Fiche de lecture — Lycée (bac de français, objet d'étude « Le théâtre ») — environ 2 400 mots.
Présentation de l'œuvre
Auteur. Molière a quarante ans et dirige depuis quelques années la troupe installée au Palais-Royal lorsqu'il y crée L'École des femmes, en décembre 1662. Il vient d'épouser Armande Béjart, bien plus jeune que lui, ce que ses ennemis ne manqueront pas de rapprocher du sujet. Le succès est immense, le scandale aussi : dévots et auteurs rivaux attaquent la pièce, et Molière leur répond sur scène par La Critique de L'École des femmes puis L'Impromptu de Versailles. C'est ce qu'on appelle la querelle de L'École des femmes.
Genre et forme. Une « grande comédie » : cinq actes en alexandrins, dignité réservée jusque-là à la tragédie et aux comédies les plus ambitieuses. Le décor est unique, une place de ville devant la maison où Arnolphe tient enfermée sa pupille, et l'action tient en une journée.
Le sujet. Arnolphe, bourgeois quadragénaire obsédé par la peur d'être trompé, a fait élever dans un couvent, à l'écart du monde, une fillette qu'il a achetée à une paysanne quand elle avait quatre ans. Agnès doit rester ignorante pour rester fidèle. Il compte l'épouser. Un jeune homme, Horace, passe sous ses fenêtres.
L'idée directrice : le nom d'emprunt qui se retourne contre son auteur
Arnolphe a une manie que son ami Chrysalde moque dès la première scène : il s'est fait appeler M. de la Souche, du nom d'une vieille souche de son domaine, pour se donner un air de noblesse. Ce détail de vanité commande toute la pièce. Horace, fils d'un vieil ami, connaît Arnolphe sous son vrai nom, mais ignore qu'il est aussi ce M. de la Souche qui garde Agnès. Il fait donc de son pire ennemi son confident. Chaque acte repose sur la même mécanique : le jeune homme raconte ses progrès à celui qui veut les empêcher. Nous suivrons, acte par acte, ce que le faux nom rapporte à Arnolphe en informations, et ce qu'il lui coûte.
Plan de la fiche
Résumé acte par acte
- Acte I : un système parfait, un confident inattendu
- Acte II : l'interrogatoire d'Agnès
- Acte III : les Maximes et le grès
- Acte IV : l'armoire et l'échelle
- Acte V : le dépôt d'Agnès entre les mains du rival
L'analyse
- Tableau des confidences
- Les personnages
- Les thèmes
- L'écriture comique
- Avis argumenté
- Cinq questions de compréhension et leur corrigé
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Résumé acte par acte
Acte I : un système parfait, un confident inattendu
Arnolphe, de retour de voyage, expose son projet à Chrysalde. Il a vu trop de maris trompés, et il en rit volontiers ; pour lui, il a trouvé la parade. Une femme d'esprit écrit, intrigue, reçoit ; une femme sotte ne saura même pas ce qu'est l'infidélité. Agnès a donc été tenue loin des livres et du monde, puis installée dans une maison à part, gardée par deux domestiques choisis pour leur simplicité, Alain et Georgette. Chrysalde objecte qu'une sotte peut tromper sans même le savoir, et raille au passage le nouveau nom de son ami. Arnolphe ne cède sur rien.
Il frappe à la porte d'Agnès ; les deux valets mettent un temps fou à ouvrir, en se disputant à qui ira. Agnès paraît, toute naïve, et confie que les puces l'ont gênée la nuit. Arnolphe est ravi. Puis il croise Horace, arrivé en ville, qui lui demande de l'argent et, en toute confiance, lui raconte qu'il est tombé amoureux d'une jeune beauté enfermée par un homme jaloux, un certain M. de la Souche. Arnolphe se tait, encaisse, et décide d'en apprendre davantage.
Bilan : le faux nom vient de lui livrer son rival. Arnolphe croit tenir l'avantage.
Acte II : l'interrogatoire d'Agnès
Furieux contre ses valets, qui ont laissé entrer un inconnu, Arnolphe les malmène ; Alain explique à Georgette la jalousie de son maître par une comparaison avec le potage qu'on défend contre les autres mangeurs. Puis vient la grande scène de l'acte : Arnolphe se promène avec Agnès et cherche à savoir ce qui s'est passé, sans laisser voir son inquiétude. Il commence par une banalité, Agnès lui répond par une autre :
Le petit chat est mort.
Elle raconte ensuite avec une franchise désarmante comment un jeune homme l'a saluée de sous son balcon, comment elle lui a rendu ses révérences par politesse, et comment une vieille femme est venue lui expliquer qu'elle avait blessé ce jeune homme et qu'elle devait le guérir en le recevant. Arnolphe tremble à chaque phrase, notamment quand Agnès hésite sur ce que le jeune homme lui a pris : il s'agit d'un ruban. Rassuré sur l'essentiel, il lui ordonne de chasser l'intrus, à coups de pierre s'il revient, et annonce qu'elle se mariera le soir même. Agnès croit qu'il s'agit d'épouser Horace.
