Antigone d'Anouilh : résumé et fiche de lecture

2 412 mots · ≈8 pages · Collège · Fiche de lecture

Fiche de lecture — Collège (3e) et début de lycée — environ 2 500 mots. La pièce d'Anouilh étant protégée, elle est résumée sans être citée.

Une petite pelle d'enfant

Dans la pièce, la première preuve du crime n'est ni une arme ni un témoin : c'est une petite pelle, de celles qu'on emporte à la plage, retrouvée près du cadavre. Le garde qui la rapporte n'en revient pas. Ce détail résume l'Antigone d'Anouilh mieux qu'un long discours : une jeune fille qui refuse de grandir s'oppose, avec des outils d'enfant, à un adulte qui a accepté de se salir les mains pour gouverner. C'est ce fil que suit la fiche.

Présentation de l'œuvre

Une reprise. Jean Anouilh (1910-1987) écrit sa pièce d'après la tragédie grecque de Sophocle, jouée à Athènes au Ve siècle avant J.-C. Le mythe est celui des enfants d'Œdipe. Après la mort du roi, ses deux fils, Étéocle et Polynice, devaient régner sur Thèbes à tour de rôle. Le premier refuse de céder la place ; le second revient avec une armée étrangère ; ils s'entretuent devant la ville. Leur oncle Créon, devenu roi, fait des funérailles solennelles à Étéocle et interdit, sous peine de mort, qu'on enterre Polynice. Antigone, leur sœur, désobéit.

Une création sous l'Occupation. La pièce est créée à Paris en février 1944, au théâtre de l'Atelier. Le public de l'époque y voit une jeune fille qui dit non au pouvoir, mais aussi un chef qui défend l'ordre avec des arguments solides. Selon les spectateurs, Antigone fait penser à la Résistance ou Créon à ceux qui gouvernent. Cette ambiguïté a fait discuter la pièce dès sa création.

Une forme particulière. Il n'y a ni actes ni scènes numérotés : la pièce se joue d'un seul tenant, sans entracte. Pour la résumer, on la découpe donc en moments, selon les entrées et sorties des personnages. Le découpage ci-dessous est celui de cette fiche, pas celui du texte.

Des anachronismes voulus. Les personnages portent des noms grecs mais parlent comme des Français du XXe siècle : on fume, on joue aux cartes, on parle de voitures et de cafés. Le mythe ancien est transporté dans un monde familier.

Plan de la fiche

La pièce en huit moments

  1. Le Prologue présente les personnages
  2. L'aube : la Nourrice, Ismène, Hémon
  3. Le garde devant Créon
  4. Le Chœur parle de la tragédie
  5. Le grand face-à-face
  6. Hémon contre son père
  7. Antigone et le garde
  8. Les morts et les cartes

Étudier la pièce

  • Les personnages
  • Ce qu'Anouilh change chez Sophocle
  • Comment la tragédie fonctionne
  • Avis
  • Questions corrigées

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La pièce en huit moments

1. Le Prologue présente les personnages

Le rideau se lève sur tous les comédiens, déjà en scène, qui bavardent, tricotent ou jouent aux cartes. Un personnage s'avance, le Prologue, et les présente un à un, en annonçant d'emblée l'issue. La petite maigre, assise au fond, c'est Antigone, et elle va mourir. Il y a aussi Ismène, sa sœur, belle et rieuse ; Hémon, le fils de Créon, qui aurait pu choisir Ismène et a pourtant demandé Antigone en mariage, un soir de bal ; Créon, homme fatigué qui aime les livres et a accepté le pouvoir comme on accepte une corvée ; Eurydice, sa femme, qui tricote ; la Nourrice ; les gardes ; un messager. Il rappelle enfin l'histoire des deux frères et l'édit de Créon.

Le spectateur sait donc tout dès le début. Le suspense ne porte pas sur ce qui va arriver, mais sur la manière dont cela arrive.

