Pantagruel de Rabelais : résumé par épisodes et fiche de lecture

2 490 mots · ≈8 pages · Lycée · Fiche de lecture

Fiche de lecture — récit comique de la Renaissance — lycée — environ 2 500 mots.

Situer l'œuvre

L'auteur. François Rabelais, né à la fin du XVe siècle en Touraine et mort en 1553, a été moine, d'abord chez les franciscains puis chez les bénédictins, avant de quitter le cloître et d'étudier la médecine à Montpellier. Il exerce comme médecin à Lyon au moment où il publie son premier récit. Helléniste, juriste à ses heures, lecteur passionné des Anciens, il correspond avec les grands humanistes de son temps et admire Érasme.

L'œuvre. Pantagruel paraît à Lyon vers 1532, sous un pseudonyme formé avec les lettres du nom de l'auteur : Alcofribas Nasier. C'est le premier livre de ce qui deviendra une suite romanesque en plusieurs volumes, même si Gargantua, consacré au père du héros, est publié après. Le livre est condamné par les théologiens de la Sorbonne, ce qui n'empêche pas son succès.

Le genre. Une chronique de géants, héritée des livrets populaires vendus dans les foires, que Rabelais transforme en récit comique savant. Le texte mélange parodie, satire, érudition, scatologie et réflexion sur l'éducation. Les éditions successives ont remanié le découpage en chapitres ; nous présentons donc l'histoire par épisodes, sans numéros.

Le texte étant dans le domaine public, nous citons quelques expressions en français modernisé.

Notre fil rouge : un livre qui a soif

Le nom du héros vient, selon Rabelais lui-même, d'un mélange de grec et d'une langue imaginaire et signifie à peu près « tout altéré » : l'enfant est né pendant une sécheresse terrible. On peut lire tout le livre à partir de cette soif. Il y a la soif du corps, qui fait boire et manger sans mesure ; la soif de savoir, qui pousse le géant d'université en université ; la soif de mots, enfin, qui fait déborder les listes, les langues et les jeux verbaux. Le peuple ennemi, à la fin, s'appelle d'ailleurs les Dipsodes, les « assoiffés ». À chaque épisode, nous nous demanderons quelle soif est en jeu.

Plan de la fiche

Les épisodes

  • Le prologue du bonimenteur et la généalogie du géant
  • Naissance dans la sécheresse et enfance démesurée
  • Le tour des universités et l'écolier limousin
  • La bibliothèque de Saint-Victor et la lettre de Gargantua
  • L'arrivée de Panurge
  • Le procès sans queue ni tête et la dispute par signes
  • Panurge, la dame de Paris et les chiens
  • La guerre contre les Dipsodes
  • Le monde dans la bouche du géant et le retour d'Épistémon

Étudier l'œuvre

  • Les personnages
  • Les grands thèmes humanistes
  • Une écriture de l'abondance
  • Notre avis
  • Questions corrigées

Il reste 2 073 mots (≈7 pages) de ce document

  • Accès illimité à 2 633 travaux
  • 3 €/mois, résiliable en un clic
  • Paiement sécurisé Stripe
Lire la suite — 3 €/mois

Les épisodes

Le prologue du bonimenteur et la généalogie du géant

Le narrateur s'adresse aux lecteurs comme un marchand de foire. Il vante un livret populaire, les chroniques du géant Gargantua, qui aurait, dit-il, soulagé des malades mieux que les médecines, et il présente son propre livre comme une suite encore plus vraie. Il jure de ne pas mentir, avec une insistance qui fait rire. Le lecteur est prévenu : la vérité, ici, se dit sous le masque de la blague.

Vient ensuite une généalogie interminable des ancêtres du héros, depuis l'époque d'Abel. Elle parodie les listes de la Bible et les arbres généalogiques que les familles nobles se fabriquaient pour se donner des origines antiques.

La soif en jeu : celle des mots. Le livre s'ouvre par un excès de paroles.

