Bérénice de Racine : résumé acte par acte et fiche de lecture

1 987 mots · ≈7 pages · Lycée · Fiche de lecture

Fiche de lecture — Lycée (bac de français, objet d'étude « Le théâtre ») — environ 2 200 mots.

Présentation de l'œuvre

Auteur. Racine a trente et un ans lorsque Bérénice est jouée à l'Hôtel de Bourgogne, en novembre 1670. Il a déjà donné Andromaque et Britannicus. Une semaine plus tard, la troupe de Molière crée au Palais-Royal Tite et Bérénice de Corneille, sur le même sujet. La rencontre des deux pièces a fait couler beaucoup d'encre ; c'est celle de Racine que la postérité a retenue.

Source. L'historien latin Suétone rapporte en une phrase que l'empereur Titus, qui aimait la reine Bérénice et lui avait, disait-on, promis le mariage, la renvoya de Rome dès le début de son règne, malgré lui et malgré elle. Racine bâtit cinq actes sur ce fait minuscule. Dans sa préface, il défend l'idée qu'une tragédie peut se passer de sang et de morts pourvu qu'elle émeuve, et qu'il est plus difficile de construire beaucoup avec peu de matière.

Le sujet. Rome, quelques jours après la mort de l'empereur Vespasien. Son fils Titus lui succède. Il aime Bérénice, reine de Palestine, qui vit à Rome et attend d'être épousée. Mais Rome a horreur des rois et n'acceptera pas une reine pour impératrice. Antiochus, roi de Commagène, ami de Titus, aime Bérénice en silence depuis des années.

Forme. Tragédie en cinq actes et en alexandrins. Le lieu unique est un cabinet du palais, situé entre l'appartement de Titus et celui de Bérénice : un passage plus qu'une pièce.

L'idée directrice : une pièce de départs

Tout le monde, dans Bérénice, est sur le point de partir. Antiochus annonce son départ dès le premier acte. Titus doit obtenir celui de Bérénice et n'arrive pas à le prononcer. Bérénice refuse de partir, puis s'y prépare. Le décor lui-même, ce cabinet de passage, est un lieu où l'on ne fait que traverser. Plutôt que de résumer la pièce comme une simple séparation, nous la suivrons comme une suite de départs annoncés, différés, délégués, puis accomplis. À chaque acte, nous dirons qui veut partir, qui doit partir et qui reste.

Plan de la fiche

Résumé acte par acte

  • Acte I : Antiochus fait ses adieux
  • Acte II : la phrase que Titus ne finit pas
  • Acte III : le messager malgré lui
  • Acte IV : la grande scène et le départ manqué
  • Acte V : la lettre et les trois adieux

L'analyse

  • Tableau des départs
  • Les personnages
  • Les thèmes
  • L'écriture
  • Avis argumenté
  • Cinq questions de compréhension et leur corrigé

Il reste 1 580 mots (≈5 pages) de ce document

  • Accès illimité à 2 630 travaux
  • 3 €/mois, résiliable en un clic
  • Paiement sécurisé Stripe
Lire la suite — 3 €/mois

Résumé acte par acte

Acte I : Antiochus fait ses adieux

Antiochus a décidé de quitter Rome. Il demande à son confident Arsace d'obtenir pour lui un entretien avec Bérénice. Puis il avoue la raison de son départ : il aime la reine depuis longtemps, il s'est tu par amitié pour Titus, et il ne supportera pas de la voir impératrice. Face à elle, il se déclare enfin, une seule fois, avant de s'en aller.

Bérénice l'écoute avec gêne et sans colère. Elle ne pense qu'à Titus : le deuil de Vespasien s'achève, elle est sûre d'être épousée. Elle décrit avec éblouissement la cérémonie de la veille, Titus entouré du sénat, du peuple et des soldats, et ne voit dans cette gloire que la promesse de son bonheur.

Bilan des départs : Antiochus veut partir et le dit. Bérénice se croit installée pour toujours.

Acte II : la phrase que Titus ne finit pas

Titus interroge son confident Paulin sur ce que Rome pense de Bérénice. Paulin répond sans détour : Rome ne veut pas de reine, la loi romaine et la mémoire des anciens rois rendent ce mariage impossible. Titus avoue qu'il le savait. Il a pris sa décision depuis plusieurs jours : il renverra Bérénice. Il en parle avec douleur, en rappelant que c'est elle qui l'a rendu meilleur.

