Le Cid de Corneille : résumé acte par acte et fiche de lecture

2 341 mots · ≈8 pages · Lycée · Fiche de lecture

Fiche de lecture — Lycée (bac de français, objet d'étude « Le théâtre ») — environ 2 350 mots.

Présentation de l'œuvre

Auteur. Pierre Corneille (1606-1684), avocat rouennais venu au théâtre par la comédie (Mélite, L'Illusion comique). Le Cid fait de lui l'auteur le plus en vue de Paris ; suivront Horace, Cinna, Polyeucte.

Genre. Pièce en cinq actes et en alexandrins, créée au théâtre du Marais à la fin de l'année 1636 ou au tout début de 1637, publiée comme tragi-comédie : des personnages nobles, des dangers mortels, mais un dénouement heureux. Dans l'édition de 1660, Corneille la requalifie en tragédie et retouche certains passages.

Sources et contexte. Corneille s'inspire d'une pièce espagnole de Guillén de Castro, Las Mocedades del Cid (« les jeunesses du Cid »), elle-même tirée des légendes sur Rodrigo Díaz de Vivar, héros de la Reconquête. Le succès est immense, et il provoque la querelle du Cid : Scudéry et d'autres auteurs accusent la pièce de plagiat et d'invraisemblance, reprochent à Chimène d'accepter d'épouser le meurtrier de son père, et à Corneille d'entasser en vingt-quatre heures une querelle, deux duels, une bataille et des fiançailles. L'Académie française, saisie à l'initiative de Richelieu, rend ses Sentiments sur la pièce, qui reconnaissent ses beautés tout en condamnant ses écarts. Le contexte compte : la France est alors en guerre contre l'Espagne, et le pouvoir royal cherche à interdire les duels entre nobles.

Le fil conducteur de cette fiche : l'épée qui change de mains

On résume souvent Le Cid par le « dilemme » de Rodrigue. Nous suivrons plutôt un objet. L'épée passe de main en main, et chaque passage déplace le pouvoir : le vieux Don Diègue ne peut plus tenir la sienne, il la confie à son fils ; Rodrigue tend son épée à Chimène pour qu'elle le tue ; Don Sanche, au dernier acte, vient déposer la sienne aux pieds de Chimène. Entre-temps, une autre épée, celle du roi, sert à repousser les Maures. Suivre l'épée, c'est voir comment la vengeance privée finit par passer sous l'autorité du souverain.

Plan de la fiche

Résumé acte par acte

  • Acte I : un soufflet et une épée trop lourde
  • Acte II : le duel et les deux plaintes
  • Acte III : l'épée offerte à Chimène
  • Acte IV : la nuit des Maures et le piège du roi
  • Acte V : l'épée de Don Sanche

Analyse

  • Les personnages
  • Thèmes : honneur, amour, État
  • L'écriture : stances, récit, maximes
  • Avis argumenté
  • Questions de compréhension et corrigé

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Résumé acte par acte

Acte I : un soufflet et une épée trop lourde

À Séville, Chimène apprend de sa gouvernante Elvire une bonne nouvelle : son père, le comte Don Gomès, voit d'un bon œil son mariage avec Rodrigue, fils de Don Diègue. Le même jour, l'Infante, fille du roi, confie à Léonor qu'elle aime elle aussi Rodrigue ; elle a encouragé l'amour de Chimène pour se rendre cet homme interdit, puisqu'il n'est pas de sang royal.

Le roi Don Fernand choisit Don Diègue comme gouverneur de son fils. Le Comte, qui espérait cet honneur, est furieux. La dispute monte entre l'homme de guerre en pleine force et le vieillard couvert de gloire passée ; le Comte frappe Don Diègue au visage. Le vieillard tire l'épée, mais ses bras ne suivent plus : il est désarmé. Resté seul, il se lamente sur sa vieillesse, dans un monologue qui commence par « Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! ».

