Fiche de lecture — Lycée (le roman et le récit, romantisme et roman historique) — environ 2 300 mots.
Présentation de l'œuvre
Un roman de jeunesse. Victor Hugo publie Notre-Dame de Paris en 1831, à vingt-neuf ans, au lendemain de la révolution de Juillet. Il est déjà le chef de file des romantiques depuis la bataille d'Hernani. Le sous-titre, 1482, annonce un roman historique, genre alors à la mode depuis Walter Scott.
Une cause. Hugo écrit aussi pour défendre les monuments gothiques, que l'on mutile, badigeonne ou démolit. Il avait déjà publié un pamphlet, Guerre aux démolisseurs. Le vrai personnage principal, comme le dit le titre, est la cathédrale.
Une époque. Le Paris de Louis XI, à la fin du Moyen Âge : une ville de clercs, d'écoliers, de mendiants, de juges et d'archers, où l'imprimerie commence à se répandre.
Le découpage. Le roman compte onze livres, divisés en chapitres titrés. Certains livres sont des digressions (la description de la cathédrale, Paris vu d'en haut, la réflexion sur le livre et l'édifice). Cette fiche regroupe l'intrigue en six grandes étapes ; le résumé est condensé.
L'angle de cette fiche : qui regarde qui
Le livre s'ouvre sur un spectacle que personne ne regarde et se ferme sur une exécution regardée d'en haut. Entre les deux, presque chaque scène importante place un personnage sous les yeux d'une foule, et un autre, à l'écart, qui observe la scène et la foule à la fois. Suivre ces regards (qui est en bas, qui est en haut, qui voit sans être vu) éclaire la mécanique du drame : ici, on tombe toujours sous le regard de quelqu'un.
Plan de la fiche
Le roman en six étapes
- Le 6 janvier : une pièce sans public et un pape des fous
- La nuit de la Grève : une danseuse et ses spectateurs
- Le pilori : un monstre exposé et une cruche d'eau
- Un balcon, une chambre louée, un coup de poignard
- L'amende honorable et l'asile
- L'assaut, la Grève, les tours, Montfaucon
Pour étudier le roman
- Les personnages, chacun avec son point de vue
- Les thèmes
- L'écriture de Hugo
- Avis argumenté
- Questions de compréhension et corrigé
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Le roman en six étapes
1. Le 6 janvier : une pièce sans public et un pape des fous
Le 6 janvier 1482, jour des Rois et de la fête des Fous, la grande salle du Palais de Justice est pleine. On doit y jouer un mystère écrit par un poète sans le sou, Pierre Gringoire. Mais tout conspire contre lui : on attend le cardinal de Bourbon, puis des ambassadeurs flamands, dont un bonnetier gantois, Coppenole, qui s'adresse familièrement au peuple. Coppenole propose d'élire sur-le-champ le pape des fous : celui qui fera la plus laide grimace à travers une rosace.
Le vainqueur ne grimace pas : il est ainsi fait. C'est Quasimodo, le sonneur de Notre-Dame, bossu, borgne, boiteux. La foule le couronne et l'emporte en procession ; la salle se vide, et Gringoire voit sa pièce continuer devant des bancs déserts. Le premier spectacle du roman est donc un échec, détrôné par un autre spectacle : celui d'un corps difforme.
2. La nuit de la Grève : une danseuse et ses spectateurs
Sur la place de Grève, autour d'un feu de joie, une jeune bohémienne danse avec une chèvre savante, Djali : c'est la Esmeralda. Parmi les spectateurs fascinés, un visage sévère, celui de l'archidiacre Claude Frollo. Depuis sa cellule, une recluse enfermée dans le Trou aux rats maudit la danseuse.
Plus tard dans la nuit, Gringoire voit Quasimodo tenter d'enlever la jeune fille, avec un complice qu'il croit reconnaître. Un capitaine des archers, le beau Phœbus de Châteaupers, la délivre ; Quasimodo est arrêté. Égaré dans la Cour des Miracles, royaume des truands et des faux infirmes, Gringoire va être pendu par leur roi, Clopin Trouillefou, quand la Esmeralda accepte de le prendre pour mari selon la coutume, une cruche brisée valant mariage pour quatre ans. Dans la chambre, elle le tient à distance avec un poignard : c'est le nom de Phœbus qui l'occupe.
Le roman s'interrompt alors pour deux livres : la cathédrale décrite pierre à pierre, puis Paris à vol d'oiseau. On apprend aussi l'histoire de Quasimodo, enfant abandonné sur le parvis un dimanche de Quasimodo, recueilli par Frollo, rendu sourd par les cloches. Et l'archidiacre, savant tenté par l'alchimie, désigne un livre imprimé puis l'église en disant : « Ceci tuera cela. »
3. Le pilori : un monstre exposé et une cruche d'eau
Quasimodo comparaît devant un juge sourd qui l'interroge sans l'entendre : la scène est une farce judiciaire. Il est condamné à être fouetté au pilori, place de Grève. La foule l'injurie et lui lance des pierres. Écrasé de soif, il demande à boire. Personne ne bouge, sauf la Esmeralda, qui monte sur l'échafaud et lui tend sa gourde. Le monstre pleure. Frollo, qui passait, s'est détourné.
