Fiche de lecture — Lycée (bac de français, objet d'étude « Le théâtre ») — environ 2 100 mots.
Présentation de l'œuvre
Auteur. Jean Racine a vingt-sept ans quand Andromaque est créée à l'Hôtel de Bourgogne, en novembre 1667. C'est sa troisième tragédie, et son premier triomphe : du jour au lendemain, le jeune auteur passe pour le rival de Corneille. La pièce impose un type de tragédie neuf, où l'action naît presque entièrement des passions.
Source. Racine part de l'Antiquité grecque : la guerre de Troie est finie depuis un an. Pyrrhus, fils d'Achille, a reçu comme captive Andromaque, veuve du héros troyen Hector. Racine s'écarte volontairement de la tradition, qui faisait mourir le fils d'Hector à la chute de Troie : il le garde vivant, et il l'explique dans sa seconde préface. Ce choix n'est pas un détail : sans cet enfant survivant, la pièce n'existe pas.
Le sujet. À Buthrot, en Épire, dans le palais de Pyrrhus. Les Grecs envoient Oreste, fils d'Agamemnon, réclamer l'enfant d'Hector, qu'ils craignent de voir un jour venger Troie. Pyrrhus doit épouser Hermione, fille d'Hélène, mais il aime sa captive.
Forme. Tragédie en cinq actes et en alexandrins, respect des trois unités.
L'idée directrice : la vie d'un enfant absent comme monnaie
Astyanax, fils d'Hector et d'Andromaque, ne paraît jamais sur scène. Il n'a pas une réplique. Pourtant chacun des quatre adultes s'en sert. Les Grecs le réclament ; Oreste en fait le prétexte d'une ambassade qui n'est qu'un voyage amoureux ; Pyrrhus le met en balance avec le cœur de sa mère ; Hermione voudrait qu'on le livre pour rendre Pyrrhus odieux ; Andromaque est prête à tout, même à se donner, pour le sauver. À la fin de chaque acte, nous noterons ce que vaut l'enfant et qui fixe son prix. La pièce devient alors une négociation où l'on marchande une vie innocente contre des sentiments.
Plan de la fiche
Résumé acte par acte
- Acte I : une ambassade qui n'en est pas une
- Acte II : Pyrrhus change de camp
- Acte III : l'ultimatum
- Acte IV : le stratagème d'Andromaque, l'ordre d'Hermione
- Acte V : le meurtre au temple, la folie d'Oreste
L'analyse
- Tableau : le prix d'Astyanax acte par acte
- Les personnages
- Les thèmes
- L'écriture
- Avis argumenté
- Cinq questions de compréhension et leur corrigé
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Résumé acte par acte
Acte I : une ambassade qui n'en est pas une
Oreste retrouve en Épire son ami Pylade, dont il était séparé depuis longtemps. La pièce s'ouvre sur cette joie :
Oui, puisque je retrouve un ami si fidèle, Ma fortune va prendre une face nouvelle.
Mais Oreste avoue vite la vérité de sa mission. Il a été désigné par les Grecs pour exiger l'enfant d'Hector ; il a accepté parce qu'il aime toujours Hermione, qui l'a autrefois repoussé, et qu'il espère que Pyrrhus, en refusant, rompra avec elle. Il souhaite l'échec de sa propre ambassade.
Devant Pyrrhus, Oreste plaide pour la Grèce avec éloquence. Pyrrhus refuse : il ne fera pas la guerre à un enfant, la guerre de Troie est finie. Puis il rencontre Andromaque, qui allait voir son fils, et lui fait sentir le marché : il protégera Astyanax contre toute la Grèce, si elle accepte de l'aimer ; sinon, il pourrait cesser de le protéger. Andromaque répond qu'elle reste fidèle à Hector.
Prix de l'enfant : le cœur d'Andromaque. Pyrrhus fixe le tarif pour la première fois.
Acte II : Pyrrhus change de camp
Hermione, humiliée de voir Pyrrhus délaisser leur mariage, reçoit Oreste. Elle se montre tour à tour tendre et cruelle avec lui : elle partira avec lui si Pyrrhus la renvoie, mais elle espère encore être aimée. Oreste croit sa victoire proche.
C'est alors que Pyrrhus, piqué par les refus d'Andromaque, annonce à Oreste qu'il change d'avis : il livrera l'enfant aux Grecs et épousera Hermione. Oreste, qui voulait l'échec de sa mission, se retrouve vainqueur malgré lui et perd Hermione en gagnant sa cause. Pyrrhus, resté avec son gouverneur Phoenix, montre pourtant qu'il ne pense qu'à Andromaque : il parle d'elle sans arrêt en affirmant qu'il l'a oubliée.
Prix de l'enfant : une vengeance. Pyrrhus veut punir Andromaque en livrant son fils.