Naissance dans la sécheresse et enfance démesurée

Le monde souffre d'une sécheresse extrême, la terre se fend, les animaux meurent. C'est dans ce contexte que naît Pantagruel, fils du géant Gargantua et de Badebec. L'accouchement est spectaculaire : avant l'enfant sortent de la mère des mulets chargés de sel, des chameaux, des charrettes de jambons. Badebec meurt en couches.

Gargantua se trouve devant un dilemme comique : faut-il pleurer sa femme ou rire de la naissance de son fils ? Il passe de l'un à l'autre en raisonnant en logicien, sans parvenir à trancher, avant de se consoler.

L'enfant est un géant d'un appétit monstrueux. Au berceau, il dévore des vaches entières ; on doit l'attacher avec des chaînes, qu'il brise. Cette force sans mesure demande à être éduquée.

La soif en jeu : celle du corps. Le géant est d'abord un ventre.

Le tour des universités et l'écolier limousin

Devenu jeune homme, Pantagruel part étudier. Il visite les universités du royaume et n'en trouve aucune satisfaisante : dans l'une on s'ennuie, dans l'autre on brûle les professeurs, ailleurs les étudiants ne pensent qu'au jeu de paume.

Près d'Orléans, le géant rencontre un étudiant qui parle un français si chargé de latin qu'il en devient incompréhensible. Le jeune homme prétend venir de la ville de Paris, qu'il désigne avec un mot latin déformé, et décrit ses journées avec un vocabulaire prétentieux. Pantagruel, agacé, le saisit à la gorge. Effrayé, l'écolier retrouve brusquement son patois limousin natal et supplie qu'on le lâche. La leçon est claire : celui qui renie sa langue maternelle pour impressionner se ridiculise.

La soif en jeu : une fausse soif de savoir, qui ne cherche que l'apparence.

La bibliothèque de Saint-Victor et la lettre de Gargantua

Arrivé à Paris, Pantagruel visite la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Victor. Rabelais en donne le catalogue : une longue liste de titres inventés, grotesques ou obscènes, qui ridiculisent les ouvrages de théologie et de droit encore en usage. La vieille culture scolastique apparaît comme une collection de livres vides.

Pantagruel reçoit alors une lettre de son père. C'est le passage le plus sérieux du livre. Gargantua y explique qu'un homme peut se survivre en ses enfants, puis il compare son époque avec sa propre jeunesse, assombrie par l'ignorance. Les temps ont changé : les langues anciennes sont restaurées, l'imprimerie répand les livres, le savoir est à la portée de tous. Il fixe ensuite un programme d'études complet : le grec, le latin, l'hébreu, les arts libéraux, le droit, l'histoire naturelle, la médecine, et l'étude des Écritures. Il souhaite que son fils devienne un abîme de science. La lettre se termine par une mise en garde morale célèbre : « science sans conscience n'est que ruine de l'âme ». Le savoir doit servir Dieu et le prochain.

La soif en jeu : la vraie soif de savoir, orientée vers la sagesse.

L'arrivée de Panurge

En se promenant, Pantagruel rencontre un homme élégant mais couvert de plaies et misérable. Il lui demande qui il est. L'inconnu répond successivement en une dizaine de langues, certaines réelles, comme l'allemand, l'italien, le grec, l'hébreu ou le latin, d'autres inventées, avant de parler enfin français. Il explique qu'il a faim. Pantagruel se prend d'amitié pour lui sur-le-champ et décide de ne plus le quitter.

Panurge devient le compagnon inséparable du géant. Rabelais le décrit comme un rusé personnage qui connaît de nombreuses manières de se procurer de l'argent, dont la plupart sont des vols ou des farces, et qui adore jouer des tours aux gardes, aux maîtres et aux bourgeois.

Le procès sans queue ni tête et la dispute par signes

Deux seigneurs, Baisecul et Humevesne, s'opposent dans un procès si embrouillé que les plus grands juristes y renoncent. On fait appel à Pantagruel, déjà réputé pour sa science. Il exige d'entendre les deux parties elles-mêmes, sans dossier. Les plaidoiries sont un torrent de phrases sans aucun sens. Pantagruel rend une sentence tout aussi absurde, mais si bien tournée que les deux plaideurs repartent satisfaits. Rabelais tourne en dérision les juristes qui ont noyé le droit sous les commentaires.