Bilan : Arnolphe a tout appris par Agnès elle-même. Il se sent maître de la situation.
Acte III : les Maximes et le grès
Arnolphe félicite Agnès d'avoir obéi. Il lui fait alors un long sermon sur les devoirs de l'épouse : le mari commande, la femme obéit, toute coquetterie mène à l'enfer. Deux vers résument sa doctrine :
Votre sexe n'est là que pour la dépendance : Du côté de la barbe est la toute-puissance.
Il lui fait lire à voix haute des Maximes du mariage, sorte de règlement de la parfaite épouse. Puis Horace revient trouver son confident. Il est dépité : le tyran l'a fait chasser et la jeune fille lui a jeté une pierre. Mais, ajoute-t-il en riant, la pierre portait une lettre. Il lit cette lettre à Arnolphe : Agnès y dit, dans une langue maladroite et touchante, qu'elle sent bien qu'on l'a laissée dans l'ignorance, et qu'elle voudrait savoir si elle peut aimer Horace sans mal faire. Horace se moque devant Arnolphe du ridicule M. de la Souche. Arnolphe, seul, découvre avec effroi qu'il est amoureux d'Agnès.
Bilan : le faux nom lui vaut d'être ridiculisé en face, sans pouvoir répondre. Sa victoire de l'acte II est retournée.
Acte IV : l'armoire et l'échelle
Arnolphe ne tient plus en place. Il sermonne ses domestiques, joue devant eux la scène qu'ils devront jouer à Horace, et se fait bousculer par leur zèle. Le notaire venu pour le contrat le trouve en train de parler seul et repart sans avoir rien compris. Horace reparaît avec une nouvelle aventure : il était chez Agnès quand le jaloux est arrivé ; caché dans une armoire, il a entendu l'homme tempêter, briser des objets, tourner dans la chambre sans voir personne. Arnolphe apprend ainsi qu'il a été ridicule devant un témoin invisible. Horace annonce encore qu'il reviendra la nuit, par une échelle. Arnolphe poste Alain et Georgette avec des bâtons.
Bilan : chaque confidence aide Arnolphe à parer le coup suivant, mais l'humilie davantage.
Acte V : le dépôt d'Agnès entre les mains du rival
La nuit, Horace grimpe ; les valets frappent ; il tombe et ne bouge plus. Arnolphe, épouvanté, croit qu'on l'a tué. Horace, en réalité, a fait le mort ; Agnès, sortie à son secours, a décidé de le suivre. Embarrassé de cette jeune fille qu'il ne peut emmener chez lui, il cherche un homme sûr à qui la confier. Il tombe sur Arnolphe, dans l'obscurité, et lui remet Agnès. Le stratagème involontaire est complet : le rival dépose lui-même l'objet de sa passion entre les mains du gardien.
Seul avec elle, Arnolphe passe de la colère à la supplication. Il la traite d'ingrate, puis lui promet tout : liberté, toilettes, caresses, et jusqu'à des gestes de désespoir qu'il n'aurait jamais imaginé faire pour une femme. Agnès, devenue lucide en une journée, lui répond simplement que Horace a su se faire aimer et lui non. Arnolphe veut l'envoyer au couvent.
Arrive alors Oronte, père d'Horace, avec un ami de retour d'Amérique, Enrique. Ils ont arrangé le mariage d'Horace avec la fille d'Enrique, confiée autrefois à une paysanne. Horace supplie Arnolphe d'empêcher ce mariage ; Arnolphe, au contraire, pousse Oronte à l'imposer. Mais la fille d'Enrique, c'est Agnès. Le dénouement par reconnaissance unit les deux jeunes gens. Arnolphe sort sur un simple « Oh ! », incapable de parler.
Tableau des confidences
| Acte | Ce que Horace confie | Ce qu'Arnolphe en fait | Prix payé |
|---|---|---|---|
| I | il aime une fille gardée par M. de la Souche | décide d'enquêter | prête de l'argent à son rival |
| III | la pierre portait une lettre | rien : il découvre son amour | se fait moquer en face |
| IV | il était dans l'armoire, il viendra par l'échelle | arme ses valets | apprend qu'il a été observé |
| V | il cherche un homme sûr pour Agnès | reçoit Agnès, mais pas son cœur | perd tout au dénouement |
Le tableau montre l'ironie du dispositif : Arnolphe sait toujours tout avant tout le monde et ne peut rien empêcher. L'information ne lui sert à rien, parce que ce qui se joue n'est pas une stratégie mais un sentiment.
Les personnages
Arnolphe. Un homme qui se croit plus fin que tous les maris de la ville et que la pièce réduit à l'état de mari trompé avant même les noces. Sa doctrine est odieuse ; sa souffrance, à l'acte V, est réelle. C'est ce mélange qui rend le rôle si riche, et Molière le jouait lui-même.
Agnès. Elle n'est pas sotte, elle est ignorante, ce qui n'est pas la même chose. En une journée, elle apprend à écrire une lettre d'amour, à mentir par omission, puis à dire non. Sa naïveté du début devient une franchise redoutable à la fin.
