Lettres de mon moulin de Daudet : résumé de sept lettres et fiche de lecture

2 583 mots · ≈9 pages · Collège · Fiche de lecture

Fiche de lecture — Collège (6e-5e, contes et récits, le conte provençal) — environ 2 500 mots.

Présentation de l'œuvre

L'auteur. Alphonse Daudet (1840-1897) est né à Nîmes, dans une famille ruinée de fabricants de soie. Monté à Paris à dix-sept ans, il y devient écrivain et secrétaire d'un grand personnage de l'Empire. Mais il garde la nostalgie du Midi, de sa lumière et de ses histoires.

Le livre. Les Lettres de mon moulin paraissent d'abord dans des journaux parisiens, à partir de 1866, puis en volume en 1869 ; d'autres lettres s'ajoutent dans les éditions suivantes. Le narrateur affirme avoir acheté un vieux moulin à vent abandonné en Provence, près d'Arles, et écrire de là à ses lecteurs de Paris. En réalité, Daudet a séjourné dans la région de Fontvieille, mais n'a jamais possédé de moulin : la fiction de l'achat est un cadre, et l'écrivain Paul Arène a participé à la rédaction de plusieurs textes.

Un recueil varié. Les lettres ne racontent pas une seule histoire. Certaines sont des contes, d'autres des souvenirs, des descriptions, des portraits. La plupart se passent en Provence ; d'autres emmènent le lecteur en Corse ou en Algérie. Le ton va du comique franc à la mélancolie.

L'angle de cette fiche. Le narrateur des Lettres parle peu de lui-même : il écoute. Presque chaque histoire lui est racontée par quelqu'un d'autre, un vieux joueur de fifre, un berger, un curé. Le moulin est donc moins une maison qu'un poste d'écoute. Et ce qu'on lui raconte, c'est souvent un monde en train de disparaître : les moulins à vent, les papes d'Avignon, les troupeaux en montagne, la foi naïve d'un village. Pour chaque lettre, nous noterons donc deux choses : qui raconte et ce qui s'en va.

Plan de la fiche

  1. La lettre d'installation : le moulin et ses anciens habitants
  2. Résumé de sept lettres
    • Le Secret de maître Cornille
    • La Chèvre de M. Seguin
    • Les Étoiles
    • La Mule du pape
    • L'Élixir du Révérend Père Gaucher
    • Le Curé de Cucugnan
    • Les Vieux
  3. Tableau : qui raconte, ce qui disparaît
  4. Les thèmes
  5. Les procédés de Daudet
  6. Avis argumenté
  7. Cinq questions avec corrigé

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1. La lettre d'installation : le moulin et ses anciens habitants

Le recueil s'ouvre sur l'arrivée du narrateur dans son moulin. Les vrais propriétaires des lieux ne sont pas contents : ce sont les lapins, qui avaient pris l'habitude de s'y réunir, et un vieux hibou installé à l'étage depuis des années. Le narrateur s'amuse de ces locataires et décide de garder le hibou. Ce début donne le ton : un homme de Paris s'installe dans un monde ancien, avec humour et respect, sans vouloir en chasser les habitants.

2. Résumé de sept lettres

Le Secret de maître Cornille

Qui raconte. Francet Mamaï, un vieux joueur de fifre, pendant une veillée.

Résumé. Autrefois, le pays était couvert de moulins à vent qui moulaient le blé de toute la région. Un jour, des Parisiens installent une minoterie à vapeur sur la route de Tarascon. Peu à peu, tout le monde y porte son grain, et les moulins s'arrêtent un à un. Un seul continue de tourner : celui de maître Cornille, vieux meunier fier et têtu, qui a fait ce métier pendant soixante ans et parle de la minoterie comme d'une invention du diable.

Les gens du village se demandent d'où lui vient son travail, puisque personne ne lui porte plus de blé. Le meunier vit seul, a placé sa petite-fille Vivette dans les fermes, et ne laisse entrer personne. Lorsque Vivette et le fils du conteur, qui veulent se marier, montent au moulin en son absence, ils découvrent le secret : les sacs que Cornille transporte sur son âne ne contiennent que des gravats et de la terre blanche. Le vieux faisait tourner ses ailes à vide pour que l'on croie encore à son moulin.

