Le Médecin malgré lui de Molière : résumé acte par acte et fiche de lecture

2 078 mots · ≈7 pages · Collège · Fiche de lecture

Fiche de lecture — Collège (5e-4e, la comédie) — environ 2 200 mots.

Carte d'identité de la pièce

Auteur Molière (Jean-Baptiste Poquelin, 1622-1673)
Titre Le Médecin malgré lui
Genre Comédie en prose, proche de la farce
Création 1666, à Paris, par la troupe de Molière, qui joue lui-même Sganarelle
Structure Trois actes
Lieux Une forêt, puis la maison de Géronte, un riche bourgeois

Molière et son temps. Molière est à la fois auteur, acteur et chef de troupe, protégé par Louis XIV. Il a connu de grands succès, mais aussi des scandales : Tartuffe vient d'être interdit, et Le Misanthrope, joué la même année que Le Médecin malgré lui, plaît moins au public qu'il ne l'espérait. Cette petite comédie, rapide et joyeuse, rencontre au contraire un succès immédiat.

Une farce élégante. La farce est un genre populaire hérité du Moyen Âge : personnages simples, coups de bâton, ruses, plaisanteries grossières. Molière en garde l'énergie, mais il y ajoute une satire très précise : celle des médecins de son époque, qui cachent leur ignorance derrière le latin, le costume et les grands mots. Ce thème revient souvent chez lui, jusqu'au Malade imaginaire.

Le point de départ. Un bûcheron ivrogne bat sa femme ; pour se venger, celle-ci le fait passer pour un grand médecin qui n'avoue son talent que sous les coups. Le voilà obligé de soigner une jeune fille devenue muette.

Comment se présente la fiche

Le résumé suit la pièce acte par acte, en signalant les grands moments de chaque acte plutôt que chaque scène, pour rester lisible.

Résumé

  • Acte I : la dispute, la vengeance de Martine et la bastonnade
  • Acte II : le faux médecin chez Géronte
  • Acte III : le déguisement de Léandre, l'enlèvement et le dénouement

Étude

  • Galerie des personnages
  • Le rire sous toutes ses formes
  • Ce que Molière dénonce
  • Un mot sur la langue de la pièce
  • Notre avis
  • Quiz corrigé

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Résumé de la pièce

Acte I : la dispute, la vengeance et la bastonnade

La pièce s'ouvre en pleine querelle. Sganarelle, bûcheron qui boit et dépense tout l'argent du ménage, se dispute avec sa femme Martine. Il se vante d'avoir servi un fameux médecin et de savoir un peu de latin. Martine lui reproche de vendre les meubles et de laisser ses enfants sans pain. La dispute finit comme souvent : Sganarelle prend un bâton et bat sa femme.

Un voisin, M. Robert, intervient pour défendre Martine. Mal lui en prend : c'est Martine qui se retourne contre lui et lui reproche de se mêler de ce qui ne le regarde pas ; elle affirme même qu'elle veut être battue. Sganarelle, à son tour, chasse M. Robert à coups de bâton. Le mari et la femme se réconcilient en apparence.

Mais Martine, restée seule, jure de se venger. L'occasion se présente aussitôt : deux domestiques, Valère et Lucas, cherchent un médecin pour la fille de leur maître Géronte, qui a perdu la parole. Martine leur explique qu'elle connaît un médecin extraordinaire, capable de miracles, mais très bizarre : il refuse d'avouer sa science tant qu'on ne l'a pas roué de coups. Elle cite des guérisons prodigieuses qu'il aurait faites. Les deux valets la croient.

Ils trouvent Sganarelle en train de couper du bois et de chanter en buvant. Ils lui demandent s'il est médecin ; il nie. Ils le battent ; il finit par accepter tout ce qu'on veut pour que les coups cessent. « Médecin » malgré lui, il suit les valets.

Acte II : le faux médecin chez Géronte

Chez Géronte, on découvre Jacqueline, la nourrice, épouse de Lucas. Elle a son franc-parler : selon elle, la vraie maladie de Lucinde, c'est qu'on veut la marier à un homme qu'elle n'aime pas, alors qu'elle aime le jeune Léandre. Géronte refuse de l'écouter : Léandre n'est pas assez riche.

Sganarelle arrive, vêtu d'une robe de médecin. Il commence par donner des coups de bâton à Géronte, pour lui rendre la pareille. Puis il remarque Jacqueline et la courtise ouvertement, à la grande colère de Lucas, son mari.

