Le Roman de Renart : résumé des épisodes et fiche de lecture

2 188 mots · ≈7 pages · Collège · Fiche de lecture

Fiche de lecture d'une œuvre médiévale : présentation, résumé des épisodes les plus étudiés, personnages, thèmes, écriture et questions corrigées — collège (6e-5e) — environ 2 300 mots.

Présentation de l'œuvre

Dans beaucoup de cours de récréation, il existe un élève qui se sort de tout par une histoire inventée sur le moment, et que les plus costauds n'arrivent jamais à coincer. Les adultes le grondent, les camarades l'admirent un peu. Renart est ce personnage-là, version Moyen Âge : petit, roux, toujours affamé, il triomphe des plus forts par la ruse et la parole.

Une œuvre sans auteur unique. Le Roman de Renart n'est pas un roman au sens moderne. C'est un ensemble de récits en vers, appelés branches, écrits en ancien français par des auteurs différents, entre la fin du XIIe siècle et le milieu du XIIIe. Les plus anciennes sont attribuées à Pierre de Saint-Cloud ; la plupart des autres auteurs sont restés anonymes. Les branches sont écrites en octosyllabes (vers de huit syllabes) et racontent chacune une ou plusieurs aventures du goupil.

Un succès considérable. Le personnage a tant plu que son nom propre, Renart, a remplacé le vieux mot « goupil » pour désigner l'animal : c'est de là que vient notre mot « renard ».

Le genre. On parle d'épopée animale ou de récit parodique : les animaux y parlent et se conduisent comme des seigneurs, des paysans, des moines. Les auteurs s'amusent à imiter les chansons de geste et les romans de chevalerie, mais pour raconter des histoires de poules volées et de loups battus.

Les éditions scolaires. Il n'existe pas d'ordre unique des épisodes. Chaque édition pour le collège choisit ses épisodes, les traduit en français moderne et les numérote à sa façon. Le résumé ci-dessous présente les aventures les plus souvent retenues ; vérifiez l'ordre et les titres dans votre propre livre.

Plan de la fiche

  1. Résumé des épisodes les plus étudiés
    • Renart et Chantecler le coq ;
    • Renart et la mésange ;
    • Renart et Tiécelin le corbeau ;
    • Renart et les anguilles ;
    • Ysengrin moine, la pêche à la queue ;
    • Renart et Ysengrin dans le puits ;
    • Le jugement de Renart.
  2. Les personnages : un royaume d'animaux
  3. Les thèmes : la faim, la ruse, la satire
  4. L'écriture
  5. Avis argumenté
  6. Questions corrigées

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I. Résumé des épisodes les plus étudiés

1. Renart et Chantecler le coq

Renart se glisse dans la ferme bien close d'un riche paysan, Constant des Noës, où vivent des poules et leur seigneur, le coq Chantecler. Les poules l'aperçoivent et donnent l'alerte, mais Chantecler, sûr de lui, se moque de leurs craintes. Pourtant, en somnolant, il fait un rêve inquiétant : il se voit enveloppé d'une pelisse rousse dont le col le serre. Pinte, la poule la plus sage, comprend que la pelisse est la fourrure d'un goupil, et le col sa gueule.

Renart s'approche et flatte le coq : son père, dit-il, chantait merveilleusement, les yeux fermés, d'une voix qu'on entendait de loin. Chantecler, vexé d'être comparé, ferme les yeux pour chanter plus fort. Renart le saisit au cou et s'enfuit. Les paysans le poursuivent en criant. Le coq, malin à son tour, conseille à Renart de répondre à leurs insultes. Renart ouvre la gueule pour les narguer : Chantecler s'échappe et se réfugie sur un arbre. Le trompeur a été trompé.

2. Renart et la mésange

Renart rencontre une mésange perchée sur un arbre. Il lui propose de lui donner le baiser de paix, en expliquant que le roi a fait proclamer une paix générale entre les animaux. Pour la rassurer, il promet de fermer les yeux. La mésange, méfiante, descend et lui frôle les moustaches avec des feuilles ou de la mousse. Renart claque des mâchoires dans le vide. Il a beau jurer que c'était une plaisanterie, l'oiseau ne se laisse plus approcher.

3. Renart et Tiécelin le corbeau

Le corbeau Tiécelin a volé un beau fromage et s'est installé sur une branche pour le manger. Renart, au pied de l'arbre, le salue avec respect et lui demande de chanter, en vantant la voix de son père. Tiécelin, flatté, chante une fois, puis une autre, de plus en plus fort, et le fromage finit par tomber. Mais Renart en veut davantage : il prétend avoir une patte blessée et supplie le corbeau de descendre pour éloigner de lui ce fromage dont l'odeur l'incommode. Tiécelin s'approche ; Renart bondit et ne lui arrache que quelques plumes. Le corbeau s'envole, Renart garde le fromage.

