pourrait commencer là. Rentrant tard, un étudiant entend du bruit dans la chambre d'un vieux pensionnaire. Par le trou de la serrure, il le voit tordre à mains nues un plat de vermeil, en faire un lingot, le rouler dans un papier. Le lendemain, le vieil homme ira le vendre. Pour qui ? Pourquoi ? Toute la première partie du livre consiste à répondre à cette question, et la réponse fait comprendre l'œuvre entière : à Paris, chez Balzac, chacun a quelque chose à vendre, et le plus pauvre de la pension est celui qui vend le plus.

Présentation de l'œuvre

L'auteur et le moment. Honoré de Balzac publie Le Père Goriot en 1835, d'abord en livraisons dans une revue. Il a trente-cinq ans, écrit la nuit, accumule les dettes et les projets. C'est avec ce roman qu'il met au point le procédé du retour des personnages : Rastignac, Vautrin, Bianchon, Mme de Beauséant reparaîtront dans d'autres livres. Quelques années plus tard, l'ensemble prendra le titre de La Comédie humaine, et ce roman sera rangé parmi les « Scènes de la vie privée ».

L'action. Elle se déroule à Paris, sous la Restauration, à partir de la fin de 1819 et pendant quelques mois. Le cadre central est la pension Vauquer, maison bourgeoise et décrépite, rue Neuve-Sainte-Geneviève, au pied de la montagne Sainte-Geneviève.

Les deux héros. Le titre désigne Goriot, ancien fabricant de vermicelles enrichi pendant la Révolution, qui s'est ruiné pour ses deux filles mariées dans le grand monde. Mais le regard est souvent celui d'Eugène de Rastignac, jeune noble pauvre venu d'Angoulême faire son droit. Le livre est donc à la fois la tragédie d'un père et le roman d'apprentissage d'un ambitieux.

Le découpage. Selon les éditions, le texte est d'un seul tenant ou divisé en quatre chapitres titrés. Cette fiche suit ces quatre temps, qui correspondent bien à la progression de l'action.

Plan de la fiche

Le roman en quatre temps

  1. Une pension bourgeoise
  2. L'entrée dans le monde
  3. Trompe-la-Mort
  4. La mort du père

Étudier le roman

  • Le grand livre des ventes
  • Paris en trois adresses
  • Les personnages, vus par Rastignac
  • L'écriture balzacienne
  • Avis
  • Questions corrigées

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Le roman en quatre temps

1. Une pension bourgeoise

Balzac prend son temps. Il décrit d'abord le quartier, triste et silencieux, puis la façade de la pension, le jardinet, la salle à manger qui sent le renfermé et le graillon, et enfin la propriétaire : Mme Vauquer, dont la jupe usée résume, dit le narrateur, toute la maison. On comprend vite que ce lieu est un résumé de la société, avec ses étages et ses tarifs.

Viennent ensuite les pensionnaires. Mme Couture et sa protégée Victorine Taillefer, jeune fille douce, reniée par son père, un riche banquier qui réserve sa fortune à son fils. Poiret et Mlle Michonneau, deux vieux sans éclat. Vautrin, la quarantaine joviale, qui se dit ancien négociant, rend service à tout le monde et inquiète un peu par son regard. Rastignac, l'étudiant. Et Goriot, que tous tournent en dérision.

Car Goriot a connu une curieuse trajectoire. Arrivé riche, il occupait le meilleur appartement ; Mme Vauquer songeait même à l'épouser. Puis, d'année en année, il a demandé des chambres moins chères, jusqu'à la plus misérable, sous le toit. Des femmes élégantes viennent le voir en secret : les pensionnaires en concluent qu'il entretient des maîtresses. Rastignac, lui, apprend la vérité en allant dans le monde : ces femmes sont ses filles, Anastasie, devenue comtesse de Restaud, et Delphine, mariée au baron de Nucingen, banquier.

2. L'entrée dans le monde

Rastignac a une parente bien placée, la vicomtesse de Beauséant, reine du faubourg Saint-Germain. Il obtient d'être reçu chez elle, puis chez Mme de Restaud. Mais il commet une maladresse : il parle du père Goriot, qu'il a vu sortir de l'hôtel. La porte se ferme pour lui. Il découvre que les filles de Goriot, qui doivent tout à leur père, en ont honte et le reçoivent par l'escalier de service.

Mme de Beauséant, elle-même sur le point d'être quittée par son amant, le marquis d'Ajuda-Pinto, qui va épouser une riche héritière, donne à son cousin une leçon froide sur la société : il faut se servir des hommes et des femmes comme de chevaux de poste. Elle lui conseille de se faire aimer de Delphine, qui rêve d'entrer dans le salon de la vicomtesse, inaccessible pour une femme de banquier.