Au même moment, trois femmes de la ville racontent l'histoire de la recluse : autrefois Paquette la Chantefleurie, elle a perdu sa petite fille, volée par des bohémiennes, qui ont laissé à la place un enfant contrefait. Il ne lui reste qu'un petit soulier brodé, qu'elle couvre de larmes.
4. Un balcon, une chambre louée, un coup de poignard
Phœbus est fiancé à Fleur-de-Lys de Gondelaurier. Depuis le balcon de la riche maison, les jeunes filles aperçoivent la Esmeralda sur le parvis et la font monter par curiosité ; la chèvre compose avec des lettres le nom de Phœbus, ce qui trahit la danseuse. Du haut des tours, Frollo observe la scène. On découvre alors le mot grec ANÁΓKH, la fatalité, gravé dans un recoin de la cathédrale, et la passion qui ronge le prêtre.
Frollo surprend Phœbus, au cabaret, se vantant du rendez-vous obtenu. Il lui avance l'argent de la chambre, louée chez une vieille, la Falourdel, à condition de pouvoir s'y cacher pour regarder. Au moment où Phœbus enlace la Esmeralda, il le frappe d'un coup de poignard et s'enfuit. La jeune fille est arrêtée à sa place.
5. L'amende honorable et l'asile
Le procès accumule les accusations : sorcellerie, chèvre diabolique, meurtre d'un officier. Soumise à la torture, la Esmeralda avoue tout. Frollo vient la voir dans son cachot, lui déclare sa passion et lui propose de la sauver ; elle le repousse.
Conduite devant Notre-Dame pour faire amende honorable avant d'être pendue, elle aperçoit Phœbus vivant au balcon des Gondelaurier : il ne dit rien. C'est alors que Quasimodo descend le long d'une corde, l'arrache aux gardes et la porte dans l'église en criant « Asile ! ». La foule applaudit. Dans la cathédrale, il la soigne, lui donne un sifflet pour l'appeler, n'ose pas se montrer. Il lui offre deux vases de fleurs, l'un de cristal, l'autre de grès fêlé ; seules les fleurs du vase grossier restent fraîches. Une nuit, Frollo tente de la forcer ; Quasimodo le saisit, puis le relâche en le reconnaissant.
6. L'assaut, la Grève, les tours, Montfaucon
Frollo convainc Gringoire que la jeune fille va être enlevée de l'asile par décision de justice. Les truands de la Cour des Miracles attaquent la cathédrale pour la délivrer. Quasimodo, qui croit qu'ils viennent la prendre, la défend seul : il jette une poutre, puis fait couler du plomb fondu des gouttières. Il tue Jehan, le frère cadet et chéri de Frollo. Le roi Louis XI, informé, envoie ses archers contre les truands.
Pendant ce temps, Frollo et Gringoire font sortir la Esmeralda par une barque ; Gringoire choisit de sauver la chèvre. Frollo place la jeune fille devant un dernier choix, lui ou le gibet, et, devant son refus, la livre à la recluse. Celle-ci reconnaît dans le petit soulier que la jeune fille garde dans un sachet, à son cou, le pendant de celui qu'elle conserve : la Esmeralda est sa fille Agnès. Elle tente de la cacher aux soldats, puis meurt en la défendant. La jeune fille est pendue en place de Grève.
Du haut des tours, Frollo regarde l'exécution et rit. Quasimodo le pousse dans le vide. Il disparaît ensuite. Bien plus tard, dans le charnier de Montfaucon, on découvre deux squelettes enlacés, dont l'un est contrefait ; ils tombent en poussière quand on veut les séparer. Phœbus, lui, finit, dit Hugo, tragiquement : il se marie.
Les personnages, chacun avec son point de vue
Quasimodo. Celui qu'on regarde. Exposé deux fois, au pape des fous puis au pilori, il ne s'appartient qu'en haut, parmi ses cloches. Sa laideur cache une fidélité absolue, d'abord à Frollo, puis à la Esmeralda.
La Esmeralda. Celle qu'on regarde aussi, mais avec désir. Elle danse pour la foule, et ce regard collectif la perd. Naïve, généreuse (la gourde au pilori), elle aime aveuglément un homme qui ne la mérite pas.
Claude Frollo. Celui qui regarde d'en haut sans être vu. Savant, austère, il se croyait au-dessus des passions ; le désir le transforme en persécuteur. C'est le personnage le plus complexe du livre.
Phœbus. Celui qui ne regarde rien. Beau, vide, il assiste à la condamnation de la femme qui l'aime sans dire un mot.