On reconnaît ici le schéma d'une fable très ancienne, que La Fontaine reprendra plus tard dans Le Corbeau et le Renard ; mais l'épisode médiéval est plus long et plus cruel.

4. Renart et les anguilles

En plein hiver, Renart n'a plus rien à manger. Il voit approcher une charrette de marchands de poisson. Il s'allonge au milieu du chemin et fait le mort. Les marchands, ravis de trouver une belle fourrure à vendre, le jettent sur leur charrette. Pendant le trajet, Renart dévore des harengs, se passe des colliers d'anguilles autour du cou et saute à terre en se moquant des marchands. Il rentre chez lui, à Maupertuis, où sa femme Hermeline et ses fils font griller les anguilles.

5. Ysengrin moine et la pêche à la queue

L'odeur attire le loup Ysengrin, oncle de Renart, qui frappe à la porte. Renart refuse de lui ouvrir : il prétend être devenu moine dans un couvent où n'entrent que les religieux. Il lui passe deux morceaux d'anguille, qu'Ysengrin trouve délicieux. Pour en avoir davantage, le loup accepte de devenir moine à son tour. Renart lui fait passer la tête par un trou et lui verse de l'eau bouillante sur le crâne : c'est la « tonsure ». Ysengrin, brûlé, se croit pourtant entré en religion.

Renart l'emmène ensuite pêcher dans un étang gelé. Il lui attache un seau à la queue et le fait plonger dans un trou de la glace en lui recommandant d'attendre que les poissons s'y accumulent. Toute la nuit, l'eau gèle autour du seau. Au matin, Ysengrin est prisonnier de la glace. Des chasseurs arrivent avec leurs chiens ; dans la bagarre, un coup d'épée destiné au loup lui tranche la queue. Ysengrin s'enfuit, mutilé, en jurant de se venger.

6. Renart et Ysengrin dans le puits

Assoiffé, Renart arrive près d'un puits, dans l'enclos d'une abbaye. Deux seaux y pendent, attachés à la même corde : quand l'un descend, l'autre remonte. Penché au bord, Renart voit son propre reflet, le prend pour sa femme Hermeline et saute dans un seau pour la rejoindre. Le voilà au fond, sans moyen de remonter.

Ysengrin passe à son tour, regarde dans le puits et croit voir sa femme Hersent avec Renart. Renart lui explique qu'il est mort et qu'il se trouve au paradis, où l'on mange à volonté. Il suffit de monter dans le seau du haut. Ysengrin, plus lourd, descend ; Renart remonte et le croise à mi-hauteur en se moquant de lui. Au matin, les moines découvrent le loup au fond du puits, le remontent et le rouent de coups.

7. Le jugement de Renart

Le roi Noble, le lion, tient sa cour. Ysengrin porte plainte contre Renart, qui a outragé sa femme Hersent. Le roi hésite, et certains barons prennent la défense du goupil. Mais voici qu'arrivent Chantecler et Pinte, en larmes, portant sur une civière le corps de dame Coupée, une poule tuée par Renart. Devant ce crime, le roi décide de convoquer le coupable.

Il envoie d'abord l'ours Brun. Renart lui promet du miel et le conduit à un tronc de chêne qu'un certain Lanfroi, occupé à fendre du bois, maintenait ouvert avec des coins. Brun y glisse le museau et les pattes, Renart retire les coins, et l'ours reste coincé. Les villageois accourent et le battent ; il ne se libère qu'en laissant une partie de sa peau. Le chat Tibert est envoyé ensuite. Renart l'entraîne chez un prêtre pour chasser des souris, et Tibert se fait prendre dans un collet. Enfin, le blaireau Grimbert, cousin de Renart, réussit à le ramener à la cour.

Renart est condamné à être pendu. Au pied du gibet, il fait mine de se repentir et demande la permission de partir en pèlerinage pour expier ses fautes. On le laisse aller, avec le bâton et la besace du pèlerin. À peine hors d'atteinte, il se moque de la cour, jette ses insignes de pèlerin et retourne à Maupertuis.

II. Les personnages : un royaume d'animaux

Animal Nom Ce qu'il représente
Goupil Renart le baron rusé et rebelle
Loup Ysengrin le seigneur fort mais sot
Louve Hersent l'épouse d'Ysengrin
Renarde Hermeline l'épouse de Renart
Lion Noble le roi
Ours Brun le baron puissant et gourmand
Chat Tibert un rusé qui trouve plus rusé que lui
Blaireau Grimbert le cousin fidèle de Renart
Coq Chantecler le seigneur de la basse-cour, vaniteux
Poule Pinte la sage, victime de Renart
Corbeau Tiécelin le vaniteux flatté

Renart n'est pas un héros au sens moral : il ment, vole, blesse, trahit même sa famille. Mais il agit d'abord par faim, et il triomphe de plus forts que lui. Le lecteur rit avec lui plus souvent qu'il ne le condamne.