Plus tard, un savant anglais, Thaumaste, vient à Paris pour défier Pantagruel. Il propose de débattre sans parler, uniquement par gestes, car les mots ne suffisent pas aux grandes questions. Panurge se présente à la place de son maître. Les deux hommes échangent des signes de plus en plus obscènes et incompréhensibles, devant une foule silencieuse. À la fin, Thaumaste se déclare vaincu et émerveillé. Le lecteur ne saura jamais ce que les gestes voulaient dire, et c'est le sujet : la prétendue science profonde est une pantomime.

Panurge, la dame de Paris et les chiens

Panurge s'éprend d'une grande dame de Paris et lui fait une cour grossière. Elle le repousse. Pour se venger, il prépare un mélange tiré d'une chienne en chaleur et en asperge discrètement les vêtements de la dame un jour de fête religieuse. Tous les chiens de la ville se jettent sur elle et la poursuivent jusqu'à sa maison. Pantagruel trouve l'histoire très drôle.

Héritier des farces médiévales, l'épisode choque le lecteur moderne et révèle la cruauté de Panurge.

La guerre contre les Dipsodes

Pantagruel apprend deux nouvelles : son père a été transporté au pays des fées, et les Dipsodes, conduits par leur roi Anarche, ont envahi le pays d'Utopie. Le géant part avec ses compagnons : Panurge, Épistémon le savant, Carpalim le coureur, Eusthènes le fort.

La guerre est une suite de ruses et de prouesses comiques. Les compagnons incendient le camp ennemi ; Pantagruel noie une armée sous un déluge d'urine. Il affronte enfin le géant Loup Garou, chef d'une troupe de géants, le terrasse et se sert de son corps comme d'une massue pour assommer les autres.

La soif en jeu : les assoiffés sont vaincus par celui qui a le plus soif. Avant l'assaut, Pantagruel fait parvenir au roi ennemi des drogues qui donnent soif : les Dipsodes boivent sans fin et s'endorment, ce qui facilite l'attaque.

Le monde dans la bouche du géant et le retour d'Épistémon

Pendant une averse, Pantagruel tire la langue pour abriter son armée. Le narrateur, qui n'a pas trouvé de place, grimpe sur la langue et entre dans la bouche du géant. Il y découvre un monde complet : des montagnes qui sont des dents, des villes, des champs, un paysan qui plante des choux et qui n'a jamais entendu parler du monde extérieur. Il y passe plusieurs mois.

Dans la bataille, Épistémon a eu la tête tranchée. Panurge la recolle, et le savant ressuscite. Il raconte ce qu'il a vu chez les morts : les grands rois et conquérants y sont réduits à de petits métiers ridicules, tandis que les philosophes et les pauvres y vivent à leur aise. Le monde d'en bas renverse la hiérarchie d'en haut.

Le roi Anarche, vaincu, est livré à Panurge, qui le marie à une vieille femme et le fait vendeur de sauce dans les rues. Pantagruel conquiert la Dipsodie. Dans les éditions revues, le livre se termine sur une maladie du géant, soignée par des hommes descendus dans son estomac, et sur la promesse d'une suite.

Les personnages

Pantagruel. D'abord un ventre monstrueux, il devient au fil des épisodes un prince humaniste, savant, juste, bienveillant. Il incarne l'idéal d'une force mise au service de la connaissance et de la paix.

Gargantua. Le père est absent la plupart du temps, mais sa lettre fait de lui la voix de l'humanisme. Il représente la génération qui a connu les ténèbres et transmet la lumière à la suivante.

Panurge. Le personnage le plus vivant du livre. Polyglotte, rusé, lâche, cruel parfois, il est l'énergie comique du récit. Il fait contrepoids à la sagesse du géant et montre que l'humanisme n'efface pas la part trouble de l'homme.

Les compagnons. Épistémon, Carpalim, Eusthènes portent des noms grecs qui désignent leur qualité principale. Ils forment une petite chevalerie allégorique.