2. L'aube : la Nourrice, Ismène, Hémon

Antigone rentre au petit matin, en se glissant dans la maison endormie. La Nourrice la surprend et la gronde, persuadée qu'elle revient d'un rendez-vous amoureux. Antigone la laisse dire et parle du jardin gris qu'elle a vu à l'aube, quand le monde n'avait pas encore de couleurs.

Ismène arrive. Elle a réfléchi pendant la nuit : elle comprend Créon, elle a peur, elle trouve sa sœur trop entière. Antigone écoute à peine. Restée avec la Nourrice, elle redevient une petite fille qui demande à être consolée, et lui confie son chien, en lui recommandant de lui parler, plus tard, comme s'il n'avait rien perdu.

Puis vient Hémon. Antigone lui demande pardon pour leur dispute de la veille, lui parle du fils qu'elle aurait aimé avoir avec lui, et lui fait jurer de partir sans poser de question. Une fois seul, Hémon ne comprend pas. Elle lui a dit qu'elle ne l'épouserait jamais. Quand Ismène revient la supplier, Antigone lui apprend que c'est trop tard : elle est déjà sortie, au petit matin.

3. Le garde devant Créon

Un garde, gros homme maladroit et soucieux de son avancement, vient faire son rapport à Créon. Quelqu'un a recouvert le corps de Polynice d'une couche de terre ; on n'a trouvé qu'une petite pelle d'enfant, rouillée. Créon pense d'abord à un complot politique : des opposants qui chercheraient à l'affaiblir. Il ordonne de garder le secret, d'enlever la terre et de surveiller le cadavre. Le garde s'en va, inquiet de ce que diront ses camarades.

4. Le Chœur parle de la tragédie

Le Chœur, un seul personnage chez Anouilh, s'adresse au public. Le ressort est tendu, dit-il en substance : désormais, tout va se dérouler tout seul. Il oppose la tragédie au drame. Dans le drame, il y a des traîtres, des méchants, de l'espoir, on pourrait encore s'en sortir. Dans la tragédie, il n'y a plus d'espoir, et c'est justement ce qui la rend reposante : tout est joué d'avance, il ne reste qu'à pousser son cri. Ce passage est une petite leçon de théâtre au milieu de la pièce.

5. Le grand face-à-face

Les gardes ramènent Antigone, les mains liées, en la bousculant ; ils l'ont surprise en plein jour, revenue gratter la terre avec ses ongles. Ils discutent de la récompense qu'ils vont toucher et de la fête qu'ils feront. Créon les renvoie.

Commence alors la longue scène qui fait le cœur de la pièce. Créon veut sauver sa nièce. Il lui propose de rentrer dans sa chambre, de se dire malade, et il fera disparaître les gardes qui l'ont vue. Antigone refuse : elle retournera enterrer son frère, autant de fois qu'il le faudra.

Créon change d'arme. Il raconte la politique comme un métier sale : quelqu'un doit tenir la barre d'un navire en pleine tempête, et ce quelqu'un ne peut pas se payer le luxe de la pureté. Puis il frappe plus fort : les deux frères étaient de petits voyous, qui ont trahi leur père et préparé chacun l'assassinat de l'autre ; leurs corps étaient si abîmés qu'on n'a pas pu les distinguer, et Créon a fait enterrer l'un au hasard. Le héros et le traître sont interchangeables.

Antigone vacille. Elle se lève pour remonter dans sa chambre. Créon a gagné. Mais il commet une erreur : il lui parle du bonheur qui l'attend, d'une vie tranquille avec Hémon, des petits renoncements qui font une existence. C'est ce mot qui la relance. Elle ne veut pas d'un bonheur obtenu à ce prix, elle veut tout, tout de suite, ou rien. Elle le provoque, le pousse à bout, méprise ce bonheur qu'il lui vante. Ismène entre et demande à mourir avec sa sœur ; Antigone la repousse. La scène se termine quand les gardes emmènent Antigone.