Ysengrin est son grand rival. Plus fort, il est aussi plus naïf et plus avide : il tombe dans tous les pièges parce qu'il veut manger sans réfléchir.

Noble incarne un pouvoir royal hésitant, facilement trompé, qui rend une justice imparfaite.

III. Les thèmes

La faim

Presque tous les épisodes commencent par un ventre vide. Le Moyen Âge connaît les disettes, et la nourriture est un enjeu vital. Renart est rusé parce qu'il a faim ; Ysengrin est sot parce que sa gourmandise l'aveugle.

La ruse contre la force

Renart, plus petit que le loup, l'ours ou le lion, compense par l'intelligence et la parole. La flatterie est son arme favorite : il exploite la vanité de Chantecler et de Tiécelin. Mais la ruse n'est pas toujours gagnante : le coq et la mésange le battent sur son propre terrain.

La satire de la société féodale

Les animaux reproduisent l'organisation médiévale : un roi, des barons, une cour de justice, des paysans, des moines. Les auteurs se moquent ainsi des seigneurs violents, de la justice qu'on peut manipuler, des religieux qui pensent surtout à manger, des paysans brutaux. La tonsure d'Ysengrin ou le faux pèlerinage de Renart tournent en dérision les pratiques religieuses.

La parodie

Le procès de Renart imite les grandes scènes de cour des chansons de geste ; l'enterrement de Coupée imite les funérailles d'un héros. Ce décalage entre le ton noble et le sujet animal crée le comique.

IV. L'écriture

  • Le vers : les branches originales sont en octosyllabes à rimes plates. Les éditions scolaires les traduisent souvent en prose.
  • L'anthropomorphisme : les animaux gardent leurs traits physiques (le goupil roux, le loup affamé, le coq qui chante) mais parlent, raisonnent et ont des titres comme les humains.
  • Le comique : de situation (le trompeur trompé), de gestes (coups de bâton, chutes), de mots (flatteries, mensonges énormes).
  • Les épisodes autonomes : chaque aventure forme un petit récit complet, avec situation initiale, ruse, péripéties et dénouement. On peut les lire séparément.

V. Avis argumenté

Le Roman de Renart surprend d'abord le lecteur moderne : le héros est méchant et l'on rit pourtant avec lui. Cette ambiguïté fait sa richesse. Les épisodes sont courts, rythmés, faciles à suivre, et leurs situations restent drôles huit siècles plus tard : un loup qui pêche avec sa queue, un ours coincé dans un tronc ne demandent aucune connaissance historique pour faire sourire.

On peut trouver certaines scènes violentes, et la répétition des mêmes ruses lasse parfois quand on lit beaucoup d'épisodes à la suite. Mais derrière les farces se cache une vraie critique des puissants : un petit animal ridiculise un roi, un ours, un loup. C'est sans doute ce qui explique l'attachement durable des lecteurs à ce goupil qui ne respecte rien.

VI. Questions corrigées

1. Pourquoi dit-on que le Roman de Renart n'a pas un seul auteur ? Parce qu'il est composé de branches écrites par plusieurs auteurs, souvent anonymes, sur une longue période. Pierre de Saint-Cloud est le plus ancien auteur connu.

2. Quelle ruse Renart utilise-t-il contre Chantecler et Tiécelin ? La flatterie : il vante la voix de leur père pour les pousser à chanter. Chantecler ferme les yeux et se fait prendre ; Tiécelin ouvre le bec et lâche son fromage.

3. Comment Chantecler se tire-t-il d'affaire ? Il retourne la ruse contre Renart : il lui conseille de répondre aux paysans qui le poursuivent. Dès que Renart ouvre la gueule pour parler, le coq s'échappe.

4. Pourquoi Ysengrin tombe-t-il toujours dans les pièges de Renart ? Parce qu'il est gourmand et naïf. La promesse de nourriture l'empêche de réfléchir : il accepte la tonsure pour des anguilles et descend dans le puits pour un prétendu paradis.

5. En quoi le Roman de Renart critique-t-il la société de son temps ? Les animaux représentent les différents groupes sociaux. Le roi est trompé, les barons sont ridiculisés, les moines et les pèlerinages sont parodiés, les paysans sont montrés brutaux. Le rire permet de critiquer sans attaquer directement.

Bibliographie

  • Le Roman de Renart, édition bilingue d'Armand Strubel et collaborateurs, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade ».
  • Le Roman de Renart, édition bilingue de Jean Dufournet et Andrée Méline, GF-Flammarion.
  • Jean de La Fontaine, Fables, livre I, « Le Corbeau et le Renard ».