Nana de Zola : résumé par grandes étapes et fiche de lecture

2 243 mots · ≈7 pages · Lycée · Fiche de lecture

Fiche de lecture — Lycée (le roman et le récit, réalisme et naturalisme) — environ 2 400 mots.

Présentation de l'œuvre

Une héroïne déjà connue. Nana paraît en feuilleton en 1879, puis en volume en 1880. C'est le neuvième roman des Rougon-Macquart. Le lecteur a déjà rencontré Anna Coupeau, dite Nana, dans L'Assommoir : fille de Gervaise et du zingueur Coupeau, elle grandissait dans la Goutte-d'Or et s'enfuyait à quinze ans. On la retrouve à dix-huit ans, devenue actrice sans talent et courtisane.

Un monde. Zola peint le milieu des théâtres et de la prostitution de luxe sous le Second Empire, et surtout les hommes qui l'entretiennent : banquiers, aristocrates, officiers, journalistes, jusqu'à un chambellan de l'impératrice. Le roman fait scandale, et son succès de librairie est considérable.

Une approche à tenir. Le sujet est la sexualité vénale, mais le livre n'est pas érotique : Zola en fait l'étude d'une société qui se ruine pour une femme qu'elle méprise. Cette fiche aborde le sujet comme une analyse littéraire et sociale.

Le découpage. Le roman compte quatorze chapitres, sans titres. La fiche les regroupe en six étapes, chacune liée à un lieu ; les limites entre étapes sont un choix de lecture. Le résumé est condensé.

L'angle de cette fiche : d'adresse en adresse

On résume souvent Nana par la liste de ses amants ruinés. Ici, on suit plutôt ses domiciles. Chaque étape de sa carrière correspond à un lieu précis, plus ou moins luxueux, plus ou moins à elle : une scène, un appartement meublé, une maison de campagne offerte, deux pièces à Montmartre, un hôtel particulier, une chambre d'hôtel louée. Les intérieurs disent ce que Nana possède et ce qu'elle détruit. Ils montrent aussi que cette femme qui semble tout dévorer n'a jamais vraiment de maison.

Plan de la fiche

Le roman en six étapes

  1. Le théâtre des Variétés : la Blonde Vénus
  2. Le boulevard Haussmann : créanciers et visiteurs
  3. La Mignotte : une maison de campagne et un garçon de dix-sept ans
  4. La rue Véron : deux pièces et des coups
  5. L'avenue de Villiers : l'hôtel, le Grand Prix, le lit d'or
  6. Le Grand-Hôtel : une chambre, une fenêtre sur le boulevard

Pour étudier le roman

  • Les personnages : Nana et le cercle de ceux qui paient
  • Les thèmes
  • L'écriture de Zola
  • Avis argumenté
  • Questions de compréhension et corrigé

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Le roman en six étapes

1. Le théâtre des Variétés : la Blonde Vénus

Le roman s'ouvre sur une salle qui se remplit. Le directeur, Bordenave, a lancé une débutante dans une opérette mythologique, La Blonde Vénus. Tout Paris en parle sans l'avoir vue. Au premier acte, Nana chante faux et joue mal ; quelqu'un dans la salle rit, puis le public se laisse gagner par son aplomb. Au troisième acte, elle paraît presque nue sous un voile, et la salle entière se tait. Zola décrit moins la jeune femme que l'effet qu'elle produit sur les spectateurs.

Dans la salle, on repère ceux qui vont compter : le comte Muffat de Beuville, homme austère et pieux, chambellan de l'impératrice ; le banquier Steiner ; le journaliste Fauchery ; le jeune Georges Hugon ; le comte de Vandeuvres, aristocrate joueur ; l'acteur Mignon et sa femme Rose, rivale de Nana.

2. Le boulevard Haussmann : créanciers et visiteurs

Le lendemain, dans l'appartement que lui a meublé un protecteur parti depuis, Nana reçoit sans arrêt. La femme de chambre, Zoé, répartit les visiteurs entre plusieurs pièces pour qu'ils ne se croisent pas : créanciers, admirateurs, marchandes. Nana n'a pas d'argent pour payer ses dettes, ni pour aller voir son petit garçon, Louiset, qu'elle a eu très jeune et qu'elle a mis en nourrice à la campagne. Muffat et le vieux marquis de Chouard se présentent pour une quête de charité : le comte est troublé.

Zola fait ensuite entrer le lecteur chez les Muffat, dans un salon froid et solennel où la comtesse Sabine reçoit la bonne société ; Fauchery commence à lui faire la cour. Un souper chez Nana, bruyant et désordonné, offre le contrepoint de ce salon. Puis on passe dans les coulisses des Variétés, où un prince étranger rend visite à l'actrice dans sa loge, sous les yeux de Muffat qui perd pied.

