Fiche de lecture — Lycée (bac de français, objet d'étude « Le théâtre ») — environ 2 400 mots.
Présentation de l'œuvre
Auteur. Victor Hugo a vingt-huit ans quand Hernani est créé à la Comédie-Française, le 25 février 1830. Trois ans plus tôt, la préface de Cromwell a fixé le programme du drame romantique : mélange des genres, liberté à l'égard des unités, vérité de l'histoire. Mais Cromwell n'a jamais été joué ; une autre pièce, Marion de Lorme, vient d'être interdite par la censure. Hernani est donc la première bataille livrée sur une vraie scène, et dans le temple même de la tradition classique.
Genre et forme. Un drame en cinq actes et en alexandrins, sous-titré L'Honneur castillan. Chaque acte porte un titre : « Le Roi », « Le Bandit », « Le Vieillard », « Le Tombeau », « La Noce ». L'action change de lieu à chaque acte et s'étend sur plusieurs mois.
Le sujet. Espagne, 1519. Doña Sol est promise à son oncle, le vieux duc Ruy Gomez de Silva. Elle aime Hernani, un proscrit à la tête d'une bande de montagnards, dont le père a été mis à mort par le père du roi. Le roi don Carlos, futur empereur Charles Quint, la désire aussi. Trois hommes pour une femme, et entre eux une dette de sang.
L'idée directrice : un livre de comptes de l'honneur
Dans Hernani, on se doit la vie. Hernani épargne le roi, qui le lui doit ; Ruy Gomez protège Hernani sous son toit, et Hernani lui doit à son tour la vie ; pour s'acquitter, il lui remet un cor : le jour où le vieillard en sonnera, il mourra. Le roi, à son tour, accorde un pardon. Nous tiendrons, acte par acte, ce registre des dettes : qui doit quoi à qui. La pièce apparaît alors comme une comptabilité tragique où l'honneur castillan oblige chacun à payer, même quand l'amour a enfin gagné.
Plan de la fiche
Résumé acte par acte
- Acte I, « Le Roi » : un roi dans l'armoire
- Acte II, « Le Bandit » : la première grâce
- Acte III, « Le Vieillard » : les portraits et le cor
- Acte IV, « Le Tombeau » : la clémence de l'empereur
- Acte V, « La Noce » : le créancier masqué
L'analyse
- Tableau des dettes
- Les personnages
- Les thèmes
- L'écriture
- La bataille d'Hernani en bref
- Avis argumenté
- Cinq questions de compréhension et leur corrigé
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Résumé acte par acte
Acte I, « Le Roi » : un roi dans l'armoire
Saragosse, la nuit, dans la chambre de doña Sol. Sa duègne, doña Josefa, attend Hernani. On frappe ; c'est un autre homme, enveloppé dans un manteau. Les premiers mots de la pièce, avec leur rejet qui a tant choqué, sont ceux de la duègne :
Serait-ce déjà lui ? C'est bien à l'escalier Dérobé.
L'inconnu est le roi don Carlos. Il oblige la duègne à le cacher dans une armoire pour surprendre le rendez-vous. Hernani arrive et dit à doña Sol son amour et sa misère : il est proscrit, il n'a rien à lui offrir ; elle accepte de le suivre. Le roi sort de l'armoire, les deux hommes vont se battre. Mais le duc Ruy Gomez rentre et trouve deux hommes chez sa fiancée. Il s'indigne longuement contre cette jeunesse sans honneur. Don Carlos se fait reconnaître et invente une raison : il est venu consulter le duc sur l'élection à l'Empire qui se prépare. Il fait passer Hernani pour un homme de sa suite. Resté seul, Hernani jure de se venger de ce roi, fils de celui qui a fait mourir son père.
Dettes : le roi a sauvé Hernani d'un mauvais pas, par calcul. Hernani doit une vengeance à son père.
Acte II, « Le Bandit » : la première grâce
Le lendemain soir, devant le palais du duc. Don Carlos, qui a entendu doña Sol fixer un rendez-vous à Hernani, vient l'enlever. Doña Sol résiste. Hernani surgit avec ses hommes : le roi est à sa merci. Hernani refuse pourtant de tuer un homme qui ne veut pas se battre avec un bandit. Il le laisse partir, et lui donne même son manteau pour qu'il traverse la ville sans danger.
Doña Sol veut le suivre dans sa vie errante. Hernani refuse de l'entraîner dans son malheur et se décrit lui-même dans un vers devenu emblème du héros romantique :
Je suis une force qui va !
Le tocsin sonne, les soldats du roi le poursuivent ; il s'enfuit.
Dettes : le roi doit la vie à Hernani. Il ne l'oubliera pas, mais la dette n'éteint pas la poursuite.