Horace. Jeune, étourdi, sympathique. Il ne gagne pas par habileté, mais par chance et par sincérité. Sa manie de tout raconter est le moteur comique de la pièce.
Chrysalde. L'ami raisonnable, qui pense qu'il vaut mieux accepter le risque d'être trompé que de vivre en geôlier. Il parle pour le bon sens, sans être écouté.
Alain et Georgette. Valets lourdauds, choisis pour leur simplicité : ils obéissent mal, ouvrent trop tard, frappent trop fort. Ils sont l'échec du système en petit.
Oronte et Enrique. Les pères du dénouement, venus de loin pour tout régler.
Les thèmes
L'éducation comme dressage. Le titre est ironique : l'« école » d'Arnolphe consiste à ne rien apprendre. La pièce montre que l'ignorance ne protège de rien et que l'amour enseigne plus vite qu'un couvent.
La condition des femmes. Les Maximes du mariage exposent sans fard la soumission attendue des épouses. Molière ne fait pas un traité, mais il donne le dernier mot à une jeune fille qui choisit.
La jalousie et la peur du ridicule. Arnolphe a tant ri des maris trompés qu'il ne supporte pas l'idée de le devenir. Son obsession est sociale autant qu'amoureuse : il craint le regard des autres.
Le savoir inutile. C'est l'axe de notre lecture : Arnolphe est le personnage le mieux informé de la pièce et le plus impuissant.
L'écriture comique
Le comique de répétition. Le retour régulier d'Horace et de ses récits crée une attente : le public sait, à chaque entrée du jeune homme, qu'Arnolphe va devoir subir.
Le récit à la place de l'action. Les épisodes décisifs (la pierre, l'armoire, la chute) ne sont pas montrés mais racontés. Le comique vient du visage d'Arnolphe pendant qu'il écoute : c'est une comédie de la réaction.
Les apartés. Arnolphe commente pour le public ce qu'il ne peut dire à Horace. Ces apartés nous font complices de sa souffrance.
Le mélange des tons. La farce (valets, coups de bâton, notaire égaré) côtoie des vers presque tragiques à l'acte V. Cette alliance a choqué à l'époque et fait aujourd'hui la force de la pièce.
Avis argumenté
On peut reprocher à L'École des femmes sa fin : la reconnaissance d'Agnès comme fille d'Enrique tombe du ciel, et l'on a l'impression que Molière règle par un hasard ce que les personnages n'ont pas su régler.
Pourtant ce dénouement artificiel est cohérent avec l'idée de la pièce. Arnolphe a tout prévu, tout surveillé, tout su ; c'est précisément ce qu'il n'a pas pu prévoir qui le défait. La comédie se moque des systèmes, et le hasard en est la dernière démonstration. Surtout, la pièce reste étonnamment moderne par son personnage d'Agnès, qui apprend seule à penser contre son éducation. Il suffit de relire la lettre de l'acte III pour sentir naître une conscience.
Cinq questions de compréhension et leur corrigé
1. Pourquoi Horace fait-il d'Arnolphe son confident ? Il le connaît comme ami de son père sous le nom d'Arnolphe et ignore que celui-ci se fait aussi appeler M. de la Souche. Il ne sait donc pas qu'il parle au gardien d'Agnès.
2. Que révèle la réplique « Le petit chat est mort » ? La naïveté d'Agnès, qui répond à une banalité par une autre, sans soupçonner l'inquiétude de son tuteur. Le comique naît du décalage entre l'angoisse d'Arnolphe et l'innocence de la jeune fille.
3. Quelle ruse Agnès emploie-t-elle à l'acte III ? Elle obéit à la lettre en jetant une pierre à Horace, mais elle attache une lettre à cette pierre. Elle respecte l'ordre d'Arnolphe tout en le trahissant.
4. En quoi l'acte V est-il le comble de l'ironie dramatique ? Horace confie Agnès, dans l'obscurité, à l'homme même dont il veut la protéger. Le public le sait, Horace l'ignore.
5. Comment l'acte V change-t-il la façon de voir Arnolphe ? Le tyran devient un amoureux suppliant. Sans excuser sa conduite, la scène le rend pitoyable et donne à la comédie une profondeur presque tragique.
Conclusion
L'École des femmes raconte la faillite d'un homme qui croyait pouvoir organiser le cœur d'une autre. Son faux nom lui donne toutes les cartes et ne lui fait gagner aucune partie. Pour prolonger, on lira La Critique de L'École des femmes, où Molière répond à ses détracteurs, ou l'on comparera Arnolphe au tuteur jaloux du Barbier de Séville de Beaumarchais, autre gardien berné.
Bibliographie
- Molière, L'École des femmes, suivie de La Critique de L'École des femmes, édition de poche au choix (Folio théâtre, Livre de Poche, GF Flammarion).
- Molière, L'Impromptu de Versailles.
- Georges Forestier, Molière, Gallimard.
- Paul Bénichou, Morales du grand siècle, Gallimard.
- Beaumarchais, Le Barbier de Séville.