Huis clos de Sartre : résumé et fiche de lecture

2 266 mots · ≈8 pages · Lycée · Fiche de lecture

Fiche de lecture — Lycée (bac de français, objet d'étude « Le théâtre ») — environ 2 250 mots.

Présentation de l'œuvre

Auteur. Jean-Paul Sartre (1905-1980), philosophe, romancier, dramaturge et essayiste, principal représentant de l'existentialisme en France. Il vient de publier L'Être et le Néant, où il analyse longuement le regard d'autrui, et il a déjà fait jouer Les Mouches.

Genre. Pièce en un acte, découpée en scènes, créée en mai 1944 au théâtre du Vieux-Colombier, à Paris, quelques jours avant le débarquement, sous l'Occupation. Le titre est une expression juridique : un procès « à huis clos » se déroule portes fermées, sans public.

Situation. Trois morts, un homme et deux femmes, se retrouvent en enfer. Pas de flammes, pas de bourreaux : un salon meublé dans le style Second Empire, où ils vont devoir vivre ensemble pour l'éternité. Comme l'œuvre est protégée par le droit d'auteur, cette fiche résume et analyse avec nos propres mots, sans citer plus de quelques mots du texte.

Le fil conducteur de cette fiche : un enfer d'accessoires

Sartre a tout supprimé de l'enfer traditionnel, sauf un décor. Et ce décor est un piège savamment composé : trois canapés, un bronze trop lourd à soulever, une sonnette capricieuse, une lumière qui ne s'éteint jamais, un coupe-papier, une porte. Surtout, une absence : aucun miroir. Chaque objet sert la torture, sans qu'aucun bourreau ait besoin d'intervenir. La pièce étant d'un seul tenant, nous la résumerons par moments, en suivant à chaque fois l'objet qui les gouverne.

Plan de la fiche

Résumé moment par moment

  • L'arrivée : le bronze et la lumière
  • Les présentations : les canapés et les mensonges
  • Le miroir absent : le jeu des regards
  • Les aveux : la terre qui s'éloigne
  • La porte ouverte : personne ne sort
  • Le coupe-papier : la fin qui ne finit pas

Analyse

  • Les trois damnés
  • Les thèmes
  • L'écriture : une tragédie sans dieux
  • Avis argumenté
  • Questions de compréhension et corrigé

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Résumé moment par moment

1. L'arrivée : le bronze et la lumière

Un garçon d'étage, poli et un peu moqueur, introduit Garcin dans le salon. Garcin s'attendait à des instruments de supplice ; il ne trouve que des meubles laids et une statue de bronze sur la cheminée. Il pose des questions pratiques. Il apprend qu'il n'y a ni lit ni sommeil, que la lumière ne s'éteint jamais, que les paupières ne servent plus, qu'on ne cligne plus des yeux. La sonnette, dit le garçon, fonctionne parfois. Il n'y a pas de fenêtre donnant sur l'extérieur. Garcin prend la situation avec une assurance affectée : il se dit prêt à regarder les choses en face.

Resté seul, il appuie sur la sonnette, qui ne répond pas, et frappe contre la porte. Sa belle assurance vacille déjà.

2. Les présentations : les canapés et les mensonges

Inès arrive. Elle prend Garcin pour le bourreau, ce qui le vexe. Employée des postes de son vivant, elle est sèche, lucide, agressive. Elle comprend vite que leur présence commune n'a rien d'un hasard.

Puis entre Estelle, jeune femme élégante et mondaine. Sa première préoccupation est la couleur des canapés : elle ne peut pas s'asseoir sur un siège qui jure avec sa robe. Ce détail futile en dit beaucoup : Estelle vit de l'apparence.

Chacun raconte sa mort. Garcin, journaliste pacifiste, a été fusillé ; il se présente comme un homme de conviction. Estelle est morte d'une pneumonie ; elle se décrit comme une épouse irréprochable, mariée par devoir à un homme plus âgé pour faire vivre sa famille. Inès refuse ces récits embellis : selon elle, ils sont là parce qu'ils sont coupables, et le personnel n'est pas nécessaire, puisque chacun sera le bourreau des deux autres.

Garcin propose un pacte : que chacun reste sur son canapé, se taise et regarde à l'intérieur de lui-même. Le silence ne tient pas longtemps.

3. Le miroir absent : le jeu des regards

Estelle veut se refaire une beauté et cherche une glace. Il n'y en a pas. Sans miroir, elle a peur de ne plus exister, comme si elle se dissolvait. Inès lui propose alors de devenir son miroir : qu'Estelle la regarde, et Inès lui dira de quoi elle a l'air. La scène est à la fois tendre et cruelle. Inès désire Estelle, et elle utilise ce pouvoir pour la tenir : elle lui dit qu'elle a un bouton sur la joue, puis que c'était faux. Estelle découvre qu'elle dépend entièrement du regard de l'autre.