On amène Lucinde, qui ne s'exprime que par des sons inarticulés. Sganarelle l'examine avec un sérieux comique, puis livre son diagnostic : si elle ne parle pas, c'est qu'elle est muette. Il se lance ensuite dans un raisonnement savant, truffé de mots latins sans suite et d'explications absurdes sur les humeurs et les vapeurs. Géronte, ébloui, relève seulement une erreur : Sganarelle a placé le cœur à droite et le foie à gauche. Le faux médecin répond sans se troubler que la médecine moderne a « changé tout cela ». Il prescrit enfin un remède ridicule : du pain trempé dans du vin. Géronte le paie ; Sganarelle fait mine de refuser, mais empoche l'argent.

À la fin de l'acte, Léandre aborde Sganarelle. Il lui avoue que la maladie de Lucinde est feinte : elle fait la muette pour échapper au mariage. Il lui demande de l'aider à approcher la jeune fille et le paie. Sganarelle accepte.

Acte III : le déguisement, l'enlèvement et le dénouement

Léandre se présente déguisé en apothicaire. Sganarelle lui avoue alors qu'il n'est pas médecin du tout, mais qu'il trouve le métier excellent : on est payé quoi qu'il arrive, et un mort ne vient jamais se plaindre de celui qui l'a soigné. Avant d'entrer chez Géronte, Sganarelle reçoit deux paysans, Thibaut et son fils Perrin, venus le consulter pour une mère malade. Il les écoute à peine, prend leur argent et leur donne un « remède » inventé, un morceau de fromage. On voit que le bûcheron a déjà pris goût à son nouveau rôle.

Il recommence à courtiser Jacqueline. Puis il mène son « apothicaire » auprès de Lucinde. Pendant que Sganarelle occupe Géronte par un discours, Léandre parle à la jeune fille. Lucinde retrouve soudain la parole : avec une grande vivacité, elle déclare à son père qu'elle refuse d'épouser Horace et qu'elle n'aimera que Léandre. Géronte, accablé par ce flot de paroles, en vient presque à regretter qu'elle soit guérie. Sganarelle propose alors une nouvelle « médecine » : une promenade avec l'apothicaire. Les deux jeunes gens s'enfuient ensemble.

Lucas, jaloux, révèle à Géronte que l'apothicaire était Léandre et que le médecin a tout organisé. Géronte, furieux, envoie chercher la justice ; Sganarelle risque d'être pendu. Martine arrive à ce moment : en apprenant que son mari risque la corde, elle se lamente, et affirme qu'elle restera pour l'encourager jusqu'au bout, ce qui ne le console guère.

Coup de théâtre : Léandre et Lucinde reviennent. Léandre annonce qu'il vient d'hériter de son oncle. Géronte, qui ne regardait que l'argent, accepte aussitôt le mariage. Sganarelle est sauvé. Il pardonne à Martine les coups qu'elle lui a valu, mais lui demande désormais le respect dû à un homme de sa qualité : un médecin.

Galerie des personnages

Sganarelle. Le cœur de la pièce. Ivrogne, paresseux, brutal, mais plein d'esprit et d'aplomb. Il découvre qu'il suffit d'une robe et de quelques mots latins pour être respecté et payé. Il est à la fois victime (on le force) et profiteur (il y prend goût). Le spectateur l'aime pour sa vitalité.

Martine. Femme battue, mais pas soumise : elle invente toute l'intrigue. Sa vengeance est spirituelle et efficace. Elle n'est pas pour autant une victime idéale, puisqu'elle prend le parti de son mari contre le voisin qui veut l'aider.

Géronte. Le père avare et autoritaire, type traditionnel de la comédie. Il veut marier sa fille pour l'argent et croit tout ce que dit le faux médecin. Son nom, formé sur un mot grec qui désigne le vieillard, le classe d'emblée.

Lucinde et Léandre. Les jeunes amoureux contrariés. Lucinde montre une vraie détermination en jouant la muette ; Léandre, un peu pâle, compte sur la ruse et la chance.

Valère et Lucas. Les valets naïfs qui transforment Sganarelle en médecin. Lucas parle un patois paysan qui fait rire ; il est jaloux de sa femme.

Jacqueline. La nourrice au bon sens populaire. Elle voit juste dès le début sur la « maladie » de Lucinde.

M. Robert, Thibaut et Perrin. Rôles brefs, mais chacun illustre un aspect de la pièce : la bêtise de vouloir intervenir entre mari et femme, la crédulité des pauvres face aux médecins.

Le rire sous toutes ses formes

On distingue traditionnellement quatre formes de comique, et la pièce les utilise toutes.