6. Hémon contre son père

Le Chœur et Hémon supplient Créon de sauver Antigone, de la faire passer pour folle, de gagner du temps. Créon répond que c'est impossible : la foule sait, elle a vu, et Antigone elle-même voulait mourir. Hémon refuse d'admettre que son père, l'homme qu'il admirait enfant, soit devenu cet homme-là. Il sort en courant.

7. Antigone et le garde

Antigone attend la mort en compagnie d'un garde qui ne s'intéresse qu'à sa solde et à son avancement. Elle lui demande comment on va la tuer : on l'emmurera vivante dans une caverne. Elle lui dicte une lettre pour Hémon, dans laquelle elle avoue qu'elle ne sait plus très bien pourquoi elle meurt et qu'elle a peur. Puis elle lui fait rayer ces lignes et ne garder qu'une phrase d'excuse. Le garde écrit lentement, dans son carnet, en répétant les mots. Le contraste entre la jeune fille et ce brave homme indifférent donne l'une des scènes les plus fortes de la pièce.

8. Les morts et les cartes

Un messager raconte. On a muré Antigone dans la caverne. En entendant des plaintes, Créon fait rouvrir : Antigone s'est pendue avec sa ceinture, et Hémon, enfermé avec elle, la tient dans ses bras. Il regarde son père, lui crache au visage et se tue avec son épée.

Le Chœur apprend ensuite à Créon que sa femme, Eurydice, s'est tranché la gorge dans sa chambre, après avoir fini son rang de tricot. Créon reste seul. Il dit qu'il faut bien faire la besogne, demande l'heure à son petit page et part présider le conseil. Le Chœur conclut que tous ceux qui devaient mourir sont morts, et que seuls restent les gardes, qui reprennent leur partie de cartes, indifférents.

Les personnages

Personnage Ce qu'il veut Comment Anouilh le montre
Antigone Dire non, rester fidèle à elle-même Petite, maigre, noiraude, peu sûre de sa beauté ; une enfant obstinée plus qu'une héroïne
Créon Maintenir l'ordre dans une ville abîmée Las, intelligent, sincère ; il a choisi le compromis et le défend avec talent
Ismène Vivre, ne pas souffrir Raisonnable, jolie ; elle finit par vouloir partager le sort de sa sœur
Hémon Épouser Antigone, admirer son père Jeune homme loyal qui perd en un jour ses deux repères
La Nourrice Protéger Tendresse bougonne, monde de l'enfance
Les gardes Leur avancement, leur solde Humanité ordinaire, sans méchanceté ni grandeur
Le Chœur et le Prologue Commenter Ils parlent au public et rendent le mécanisme visible

Antigone et Créon ne s'opposent pas comme le bien et le mal. Ils représentent deux manières de vivre : refuser l'imperfection du monde, ou l'accepter pour le faire tenir debout.

Ce qu'Anouilh change chez Sophocle

  • Les raisons d'Antigone. Chez Sophocle, elle invoque les lois non écrites des dieux, qui ordonnent d'ensevelir les morts. Chez Anouilh, les dieux sont absents ; quand Créon lui demande pour qui elle agit, elle finit par répondre qu'elle agit pour elle-même. Son geste devient un choix personnel, presque absurde.
  • Le personnage de Créon. Chez Sophocle, il est un tyran orgueilleux, puni par les dieux. Chez Anouilh, il a de vrais arguments, et c'est ce qui rend le débat si serré.
  • Le devin Tirésias. Chez Sophocle, il avertit Créon, qui change d'avis trop tard. Il n'apparaît pas chez Anouilh : personne ne vient arrêter la machine.
  • Les personnages ajoutés ou développés. La Nourrice n'existe pas chez Sophocle. La scène d'amour entre Antigone et Hémon est une invention d'Anouilh. Les gardes, réduits chez les Grecs à un messager, deviennent un petit groupe très concret.
  • Le chœur. Chez Sophocle, c'est un groupe de vieillards thébains qui chante. Chez Anouilh, c'est un seul personnage qui parle en prose, avec une certaine ironie.
  • La fin. Chez Sophocle, Créon s'effondre et reconnaît sa faute. Chez Anouilh, il retourne travailler. La catastrophe ne change pas l'ordre du monde.

