Fiche de lecture — Collège (4e-3e) et Seconde — environ 2 200 mots. La pièce d'Anouilh est protégée : elle est résumée, sans citations.
Un voleur déguisé en voleur
Imaginez un cambrioleur qui, pour ne pas se faire remarquer, se déguise en duc. Puis le duc est invité à une fête costumée dont le thème est... les voleurs. Il doit alors se déguiser en ce qu'il est vraiment, par-dessus le costume qui cachait ce qu'il était. Toute la saveur du Bal des voleurs tient dans ce vertige de masques empilés. Et pour qu'on ne s'y perde pas, Anouilh a placé sur scène un fil sonore : un musicien qui joue de la clarinette et accompagne l'action comme dans un ballet. Cette fiche suit ce fil : à chaque moment de la pièce, on se demande qui joue la comédie à qui, et qui, dans l'ombre, mène la danse.
Présentation
L'auteur. Jean Anouilh (1910-1987) a rangé son théâtre comme on trie des rubans, par couleurs : pièces roses, noires, brillantes, grinçantes... Les élèves le rencontrent d'ordinaire par Antigone, une pièce noire ; ici, on entre par la porte rose.
L'œuvre. Le Bal des voleurs est une des premières pièces roses, c'est-à-dire des comédies où la fantaisie l'emporte et où l'on finit bien. Anouilh l'écrit jeune, au début des années 1930 ; elle est créée à Paris en 1938, au théâtre des Arts, par la compagnie d'André Barsacq.
Le genre. Anouilh l'appelle comédie-ballet, en clin d'œil à Molière. Ce n'est pas un ballet dansé au sens strict, mais une comédie rythmée par la musique, faite d'entrées et de sorties rapides, de poursuites, de scènes réglées comme des pas de danse.
Le décor. L'action se passe à Vichy, ville d'eau où les riches viennent soigner leur foie et tromper leur ennui. Les scènes alternent entre le parc thermal et la villa de Lady Hurf.
Le découpage. La pièce est organisée en tableaux, mais pour la résumer, la fiche la divise en six moments, selon les grandes étapes de l'intrigue.
Plan de la fiche
La pièce en six moments
- Vichy s'ennuie
- Les faux grands d'Espagne
- Amours croisées à la villa
- L'invitation au bal
- La nuit du cambriolage
- Le dénouement
Étudier la pièce
- Les personnages : maîtres du jeu et pions
- Le comique : déguisements, rythme et musique
- Ce que la pièce rose cache de gris
- Avis
- Questions corrigées
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La pièce en six moments
1. Vichy s'ennuie
Dans le parc de la ville thermale, la clarinette joue. Les curistes passent. Parmi eux, Lady Hurf, une riche Anglaise âgée, et ses deux jeunes nièces, Eva et Juliette. Eva est belle et un peu blasée ; Juliette, la plus jeune, est rêveuse et romantique. Lord Edgard, vieux compagnon de Lady Hurf, distrait et maladroit, cherche sans cesse quelque chose qu'il a égaré.
Lady Hurf s'ennuie à mourir. Elle a tout vu, tout connu, et cherche une distraction. Elle la trouvera bientôt.
Dans ce même parc opère une petite bande de pickpockets : Peterbono, le chef, vieux et prudent ; Hector, le séducteur, qui se croit irrésistible ; Gustave, le plus jeune, timide et sincère. Ils volent des portefeuilles en se déguisant de toutes les façons possibles, avec plus d'enthousiasme que de talent.
Il y a aussi les Dupont-Dufort, père et fils, deux banquiers au bord de la ruine. Leur plan est simple : faire épouser à l'un d'eux une des nièces de Lady Hurf, pour mettre la main sur sa fortune.
2. Les faux grands d'Espagne
Les voleurs ont une idée ambitieuse : pour approcher la riche Anglaise, ils se déguisent en nobles espagnols ruinés. Peterbono se présente comme un duc, escorté de ses deux complices dans des rôles de seconde importance. Le déguisement est grossier.
Coup de théâtre : Lady Hurf feint de reconnaître le duc comme un vieil ami qu'elle aurait connu jadis. Elle l'accueille avec chaleur et invite toute la bande à séjourner dans sa villa. Les voleurs n'en reviennent pas de leur chance. Le spectateur, lui, soupçonne déjà que Lady Hurf n'est pas dupe : elle a trouvé son divertissement, et elle va jouer avec ces voleurs comme avec des marionnettes.
3. Amours croisées à la villa
Installés chez Lady Hurf, les voleurs pensent à leur butin, mais les sentiments s'en mêlent.