Il appelle son fils et lui pose la question qui décide de tout : « Rodrigue, as-tu du cœur ? » Puis il lui révèle le nom de l'offenseur, le père de Chimène, et lui remet son épée. L'arme passe d'une génération à l'autre.

Seul, Rodrigue chante ses stances : il pèse l'amour et l'honneur, envisage de mourir pour ne choisir ni l'un ni l'autre, puis se reprend. S'il ne venge pas son père, il perd aussi l'estime de Chimène. Il choisit l'honneur.

Acte II : le duel et les deux plaintes

Don Arias, envoyé du roi, demande au Comte de présenter des excuses. Le Comte refuse avec arrogance : un homme de sa valeur est indispensable à l'État. Rodrigue l'aborde. Le Comte, d'abord méprisant, voit un garçon qui n'a jamais combattu ; Rodrigue répond que le courage ne se compte pas en années : « aux âmes bien nées / La valeur n'attend point le nombre des années ». Ils sortent se battre.

Pendant ce temps, l'Infante tente de rassurer Chimène et se prend à rêver : si Rodrigue tue le Comte, il deviendra un héros, peut-être assez grand pour elle. Le roi, de son côté, s'irrite de la désobéissance du Comte et apprend que les Maures approchent.

On annonce la mort du Comte. Chimène, en larmes, se jette aux pieds du roi pour demander justice ; Don Diègue, en face, défend son fils et offre sa propre tête à la place de la sienne. Le roi diffère sa décision.

Acte III : l'épée offerte à Chimène

Rodrigue se rend chez Chimène, l'épée encore tachée du sang du Comte. Elvire le cache. Chimène rentre avec Don Sanche, qui lui offre de la venger ; elle le remercie sans s'engager. Seule avec Elvire, elle avoue qu'elle aime toujours Rodrigue, mais qu'elle le poursuivra pour être digne de son père, quitte à mourir après lui.

Rodrigue sort de sa cachette et lui tend son épée : qu'elle se venge elle-même. Elle refuse. Commence alors un long duo où chacun reconnaît que l'autre a fait ce qu'il devait : Rodrigue a vengé son père, Chimène doit poursuivre Rodrigue. Leur amour se dit à travers ce devoir même. Chimène a ce mot, d'une litote fameuse : « Va, je ne te hais point. » Ils se séparent sans s'être rien promis, sinon de rester fidèles chacun à son rôle.

Don Diègue retrouve son fils, l'embrasse et l'empêche de se laisser mourir. Les Maures arrivent par le fleuve, la nuit même ; des amis sont réunis chez lui. Qu'il prenne leur tête : s'il revient vainqueur, le roi lui devra son pardon.

Acte IV : la nuit des Maures et le piège du roi

Rodrigue a repoussé les Maures et fait deux rois prisonniers ; ce sont eux qui l'ont appelé « Cid », c'est-à-dire seigneur. Chimène, apprenant sa gloire, s'efforce de ranimer sa colère. L'Infante lui conseille de renoncer à la vengeance pour le bien du royaume.

Devant le roi, Rodrigue fait le récit de la bataille (scène 3). Il raconte comment la troupe, partie à cinq cents, s'est grossie de volontaires en chemin, comment on s'est caché au port dans l'ombre, et comment l'ennemi, surpris à la marée montante, a été mis en fuite. Le récit transforme un acte illégal (Rodrigue a pris les armes sans ordre) en service rendu à l'État.

Chimène vient renouveler sa plainte. Le roi lui tend un piège : il lui fait croire que Rodrigue est mort de ses blessures. Chimène s'évanouit. On la détrompe ; elle se reprend et réclame un duel judiciaire : elle épousera celui qui lui apportera la tête de Rodrigue. Don Sanche se présente. Le roi accepte, à contrecœur, et fixe une condition : quel que soit le vainqueur, Chimène l'épousera.