Le village, ému, décide alors de lui apporter du vrai blé. En voyant les sacs, Cornille pleure de joie. Jusqu'à sa mort, il aura du travail ; mais après lui, personne ne reprend le moulin.

Ce qui disparaît. Un métier, une fierté artisanale, une manière de vivre où chaque village avait son meunier.

La Chèvre de M. Seguin

Qui raconte. Le narrateur lui-même, dans une lettre adressée à Pierre Gringoire, poète parisien qui refuse un emploi stable dans un journal pour rester libre.

Résumé. M. Seguin a perdu toutes ses chèvres de la même façon : elles cassent leur corde, s'enfuient dans la montagne et le loup les mange. Il achète une nouvelle chèvre, toute jeune, blanche et douce, Blanquette, en espérant qu'elle sera plus sage. Il lui donne un pré, une longue corde, toute l'herbe qu'elle veut.

Mais Blanquette regarde la montagne et s'ennuie. Elle demande à partir. M. Seguin lui raconte l'histoire de la vieille Renaude, qui s'est battue toute la nuit contre le loup avant d'être mangée au matin, puis l'enferme dans l'étable. Blanquette s'échappe par la fenêtre.

Dans la montagne, elle découvre le bonheur : les fleurs, l'herbe haute, un jeune chamois avec qui elle s'amuse. Le soir tombe, il fait froid, elle entend la trompe de M. Seguin qui l'appelle, puis le loup apparaît. Elle décide de se battre, comme la Renaude. Elle tient toute la nuit, les cornes en avant. Au lever du jour, épuisée, elle se couche, et le loup la mange.

Ce qui disparaît. La liberté du poète, si Gringoire accepte la sécurité. Le conte, adressé à un artiste, pose une question piquante : la liberté vaut-elle d'être mangé au matin ?

Les Étoiles

Qui raconte. Un berger provençal, sous-titre de la lettre.

Résumé. Le berger passe des semaines seul avec son troupeau dans la montagne du Luberon. Tous les quinze jours, la ferme lui envoie ses provisions à dos de mule. Un dimanche, c'est la fille des maîtres, Stéphanette, qu'il admire en secret, qui monte elle-même. Elle repart, mais la rivière, grossie par l'orage, l'empêche de traverser. Elle revient, trempée et inquiète, et doit passer la nuit près du parc.

Le berger, respectueux, la laisse se reposer et veille près du feu. Elle ne parvient pas à dormir et vient s'asseoir près de lui. Il lui nomme alors les étoiles avec les noms que leur donnent les bergers : le chemin de saint Jacques, le Char des âmes, les Trois Rois, et l'étoile du berger qu'il appelle Maguelonne. Peu à peu, la jeune fille s'endort, la tête sur son épaule, et il la regarde dormir jusqu'au matin, en imaginant qu'une étoile est venue se poser là.

Ce qui disparaît. Rien de violent, mais tout de même une parenthèse : une nuit unique, qui ne se reproduira pas, dans une vie de solitude.

La Mule du pape

Qui raconte. Le narrateur, qui explique l'origine d'une expression provençale sur la rancune qui dure sept ans.

Résumé. Au temps où les papes vivaient à Avignon, le bon pape Boniface possède une mule qu'il adore et qu'il fait nourrir chaque soir d'un bol de vin sucré. Un jeune vaurien, Tistet Védène, s'attire les faveurs du pape en flattant la mule, et obtient le droit de lui porter son vin. En réalité, il le boit lui-même et martyrise la bête.

Un jour, il la fait monter tout en haut du clocheton du palais. La mule, terrifiée, est exposée aux regards de toute la ville, et il faut de grands moyens pour la redescendre. Elle jure de se venger, mais Tistet est envoyé à la cour de Naples. Il revient sept ans plus tard, ayant obtenu une charge honorifique à la cour pontificale. Le jour de sa cérémonie, il s'approche de la mule. Elle a gardé pour lui le coup de sabot le plus terrible de toute sa vie : Tistet est projeté au loin et il n'en reste presque rien.