Pour paraître, Rastignac a besoin d'argent. Il écrit à sa mère et à ses sœurs, qui se privent et lui envoient leurs économies. Il en a honte, mais il les dépense en habits.

3. Trompe-la-Mort

Vautrin a tout observé. Un jour, sous une tonnelle du jardin, il expose à Rastignac le fond de sa pensée : le travail honnête ne mène à rien, la société n'est qu'une affaire de force et de ruse. Il lui propose un marché. Si Rastignac fait la cour à Victorine, Vautrin se charge de faire disparaître le frère de celle-ci dans un duel arrangé ; Victorine héritera, Rastignac l'épousera, et Vautrin touchera une commission sur la dot. Rastignac est horrifié, mais il ne dit pas non tout de suite.

Pendant ce temps, il fait sa cour à Delphine. Il découvre que la femme du banquier n'a pas d'argent à elle : son mari a placé sa fortune dans ses spéculations. Il va jouer pour elle et gagne une somme qui la tire d'embarras.

La police, de son côté, s'intéresse à Vautrin. Un agent convainc Mlle Michonneau, contre une forte récompense, de verser un narcotique dans son café, pour vérifier sur son épaule la marque des forçats. Le jour où le duel a lieu et où le jeune Taillefer est mortellement blessé, Vautrin s'effondre à table ; la marque apparaît. Peu après, les policiers viennent l'arrêter : il s'appelle en réalité Jacques Collin, dit Trompe-la-Mort, forçat évadé. Il se rend avec un mépris superbe. Les pensionnaires, écœurés, chassent Mlle Michonneau et Poiret.

4. La mort du père

Goriot, ravi des amours de Delphine et de Rastignac, a meublé pour eux un appartement rue d'Artois ; il compte s'y installer dans une petite chambre, pour vivre près d'eux. C'est son dernier bonheur.

Les dettes d'Anastasie viennent tout gâcher. Pour payer celles de son amant, Maxime de Trailles, elle a vendu des diamants de famille, et son mari l'a découvert. Les deux sœurs se retrouvent dans la chambre du père et s'y déchirent. Goriot, qui a déjà tout donné, est frappé d'une attaque.

Le bal d'adieu de Mme de Beauséant, qui quitte Paris pour la province après le mariage de son amant, a lieu pendant que Goriot s'éteint. Delphine s'y rend, avec Rastignac, en refusant de croire à la gravité de l'état de son père. Goriot agonise plusieurs jours, soigné par Rastignac et par Bianchon, l'étudiant en médecine. Dans son délire, il appelle ses filles, les maudit, les bénit, les excuse. Aucune ne vient à temps : Anastasie arrive quand il ne reconnaît plus personne.

Les deux étudiants paient l'enterrement. Au cimetière du Père-Lachaise, il n'y a que Rastignac et le domestique de la pension ; les filles ont envoyé leurs voitures vides, ornées de leurs armoiries. Resté seul, Rastignac regarde Paris s'allumer en contrebas, lance à la ville un défi, puis descend dîner chez Mme de Nucingen.

Le grand livre des ventes

Qui vend Quoi Pour obtenir quoi
Goriot Sa fortune, ses rentes, son argenterie, sa chambre L'amour de ses filles, qu'il n'obtient qu'en payant
Anastasie Des diamants de famille La fidélité de Maxime de Trailles
Delphine Son affection, offerte au cousin de la vicomtesse Une invitation dans le salon de Mme de Beauséant
La famille de Rastignac Les économies des sœurs, de la mère La réussite d'Eugène
Mlle Michonneau Vautrin, à la police Une rente
Vautrin Une proposition criminelle Une part d'une dot, pour son rêve d'une vie de planteur en Amérique
Rastignac Sa naïveté, puis sa conscience, peu à peu Une place dans Paris

Ce tableau montre que l'argent n'est pas seulement un décor : il est la grammaire des relations. Même l'amour paternel se dit en sommes versées.

Paris en trois adresses

  • La pension Vauquer, sur la rive gauche : la misère qui se donne un air de respectabilité. On y vit sous le regard des autres, on y juge, on y ricane.
  • Le faubourg Saint-Germain (Mme de Beauséant, les Restaud) : la vieille noblesse, élégante, impitoyable, qui méprise l'argent récent tout en en ayant besoin.
  • La Chaussée-d'Antin (les Nucingen) : la banque, la richesse neuve, qui rêve d'être reçue dans le Faubourg.

Rastignac est le seul à circuler entre les trois. C'est pourquoi le roman passe par ses yeux : il apprend la carte sociale de Paris en traversant la ville, souvent à pied, en crottant ses bottes, ce qui est déjà une humiliation.