Gustave et Juliette. Le plus jeune des voleurs et la plus jeune des nièces tombent amoureux l'un de l'autre. C'est le seul amour vrai de la pièce. Gustave est gêné : il aime une jeune fille qu'il est venu voler.
Hector et Eva. Hector, qui avait séduit Eva au parc sous un autre déguisement, tente de la reconquérir. Mais il change si souvent de moustache et de costume qu'elle ne le reconnaît plus. Il passe une bonne partie de la pièce à essayer de retrouver le déguisement qui lui avait plu. La scène est l'une des plus drôles : le séducteur est prisonnier de ses propres masques.
Les Dupont-Dufort. Les deux banquiers, qui flairent la supercherie, essaient de démasquer les faux Espagnols pour éliminer des rivaux. Mais Lady Hurf protège ses invités, et les Dupont-Dufort se ridiculisent à chaque tentative.
4. L'invitation au bal
Lady Hurf annonce qu'elle emmène tout le monde au bal du casino. Le thème : les voleurs. Il faut y aller déguisé en cambrioleur. Les voleurs paniquent : comment se déguiser en ce qu'ils sont sans se trahir ? Ils hésitent, se disputent, finissent par s'accoutrer de costumes de voleurs de théâtre, plus voleurs que nature.
Peterbono, Hector et Gustave voient aussi dans ce bal une occasion idéale : pendant que la maison sera vide, on pourra la cambrioler. Gustave est chargé de rester et de faire le travail.
5. La nuit du cambriolage
Pendant le bal, Gustave, seul dans la villa, remplit ses sacs. Mais Juliette n'est pas partie : elle le surprend. Loin de le dénoncer, elle veut partir avec lui. Gustave hésite, refuse, cherche à la décourager en se montrant sous son vrai jour : un voleur, sans avenir à lui offrir. Juliette insiste. Ils s'enfuient ensemble, dans la nuit, avec le butin.
De leur côté, les Dupont-Dufort, déguisés eux aussi en voleurs pour le bal, voient leurs manœuvres se retourner contre eux, et ce sont eux qui finissent par passer pour des malfaiteurs.
6. Le dénouement
Au retour du bal, tout se découvre. Lady Hurf révèle qu'elle n'a jamais cru que Peterbono était un duc : elle a tout compris dès le premier jour et s'est amusée à faire jouer la comédie à tout le monde. Gustave et Juliette reviennent. Lady Hurf, plutôt que de les séparer, consent à leur amour et arrange les choses pour que le jeune voleur soit accepté.
La pièce se clôt sur un moment plus mélancolique : Lady Hurf, restée seule avec Lord Edgard, constate que le jeu est fini, que seuls les jeunes ont vécu une vraie histoire, et qu'elle va retrouver son ennui. La clarinette joue encore une fois.
Les personnages : maîtres du jeu et pions
Lady Hurf, la metteuse en scène. C'est le personnage central, même si elle n'est pas l'héroïne de l'intrigue amoureuse. Vieille, riche, lucide, elle s'ennuie et transforme les autres en acteurs de sa comédie. Elle est à la fois généreuse et un peu cruelle : elle s'amuse des gens. Sa mélancolie finale lui donne de la profondeur.
Lord Edgard, le distrait. Vieux gentleman qui égare tout, objets comme fil des conversations. Il apporte un comique de répétition, mais il est aussi le seul compagnon fidèle de Lady Hurf.
Juliette et Gustave, les vrais amoureux. Ils sont les seuls à ne pas jouer de rôle dans leur amour. Leur sincérité tranche sur le reste de la pièce.
Eva et Hector, les amoureux de comédie. Elle est lasse et capricieuse, lui vaniteux et ridicule. Leur relation est un jeu de masques.
Peterbono, le chef de bande. Vieux voleur prudent, il prend très au sérieux son rôle de duc et finit par y croire un peu.
Les Dupont-Dufort, les vrais escrocs. Ironie de la pièce : ces banquiers respectables sont plus malhonnêtes que les voleurs. Ils veulent voler une dot par un mariage. Anouilh les rend ridicules du début à la fin.
Le musicien. Personnage muet, il joue de la clarinette et accompagne l'action. Il donne à la pièce son caractère de ballet.
Le comique : déguisements, rythme et musique
Le comique de situation. Le déguisement est le ressort principal : voleurs en nobles, nobles en voleurs, banquiers en voleurs, Hector qui change sans cesse de tête. Les quiproquos naissent naturellement de cette accumulation.
Le comique de répétition. Lord Edgard qui cherche quelque chose, Hector qui essaie ses moustaches, les Dupont-Dufort qui échouent : les situations reviennent avec variations, comme des motifs musicaux.