3. La Mignotte : une maison de campagne et un garçon de dix-sept ans

Steiner offre à Nana une propriété près d'Orléans, la Mignotte. Elle y découvre la campagne avec un enthousiasme d'enfant. Tout près habite Mme Hugon, la mère de Georges, qui reçoit justement les Muffat. Georges, que tout le monde appelle Zizi, s'échappe pour retrouver Nana ; leur liaison a quelque chose d'un jeu d'enfants, mais elle préparera un drame. Muffat, de son côté, finit par obtenir ce qu'il poursuit.

De retour à Paris, Fauchery publie un article intitulé La Mouche d'or : il y décrit une fille née de générations d'ivrognes, venue des faubourgs et qui, telle une mouche sortie de l'ordure, empoisonne les hommes de la haute société. Muffat le lit chez Nana. Le même soir, celle-ci lui apprend par dépit que sa femme le trompe avec Fauchery, puis le met à la porte.

4. La rue Véron : deux pièces et des coups

Nana quitte tout pour un comédien, Fontan, dont elle s'est entichée. Ils s'installent à Montmartre, rue Véron, dans un petit logement qu'elle finance en grande partie avec ses économies. Le rêve d'un amour simple tourne vite : Fontan la frappe, la prive d'argent, la jette dehors. Pour survivre, elle retourne au trottoir avec son amie Satin, fille des rues ; une descente de police les fait fuir de nuit. C'est la seule étape où Nana redescend vers le milieu de sa mère, et Zola montre qu'elle le connaît par cœur.

5. L'avenue de Villiers : l'hôtel, le Grand Prix, le lit d'or

Revenue au théâtre, Nana exige de jouer un rôle de femme honnête, une duchesse, et Muffat paie pour qu'elle l'obtienne. Il lui offre ensuite un hôtel particulier, avenue de Villiers, qu'elle remplit d'un luxe sans goût : tentures, bibelots, voitures, domestiques qui la volent. Elle y vit avec Satin, qu'elle a recueillie et qui devient sa compagne, et y reçoit qui elle veut.

Le grand moment public est le Grand Prix de Paris, à Longchamp. Vandeuvres fait courir une pouliche nommée Nana. Contre toute attente, elle gagne, et la foule des tribunes et de la pelouse scande le nom de la jument, confondu avec celui de la femme debout sur sa voiture. Le soir même, on découvre que Vandeuvres a truqué les paris ; déshonoré, il met le feu à son écurie et meurt dans l'incendie avec ses chevaux.

La suite est une série de ruines. Nana fait fabriquer un lit d'or et d'argent ciselé, monument de sa puissance. Steiner est ruiné, la Faloise aussi, un jeune officier, Foucarmont, perd tout. Philippe Hugon, frère aîné de Georges, détourne l'argent de son régiment pour elle et est arrêté. Georges, découvrant la liaison de son frère, se frappe avec des ciseaux chez Nana. Muffat, qui a tout donné, accepte toutes les humiliations : il fait la bête à quatre pattes et, dans une scène célèbre, revêt pour elle son habit de chambellan, qu'elle lui fait bafouer et fouler aux pieds. Il la découvre enfin avec son beau-père, le vieux marquis de Chouard. Satin meurt à l'hôpital. Nana vend tout et disparaît.

6. Le Grand-Hôtel : une chambre, une fenêtre sur le boulevard

Des rumeurs circulent : on la dit partie en Orient, enrichie par un prince. En juillet 1870, elle revient à Paris pour soigner Louiset, qui meurt de la petite vérole. Elle contracte la maladie et meurt dans une chambre du Grand-Hôtel. Ses anciennes rivales, Rose Mignon en tête, montent la voir ; les hommes restent en bas, sur le trottoir. Zola décrit le visage défiguré du cadavre avec une précision médicale. Par la fenêtre ouverte monte la clameur de la foule qui réclame la guerre contre la Prusse, en criant « À Berlin ! ». La fin de Nana coïncide avec la fin de l'Empire.

Les personnages : Nana et le cercle de ceux qui paient

Nana. Ni ange ni monstre. Capricieuse, paresseuse, souvent bonne fille, attendrie par son enfant et par les fleurs, elle ne calcule presque jamais. Zola en fait une force qui agit sans le vouloir : elle détruit parce que les hommes viennent se détruire chez elle.

Le comte Muffat. Le personnage le plus suivi après Nana. Élevé dans la dévotion et l'austérité, il découvre le désir tard et s'y perd entièrement. Sa déchéance est celle de la vieille aristocratie catholique au service de l'Empire.

Georges Hugon. Le plus jeune, le plus sincère, et la victime la plus innocente. Sa mère, Mme Hugon, incarne la province honnête, impuissante devant Paris.

Vandeuvres, Steiner, Fauchery. Le noble joueur, le banquier, le journaliste : trois façons de vivre de l'argent et de l'apparence. Fauchery, qui dénonce Nana dans son article, appartient lui-même au monde qu'il décrit.

Satin. Fille des rues, compagne de Nana. Elle rappelle d'où vient l'héroïne et ce qu'elle redeviendrait sans ses protecteurs.