Les personnages, vus par Rastignac

Goriot est d'abord pour lui un vieil homme ridicule, puis un mystère, puis un père adoptif. Balzac en fait un martyr de la paternité, mais un martyr aveugle : son amour sans limites a aussi produit des filles sans limites.

Vautrin est la voix qui dit tout haut ce que les salons font tout bas. Il fascine Rastignac parce qu'il a raison sur le fond, et l'effraie parce qu'il en tire des conclusions criminelles.

Mme de Beauséant est la seule figure noble au sens fort : elle tombe avec dignité. Elle donne à Rastignac la même leçon que Vautrin, mais en grande dame, et en souffre elle-même.

Delphine et Anastasie ne sont pas des monstres : ce sont des femmes prises dans des mariages d'argent, dépendantes de maris qui les contrôlent. Leur ingratitude n'en est pas moins nette.

Bianchon, l'ami fidèle, représente une autre voie : le travail, la science, la loyauté sans calcul.

L'écriture balzacienne

  • La description qui explique. La longue ouverture n'est pas un ralentissement gratuit : la maison, les meubles, les vêtements disent l'histoire et le caractère de ceux qui y vivent.
  • Le narrateur qui sait et qui juge. Il interpelle le lecteur, généralise, énonce des lois de la société. On le sent omniprésent, à la fois historien et moraliste.
  • La dramatisation. Le roman est construit comme une pièce : coups de théâtre (l'arrestation de Vautrin), scènes de confrontation (les deux sœurs), dénouement funèbre.
  • Le retour des personnages. Rastignac, Vautrin, Bianchon débordent du livre ; le lecteur les retrouvera ailleurs, et c'est ce qui donne à La Comédie humaine l'épaisseur d'un monde.

Avis

À la première lecture, l'ouverture paraît interminable. À la seconde, on s'aperçoit que tout y est déjà : la pension annonce le monde, chaque pensionnaire est une pièce du puzzle. C'est un livre qui récompense la relecture.

Ce qui me semble le plus fort n'est pas l'agonie de Goriot, qui frôle parfois le mélodrame, mais la scène sous la tonnelle avec Vautrin. Le discours est si lucide qu'on se surprend à l'approuver, avant de mesurer qu'il mène à un meurtre. Balzac oblige le lecteur à faire le même chemin que Rastignac.

La fin est souvent lue comme une victoire de l'ambitieux. On peut la lire autrement : Rastignac a enterré la seule personne qui l'aimait sans calcul, et il va dîner chez la fille qui n'est pas venue. Le défi qu'il lance à Paris est aussi un renoncement.

Questions corrigées

1. Pourquoi Goriot change-t-il plusieurs fois de chambre dans la pension ? Parce qu'il s'appauvrit à mesure qu'il donne son argent à ses filles. Ses déménagements successifs vers les étages supérieurs mesurent sa ruine et expliquent le mépris croissant des pensionnaires.

2. Quelle erreur Rastignac commet-il chez Mme de Restaud ? Il mentionne le père Goriot, dont la comtesse a honte. Il découvre ainsi que les filles cachent leur origine roturière et que leur père est tenu à l'écart.

3. Que propose Vautrin à Rastignac ? D'épouser Victorine Taillefer après avoir fait tuer son frère dans un duel, pour qu'elle hérite de la fortune paternelle. Vautrin prendrait une part de l'argent.

4. Comment Vautrin est-il démasqué ? Mlle Michonneau, payée par la police, lui fait boire un narcotique et découvre sur son épaule la marque infamante des forçats. Il est arrêté à la pension.

5. Que signifie la dernière scène au Père-Lachaise ? Rastignac a perdu ses illusions. Il défie la société qu'il a appris à connaître et décide d'y réussir avec ses propres armes. Le dîner chez Delphine montre qu'il accepte les règles qu'il vient de juger.

Conclusion

Le Père Goriot raconte une agonie et une éducation, et les deux histoires se répondent : pendant que le père perd tout, l'étudiant apprend le prix des choses. Le roman ne condamne pas simplement l'argent ; il montre qu'il traverse tous les liens, même les plus sacrés. Pour prolonger, on lira Eugénie Grandet, autre drame d'un père et d'une fille autour de l'argent, ou l'on suivra Vautrin dans Splendeurs et misères des courtisanes.

Bibliographie

  • Honoré de Balzac, Le Père Goriot.
  • Honoré de Balzac, Eugénie Grandet.
  • Honoré de Balzac, « Avant-propos » de La Comédie humaine.
  • Pierre Barbéris, Le Monde de Balzac.