Acte III : l'ultimatum
Oreste, désespéré, décide d'enlever Hermione ; Pylade, en ami loyal, accepte de l'y aider malgré le danger. Hermione, elle, triomphe et ne veut plus voir Oreste qu'en messager de sa gloire.
Andromaque vient alors se jeter aux pieds d'Hermione et la supplie d'intercéder pour l'enfant. Hermione la renvoie avec une ironie glacée. Andromaque se tourne vers Pyrrhus. La scène est d'une grande intensité : Pyrrhus, ému, revient sur sa décision et pose un ultimatum. Ou elle l'épouse au temple, et il couronnera son fils, ou l'enfant sera livré. Restée avec sa confidente Céphise, Andromaque se rappelle la nuit de la prise de Troie, dans un récit célèbre où elle revoit Pyrrhus couvert de sang, et se demande comment épouser le meurtrier des siens. Elle décide d'aller consulter Hector, sur son tombeau.
Prix de l'enfant : un mariage. Le marché est désormais explicite.
Acte IV : le stratagème d'Andromaque, l'ordre d'Hermione
Andromaque a trouvé une issue. Elle révèle à Céphise son projet : elle épousera Pyrrhus, obtiendra au pied de l'autel son serment de protéger Astyanax, puis se tuera aussitôt, sans avoir trahi Hector. Elle confie à Céphise le soin de parler à l'enfant de son père.
Hermione, apprenant que Pyrrhus épouse Andromaque, fait appeler Oreste et lui ordonne de tuer Pyrrhus pendant la cérémonie. Oreste hésite, parle de justice et de guerre ouverte ; Hermione le presse et le menace de se venger elle-même. Pyrrhus vient lui annoncer en face son mariage. Hermione éclate en reproches, passe de l'ironie au cri, et laisse deviner qu'elle l'aime encore. Pyrrhus reste froid.
Prix de l'enfant : la vie d'Andromaque, qui se paiera elle-même, et sans le savoir, celle de Pyrrhus.
Acte V : le meurtre au temple, la folie d'Oreste
Seule, Hermione s'interroge dans un monologue haletant : elle a ordonné la mort de l'homme qu'elle aime et voudrait révoquer cet ordre. Il est trop tard. Oreste revient : les Grecs de son escorte ont frappé Pyrrhus au temple, au moment où il proclamait Astyanax roi. Hermione, au lieu de le remercier, le renie :
Qui te l'a dit ?
Elle l'accuse d'avoir agi en monstre, sort et va se tuer sur le corps de Pyrrhus. Pylade, venu chercher Oreste pour fuir, rapporte que le peuple se range derrière Andromaque, qui rend à Pyrrhus les devoirs d'une veuve et réclame vengeance. Oreste comprend qu'il a tout perdu, sombre dans la folie et croit voir les Furies. Ses amis l'entraînent.
Prix de l'enfant : payé par d'autres. Astyanax est sauvé et sa mère devient reine ; les trois autres sont morts ou fous.
Tableau : le prix d'Astyanax acte par acte
| Acte | Qui fixe le prix | Prix demandé | Situation de l'enfant |
|---|---|---|---|
| I | Pyrrhus | l'amour d'Andromaque | protégé, mais sous condition |
| II | Pyrrhus, par dépit | une humiliation d'Andromaque | promis aux Grecs |
| III | Pyrrhus | le mariage | en sursis |
| IV | Andromaque | sa propre mort après le serment | sauvé sur le papier |
| V | Hermione, sans le vouloir | la vie de Pyrrhus | sauvé, couronné |
Le tableau fait apparaître un renversement : le seul personnage qui n'a jamais vu l'enfant comme une monnaie, Andromaque, est aussi la seule qui sort vivante et victorieuse. Ceux qui l'ont marchandé y laissent tout.
Les personnages
Andromaque. Veuve fidèle et mère, elle est le seul personnage déchiré entre deux devoirs et non entre deux désirs. Son stratagème de l'acte IV montre une intelligence tragique : elle cherche une issue qui sauve à la fois l'enfant et l'honneur.
Pyrrhus. Héros guerrier devenu amoureux transi, il oscille entre la générosité et le chantage. Il aime sincèrement, mais il aime en vainqueur, et il ne voit pas que son amour est un ultimatum.
Hermione. La plus violente des passions de la pièce. Fière, blessée, elle veut être aimée et se venger à la fois. Son revirement de l'acte V, où elle désavoue le crime qu'elle a commandé, est le sommet de son personnage.
Oreste. Mélancolique, persuadé d'être poursuivi par le malheur, il est l'instrument que les autres utilisent. Sa folie finale accomplit ce qu'il pressentait depuis le premier acte.
