La Chartreuse de Parme de Stendhal : résumé par grandes étapes et fiche de lecture

2 110 mots · ≈7 pages · Lycée · Fiche de lecture

Fiche de lecture — Lycée (le roman et le récit du XIXe siècle) — environ 2 200 mots.

Présentation de l'œuvre

Un roman écrit d'un trait. Stendhal, de son vrai nom Henri Beyle, dicte La Chartreuse de Parme en quelques semaines à la fin de 1838 ; le livre paraît en 1839. Il a déjà publié Le Rouge et le Noir. Balzac salue le roman dans un long article enthousiaste, ce qui reste l'un des rares grands succès critiques de Stendhal de son vivant.

L'Italie de Stendhal. Consul de France à Civitavecchia, Stendhal aime l'Italie depuis sa jeunesse, quand il y est entré avec les armées de Bonaparte. Il y voit le pays de la passion, opposé à la vanité française. L'intrigue se passe entre Milan, le lac de Côme et Parme, petite principauté absolutiste en partie imaginaire.

Une époque. De l'entrée des Français à Milan en 1796 aux années de la Restauration, quand les monarchies rétablies traquent les libéraux.

Le découpage. Le roman compte deux parties et vingt-huit chapitres. Le titre ne s'éclaire qu'à la dernière page. La fiche regroupe l'intrigue en six grandes étapes ; le résumé est condensé, car l'intrigue de cour est très ramifiée.

L'angle de cette fiche : un roman de signes

Fabrice del Dongo vit entouré de messages à déchiffrer : un vol d'oiseau, un arbre, les étoiles de son vieux maître, des lumières clignotant de loin, des lettres tracées au charbon. Il les lit avec passion, souvent de travers. Autour de lui, les adultes de la cour de Parme écrivent eux aussi des billets anonymes et des lettres trompeuses. Suivre ces signes, ceux qu'on envoie et ceux qu'on croit recevoir, permet de traverser l'intrigue sans s'y perdre, et de comprendre pourquoi le bonheur, ici, passe par une fenêtre.

Plan de la fiche

Le roman en six étapes

  1. Un aigle sur le lac et une bataille illisible
  2. Parme : la cour, la duchesse et le comte
  3. Giletti, Grianta et les étoiles de Blanès
  4. La tour Farnèse : des oiseaux et un alphabet
  5. Une corde, des lampes, une inondation
  6. Des sermons dans l'ombre et la Chartreuse

Pour étudier le roman

  • Les personnages : ceux qui aiment, ceux qui calculent
  • Les thèmes
  • L'écriture de Stendhal
  • Avis argumenté
  • Questions de compréhension et corrigé

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Le roman en six étapes

1. Un aigle sur le lac et une bataille illisible

Le livre s'ouvre en 1796 sur l'arrivée de l'armée française à Milan, accueillie comme une fête après des siècles d'ennui. Un jeune lieutenant, Robert, est logé au palais del Dongo ; le texte laisse entendre, sans jamais l'affirmer, qu'il pourrait être le père de Fabrice. Le marquis del Dongo, avare et réactionnaire, déteste ce fils cadet. Fabrice grandit au château de Grianta, sur le lac de Côme, protégé par sa mère et par sa jeune tante, Gina, qui l'adore.

En 1815, il apprend que Napoléon a débarqué en France. Un aigle passe au-dessus du lac : Fabrice, dix-sept ans, y voit un signe et part rejoindre l'Empereur. Arrêté comme espion avec un passeport d'emprunt, délivré par la femme d'un geôlier, il arrive à Waterloo en uniforme de hussard. Il ne comprend rien à ce qu'il voit : il suit une cantinière, croit apercevoir le maréchal Ney, se fait prendre son cheval par des cavaliers de sa propre escorte, tire un coup de feu, est blessé dans la débandade. Revenu en Italie, il se demande s'il a vraiment assisté à une bataille.

2. Parme : la cour, la duchesse et le comte

Dénoncé à Milan comme libéral, Fabrice doit se cacher. Gina, devenue veuve du comte Pietranera, séduit le comte Mosca, premier ministre du prince de Parme, Ranuce-Ernest IV. Pour vivre près de lui sans scandale, elle épouse un vieux duc qui accepte un mariage de façade : elle devient la duchesse Sanseverina, reine de la société parmesane.

Mosca conseille un plan raisonnable pour Fabrice : étudier la théologie à Naples et devenir un jour archevêque de Parme. Fabrice obéit, sans vocation, et revient monsignore. La cour est un théâtre de pièges : le prince, qui a peur des libéraux, la faction de la marquise Raversi, le fiscal Rassi. Les billets anonymes y circulent comme des armes.