Acte V : l'épée de Don Sanche

Rodrigue vient dire adieu à Chimène : il ne se défendra pas, puisqu'elle souhaite sa mort. Chimène, effrayée, le supplie de se battre, et lâche le vers qui lui coûte tant : « Sors vainqueur d'un combat dont Chimène est le prix. » Rodrigue part, galvanisé.

L'Infante, de son côté, renonce définitivement à Rodrigue : elle le rendra à Chimène plutôt que de trahir son rang.

Don Sanche paraît devant Chimène, l'épée à la main. Croyant Rodrigue mort, elle l'accable d'injures et avoue publiquement, devant le roi, qu'elle aimait Rodrigue. La vérité éclate : Rodrigue a désarmé Don Sanche et l'a épargné, en le chargeant de porter son épée à Chimène. Le roi déclare que Chimène doit épouser le vainqueur. Elle objecte qu'elle ne peut, le jour même, épouser le meurtrier de son père. Le roi lui accorde un délai d'un an et envoie Rodrigue combattre les Maures sur leurs terres. Le dernier mot appartient au souverain, qui conseille de s'en remettre au temps, à la vaillance de Rodrigue et à son roi.

Les personnages

Rodrigue. Jeune noble qui n'a jamais combattu. En une journée, il tue le premier guerrier du royaume, sauve Séville et épargne un rival. Il se définit par le refus de déchoir aux yeux des autres et de Chimène. Il est moins un héros du devoir sans état d'âme qu'un amoureux qui croit ne mériter Chimène qu'en lui faisant violence.

Chimène. Le personnage le plus difficile du texte. Elle aime Rodrigue et le poursuit, elle réclame sa mort et s'évanouit à la nouvelle de sa mort. Les critiques du XVIIe siècle l'ont trouvée indécente ; on peut au contraire voir en elle une héroïne qui tient jusqu'au bout une position intenable, avec une constance égale à celle de Rodrigue.

Don Diègue. Le père, ancien héros. Son humiliation lance l'action. Pour lui, l'honneur de la famille passe avant tout, y compris le bonheur de son fils, à qui il propose sans délicatesse de remplacer une maîtresse par une autre.

Le Comte (Don Gomès). Guerrier orgueilleux qui se croit au-dessus du roi. Sa mort marque la fin d'une noblesse qui se fait justice elle-même.

Don Fernand. Premier roi de Castille, souverain prudent et parfois ironique. Il ne cesse de différer ses décisions et d'organiser la réconciliation. C'est lui qui transforme la vengeance en service de l'État.

L'Infante. Personnage souvent coupé à la scène, mais essentiel : elle vit la même tension que les héros, entre l'amour et le rang, et choisit le sacrifice.

Don Sanche. Amoureux de Chimène, champion sans chance ; il sert surtout à rendre possible le dénouement.

Thèmes : honneur, amour, État

L'honneur. C'est la valeur qui fonde la noblesse : une offense doit être lavée dans le sang, sous peine de déchoir. Mais la pièce montre le prix de cette morale. Un soufflet suffit à détruire deux familles.

L'amour. Chez Corneille, l'amour n'est pas une faiblesse : on aime ce qui est digne d'estime. Rodrigue sait que Chimène le mépriserait s'il ne vengeait pas son père. L'amour et l'honneur sont donc moins opposés qu'il n'y paraît : chacun aime l'autre parce qu'il fait son devoir.

L'État et le roi. Le duel est une affaire privée ; la guerre contre les Maures, une affaire publique. Le déplacement de l'épée de Rodrigue, du duel vers la bataille, puis du duel judiciaire vers une nouvelle campagne, montre la noblesse mise au service de la couronne. À l'époque de Richelieu, qui fait condamner les duellistes, la leçon est claire.

Le temps. Une seule journée, épuisante, puis un an de délai : la pièce oppose la précipitation de l'honneur à la patience politique.