Les confidents. Pylade, Cléone, Céphise, Phoenix écoutent, conseillent, rapportent. Pylade se distingue par son amitié dévouée, qui va jusqu'à risquer sa vie pour Oreste.
Astyanax. Personnage muet et invisible, il est l'enjeu de toute la pièce et le souvenir vivant d'Hector et de Troie.
Les thèmes
L'amour sans retour. Aucun regard, dans ce palais, n'est rendu : chaque personnage se tourne vers quelqu'un qui regarde ailleurs, et le dernier de la file regarde un tombeau. Faute d'être aimés, Pyrrhus et Hermione cherchent à contraindre, l'un par le chantage, l'autre par le meurtre.
La mémoire de Troie. La guerre est finie, mais elle hante tous les personnages : Andromaque revit la nuit du massacre, les Grecs craignent la vengeance d'un enfant, Pyrrhus porte le nom du fils d'Achille. Le passé pèse sur le présent.
La fidélité. Andromaque reste fidèle à Hector au-delà de la mort ; à l'inverse, Pyrrhus trahit sa promesse à Hermione, et Hermione trahit Oreste. La fidélité est la seule valeur qui résiste.
Le chantage. Notre fil conducteur : la vie d'un innocent devient l'objet d'un échange, ce qui donne à la pièce une cruauté très moderne.
L'écriture
L'ironie tragique. Oreste gagne quand il voulait perdre ; Hermione obtient ce qu'elle ordonnait et le maudit. Les personnages sont sans cesse trompés par leurs propres désirs.
Le récit. La mort de Pyrrhus, au temple, n'est pas montrée : elle est rapportée par Oreste. La nuit de Troie, elle, est revécue par Andromaque. Racine fait de la parole le lieu de la violence.
La rupture du vers. Dans les grandes scènes d'Hermione, la phrase se brise, les questions s'enchaînent, l'alexandrin se fragmente. L'émotion se lit dans la syntaxe.
La folie finale. Le délire d'Oreste fait entrer sur scène des visions, des serpents, des Furies : un spectacle intérieur qui clôt la pièce sur un effroi.
Avis argumenté
On peut trouver la pièce trop symétrique : ces quatre passions qui se tournent le dos semblent disposées comme les pièces d'un problème de géométrie, et l'on devine trop tôt que tout finira mal.
Mais cette construction n'empêche pas l'émotion, elle la sert. En gardant Astyanax hors de la scène, Racine oblige le spectateur à l'imaginer, et l'enfant pèse d'autant plus qu'on ne le voit pas. Chaque fois qu'un adulte prononce son nom pour obtenir quelque chose, on mesure la brutalité de ce monde. La pièce est souvent présentée comme une tragédie de l'amour ; elle est aussi, et peut-être d'abord, la tragédie d'une mère qui tente de sauver son fils au milieu d'adultes qui se servent de lui.
Cinq questions de compréhension et leur corrigé
1. Pourquoi Oreste souhaite-t-il l'échec de son ambassade ? Parce que, si Pyrrhus refuse de livrer Astyanax, il rompra avec les Grecs et donc avec Hermione, qu'Oreste pourra alors emmener.
2. Quel marché Pyrrhus propose-t-il à Andromaque ? Il protégera son fils contre les Grecs si elle l'épouse ; si elle refuse, il livrera l'enfant.
3. En quoi consiste le stratagème d'Andromaque à l'acte IV ? Épouser Pyrrhus pour obtenir son serment de protéger Astyanax, puis se tuer, afin de sauver son fils sans trahir Hector.
4. Que révèle la question « Qui te l'a dit ? » ? Hermione refuse d'assumer l'ordre qu'elle a donné. Elle rejette sur Oreste un crime qu'elle a voulu, ce qui montre l'aveuglement de la passion.
5. Pourquoi peut-on dire qu'Andromaque est la seule gagnante ? Elle est la seule à n'avoir pas voulu marchander son fils, et c'est elle qui sort vivante, reine, avec un enfant sauvé.
Conclusion
Andromaque fait d'un enfant invisible le centre d'une tragédie de la passion. Autour de lui, les adultes négocient et se détruisent. Pour prolonger, on comparera Pyrrhus au Néron de Britannicus, autre amoureux qui use de son pouvoir, ou l'on lira la pièce d'Euripide consacrée à la même héroïne pour mesurer les choix de Racine.
Bibliographie
- Jean Racine, Andromaque, avec les deux préfaces, édition de poche au choix (Folio théâtre, Livre de Poche, GF Flammarion).
- Euripide, Andromaque.
- Virgile, Énéide, chant III (épisode d'Andromaque à Buthrot).
- Roland Barthes, Sur Racine, Seuil.
- Georges Forestier, Jean Racine, Gallimard.