Mais Estelle, elle, ne s'intéresse qu'au regard d'un homme. Elle se tourne vers Garcin, qui l'ignore d'abord. Le triangle est en place : Inès veut Estelle, Estelle veut Garcin, et Garcin, on le comprendra, veut autre chose.

4. Les aveux : la terre qui s'éloigne

Pendant un temps, les morts continuent de voir ce qui se passe sur terre, par visions intermittentes. Garcin voit ses collègues du journal parler de lui ; Estelle voit une amie danser avec un homme qui l'aimait et qui l'oublie ; Inès voit la chambre où elle a vécu, bientôt louée à d'autres. Puis les images s'effacent : la vie continue sans eux, et ils perdent tout pouvoir sur ce qu'on pense d'eux.

Sous la pression d'Inès, chacun finit par avouer.

Personnage Version d'abord donnée Ce qu'il avoue
Garcin pacifiste fusillé pour ses idées il a fui au lieu de s'engager, a été arrêté et fusillé ; il a aussi fait souffrir sa femme pendant des années, en ramenant une maîtresse sous leur toit
Inès aucune : elle ne cherche pas à paraître innocente elle a séduit Florence, la femme de son cousin ; le cousin est mort écrasé par un tramway ; Florence a ouvert le gaz et elles sont mortes toutes deux
Estelle épouse dévouée, morte de maladie elle a eu un amant, un enfant de lui, qu'elle a noyé dans un lac en Suisse ; l'amant s'est tué

Les aveux ne libèrent personne. Ils servent seulement de munitions.

5. La porte ouverte : personne ne sort

Le cœur de la pièce est l'obsession de Garcin. Ce qu'il veut savoir, c'est s'il est un lâche. Il a fui pour fonder ailleurs un journal pacifiste : était-ce par conviction ou par peur ? Il n'a pas eu le temps de le prouver, puisqu'on l'a fusillé avant. Et la mort lui a retiré toute chance de se racheter. Il voudrait qu'une seule personne croie en lui.

Il se tourne vers Estelle, qui lui donnera tout ce qu'il veut pourvu qu'il la prenne dans ses bras. Mais il comprend vite qu'elle dira n'importe quoi : son jugement ne vaut rien. Le seul regard qui compte est celui d'Inès, qui le connaît et ne lui fera grâce de rien.

Excédé, Garcin veut partir. Il tambourine contre la porte, appelle, supplie. La porte s'ouvre. Personne ne sort. Garcin explique qu'il ne peut pas s'en aller en laissant derrière lui Inès, qui le croit lâche : il doit la convaincre. Estelle propose de pousser Inès dehors ; Garcin refuse. La porte se referme. L'enfer n'a jamais eu besoin de serrure.

6. Le coupe-papier : la fin qui ne finit pas

Garcin se tourne une dernière fois vers le bronze de la cheminée et comprend enfin la nature du lieu. Pas de gril, pas de soufre : la torture, ce sont les regards des autres, éternellement posés sur lui. C'est là qu'il prononce la formule devenue célèbre, l'enfer, c'est les Autres.

Estelle, folle de rage contre Inès qui la regarde embrasser Garcin, saisit le coupe-papier et la frappe. Inès rit : elle est déjà morte, le geste ne sert à rien. Le rire gagne les trois personnages. Puis le rire s'éteint, ils se regardent, et Garcin dit qu'il faut continuer. Le rideau tombe sur une éternité qui commence à peine.

Les trois damnés

Garcin. L'intellectuel qui s'est voulu héros. Il est coupable de deux manières : il a été lâche en politique et cruel en privé, mais il ne souffre que de la première faute, parce qu'elle touche son image. Il veut qu'un autre le déclare courageux, au lieu de reconnaître que ses actes ont parlé pour lui.

Inès. La plus lucide et la plus dure. Elle ne se raconte pas d'histoires : elle se sait méchante et en tire une forme de force. Elle a besoin de la souffrance des autres pour exister. Elle est le juge implacable de Garcin et l'amoureuse repoussée d'Estelle.

Estelle. La mondaine, obsédée par son reflet. Elle refuse jusqu'au bout de nommer son crime avec franchise. Elle n'existe que par le désir des hommes ; privée de miroir, elle cherche un homme pour s'y voir.

Le garçon d'étage. Seul vivant apparent, mais il n'est pas humain. Sa politesse ironique d'employé d'hôtel rend l'enfer administratif et banal.

Les thèmes

Le regard d'autrui. Sartre ne veut pas dire que les autres sont toujours un enfer. Il a expliqué plus tard que la formule vaut pour ceux qui dépendent entièrement du jugement d'autrui et ne peuvent se voir qu'à travers lui. Quand on a tordu ses rapports aux autres, ils deviennent un supplice. C'est exactement le cas de ces trois personnages, qui ont besoin des autres pour savoir qui ils sont.

La mauvaise foi. Chacun commence par mentir sur lui-même. Pour Sartre, la mauvaise foi consiste à fuir sa liberté et sa responsabilité en se racontant une version flatteuse. Garcin dit qu'il n'a pas eu le temps ; Estelle se dit victime des circonstances. La pièce démonte ces excuses.