Gringoire. Le spectateur ironique. Poète raté, il survit à tout parce qu'il ne s'engage jamais vraiment ; son choix final de la chèvre en dit long.
La recluse. Elle voit le monde par une lucarne, et sa haine des bohémiennes se retourne contre sa propre fille.
Les thèmes
La fatalité. Le mot grec gravé sur le mur gouverne l'intrigue : chaque personnage, en voulant agir, précipite la catastrophe. Le soulier retrouvé arrive trop tard, le sauvetage de Quasimodo provoque l'assaut.
Le grotesque et le sublime. Hugo mêle le laid et le beau, comme il l'avait annoncé dans la préface de Cromwell. Quasimodo réunit les deux : un corps difforme et l'âme la plus haute du roman.
La foule. Elle rit, juge, applaudit et se retourne en un instant. Elle élit un pape des fous, lapide un condamné, acclame l'asile. Hugo montre une force capricieuse, capable du pire comme du meilleur.
Le livre et l'édifice. Dans la digression « Ceci tuera cela », Frollo pressent que l'imprimé va remplacer la cathédrale comme mémoire des hommes. Le roman, lui-même un livre, devient alors un monument de papier élevé à un monument de pierre.
La justice. Juge sourd, torture, aveux arrachés : la justice de 1482 condamne au hasard. L'auteur du Dernier Jour d'un condamné poursuit ici sa critique.
L'écriture de Hugo
Les contrastes. Le roman avance par oppositions : haut et bas, beauté et laideur, prêtre et bohémienne, cristal et grès.
Les digressions. Hugo interrompt l'intrigue pour décrire l'architecture ou méditer sur l'histoire. Elles déroutent le lecteur, mais elles installent le décor et donnent au drame sa dimension.
Le narrateur présent. Hugo commente, s'adresse au lecteur, compare 1482 à son époque. Il joue souvent de l'ironie, en particulier avec Gringoire et avec Phœbus.
Les tableaux. Beaucoup de scènes sont composées comme des tableaux ou des scènes de théâtre : la grande salle, le pilori, l'assaut éclairé par le plomb en fusion.
Avis argumenté
Le livre peut décourager : les digressions sont longues, les personnages sont parfois des types plus que des individus, et l'héroïne paraît bien passive. On peut aussi trouver le dénouement d'une noirceur systématique.
Mais le fil des regards montre la cohérence du projet. Tous les malheurs du roman naissent d'une exposition : être vu par la foule, par un prêtre, par un juge. Ceux qui regardent d'en haut sans risquer leur corps, Frollo sur ses tours, Phœbus à son balcon, sont les vrais coupables. Quasimodo, le seul à descendre de la cathédrale pour agir, est aussi le seul à aimer sans posséder. Hugo transforme ainsi une histoire de passion en réflexion sur ce que signifie regarder quelqu'un, et le lecteur, spectateur à son tour, se sent mis en cause.
Questions de compréhension et corrigé
1. Pourquoi le roman commence-t-il par l'échec de la pièce de Gringoire ? Parce que le public préfère un autre spectacle, l'élection du pape des fous. Ce début installe le thème de la foule et fait entrer Quasimodo par une scène où on le regarde comme un phénomène.
2. Quelle est l'importance de la scène du pilori ? Quasimodo, humilié, reçoit un geste de bonté de la seule personne qu'il avait voulu enlever. Ce geste fonde son dévouement pour la Esmeralda et explique le sauvetage de l'asile.
3. Qui frappe Phœbus, et pourquoi la Esmeralda est-elle accusée ? C'est Frollo, jaloux, caché dans la chambre de la Falourdel. La jeune fille, trouvée sur place, est accusée à sa place, avec l'appui des rumeurs de sorcellerie.
4. Quel rôle joue le petit soulier ? C'est l'objet de la reconnaissance : la recluse comprend que la Esmeralda est sa fille. Mais la révélation survient au moment où les soldats arrivent ; elle ne fait qu'ajouter un déchirement à la catastrophe.
5. Comment interpréter la fin à Montfaucon ? Quasimodo rejoint la morte et s'unit à elle dans la mort, la seule union possible pour lui. La poussière qui tombe des squelettes dit à la fois la fidélité et la fragilité de toute chose, comme les pierres de la cathédrale.
Conclusion
Notre-Dame de Paris raconte comment des regards deviennent des sentences. La cathédrale, qui voit tout du haut de ses tours, survit aux personnages qui s'y sont croisés ; Hugo voulait qu'on la regarde, elle aussi, avant qu'il ne soit trop tard. Pour prolonger, on peut lire L'Homme qui rit, autre roman de Hugo dont le héros est défiguré et exposé aux yeux du public.
Bibliographie
- Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, édition de poche au choix (Folio classique, Livre de Poche).
- Victor Hugo, préface de Cromwell.
- Victor Hugo, Guerre aux démolisseurs.
- Jean-Marc Hovasse, Victor Hugo, Fayard.