Bordenave. Directeur de théâtre cynique, qui vend ses actrices comme de la marchandise. Il dit tout haut ce que le Second Empire fait tout bas.

Les thèmes

L'argent. Il circule partout, jamais là où on l'attend. Nana dépense ce que les hommes volent, empruntent ou héritent ; elle ne garde rien. Le roman décrit une économie de gaspillage où rien ne produit rien.

Le désir comme spectacle. De la première scène aux tribunes de Longchamp, Nana est regardée par des foules. Zola montre une société qui se donne en spectacle son propre désir, tout en affectant la morale.

L'hérédité et le milieu. Zola rattache Nana à l'alcoolisme de ses parents et à la misère de la Goutte-d'Or. L'article de Fauchery reprend cette idée, mais le roman la nuance : Nana est moins une malédiction héréditaire que le produit d'un milieu qui l'achète.

La fin d'un régime. La mort de Nana, au moment où la guerre est déclarée, donne au roman une dimension allégorique : le corps qui se décompose répond à un Empire qui court à sa perte.

L'écriture de Zola

Les scènes de foule. La salle des Variétés, le souper, Longchamp : Zola excelle à faire vivre des dizaines de personnages à la fois, saisis par fragments de conversation.

Le symbole. Plusieurs éléments dépassent le réel : la mouche d'or, la pouliche qui porte le nom de l'héroïne, le lit d'or, le cadavre final. Le naturalisme de Zola n'exclut pas une écriture presque mythique.

La documentation. Zola s'est informé sur les théâtres, les courses, la vie des courtisanes. Les détails concrets (les factures, les fleurs, les toilettes) donnent au roman son poids de réel.

Le discours indirect libre. Comme dans L'Assommoir, la voix du narrateur se mêle aux paroles et aux pensées des personnages, avec leur langage.

Avis argumenté

On peut trouver le roman répétitif : la liste des ruines s'allonge selon un schéma prévisible, et certains personnages masculins se ressemblent. On peut aussi reprocher à Zola un regard parfois fasciné sur ce qu'il prétend dénoncer, et l'image d'une femme réduite à son corps.

Pourtant, le fil des adresses nuance ce reproche. Nana change sans cesse de logement, mais aucun n'est vraiment le sien : l'appartement est meublé par un autre, la Mignotte offerte par Steiner, l'hôtel payé par Muffat, et elle meurt dans une chambre louée. Le seul lieu qu'elle paie en partie elle-même, la rue Véron, est celui où on la bat. Le roman montre donc une femme qui semble posséder Paris et qui n'y a pas de place. Les vrais propriétaires sont ceux qui paient, et qui se ruinent pour pouvoir dire qu'ils l'ont eue. C'est une critique sévère d'une société qui fait de tout, et d'abord des êtres, une marchandise.

Questions de compréhension et corrigé

1. Que montre la première scène aux Variétés ? Le pouvoir de Nana sur le public, qui ne tient ni à son talent ni à sa voix, mais à sa présence physique. Elle installe aussi la galerie des hommes qui seront ruinés.

2. Quel est le sens de l'article de Fauchery, La Mouche d'or ? Il présente Nana comme le produit des faubourgs misérables qui se venge sur la haute société. C'est une lecture du roman à l'intérieur du roman, mais Fauchery, qui en profite lui-même, est un juge peu crédible.

3. Pourquoi l'épisode de la rue Véron est-il important ? Il montre Nana, pour une fois, victime d'un homme et privée de tout. Il rappelle la fragilité de sa position : sans protecteurs, elle retombe dans la misère.

4. Que représente la victoire de la pouliche Nana à Longchamp ? Le sommet de la gloire de l'héroïne, acclamée par la foule à travers un animal qui porte son nom. Mais la victoire est truquée et se termine par la mort de Vandeuvres : le triomphe est déjà une ruine.

5. Comment interpréter la fin du roman ? La mort de Nana, défigurée par la maladie, au moment où la foule crie « À Berlin ! », relie son destin à celui du Second Empire. Le corps qui avait fasciné Paris se défait comme le régime qui s'en était grisé.

Conclusion

Nana raconte une ascension qui est aussi une démolition : celle des hommes qui paient, et celle d'un régime qui se regarde jouir avant de s'effondrer. En suivant ses adresses, on voit que l'héroïne n'a jamais vraiment de lieu à elle. Pour prolonger, on relira la fin de L'Assommoir, où l'enfant de la Goutte-d'Or apprend déjà à se faire regarder, et on pourra regarder le tableau de Manet intitulé Nana, antérieur au roman.

Bibliographie

  • Émile Zola, Nana, édition de poche au choix (Folio classique, Livre de Poche).
  • Émile Zola, L'Assommoir.
  • Émile Zola, Le Roman expérimental.
  • Henri Mitterand, Zola et le naturalisme, collection « Que sais-je ? », PUF.