Le narrateur, Alcofribas. Il se présente comme témoin des faits, intervient, ment, voyage dans la bouche du héros. Sa présence ironique rappelle sans cesse que l'histoire est une fiction.

Les grands thèmes humanistes

L'éducation. La critique de la scolastique, de ses livres creux et de son latin déformé, s'oppose à un programme nouveau fondé sur les langues anciennes, les textes originaux et l'observation de la nature. L'éducation forme un homme complet, corps, esprit et conscience.

La satire des institutions. Juristes, théologiens de la Sorbonne, moines, professeurs : tous sont ridiculisés. Rabelais ne s'attaque pas à la foi, mais aux autorités qui la confisquent par des discours obscurs.

Le langage. Le livre est un laboratoire. Il montre le latin prétentieux, les langues étrangères, les mots inventés, les signes sans paroles, les plaidoiries vides. Il pose une question : à quoi sert de parler ? Pour communiquer, ou pour impressionner ?

Le corps. Rabelais célèbre le corps sans honte : manger, boire, rire, uriner. Ce réalisme grossier fait partie de sa vision optimiste : l'homme n'est pas un pur esprit, et la santé passe par le rire.

La guerre et le pouvoir. Le roi Anarche, dont le nom évoque le désordre, est puni par l'humiliation plutôt que par la mort : le bon prince conquiert pour remettre de l'ordre, non pour piller.

Une écriture de l'abondance

Le gigantisme. Tout est démesuré : les chiffres, les repas, les noms, et surtout les listes, comme le catalogue de Saint-Victor ou la généalogie, qui épuisent le lecteur et le font rire par accumulation.

Le mélange des registres. De la lettre la plus noble aux plaisanteries les plus crues, le voisinage est voulu : la sagesse ne se sépare pas du corps.

L'invention verbale. Néologismes, mots grecs ou latins francisés, langues inventées : Rabelais enrichit la langue française à une époque où elle se construit.

Notre avis

Pantagruel déconcerte d'abord : vocabulaire difficile, épisodes décousus, plaisanteries crues que l'on juge parfois de mauvais goût.

Le contraste entre la lettre de Gargantua et le reste frappe ensuite : Rabelais glisse un manifeste dans une farce, ce qui protège le message sous le rire et montre que le savoir humaniste n'a rien de triste. Mais le livre reste une fête de la langue et de l'intelligence.

Questions corrigées

1. Que signifie le nom de Pantagruel ? Rabelais l'explique par un mélange de grec et de langue imaginaire : il signifie « tout altéré », car le géant naît pendant une grande sécheresse.

2. Quelle leçon tirer de l'épisode de l'écolier limousin ? L'étudiant qui écorche le latin pour paraître savant redevient lui-même, en parlant son patois, dès qu'il a peur. Rabelais critique la pédanterie et défend une langue naturelle et claire.

3. Quel programme d'études Gargantua propose-t-il ? Les langues anciennes (grec, latin, hébreu), les arts libéraux, le droit, les sciences de la nature, la médecine et l'étude des Écritures, le tout guidé par une conscience morale.

4. Pourquoi la dispute avec Thaumaste est-elle comique ? Le débat se fait par gestes incompréhensibles, et Thaumaste se déclare vaincu sans qu'on sache pourquoi. Rabelais montre que les grands débats savants peuvent n'être que de la comédie.

5. Que découvre le narrateur dans la bouche de Pantagruel ? Un monde complet, avec des villes, des champs et un planteur de choux qui ignore tout du monde extérieur. L'épisode relativise la place de chacun dans l'univers.

Conclusion

Pantagruel est à la fois une farce de géant et un manifeste de la Renaissance. La soif qui donne son nom au héros devient une soif de connaissance, et la démesure comique sert à proclamer la confiance dans l'homme et dans le savoir. Pour prolonger, on lira Gargantua, où Rabelais développe l'éducation de l'abbaye de Thélème, et l'Éloge de la folie d'Érasme, autre critique joyeuse des savants et des moines.

Bibliographie

  • François Rabelais, Pantagruel.
  • François Rabelais, Gargantua.
  • Érasme, Éloge de la folie.
  • Mikhaïl Bakhtine, L'Œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance.