Fiche de lecture — Lycée (le roman du XIXe siècle, romantisme et roman social) — environ 2 500 mots.
Présentation
Un livre écrit en exil. Victor Hugo commence le roman dans les années 1840, l'interrompt pendant la révolution de 1848 et les années de combat contre Louis-Napoléon Bonaparte, puis l'achève à Guernesey, où il vit proscrit. Les Misérables paraît en 1862 et connaît aussitôt un succès immense, dans toutes les classes de la société.
Un roman-monde. Le livre tient de plusieurs genres à la fois : roman d'aventures avec poursuites et évasions, roman d'amour, roman historique (Waterloo, l'émeute de juin 1832), essai philosophique sur le progrès et la misère. Hugo y insère de longues digressions (le couvent, l'argot, les égouts de Paris) que l'on saute parfois et qui font pourtant partie du projet : montrer la société entière, du sommet aux souterrains.
Un titre à double sens. Les misérables sont les pauvres, mais aussi les êtres que la misère rend méchants. Le roman fait passer ses personnages d'un sens à l'autre, dans les deux directions : Jean Valjean s'élève, Thénardier s'enfonce.
Le découpage. L'œuvre compte cinq parties, divisées en livres puis en chapitres. Elles portent chacune un nom propre, à l'exception de la quatrième, qui associe deux lieux de Paris.
L'angle de cette fiche : suivre les objets
Les résumés suivent d'ordinaire Jean Valjean de bout en bout. Ici, on suit aussi ce qui passe de main en main : une paire de chandeliers, une pièce de quarante sous, une poupée, un buvard, un lambeau de tissu. Chez Hugo, les objets voyagent plus loin que les personnages et finissent toujours par révéler quelque chose. Les suivre est la meilleure façon de ne pas se perdre dans un roman de plus de mille cinq cents pages.
Plan de la fiche
Le roman en cinq parties
- Fantine : des chandeliers et une pièce volée
- Cosette : une poupée et un mur
- Marius : un billet de père et une mansarde
- L'Idylle rue Plumet et l'Épopée rue Saint-Denis : un buvard et une barricade
- Jean Valjean : un pan d'habit
Pour étudier le roman
- Les personnages : qui monte, qui descend
- Les digressions, pourquoi elles comptent
- Avis
- Questions corrigées
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Le roman en cinq parties
1. Fantine : des chandeliers et une pièce volée
Le livre s'ouvre loin de son héros, sur le portrait de Mgr Myriel, évêque de Digne, qui a cédé son palais à l'hôpital et vit dans une maison simple. C'est chez lui qu'arrive, en octobre 1815, un homme que toutes les auberges ont chassé : Jean Valjean, libéré du bagne de Toulon après dix-neuf ans. Il avait été condamné pour avoir volé un pain afin de nourrir les enfants de sa sœur ; ses tentatives d'évasion ont alourdi la peine. Il porte un passeport jaune qui le désigne partout comme ancien forçat.
L'évêque le reçoit à sa table. La nuit, Valjean vole l'argenterie et s'enfuit. Ramené par les gendarmes, il entend Myriel affirmer qu'il lui avait donné ces couverts, et qu'il a oublié de prendre aussi les chandeliers. L'évêque lui demande d'employer cet argent à devenir honnête.
Sur la route, encore bouleversé, Valjean pose le pied sur une pièce de quarante sous qu'a laissé tomber un jeune Savoyard, Petit-Gervais, et refuse de la rendre. L'enfant s'enfuit en pleurant. Ce geste mécanique, presque inconscient, devient son dernier crime : il en éprouve une horreur qui achève sa conversion.
Quelques années plus tard, à Montreuil-sur-Mer, un certain M. Madeleine a fait fortune grâce à une invention dans la fabrication de verroteries noires. Il est bienfaisant, aimé, devenu maire. Seul l'inspecteur Javert le soupçonne, surtout après l'avoir vu soulever une charrette pour sauver le vieux Fauchelevent.
Parallèlement, on suit Fantine, jeune ouvrière abandonnée à Paris par l'étudiant Tholomyès avec qui elle a eu une fille. Elle confie l'enfant, Cosette, à des aubergistes de Montfermeil, les Thénardier, et vient travailler à Montreuil, dans l'usine de M. Madeleine. Renvoyée quand on découvre qu'elle a un enfant naturel, elle vend ses cheveux, ses dents, puis son corps pour payer les sommes que les Thénardier lui extorquent. Un soir de neige, un oisif la provoque ; elle se défend, Javert l'arrête. M. Madeleine intervient et la fait soigner.
Arrive alors l'affaire Champmathieu : un pauvre homme a été arrêté et pris pour Jean Valjean. Madeleine passe une nuit de lutte intérieure (le chapitre « Tempête sous un crâne »), part pour Arras, et se dénonce devant le tribunal pour qu'un innocent ne soit pas condamné à sa place. Revenu auprès de Fantine, il est arrêté par Javert sous les yeux de la malade, qui meurt sous le choc.
2. Cosette : une poupée et un mur
Hugo ouvre la deuxième partie par un long récit de la bataille de Waterloo. Il s'achève sur une scène de nuit : un rôdeur dépouille les morts et, sans le vouloir, tire de sous les cadavres un officier encore vivant, le colonel Pontmercy, qui le croit son sauveur. Le rôdeur s'appelle Thénardier.
Valjean, renvoyé au bagne, s'évade en se jetant à la mer après avoir sauvé un marin suspendu dans le gréement d'un vaisseau à Toulon ; on le croit noyé. La nuit de Noël, à Montfermeil, il rencontre dans le bois une petite fille qui porte un seau trop lourd pour elle : c'est Cosette, servante maltraitée de l'auberge. Il lui achète la grande poupée qu'elle contemplait à la vitrine d'une baraque, sous les regards furieux de la Thénardier, puis rachète l'enfant elle-même.
À Paris, ils vivent cachés dans la masure Gorbeau. Javert retrouve leur trace. Une poursuite nocturne dans un quartier de ruelles se termine au pied d'un mur que Valjean escalade avec l'enfant. De l'autre côté, un jardin : celui du couvent du Petit-Picpus, où le jardinier n'est autre que Fauchelevent, qui lui doit la vie. Pour pouvoir y entrer officiellement, Valjean doit d'abord en sortir, et il le fait dans un cercueil. Il vit ensuite des années au couvent comme jardinier, tandis que Cosette y est élevée.
3. Marius : un billet de père et une mansarde
La troisième partie présente d'abord Gavroche, gamin de Paris, enfant négligé des Thénardier, qui vit dans la rue. Puis Marius Pontmercy, élevé par son grand-père royaliste, M. Gillenormand, dans le mépris de son père, le colonel bonapartiste. À la mort de ce dernier, Marius découvre qui était son père et reçoit un billet où le colonel lui demande, s'il le peut, de faire du bien à un certain Thénardier, qui l'a sauvé à Waterloo. Marius devient bonapartiste, rompt avec son grand-père et vit pauvrement.
Il fréquente les Amis de l'ABC, groupe d'étudiants républicains rassemblés autour d'Enjolras, et rencontre au jardin du Luxembourg un vieil homme accompagné d'une jeune fille. Il en tombe amoureux à distance, avant de les perdre de vue.
Dans la mansarde voisine de la sienne, à la masure Gorbeau, vit une famille misérable, les Jondrette. Par un trou dans le mur, Marius découvre que Jondrette n'est autre que Thénardier, et que celui-ci prépare un guet-apens contre un bienfaiteur… qui est le vieil homme du Luxembourg. Marius prévient Javert. Dans la scène, Marius est déchiré entre la dette de son père et l'envie de sauver l'inconnu. Valjean, ligoté, se brûle volontairement le bras avec un ciseau rougi pour montrer qu'il n'a pas peur, puis s'échappe au moment où Javert arrête la bande.
4. L'Idylle rue Plumet et l'Épopée rue Saint-Denis : un buvard et une barricade
Valjean et Cosette habitent une maison discrète rue Plumet, avec un jardin abandonné. Éponine, fille des Thénardier, amoureuse sans retour de Marius, lui en indique l'adresse. Les deux jeunes gens se retrouvent chaque soir au jardin ; c'est l'idylle. Éponine, à sa manière, protège ce bonheur qui la tue.
Dans le même temps, Gavroche recueille deux petits garçons perdus, qu'il ne sait pas être ses frères, et les loge dans l'éléphant de plâtre de la place de la Bastille.
En juin 1832, les funérailles du général Lamarque déclenchent une insurrection. Les amis d'Enjolras dressent une barricade rue de la Chanvrerie, devant le cabaret Corinthe. Marius, croyant Cosette partie pour l'Angleterre, vient y chercher la mort. Javert, infiltré, est démasqué et ligoté. Le vieux Mabeuf monte au sommet de la barricade avec le drapeau et y est tué. Éponine reçoit une balle destinée à Marius, et meurt en lui avouant son amour.
Marius envoie une lettre d'adieu à Cosette. Valjean découvre leur amour grâce au buvard de la jeune fille : l'encre fraîche, lue dans un miroir, lui révèle tout. Il éprouve une jalousie terrible, puis prend son parti, et se rend sur la barricade.
5. Jean Valjean : un pan d'habit
Le lendemain, la barricade est encerclée. Gavroche sort ramasser les cartouches des morts en chantant, et il est abattu. Valjean obtient qu'on lui laisse exécuter Javert ; il l'emmène à l'écart, tire en l'air et le libère. La barricade tombe ; Enjolras est fusillé, et Grantaire, le sceptique, demande à mourir avec lui.
Valjean emporte Marius, blessé et inconscient, dans les égouts de Paris. Il marche des heures dans la boue, manque de s'enliser, arrive à une grille fermée. Thénardier, qui s'y cache, lui ouvre contre de l'argent, croyant aider un assassin à se débarrasser d'un corps, et arrache en douce un lambeau de son habit. À la sortie, Javert attend. Il laisse Valjean ramener Marius chez son grand-père, puis rentrer chez lui. Incapable de concilier la loi et la dette qu'il a contractée envers un forçat, Javert se jette dans la Seine.
Marius guérit et épouse Cosette en février 1833. Valjean révèle à Marius son passé de forçat. Marius, glacé, l'éloigne peu à peu de la maison ; Valjean dépérit. C'est Thénardier, venu faire chanter Marius, qui révèle sans le vouloir toute la vérité : en montrant le lambeau d'habit pour accuser Valjean, il prouve que c'est lui qui a sauvé Marius. Marius lui jette de l'argent pour qu'il disparaisse, puis court avec Cosette chez Valjean, mourant. Celui-ci meurt entre eux, à la lumière des chandeliers de l'évêque.
Les personnages : qui monte, qui descend
| Personnage | Mouvement | En quelques mots |
|---|---|---|
| Jean Valjean | Ascension morale | Du forçat endurci au juste ; chaque partie lui impose un nouveau sacrifice |
| Javert | Rupture | Homme de la règle ; il ne survit pas à l'idée qu'un forçat soit meilleur que la loi |
| Fantine | Chute subie | La misère la dépouille pièce par pièce, sans qu'elle commette de faute réelle |
| Thénardier | Descente choisie | Aubergiste, escroc, puis bandit ; toujours du côté de l'argent |
| Cosette | Passage à la lumière | De la servante battue à la jeune fille protégée ; personnage plus effacé, cible de tous les dévouements |
| Marius | Apprentissage | Il découvre son père, la pauvreté, l'amour, la politique ; il se trompe longtemps sur Valjean |
| Éponine | Sacrifice | Fille de Thénardier rachetée par l'amour |
| Gavroche | Vitalité | L'esprit de Paris, gouailleur et courageux, mort pour rien et pour tous |
Les digressions, pourquoi elles comptent
On reproche souvent à Hugo ses longues pauses : Waterloo, le couvent, l'argot, les égouts. Elles sont pourtant reliées à l'intrigue de façon serrée.