Ce qui disparaît. L'Avignon des papes, ville en fête, chantante et un peu folle, que Daudet évoque comme un âge d'or perdu.

L'Élixir du Révérend Père Gaucher

Qui raconte. Le récit est attribué à un curé du voisinage, qui offre une liqueur au narrateur et en raconte l'origine.

Résumé. Un couvent de moines blancs est tombé dans la misère : les murs se lézardent, la statue du saint s'écaille, on ne peut plus réparer la cloche. En chapitre, le frère Gaucher, simple gardien de vaches qu'on tient pour un peu niais, propose une solution. Il se souvient de la recette d'un élixir aux herbes que fabriquait une vieille tante. Les moines acceptent.

L'élixir connaît un succès immense, et le couvent redevient riche. Mais Gaucher, pour mettre au point sa liqueur, doit la goûter, et il finit par s'enivrer. Un soir, pendant l'office, il arrive en retard et chante dans l'église une chanson grivoise, au scandale de tous. Le lendemain, il se confesse au prieur en pleurant : il veut arrêter. Le prieur, qui pense aux revenus du couvent, lui propose un compromis : Gaucher continuera sa liqueur, et les moines prieront pour lui. Le conte finit sur une image très drôle : les moines récitent des prières pendant que l'on entend, venue de la distillerie, la voix de Gaucher qui chante.

Ce qui disparaît. La pureté de la vie religieuse, remplacée par le commerce. Daudet s'en amuse sans méchanceté.

Le Curé de Cucugnan

Qui raconte. Le narrateur, qui rapporte le sermon du curé comme une histoire connue de tout le pays.

Résumé. L'abbé Martin, curé de Cucugnan, souffre de voir que ses paroissiens ne vont plus à la messe ni à confesse. Un dimanche, il leur raconte en chaire un rêve. Il est allé frapper à la porte du paradis. Saint Pierre a cherché dans son grand registre : aucun habitant de Cucugnan. Il est passé au purgatoire : personne non plus. Il est descendu en enfer, et là, il a reconnu, un à un, tous les Cucugnanais morts, chacun puni pour ses fautes.

Les paroissiens sont terrifiés. Le curé organise alors un calendrier des confessions, jour par jour, en répartissant les habitants par groupes. Et tout le village retrouve le chemin de l'église.

Ce qui disparaît. Une foi naïve, faite de peur et de croyance littérale, que Daudet regarde avec un sourire attendri.

Les Vieux

Qui raconte. Le narrateur, qui reçoit une lettre d'un ami parisien lui demandant de rendre visite à ses grands-parents.

Résumé. Le narrateur arrive dans une petite maison silencieuse où vivent deux vieillards, servis par des petites orphelines. Ils l'accueillent comme un envoyé de leur petit-fils, le pressent de questions sur ce garçon qu'ils ne voient plus et le retiennent à table. Le narrateur repart ému.

Ce qui disparaît. Les vieux eux-mêmes, oubliés par une jeunesse partie à Paris. La lettre parle de la distance entre les générations.

3. Tableau : qui raconte, ce qui disparaît

Lettre Qui raconte Ce qui disparaît Ton dominant
Le Secret de maître Cornille un vieux fifre les moulins à vent émouvant
La Chèvre de M. Seguin le narrateur, à un poète la liberté (ou la vie) tragique et tendre
Les Étoiles un berger une nuit unique poétique
La Mule du pape le narrateur l'Avignon des papes comique
L'Élixir du R. P. Gaucher un curé la pureté du couvent satirique et drôle
Le Curé de Cucugnan le narrateur, d'après un conte une foi naïve comique
Les Vieux le narrateur les liens entre générations mélancolique

Ce que montre le tableau. Presque chaque lettre fait parler une voix du pays et évoque un monde menacé ; mais Daudet en rit autant qu'il le pleure.

4. Les thèmes

La Provence. Soleil, mistral, collines, noms de villages : la Provence est le vrai personnage principal, décrite pour des lecteurs parisiens qui l'ignorent.

Le monde ancien contre le monde moderne. La minoterie à vapeur contre le moulin à vent, Paris contre la campagne, l'argent contre la foi : le livre oppose souvent ce qui vient de la ville à ce qui appartient à la tradition.