Acte III, « Le Vieillard » : les portraits et le cor
Dans le château de Silva, au milieu des montagnes d'Aragon, on prépare le mariage du duc et de doña Sol. On annonce un pèlerin qui demande asile : c'est Hernani déguisé, traqué par les troupes royales et dont la tête est mise à prix. En voyant doña Sol en habit de noce, il se croit trahi et se dénonce lui-même. Ruy Gomez refuse de livrer un hôte : l'hospitalité est sacrée. Doña Sol montre à Hernani le poignard qu'elle comptait utiliser plutôt que de se marier ; les amants se réconcilient. Le duc les surprend dans les bras l'un de l'autre.
Le roi arrive à ce moment, exige qu'on lui livre le bandit. Ruy Gomez a caché Hernani derrière son propre portrait dans la galerie des ancêtres. Pour toute réponse au roi, il passe les portraits en revue et raconte les exploits de chaque Silva, refusant d'être le premier de sa lignée à livrer un hôte. Le roi, furieux, emmène doña Sol en otage.
Ruy Gomez fait sortir Hernani et veut le tuer en duel. Hernani lui révèle que le roi aussi aime doña Sol. Les deux rivaux s'allient pour la vengeance. Hernani propose un pacte : il remet au duc son cor de chasse ; quand Ruy Gomez voudra sa mort, il n'aura qu'à en sonner, et Hernani se tuera.
Dettes : Hernani doit la vie au duc, deux fois. Le cor est la reconnaissance de dette.
Acte IV, « Le Tombeau » : la clémence de l'empereur
Aix-la-Chapelle, dans les souterrains où se trouve le tombeau de Charlemagne. Le roi sait que des conjurés vont s'y réunir ; il se cache dans le tombeau. Pendant qu'il attend le résultat de l'élection impériale, il médite dans un long monologue sur la grandeur de l'Empire et sur ce qu'un homme doit être pour le porter. Les conjurés arrivent, parmi eux Hernani et Ruy Gomez ; ils tirent au sort celui qui frappera le roi, et le sort désigne Hernani. Ruy Gomez lui offre de lui rendre le cor s'il lui cède ce rôle ; Hernani refuse.
Le canon tonne trois fois : don Carlos est élu empereur. Il sort du tombeau, ses soldats envahissent la crypte. Il fait arrêter les nobles conjurés. Hernani réclame alors de mourir avec eux : il révèle qu'il est Jean d'Aragon, grand seigneur dépossédé. Doña Sol supplie l'empereur. Charles Quint, transformé par sa nouvelle dignité, pardonne à tous, rend à Hernani ses titres et lui donne doña Sol. Seul Ruy Gomez reste à l'écart, ruminant sa rancune.
Dettes : l'empereur a payé sa dette envers Hernani, avec intérêts. Celle d'Hernani envers Ruy Gomez reste ouverte.
Acte V, « La Noce » : le créancier masqué
Saragosse, au palais d'Aragon. La fête des noces bat son plein. Des invités remarquent un masque noir qui rôde. Hernani et doña Sol, enfin seuls, goûtent un bonheur parfait sur la terrasse, sous la nuit. Ils parlent d'avenir à voix basse. Le cor retentit.
Ruy Gomez paraît et réclame son dû. Hernani supplie qu'on lui laisse cette seule nuit ; le vieillard est inflexible. Il lui tend du poison. Doña Sol arrache la fiole, supplie, menace, puis boit la première et laisse le reste à Hernani. Les deux amants meurent dans les bras l'un de l'autre. Ruy Gomez, devant ce qu'il a fait, se tue à son tour.
Dettes : soldées. Il n'y a plus personne pour devoir quoi que ce soit.
Tableau des dettes
| Acte | Débiteur | Créancier | Nature de la dette | Règlement |
|---|---|---|---|---|
| I | Hernani | son père mort | une vengeance | jamais accomplie |
| II | don Carlos | Hernani | la vie épargnée | pardon de l'acte IV |
| III | Hernani | Ruy Gomez | l'asile, le silence devant le roi | le cor, la mort de l'acte V |
| IV | les conjurés | Charles Quint | leur vie | pardon impérial |
| V | Ruy Gomez | lui-même | la mort des amants | suicide |
Le tableau fait apparaître une asymétrie : le roi, qui avait le plus de raisons de punir, choisit de remettre les dettes ; le vieillard, qui avait le moins à gagner, exige d'être payé jusqu'au bout. La pièce oppose deux manières d'entendre l'honneur, celle qui pardonne et celle qui compte.
Les personnages
Hernani. Proscrit, révolté, amoureux, il porte sa vengeance comme une fatalité. Il est le héros romantique type, que sa propre parole enchaîne. Sa noblesse retrouvée n'efface pas le serment fait au vieillard.
Doña Sol. Loin d'être une simple récompense disputée, elle choisit, résiste et meurt la première. Sa fidélité est aussi sûre que celle d'Hernani est tourmentée.
Don Carlos. Le personnage qui change le plus : roi léger et cynique au début, il devient à l'acte IV un empereur conscient de sa grandeur. Son monologue au tombeau marque sa métamorphose.