Le comique de caractère. Chaque personnage est dessiné par un trait dominant : la vanité, la distraction, la cupidité, l'ennui. Ces traits sont grossis avec humour.
Le rythme et la musique. Les scènes s'enchaînent rapidement, avec des entrées et des sorties nombreuses, comme dans un vaudeville. La clarinette souligne les moments importants. La pièce se regarde comme un ballet de personnages qui se croisent, se poursuivent, se cherchent.
Le théâtre dans le théâtre. Presque tout le monde joue un rôle, et Lady Hurf est une metteuse en scène qui dirige ses acteurs sans qu'ils le sachent. La pièce parle de théâtre autant qu'elle en fait.
Ce que la pièce rose cache de gris
On pourrait lire Le Bal des voleurs comme une pure fantaisie. Pourtant, derrière la légèreté, Anouilh fait passer des idées plus sombres.
Les vrais voleurs ne sont pas ceux qu'on croit. Les pickpockets sont presque attendrissants. Les banquiers, eux, veulent s'emparer d'une fortune par le mariage. La pièce se moque de la respectabilité bourgeoise.
L'ennui des riches. Lady Hurf a tout, et c'est pourquoi elle s'ennuie. Elle a besoin des autres pour se sentir vivre. Son plaisir est celui d'une spectatrice, pas d'une actrice.
La jeunesse et la sincérité. Seuls Juliette et Gustave vivent quelque chose de vrai. Les autres jouent. Anouilh, dans ses pièces plus sombres, montrera souvent ce conflit entre la pureté des jeunes et les compromis des adultes.
La mélancolie. La fin laisse un goût doux-amer : le jeu s'arrête, et Lady Hurf retrouve sa solitude. C'est le petit nuage gris dans le ciel rose.
Avis
Le Bal des voleurs est une comédie rapide, inventive, qui se lit et se joue avec un grand plaisir. Les scènes de déguisement d'Hector et la panique des voleurs avant le bal sont très drôles. La pièce convient bien à une lecture en classe ou à une représentation scolaire, parce qu'elle demande du mouvement et des costumes.
On peut lui reprocher une intrigue un peu mince et des personnages parfois réduits à un trait. Mais ce n'est pas un défaut pour une comédie-ballet : ce qui compte, c'est le rythme et le jeu. Et le personnage de Lady Hurf, avec sa lucidité et sa tristesse cachée, donne à l'ensemble une profondeur inattendue. C'est elle qu'on retient.
Questions corrigées
1. Pourquoi peut-on dire que la pièce repose sur le déguisement ? Parce que presque tous les personnages portent un costume ou jouent un rôle : les voleurs se font passer pour des nobles espagnols, Hector change sans cesse d'apparence, tout le monde se déguise en voleur pour le bal. Le comique naît de ces masques superposés.
2. Pourquoi Lady Hurf accueille-t-elle les faux nobles ? Parce qu'elle s'ennuie. Elle a compris que ce sont des imposteurs, mais elle les invite pour se divertir et observer la comédie qu'elle organise.
3. Qui sont les vrais escrocs de la pièce ? Les Dupont-Dufort, banquiers ruinés qui cherchent à épouser une nièce de Lady Hurf pour sa fortune. Ils sont plus malhonnêtes que les pickpockets, qui sont presque sympathiques.
4. Quel rôle joue le musicien ? Il accompagne l'action à la clarinette, du début à la fin, sans parler. Il donne à la pièce son allure de ballet et souligne les moments clés.
5. Pourquoi la fin est-elle à la fois heureuse et mélancolique ? Heureuse, parce que Gustave et Juliette sont réunis avec l'accord de Lady Hurf. Mélancolique, parce que Lady Hurf, une fois le jeu terminé, retrouve son ennui et sa solitude.
Conclusion
Le Bal des voleurs fait tourner les masques à toute vitesse sous l'œil d'une vieille dame qui s'ennuie et d'un clarinettiste qui ne dit rien. Derrière la légèreté de la pièce rose se dessinent déjà les thèmes chers à Anouilh : la sincérité de la jeunesse, la comédie sociale, la solitude. Pour prolonger, on lira Léocadia, autre pièce rose d'Anouilh, ou Le Jeu de l'amour et du hasard de Marivaux, où les masques servent aussi à révéler les cœurs.
Bibliographie
- Jean Anouilh, Le Bal des voleurs, dans Pièces roses, La Table ronde.
- Jean Anouilh, Léocadia.
- Jean Anouilh, Antigone.
- Marivaux, Le Jeu de l'amour et du hasard.