L'écriture : stances, récit, maximes

Les stances. À la fin de l'acte I, Rodrigue s'exprime en strophes lyriques aux vers de longueurs variées, où le nom de Chimène revient à la rime, face au mot « peine ». La forme met en scène l'hésitation : le personnage tourne en rond avant de trancher.

Le récit. À l'acte IV, Rodrigue rapporte la bataille au lieu qu'on la montre. Le récit utilise le présent de narration, le passage du « je » au « nous », les effets de lumière (la nuit étoilée, puis l'aube) : il fait voir sans montrer.

Les maximes et la stichomythie. Dans les affrontements (Don Diègue et le Comte, Rodrigue et le Comte), les répliques se coupent vers à vers. Les personnages lancent des formules générales sur la valeur, l'âge, la naissance, qui ont fait la célébrité de la pièce.

La litote. « Va, je ne te hais point » dit beaucoup en disant peu : Chimène ne peut avouer son amour, elle nie seulement la haine.

Avis argumenté

Le Cid surprend d'abord par sa vitesse : en vingt-quatre heures, on passe du projet de mariage au duel, à la bataille, au procès. Les reproches de l'Académie se comprennent, et la fin peut sembler artificielle. Mais cette accélération sert la pièce : les personnages n'ont jamais le temps de souffler, et c'est dans cette urgence qu'ils se révèlent. Ce qui touche surtout, c'est la manière dont deux jeunes gens doivent réparer une querelle qui n'est pas la leur. On pense, en lisant, aux héritiers d'une rivalité familiale qui se rencontrent et s'aiment malgré tout, comme dans Roméo et Juliette, à la différence que Corneille refuse la mort des amants et préfère l'attente. On peut juger ce dénouement trop optimiste ; il a le mérite de laisser la question ouverte.

Questions de compréhension et corrigé

1. Pourquoi le soufflet est-il si grave ? Dans la morale aristocratique, une offense publique déshonore l'homme et toute sa famille. Don Diègue, trop vieux pour se battre, ne peut la laver qu'à travers son fils.

2. Que montrent les stances de Rodrigue ? Elles montrent un débat intérieur : Rodrigue envisage toutes les issues, y compris la mort, avant de comprendre que perdre l'honneur, c'est aussi perdre Chimène. Le choix final n'est pas un renoncement à l'amour.

3. Pourquoi Chimène refuse-t-elle l'épée que lui tend Rodrigue ? Elle l'aime trop pour le frapper, et elle veut une vengeance légitime, obtenue par la justice du roi. Le geste de Rodrigue lui permet aussi de dire, à mots couverts, ses sentiments.

4. Quel rôle joue la bataille contre les Maures ? Elle transforme Rodrigue de meurtrier en sauveur. Le roi ne peut plus condamner celui qui a défendu le royaume. La vengeance privée cède la place au service de l'État.

5. Le dénouement est-il heureux ? Il l'est en promesse : le mariage est annoncé mais différé d'un an, et Rodrigue repart à la guerre. Chimène n'a pas consenti en paroles. La fin est donc ouverte et confie au temps et au roi ce que les personnages ne peuvent résoudre.

Conclusion

Le Cid met en scène une jeunesse qui hérite d'une querelle et la transforme en épreuve de grandeur. Le parcours de l'épée, du vieillard humilié au jeune vainqueur puis aux pieds de Chimène, montre comment une morale de la vengeance se plie peu à peu à la loi du souverain. Pour prolonger, on peut lire Horace, où l'honneur exige un sacrifice encore plus cruel, ou comparer avec Antigone d'Anouilh, autre héroïne prise entre la famille et l'État.

Bibliographie

  • Pierre Corneille, Le Cid.
  • Guillén de Castro, Las Mocedades del Cid.
  • Paul Bénichou, Morales du grand siècle, Gallimard.
  • Serge Doubrovsky, Corneille et la dialectique du héros, Gallimard.