Bérénice entre. Titus doit lui annoncer la nouvelle et n'y parvient pas. Il commence, s'interrompt, évoque Rome et l'Empire, puis sort brusquement. Bérénice reste désemparée. Elle cherche une explication et en trouve une fausse : Titus a dû apprendre l'amour d'Antiochus et en être jaloux. Elle se rassure presque.

Bilan : le départ de Bérénice est décidé, mais personne ne l'a prononcé.

Acte III : le messager malgré lui

Titus fait venir Antiochus et lui confie la mission qu'il ne peut remplir lui-même : annoncer à Bérénice qu'elle doit quitter Rome, et l'accompagner en Orient. Ironie cruelle, il charge de ce message l'homme qui aime la reine et qui voulait justement partir sans elle. Antiochus entrevoit un espoir et s'en veut de l'entrevoir.

Il parle à Bérénice. Elle refuse de le croire, l'accuse de mentir par intérêt, et lui interdit de reparaître devant elle. Antiochus, chassé pour avoir dit la vérité, décide une seconde fois de partir. Arsace le retient : il faut au moins attendre l'issue.

Bilan : le départ est délégué à un tiers, et ce tiers est le seul que Bérénice ne peut pas entendre.

Acte IV : la grande scène et le départ manqué

Bérénice attend Titus avec angoisse. Titus, seul, se parle à lui-même dans un monologue où il pèse son amour contre son devoir d'empereur ; il rappelle qu'il n'a encore rien fait de grand et qu'il commencerait son règne par une faiblesse. Puis vient la scène attendue. Il dit enfin la vérité : elle doit partir. Bérénice proteste, argumente, supplie, et se heurte à la durée sans fin de la séparation :

Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?

Titus tient bon, mais ne cache pas sa souffrance. Bérénice sort en laissant entendre qu'elle va mourir. Antiochus accourt et presse Titus d'aller la sauver. Au même moment, on annonce que le sénat et le peuple attendent l'empereur. Titus choisit d'aller les recevoir.

Bilan : le mot « partir » est prononcé, mais Bérénice répond par une autre forme de départ, la mort.

Acte V : la lettre et les trois adieux

On apprend que Bérénice se prépare à quitter Rome. Titus vient la voir une dernière fois et tente de la retenir. Elle ne veut plus l'écouter et lui reproche de la laisser partir après l'avoir tant aimée. Titus découvre alors une lettre qu'elle a écrite et où elle laisse entendre qu'elle veut mourir. Il lui répond qu'il pourrait lui aussi se donner la mort plutôt que de vivre dans cette douleur.

Antiochus entre et avoue tout : son amour pour Bérénice, ses années de silence, son désir de mourir. Les trois personnages se retrouvent face à face pour la première fois. Bérénice prend alors la décision qui dénoue la pièce. Elle a compris que Titus l'aime ; cela lui suffit. Elle partira et vivra, et elle demande aux deux hommes de vivre aussi. Elle veut que leur trio reste, aux yeux du monde, le modèle d'un amour aussi tendre que malheureux. Antiochus clôt la tragédie sur un seul mot :

Hélas !

Bilan : les trois départs s'accomplissent ensemble. Personne ne meurt ; tout le monde perd.

Tableau des départs

Acte Antiochus Bérénice Titus
I annonce son départ se croit future impératrice invisible
II absent ne comprend pas le silence décide le départ, ne le dit pas
III chargé de l'annoncer, chassé refuse d'y croire délègue
IV presse Titus de la retenir répond par la menace de mourir dit enfin « pour jamais »
V avoue, accepte de partir part et vit reste et règne

On voit que le départ circule de main en main comme un objet que personne ne veut tenir. Celle qui doit partir finit par être la seule à décider.

Les personnages

Bérénice. Reine étrangère qui a tout misé sur Titus. Elle passe de la confiance éblouie au refus, puis à la colère, enfin à une décision libre. Sa grandeur tient à ce dernier geste : elle transforme une répudiation en choix.

Titus. Un empereur neuf qui découvre ce que le pouvoir exige. Il n'est ni lâche ni froid : il aime, mais il accepte d'être empereur avant d'être amant. Ses hésitations, ses silences et ses fuites le rendent profondément humain.

Antiochus. L'ami fidèle et l'amoureux muet. Il est le personnage le plus sacrifié : chargé de porter la nouvelle qui pourrait le servir, il refuse d'en profiter. Son dernier mot résume son destin.