La liberté. La Chèvre de M. Seguin pose clairement la question, mais elle revient ailleurs : le narrateur lui-même a fui Paris pour être libre dans son moulin.

La solitude. Le berger, le meunier, les vieux grands-parents : beaucoup de personnages vivent seuls. Le narrateur, isolé dans son moulin, partage leur sort.

La religion vue avec humour. Gaucher et le curé de Cucugnan montrent des religieux très humains, plus soucieux d'argent ou de résultats que de grands principes.

5. Les procédés de Daudet

La lettre comme cadre. Chaque texte est présenté comme une lettre envoyée de Provence. Ce cadre crée une complicité avec le lecteur et permet de passer facilement d'un conte à un souvenir ou à une description.

Le conteur dans le conte. Daudet donne la parole à des personnages populaires (le fifre, le berger, le curé), qui racontent avec leurs propres expressions. Cela donne aux histoires une saveur orale, comme si on les entendait à la veillée.

Le mélange des tons. Une même lettre peut faire rire puis émouvoir. Le Secret de maître Cornille commence comme une chronique de village et finit en larmes ; L'Élixir passe de la misère à la farce.

Le merveilleux familier. Une mule qui garde sa rancune sept ans, des étoiles qui ont des noms de légende, un curé qui visite l'enfer : Daudet mêle le réel et la légende sans jamais quitter le ton de la conversation.

6. Avis argumenté

Les Lettres de mon moulin sont souvent présentées comme un livre gentil et pittoresque, fait de cartes postales provençales. Ce n'est qu'une partie de la vérité. Sous le charme, le recueil parle de choses sérieuses : la fin d'un métier, la mort d'une chèvre qui a choisi la liberté, des vieillards oubliés, l'argent qui remplace la prière. Daudet a le talent de dire tout cela sans jamais devenir lourd. On peut lui reprocher une Provence idéalisée, où la misère est adoucie ; c'est aussi ce qui donne envie d'écouter ceux qui racontent.

7. Cinq questions avec corrigé

1. Quel est le secret de maître Cornille, et pourquoi le cache-t-il ? Son moulin tourne à vide : les sacs qu'il transporte contiennent des gravats et non du blé. Il cache ce secret par fierté, pour qu'on ne sache pas que la minoterie à vapeur l'a ruiné.

2. Pourquoi le narrateur raconte-t-il l'histoire de Blanquette à Pierre Gringoire ? Pour le convaincre d'accepter un emploi stable dans un journal. Il lui montre, à travers la chèvre, que vouloir la liberté à tout prix peut coûter très cher.

3. Comment se venge la mule du pape ? Elle attend sept ans le retour de Tistet Védène, qui l'avait humiliée, puis, le jour de sa cérémonie, lui donne un coup de sabot terrible qui l'envoie au loin.

4. Quelle ruse le curé de Cucugnan utilise-t-il pour ramener ses paroissiens à l'église ? Il raconte un rêve où il n'a trouvé aucun Cucugnanais au paradis ni au purgatoire, mais tous en enfer. Effrayés, les habitants viennent se confesser.

5. Pourquoi peut-on dire que le narrateur des Lettres est surtout un auditeur ? Parce que beaucoup d'histoires lui sont racontées par d'autres personnages : un joueur de fifre, un berger, un curé. Il rapporte leurs récits plus qu'il ne parle de lui-même.

Conclusion

Les Lettres de mon moulin forment un recueil varié où Daudet, installé en imagination dans un moulin de Provence, recueille la voix d'un pays. Comiques, tendres ou tristes, ces lettres racontent souvent la fin d'un monde, mais elles la transforment en récits qu'on a envie de transmettre. Pour prolonger, on peut lire Tartarin de Tarascon du même auteur, plus franchement comique, ou comparer La Chèvre de M. Seguin avec Le Loup et le Chien de La Fontaine, autre texte sur le prix de la liberté.

Pour aller plus loin

  • Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin, édition scolaire annotée.
  • Alphonse Daudet, Tartarin de Tarascon.
  • Alphonse Daudet, Contes du lundi.