  • Comique de gestes : les coups de bâton, toujours rendus (Sganarelle bat Martine, puis M. Robert, il est battu par les valets, puis bat Géronte) ; les tentatives d'embrasser la nourrice.
  • Comique de mots : le faux latin, les raisonnements absurdes, le patois de Lucas et de Jacqueline, les répétitions.
  • Comique de situation : le quiproquo initial (on prend un bûcheron pour un médecin), l'arroseur arrosé (M. Robert), le déguisement de Léandre, la guérison qui accable le père.
  • Comique de caractère : l'avarice de Géronte, l'aplomb de Sganarelle, la crédulité générale.

La structure elle-même est comique : le mensonge de Martine produit toute l'action, et le hasard final (l'héritage) règle tout d'un coup, sans vraisemblance. Molière ne cherche pas à faire croire ; il cherche le rythme.

Ce que Molière dénonce

L'imposture médicale. C'est la cible principale. Si un bûcheron peut passer pour un grand médecin, c'est que la médecine de l'époque repose sur l'apparence : robe, chapeau, latin, assurance. Le diagnostic qui consiste à dire qu'une muette ne parle pas parce qu'elle est muette résume cette science qui tourne en rond. Sganarelle remarque que les médecins sont payés même quand le malade meurt : la satire est grinçante.

La crédulité. Ceux qui se laissent duper sont aussi visés : Géronte, admiratif devant ce qu'il ne comprend pas, et les paysans qui donnent leurs économies.

Le mariage forcé et le pouvoir de l'argent. Géronte veut marier Lucinde contre son gré, puis change d'avis dès que Léandre devient riche. Molière, comme souvent, prend le parti des jeunes gens.

La violence conjugale. La pièce montre un mari qui bat sa femme ; à l'époque, la scène faisait rire. Le lecteur d'aujourd'hui peut la lire avec plus de recul : Martine, en tout cas, ne se laisse pas faire, et la vengeance retourne la violence contre celui qui l'exerçait.

Un mot sur la langue de la pièce

La pièce est écrite en prose, comme la plupart des farces de Molière. Les répliques sont courtes, vives, souvent en échanges rapides. Molière fait entendre plusieurs niveaux de langue : le parler populaire de Sganarelle et Martine, le patois de Lucas et Jacqueline, le jargon pseudo-savant du médecin. Ce mélange est une source de comique, mais aussi une façon de montrer que le langage peut servir à tromper.

Notre avis

Le Médecin malgré lui est une excellente porte d'entrée dans le théâtre de Molière : l'intrigue est simple, les scènes s'enchaînent vite, et le rire fonctionne encore. Il faut la lire en imaginant le jeu des acteurs, les coups, les mimiques, car c'est un texte fait pour la scène.

On peut regretter que certains personnages, comme Léandre, restent un peu effacés, et que le dénouement repose sur un hasard très commode. Mais ces défauts appartiennent à la comédie de l'époque. L'essentiel est ailleurs : derrière la farce, Molière pose une question sérieuse, celle de la confiance aveugle accordée à ceux qui parlent savamment.

Quiz corrigé

1. Pourquoi Martine veut-elle se venger de Sganarelle ? Parce qu'il l'a battue au début de la pièce. Elle cherche un moyen de lui rendre les coups.

2. Quel mensonge raconte-t-elle à Valère et Lucas ? Elle prétend que Sganarelle est un médecin génial qui n'avoue sa science que si on le bat. Ainsi, les valets le battront à sa place.

3. De quoi souffre Lucinde, et quelle est la vraie raison de sa maladie ? Elle est muette en apparence. En réalité, elle fait semblant pour éviter d'épouser Horace, l'homme choisi par son père, car elle aime Léandre.

4. Comment Sganarelle répond-il quand Géronte remarque qu'il a inversé le cœur et le foie ? Il affirme que c'était vrai autrefois, mais que la médecine moderne a changé tout cela. Molière se moque de l'aplomb des médecins.

5. Qu'est-ce qui permet le dénouement heureux ? Léandre hérite de son oncle. Géronte, qui ne pensait qu'à l'argent, accepte alors le mariage et renonce à faire pendre Sganarelle.

Conclusion

Sous ses airs de farce, Le Médecin malgré lui est une comédie très construite : une vengeance conjugale déclenche une imposture, qui sert à son tour une histoire d'amour contrariée. Molière y mêle toutes les formes du rire et une satire mordante des médecins et des pères avares. Pour prolonger, on lira Le Malade imaginaire, où le thème de la médecine est repris dans une comédie plus ample, ou Les Fourberies de Scapin, autre grand rôle de valet rusé.

Bibliographie

  • Molière, Le Médecin malgré lui.
  • Molière, Le Malade imaginaire.
  • Molière, Les Fourberies de Scapin.
  • Georges Forestier, Molière, Gallimard.