- Waterloo explique la fausse dette qui lie le colonel Pontmercy à Thénardier, et donc tout le dilemme de Marius.
- Le couvent est un refuge, mais aussi une réflexion sur l'enfermement volontaire, en miroir du bagne.
- L'argot est la langue des bas-fonds ; Hugo la traite comme un objet d'étude, pas comme une curiosité.
- Les égouts sont le ventre de Paris, l'endroit où tout ce que la ville rejette se retrouve. Valjean y passe comme dans une épreuve de mort et de renaissance.
Ces chapitres font changer d'échelle : l'histoire d'un homme devient celle d'un peuple et d'une ville.
Avis
Le plus étonnant, à la lecture intégrale, est la place du hasard. Les mêmes personnes se recroisent sans cesse : Fauchelevent au couvent, Thénardier à la grille de l'égout, Javert à la sortie. Un lecteur moderne peut trouver cela commode. Mais Hugo ne cherche pas la vraisemblance : il construit un monde où rien ne se perd, où le moindre geste (une pièce volée, une poupée offerte) finit par revenir. C'est une vision morale du récit, et c'est ce qui le rend si efficace.
Les personnages féminins restent moins riches que les masculins : Cosette est surtout un enjeu, Fantine une victime. Éponine fait exception, et l'on peut défendre l'idée qu'elle est la figure la plus moderne du roman, partagée entre le milieu qui l'a faite et ce qu'elle choisit d'être.
Enfin, le roman a gardé une force rare sur un point : Javert. Il n'a rien d'un méchant. Il est honnête, incorruptible, et c'est précisément ce qui le rend redoutable. Son suicide pose une question qui n'a pas vieilli : que faire quand la loi et la justice ne coïncident plus ?
Questions corrigées
1. Quel est le rôle de Mgr Myriel, qui disparaît après le début du roman ? Il est l'origine de tout : son pardon transforme Valjean et lui donne une dette morale qu'il remboursera toute sa vie. Les chandeliers, présents à la mort du héros, rappellent ce point de départ.
2. Pourquoi Valjean se dénonce-t-il à Arras ? Pour qu'un innocent, Champmathieu, ne soit pas condamné à sa place. Il sacrifie sa position, sa liberté et la protection qu'il assurait à Fantine : c'est le premier grand choix de sa vie d'homme juste.
3. Que révèle le buvard de Cosette ? L'amour de Cosette pour Marius. Valjean y lit, inversé dans un miroir, le billet qu'elle a écrit. La découverte le blesse, mais elle le pousse vers la barricade, où il sauvera son rival.
4. Pourquoi Javert se suicide-t-il ? Parce qu'il doit sa vie à un forçat et qu'il a laissé partir un homme qu'il devait arrêter. Son système, où la loi a toujours raison, s'effondre ; il ne peut pas vivre sans lui.
5. Comment Marius apprend-il la vérité sur Valjean ? Par Thénardier, qui croit dénoncer un assassin et produit le lambeau d'habit arraché dans l'égout. La preuve se retourne : elle montre que Valjean est le sauveur de Marius.
Conclusion
Les Misérables raconte une rédemption, mais aussi un circuit : les objets, les dettes et les gestes reviennent toujours à leur point de départ. L'évêque a donné des chandeliers ; ils éclairent la mort de celui qu'il a sauvé. Pour prolonger, on lira Claude Gueux, court récit de Hugo sur un prisonnier, ou Le Dernier Jour d'un condamné, qui pose déjà la question de la justice pénale.
Bibliographie
- Victor Hugo, Les Misérables.
- Victor Hugo, Claude Gueux.
- Victor Hugo, Le Dernier Jour d'un condamné.
- Guy Rosa et Anne Ubersfeld (dir.), Lire Les Misérables, José Corti.