L'homme est la somme de ses actes. C'est la leçon de Garcin. Tant qu'on vit, on peut changer le sens de sa vie ; une fois mort, la vie est close et devient ce que les autres en font. Les morts sont donc à la merci des vivants, et entre eux, à la merci de leurs juges. La pièce invite par contraste les vivants à agir pendant qu'il est temps.

La liberté refusée. La porte s'ouvre et personne ne sort. Les damnés sont libres, mais ils restent, prisonniers de leur besoin d'être jugés. L'enfer n'est pas un lieu où l'on est enfermé, c'est une manière de vivre.

L'écriture : une tragédie sans dieux

Les unités respectées. Un lieu, une action, un temps qui coïncide avec celui de la représentation : Sartre reprend la rigueur classique, mais pour enfermer ses personnages dans un temps sans fin.

L'absence de surnaturel. Pas de diable, pas de juge, pas de flammes. L'enfer est un salon bourgeois. Cette banalité rend la pièce plus inquiétante qu'un décor fantastique.

Le dialogue comme combat. Les répliques sont courtes, sèches, souvent des questions ou des attaques. Le langage est courant, parfois familier, loin de la rhétorique traditionnelle. Les personnages s'interrompent, se coupent, se contredisent.

Le comique noir. Les canapés assortis aux robes, le bouton imaginaire, le coup de couteau donné à une morte : la pièce fait rire, d'un rire grinçant qui renforce l'horreur.

Les objets signifiants. Chaque accessoire porte une idée : le bronze, trop lourd, figure l'éternité figée ; la lumière permanente, l'impossibilité de se cacher ; la porte, la liberté qu'on ne prend pas ; l'absence de miroir, la dépendance au regard d'autrui.

Avis argumenté

Huis clos est une pièce courte qui se lit d'une traite et qui ne lâche plus le lecteur. Le dispositif est simple, mais il a une efficacité redoutable : trois personnes qui ne peuvent ni se fuir ni se tuer. On peut lui reprocher d'être un peu démonstrative, comme si les personnages illustraient une thèse philosophique. Mais ils restent vivants, avec leurs ruses et leurs faiblesses. La pièce parle avec force à l'époque des réseaux sociaux, où beaucoup mesurent leur valeur aux réactions des autres et passent leur temps à se regarder dans l'écran comme Estelle cherche un miroir. Elle pose une question qui ne vieillit pas : faut-il attendre des autres qu'ils nous disent qui nous sommes ? Sartre répond qu'on se définit par ses actes, et que le jugement d'autrui ne devient un enfer que si l'on n'a que lui.

Questions de compréhension et corrigé

1. Pourquoi n'y a-t-il pas de bourreau dans cet enfer ? Parce que les trois damnés suffisent. Chacun a été choisi pour faire souffrir les deux autres : Inès désire Estelle qui désire Garcin qui ne s'intéresse qu'au jugement d'Inès. Le supplice est organisé par les relations elles-mêmes.

2. Quel est le rôle de l'absence de miroir ? Elle prive les personnages de toute image d'eux-mêmes qui ne passe pas par autrui. Estelle doit se voir dans les yeux d'Inès, Garcin dans le jugement d'Inès. L'absence de miroir fait du regard des autres la seule source d'identité.

3. Pourquoi Garcin ne sort-il pas quand la porte s'ouvre ? Parce qu'il a besoin de convaincre Inès qu'il n'est pas un lâche. Partir, ce serait laisser derrière lui le seul regard qui compte. Sa prison est intérieure.

4. Que signifie la formule sur l'enfer et les autres ? Elle ne condamne pas toute relation humaine. Elle signifie que, si l'on dépend entièrement du jugement d'autrui pour se connaître, on devient prisonnier de ce jugement. Sartre a lui-même mis en garde contre la lecture pessimiste de la formule.

5. Pourquoi la pièce se termine-t-elle par une invitation à continuer ? Parce que rien ne peut changer : les morts ne peuvent plus agir, donc plus se redéfinir. La fin n'est pas un dénouement mais le début d'une répétition éternelle. Pour le spectateur vivant, c'est une incitation à agir avant qu'il soit trop tard.

Conclusion

Huis clos transforme un salon en machine infernale où chaque objet, chaque regard, chaque mot devient instrument de torture. La pièce illustre la pensée existentialiste de Sartre sans s'y réduire : c'est d'abord un drame humain, cruel et drôle, sur le besoin d'être reconnu. Pour prolonger, on peut lire L'Existentialisme est un humanisme, conférence où Sartre expose clairement ses idées, ou Les Mains sales, autre pièce sur l'acte et la responsabilité.

Bibliographie

  • Jean-Paul Sartre, Huis clos.
  • Jean-Paul Sartre, L'Existentialisme est un humanisme.
  • Jean-Paul Sartre, L'Être et le Néant.
  • Jean-Paul Sartre, Les Mains sales.