3. Giletti, Grianta et les étoiles de Blanès

Fabrice suit une petite actrice, Marietta, que protège un comédien jaloux, Giletti. Sur une route de campagne, Giletti l'attaque ; Fabrice, blessé au visage, le tue. Il s'enfuit en utilisant le passeport de sa victime, ce qui le met à la merci de chaque poste de police.

Il revient en secret à Grianta voir son vieux maître, l'abbé Blanès, curé passionné d'astrologie. Caché dans le clocher, il regarde de loin le château paternel et retrouve son arbre, un marronnier lié à son enfance, qu'il soigne comme un double de lui-même. Blanès lit son avenir : une prison, des dangers, et une fin dans le calme. Fabrice reçoit ces paroles comme une promesse plus que comme une menace.

4. La tour Farnèse : des oiseaux et un alphabet

Les ennemis de la duchesse obtiennent du prince l'arrestation de Fabrice pour le meurtre de Giletti. Il est enfermé tout en haut de la tour Farnèse, dans la citadelle que commande le général Fabio Conti. Or Fabrice a déjà croisé la fille du gouverneur, Clélia Conti, belle, grave, pieuse.

Sa fenêtre est obstruée par un abat-jour de bois ; il y perce une ouverture et aperçoit Clélia qui soigne ses oiseaux dans une volière. Commence alors le grand paradoxe du roman : Fabrice est heureux en prison. Il trace des lettres au charbon sur sa main pour lui parler ; elle finit par répondre avec de grandes lettres sur les pages d'un livre. La nuit, d'autres lumières s'allument au loin : la duchesse, de l'autre côté de la ville, lui envoie des messages avec des lampes, une lettre par série de signaux.

5. Une corde, des lampes, une inondation

La duchesse prépare l'évasion. Clélia, qui apprend que Fabrice risque d'être empoisonné, accepte de l'aider, au prix d'un déchirement : la fuite compromettra son père. Fabrice, qui ne voudrait pas quitter sa prison, descend pourtant le long de la tour au moyen de cordes. La duchesse, de son côté, a fait endormir le gouverneur. Clélia fait vœu à la Madone de ne plus jamais voir Fabrice si son père survit.

La duchesse se venge du prince avec l'aide de Ferrante Palla, poète républicain devenu brigand, qui l'aime : Ranuce-Ernest IV meurt empoisonné, et le signal convenu passe par une inondation des rues de Parme, provoquée par l'ouverture d'un réservoir. Son fils, Ernest V, lui succède. Pour obtenir un acquittement en règle, Fabrice se constitue de nouveau prisonnier dans la citadelle, où l'on tente de l'empoisonner ; Clélia court jusqu'à sa cellule pour l'empêcher de toucher au repas. Pour le sauver, la duchesse a promis au jeune prince de lui céder ; elle tient parole, puis quitte Parme pour toujours et épouse Mosca.

6. Des sermons dans l'ombre et la Chartreuse

Clélia, fidèle à son vœu et soumise à son père, épouse le riche marquis Crescenzi. Fabrice, devenu coadjuteur de l'archevêque, maigrit, se tait, puis se met à prêcher. Ses sermons font courir la ville : il espère que Clélia viendra l'entendre. Elle vient, et ils finissent par se retrouver, la nuit, dans l'obscurité, pour qu'elle ne le « voie » pas et respecte la lettre de sa promesse.

Ils ont un fils, Sandrino. Fabrice veut l'avoir près de lui, et l'on imagine un stratagème pour l'enlever discrètement à la maison Crescenzi ; l'enfant tombe malade et meurt peu après. Clélia ne lui survit que quelques mois. Fabrice renonce à ses dignités et se retire à la Chartreuse de Parme, où il meurt au bout d'un an. La duchesse ne tarde pas à le suivre. Le livre se ferme sur une dédicace en anglais : To the happy few.

Les personnages : ceux qui aiment, ceux qui calculent

Fabrice del Dongo. Jeune homme d'élan plus que de réflexion, charmant, courageux, souvent naïf. Il croit aux signes et à l'aventure ; il découvre l'amour véritable dans la seule situation où il ne peut rien faire, l'enfermement.

La duchesse Sanseverina (Gina). Le personnage le plus fort du livre. Brillante, libre, capable de tout pour Fabrice, qu'elle aime d'un amour qu'elle ne s'avoue qu'à moitié. Sa vengeance contre le prince montre la violence de ses passions.

Le comte Mosca. Ministre habile, ironique, qui joue le jeu de la cour sans y croire. Jaloux de Fabrice, il reste pourtant loyal. Il incarne l'intelligence politique désabusée.

Clélia Conti. Pieuse, réservée, déchirée entre son père et Fabrice. Son vœu, tenu de façon presque enfantine, dit tout son conflit intérieur.