Ruy Gomez de Silva. Vieillard d'une loyauté farouche, héritier d'une lignée d'honneur, il protège son rival puis exige sa mort. Il incarne une Espagne ancienne, intransigeante, qui ne pardonne rien.
Les thèmes
L'honneur. C'est le sous-titre et le ressort de toute l'action. Il oblige Hernani à épargner le roi, Ruy Gomez à protéger son ennemi, Hernani à mourir. Il est à la fois grand et absurde.
L'amour face au destin. Le bonheur des amants arrive trop tard : il ne dure qu'une heure, entre la noce et le cor. Le drame romantique fait de l'amour une parenthèse arrachée à la fatalité.
Le pouvoir qui transforme. Don Carlos devient un autre homme en devenant empereur. Hugo suggère que la grandeur d'une fonction peut élever celui qui l'exerce.
La jeunesse contre la vieillesse. Ruy Gomez se lamente sur la jeunesse qui a perdu le sens de l'honneur ; c'est pourtant lui qui détruit les jeunes amants. En 1830, ce conflit a aussi un sens littéraire : la jeune génération romantique contre les gardiens de la tradition.
L'écriture
La liberté du vers. Hugo conserve l'alexandrin mais le désarticule : rejets, coupes inattendues, répliques partagées entre plusieurs personnages, mots familiers placés à la rime.
Le mélange des genres. Le grotesque côtoie le sublime : un roi caché dans une armoire, une duègne effrayée, et quelques scènes plus loin une méditation sur l'Empire.
Le spectacle. Galerie de portraits, tombeau de Charlemagne, fête nocturne, cor dans la nuit : chaque acte a son tableau.
Les objets symboliques. Le cor, le poignard, la fiole, le manteau prêté au roi : chaque objet porte un engagement.
La bataille d'Hernani en bref
La création de la pièce est devenue un événement de l'histoire littéraire. Les partisans de Hugo, jeunes écrivains et artistes, occupent la salle dès les premières représentations pour soutenir la pièce contre les classiques, qui viennent siffler. Théophile Gautier, qui en fera plus tard le récit, y porte un gilet rouge resté légendaire. Chaque soir, on se dispute sur des vers : le rejet du premier vers, les mots jugés trop familiers, le roi caché dans une armoire. La pièce triomphe, et l'on considère depuis que le drame romantique a gagné sa place sur la scène officielle ce soir-là.
Avis argumenté
On peut sourire de l'invraisemblance : un héros qui laisse sa vie au son d'un cor, un roi qui se cache dans un placard puis dans un tombeau, des déguisements et des coups de théâtre en série.
Mais l'invraisemblance est assumée, et elle sert une idée forte. Hernani montre des personnages qui tiennent leur parole au-delà de toute raison, et c'est leur grandeur comme leur perte. La lecture par les dettes rend la fin presque mathématique : l'heure de bonheur des amants est prélevée sur un compte qu'ils n'ont jamais soldé. On sort de la pièce avec le sentiment que l'honneur, ici, est une forme d'amour plus forte que l'amour lui-même.
Cinq questions de compréhension et leur corrigé
1. Pourquoi le premier vers a-t-il fait scandale ? Parce qu'il rejette au vers suivant l'adjectif « Dérobé », brisant l'unité de l'alexandrin, ce que les classiques jugeaient contraire aux règles.
2. Pourquoi Hernani épargne-t-il le roi à l'acte II ? Par honneur : il refuse de tuer un homme qui ne veut pas se battre avec lui. Il préfère le laisser partir plutôt que de commettre un assassinat.
3. Que représente la scène des portraits ? L'honneur des Silva : Ruy Gomez s'abrite derrière la mémoire de ses ancêtres pour refuser de livrer son hôte au roi.
4. Quel pacte Hernani conclut-il avec Ruy Gomez ? Il lui remet son cor : le jour où le duc en sonnera, Hernani devra mourir. C'est le prix de la vie que le vieillard lui a sauvée.
5. Pourquoi l'acte IV marque-t-il un tournant ? Don Carlos devient empereur et se transforme : il pardonne aux conjurés et unit Hernani à doña Sol. Le seul obstacle restant est le serment fait à Ruy Gomez.
Conclusion
Hernani est un drame de l'honneur où chaque geste de générosité crée une dette, et où la dernière est réclamée la nuit des noces. Pour prolonger, on lira Ruy Blas, où Hugo reprend l'Espagne et le héros déclassé, ou l'on comparera Ruy Gomez au don Diègue du Cid, autre vieillard pour qui l'honneur passe avant tout.
Bibliographie
- Victor Hugo, Hernani, avec la préface, édition de poche au choix (Folio théâtre, Livre de Poche, GF Flammarion).
- Victor Hugo, préface de Cromwell.
- Théophile Gautier, Histoire du romantisme.
- Anne Ubersfeld, Le Roi et le Bouffon, José Corti.
- Pierre Corneille, Le Cid.