Comment la tragédie fonctionne

La fatalité annoncée. Le Prologue a tout dit d'emblée. Le plaisir du spectateur vient de la tension entre ce qu'il sait et ce que les personnages espèrent encore.

Le langage familier. Anouilh mêle des registres. Antigone parle souvent comme une adolescente butée, Créon comme un homme d'État moderne, les gardes comme des soldats de caserne. Ce mélange rapproche le mythe du spectateur.

Les répliques courtes. Dans le grand face-à-face, les échanges vifs alternent avec de longues tirades de Créon. Antigone répond souvent d'un mot : ce sont ses refus qui rythment la scène.

Les objets du quotidien. La pelle d'enfant, le tricot d'Eurydice, le chien, les cartes : ces petites choses rendent la tragédie plus proche et plus cruelle.

Avis

On sort de la pièce sans savoir qui a raison, et c'est sa plus grande qualité. Au collège, on a souvent tendance à se ranger spontanément du côté d'Antigone, parce qu'elle est jeune et qu'elle résiste. À la relecture, on remarque que Créon dit des choses justes, et qu'Antigone ne répond pas toujours à ses arguments. Elle ne gagne pas le débat : elle le refuse.

Le moment le plus troublant, pour moi, n'est pas le face-à-face mais la scène du garde. Antigone y doute, elle a peur, elle voudrait dire à Hémon qu'elle ne sait plus pourquoi elle meurt, et elle choisit de le cacher. C'est là qu'elle devient le plus humaine.

On peut reprocher à la pièce une certaine facilité dans ses formules et un pessimisme un peu appuyé à la fin, avec les gardes qui jouent aux cartes. Mais cette image finale a le mérite de poser une question dérangeante : à quoi sert le sacrifice d'Antigone, si le monde continue comme avant ?

Questions corrigées

1. Pourquoi le Prologue annonce-t-il la mort d'Antigone dès le début ? Pour placer le spectateur dans la situation de la tragédie : l'issue est connue, il n'y a pas de suspense sur la fin. L'intérêt se porte sur les raisons et le chemin qui y mènent.

2. Que révèle la petite pelle trouvée près du corps ? Que le coupable est sans doute un enfant, ou quelqu'un qui agit avec des moyens d'enfant. Le détail souligne la fragilité d'Antigone face à la puissance de l'État.

3. Quel argument de Créon fait presque céder Antigone ? La révélation que ses frères étaient des voyous et que l'on ne sait même pas lequel des deux a été enterré. Le geste d'Antigone semble alors perdre son sens.

4. Pourquoi Antigone refuse-t-elle finalement de céder ? Parce que Créon lui décrit le bonheur ordinaire qui l'attend. Elle refuse une vie faite de compromis et préfère mourir que de renoncer à son exigence d'absolu.

5. Quelle différence majeure sépare la fin de la pièce de celle de Sophocle ? Chez Sophocle, Créon est brisé et reconnaît sa faute. Chez Anouilh, il part au conseil après la mort des siens, et les gardes reprennent leurs cartes : le pouvoir et la vie ordinaire continuent.

Conclusion

L'Antigone d'Anouilh reprend une histoire vieille de vingt-cinq siècles pour poser une question qui n'a pas pris une ride : faut-il accepter de se salir pour que le monde tienne, ou refuser au risque de tout perdre ? Anouilh ne tranche pas, et laisse le spectateur seul avec la petite pelle et les cartes. Pour prolonger, on lira l'Antigone de Sophocle, pour mesurer les écarts, ou Électre de Giraudoux, autre reprise moderne d'un mythe grec avec une héroïne intransigeante.

Bibliographie

  • Jean Anouilh, Antigone, La Table ronde.
  • Sophocle, Antigone.
  • Jean Giraudoux, Électre.
  • Jean Cocteau, Antigone, adaptation de la pièce de Sophocle.