Les autres. Le prince Ranuce-Ernest IV, despote rongé par la peur ; le fiscal Rassi, juge servile ; Fabio Conti, geôlier vaniteux ; l'abbé Blanès, le sage ; Ferrante Palla, poète proscrit.

Les thèmes

Le bonheur. Stendhal le place là où on ne l'attend pas : dans une cellule, devant une volière. Le bonheur ne dépend pas de la liberté extérieure, mais de l'intensité d'un sentiment.

La politique de cour. Parme est un modèle réduit des monarchies absolues de la Restauration : peur des libéraux, procès truqués, favoris et disgrâces. Stendhal en fait une comédie féroce, où les grands événements tiennent à une rancune.

La passion contre la vanité. Les personnages qui comptent (Gina, Fabrice, Clélia, Ferrante) vivent pour un sentiment ; les autres pour leur rang. Le roman préfère ouvertement les premiers.

L'héroïsme démythifié. Waterloo, vu par Fabrice, n'a rien d'épique : de la fumée, des ordres incompris, des chevaux volés. Le jeune homme rêvait d'être un héros, il n'a vu qu'une confusion.

L'écriture de Stendhal

La vitesse. Les phrases sont courtes, les grands événements résumés en quelques lignes. Stendhal ne s'attarde ni sur les décors ni sur les transitions.

Le point de vue limité. À Waterloo, le lecteur ne voit que ce que voit Fabrice. Ce choix, très moderne, montre que l'histoire vécue de l'intérieur est incompréhensible.

L'ironie du narrateur. Il commente, s'amuse de ses personnages, s'excuse parfois de leurs folies. Cette distance n'empêche pas la tendresse : on sent qu'il les aime.

Le monologue intérieur. Stendhal rapporte souvent les pensées des personnages au style direct, avec leurs hésitations, ce qui donne l'impression d'une conscience en mouvement.

Avis argumenté

L'intrigue de cour, avec ses factions et ses billets, peut lasser, et la fin, très rapide, surprend : en quelques pages meurent trois personnages principaux. On peut aussi trouver Fabrice inconsistant, toujours guidé par les autres.

Mais l'angle des signes donne au livre une unité. Au début, Fabrice lit le monde comme un message adressé à lui seul : l'aigle l'appelle, la bataille devrait avoir un sens. Il se trompe. En prison, il apprend un autre langage, plus lent, celui des lettres échangées avec Clélia, où chaque signe doit être compris par l'autre. Et la dernière étape pousse cette logique à l'extrême : des amants qui se parlent sans se voir. Le roman passe ainsi des présages, qu'on croit envoyés par le destin, aux signes qu'on fabrique à deux. C'est peut-être la vraie éducation de Fabrice.

Questions de compréhension et corrigé

1. Pourquoi l'épisode de Waterloo est-il célèbre ? Parce que la bataille est vue par un jeune homme qui n'y comprend rien. Stendhal remplace la grande fresque héroïque par une suite de détails confus, ce qui renouvelle la manière de raconter la guerre.

2. Quel est le rôle de la duchesse Sanseverina dans la carrière de Fabrice ? Elle le protège, lui obtient une carrière ecclésiastique avec l'aide de Mosca, organise son évasion et se venge du prince qui l'a fait emprisonner. Elle est le moteur de l'intrigue politique.

3. Pourquoi Fabrice est-il heureux en prison ? Parce qu'il y rencontre l'amour. Coupé du monde, il ne vit plus que pour les moments où il aperçoit Clélia et pour les signes qu'ils échangent.

4. Que promet Clélia, et comment tient-elle sa promesse ? Elle fait vœu à la Madone de ne plus voir Fabrice. Plus tard, elle le retrouve dans l'obscurité : elle respecte la lettre du vœu tout en en trahissant l'esprit, ce qui montre son déchirement.

5. Que signifie le titre ? La Chartreuse n'apparaît qu'à la fin, comme lieu de retraite de Fabrice. Le titre désigne donc le terme de la vie du héros, le calme annoncé par Blanès, plus que les aventures qui la remplissent.

Conclusion

La Chartreuse de Parme est l'histoire d'un jeune homme qui apprend à lire autrement : il croyait aux présages, il découvre les signes que deux êtres inventent pour se parler. Entre-temps, Stendhal a démonté l'épopée militaire et la grandeur des cours. Pour prolonger, on comparera Fabrice à Julien Sorel, héros du Rouge et le Noir, autre jeune ambitieux que la prison conduit au bonheur.

Bibliographie

  • Stendhal, La Chartreuse de Parme, édition de poche au choix (Folio classique, GF Flammarion).
  • Stendhal, Le Rouge et le Noir.
  • Honoré de Balzac, Études sur M. Beyle.
  • Jean Prévost, La Création chez Stendhal.