Paulin, Arsace, Phénice. Les confidents incarnent la voix extérieure : Paulin parle pour Rome, Arsace pour l'espoir d'Antiochus, Phénice pour l'inquiétude de la reine.

Rome. Personnage invisible mais omniprésent : le sénat, le peuple, la loi, la mémoire des rois chassés. C'est l'obstacle véritable de la pièce.

Les thèmes

L'amour contre le pouvoir. Titus doit choisir entre ce qu'il aime et ce qu'il est devenu. Racine ne fait pas de Rome un tyran : il montre que la fonction transforme l'homme.

La parole difficile. Toute l'action consiste à dire une phrase. Titus la commence, la délègue, la retarde ; Antiochus la porte à contrecœur ; Bérénice refuse de l'entendre. Le drame est un drame de l'énonciation.

Le temps. Le deuil qui s'achève, la journée qui doit trancher, et surtout « jamais » : la pièce oppose un instant de décision à une éternité de séparation.

La tragédie sans mort. Personne ne meurt, et pourtant la douleur est totale. La tristesse remplace le sang.

L'écriture

La simplicité. Peu de personnages, une action minimale, une langue d'une grande pureté. Racine montre qu'il peut émouvoir sans coups de théâtre.

Le monologue. Le monologue de Titus à l'acte IV est un débat intérieur : il se pose des questions, se répond, se contredit. Le spectateur assiste à la délibération.

Les silences et les phrases suspendues. À l'acte II, Titus n'achève pas ses phrases ; à l'acte V, Antiochus ne dit plus qu'un mot. Le vers racinien sait faire entendre ce qui ne se dit pas.

Le lieu de passage. Le cabinet entre les deux appartements matérialise l'entre-deux : les personnages se croisent, se manquent, s'évitent.

Avis argumenté

On peut s'ennuyer à la lecture de Bérénice : il ne se passe presque rien, on attend quatre actes une décision prise dès le deuxième, et le dénouement ne comporte aucune action.

Mais c'est là tout l'art de la pièce. Le spectateur sait ce qui va arriver ; il n'attend pas un événement, il attend une parole. Chaque scène retarde le moment où il faudra dire « partez », et cette attente devient insupportable. Le dénouement, enfin, a une beauté rare : Bérénice, qu'on voulait renvoyer, choisit de partir, et donne aux deux hommes une leçon de dignité. Peu de tragédies finissent sur un consentement plutôt que sur un cadavre.

Cinq questions de compréhension et leur corrigé

1. Pourquoi Titus ne peut-il pas épouser Bérénice ? Parce qu'elle est reine et étrangère, et que Rome, qui a chassé ses rois, refuse qu'une reine partage le trône de l'empereur.

2. Que se passe-t-il quand Titus rencontre Bérénice à l'acte II ? Il ne parvient pas à lui annoncer la séparation, s'interrompt et sort. Bérénice croit à tort qu'il est jaloux d'Antiochus.

3. Pourquoi le choix d'Antiochus comme messager est-il cruel ? Parce qu'Antiochus aime Bérénice : il doit annoncer une nouvelle qui pourrait le servir, et il est chassé par elle pour l'avoir dite.

4. Quelle est la portée des vers sur « pour jamais » ? Bérénice mesure la séparation non à sa cause mais à sa durée. Le mot « jamais » transforme une décision politique en douleur sans fin.

5. Comment Bérénice dénoue-t-elle la pièce ? Ayant compris que Titus l'aime, elle accepte de partir et de vivre, et demande aux deux hommes de vivre aussi. Elle fait d'une rupture subie une décision.

Conclusion

Bérénice est une tragédie faite de départs : celui qu'on annonce, celui qu'on n'ose pas ordonner, celui qu'on accepte. Racine y prouve qu'une pièce peut bouleverser sans mort ni crime. Pour prolonger, on comparera la pièce avec Tite et Bérénice de Corneille, ou l'on rapprochera ce couple séparé par la raison d'État de celui que forment Hernani et doña Sol chez Hugo, où l'honneur, cette fois, exige la mort.

Bibliographie

  • Jean Racine, Bérénice, avec la préface, édition de poche au choix (Folio théâtre, Livre de Poche, GF Flammarion).
  • Pierre Corneille, Tite et Bérénice.
  • Suétone, Vies des douze Césars, vie de Titus.
  • Roland Barthes, Sur Racine, Seuil.
  • Jacques Scherer, La Dramaturgie classique en France, Nizet.