Roman historique contemporain, niveau lycée : la Salpêtrière de Charcot, l'histoire d'Eugénie et de Geneviève étape par étape, le portrait des internées, cinq thèmes et des questions avec leurs réponses (environ 2 000 mots).
Présentation de l'œuvre
On visite aujourd'hui des musées, des prisons désaffectées, des hôpitaux anciens. Mais imaginer que des Parisiens élégants se pressaient, en habit de soirée, pour regarder danser des femmes internées a de quoi choquer. C'est pourtant de ce spectacle bien réel que part Le Bal des folles. Voici comment le roman se déroule, et qui sont les femmes qu'il met en scène.
L'autrice. Victoria Mas, née à Paris, signe avec Le Bal des folles son premier roman. Le livre a été distingué notamment par le prix Renaudot des lycéens, ce qui explique sa présence fréquente dans les programmes de lecture. Il a été adapté au cinéma par Mélanie Laurent.
Le contexte historique. L'action se déroule à Paris en 1885, à l'hôpital de la Salpêtrière, qui accueille alors un très grand nombre de femmes : vieillardes, indigentes, malades nerveuses, « aliénées ». Le neurologue Jean-Martin Charcot y dirige un service célèbre, consacré notamment à l'hystérie. Il y donne des leçons où il présente des patientes devant un public de médecins et de curieux, et utilise l'hypnose comme outil d'observation. Un tableau d'André Brouillet, Une leçon clinique à la Salpêtrière, montre l'une de ces séances. Le jeune Sigmund Freud est venu suivre l'enseignement de Charcot à Paris à cette époque. Chaque année, à la mi-carême, un bal costumé réunissait les patientes et des invités de la bonne société : c'est le « bal des folles » du titre.
Le genre. C'est un roman historique, mêlant personnages réels (Charcot, ses élèves) et personnages fictifs. Il est écrit à la troisième personne et alterne les points de vue de plusieurs femmes.
À propos des chapitres. Victoria Mas procède par chapitres courts, souvent centrés sur un personnage. Leur numérotation varie selon les éditions ; le résumé est donc organisé par étapes, de l'internement d'Eugénie jusqu'au bal.
Plan de la fiche
- De l'internement au bal : l'histoire en sept étapes
- les préparatifs du bal ;
- Eugénie, la jeune fille qui voit les morts ;
- la trahison et l'internement ;
- la vie au service de Charcot ;
- Geneviève ébranlée ;
- le soir du bal ;
- épilogue.
- Les personnages
- Les thèmes
- L'écriture
- Points forts et limites du roman
- Questions de lecture et réponses
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I. De l'internement au bal : l'histoire en sept étapes
1. Les préparatifs du bal
Le roman s'ouvre à la Salpêtrière, quelques semaines avant le bal de la mi-carême. Les internées sont agitées : on choisit les costumes, on attend avec impatience la seule soirée de l'année où elles seront regardées autrement que comme des malades. Le lecteur fait la connaissance de Geneviève, l'intendante du service, une femme austère, rationnelle, entièrement dévouée à la science et à Charcot. Elle connaît chaque patiente et n'éprouve guère de sentimentalité. On rencontre aussi Louise, une adolescente devenue l'une des sujets favoris des leçons publiques, et Thérèse, une internée plus âgée qui tricote sans cesse et que les autres considèrent comme une sorte de mère.
2. Eugénie, la jeune fille qui voit les morts
Dans un appartement bourgeois de Paris vit Eugénie Cléry, dix-neuf ans, fille d'un notaire. Indépendante d'esprit, elle étouffe dans le rôle qu'on lui réserve : se marier et se taire. Elle cache un secret : depuis quelque temps, elle perçoit la présence de défunts, notamment celle de son grand-père. Curieuse, elle se renseigne sur le spiritisme et lit en cachette Le Livre des esprits d'Allan Kardec. Dans la maison, la seule personne avec qui elle se sente complice est son frère Théophile.
3. La trahison et l'internement
Le secret d'Eugénie finit par parvenir à son père. Pour lui, une fille qui prétend voir les morts menace la respectabilité de la famille. Il décide de la faire interner à la Salpêtrière, sans débat. Eugénie se retrouve du jour au lendemain dans un dortoir, au milieu de femmes dont certaines sont réellement malades et d'autres simplement gênantes pour leur entourage. Elle comprend vite que, dans ce lieu, toute protestation passe pour un symptôme.
4. La vie au service de Charcot
Le roman décrit le quotidien de l'hôpital : les examens, les douches froides, l'ennui, les traitements, les séances d'hypnose. Louise est conduite devant l'amphithéâtre pour une démonstration de crise ; elle se prête au spectacle parce qu'elle y gagne une forme d'importance. On apprend qu'elle a été violée par un proche et que ses crises datent de ce traumatisme ; elle se berce de l'espoir qu'un jeune médecin du service l'épousera. Thérèse, elle, a été internée après avoir poussé dans la Seine l'homme qui la battait ; elle ne souhaite pas sortir, l'hôpital étant devenu pour elle un refuge. Autour d'Eugénie se dessine un monde de femmes enfermées pour des raisons très diverses.
5. Geneviève ébranlée
Geneviève considère d'abord Eugénie comme une malade parmi d'autres. Mais la jeune fille lui transmet un message qui ne peut venir que de sa sœur cadette, Blandine, morte jeune. Le choc est immense pour cette femme qui ne croit qu'à ce qui se mesure. Elle se met à douter de ses certitudes, de la médecine qu'elle sert et de l'enfermement d'Eugénie. Elle finit par accepter d'aider la jeune fille à s'évader, au péril de sa propre position.
6. Le soir du bal
Le bal arrive. Les internées, costumées, dansent sous les regards curieux du public mondain, venu chercher un frisson. La soirée doit servir de couverture à l'évasion d'Eugénie. Mais la fête ne se déroule pas comme prévu, et la confusion de la soirée bouleverse le plan. Eugénie parvient à quitter l'hôpital. Geneviève, elle, paie le prix de son choix : elle se retrouve du côté des internées.
7. Épilogue
Le roman se clôt quelque temps plus tard. Eugénie a retrouvé la liberté et poursuit sa route loin de sa famille, fidèle à ce qu'elle est. Geneviève, enfermée à son tour, assiste à un nouveau bal depuis l'autre côté de la barrière. L'inversion des rôles résume l'ironie cruelle du livre : il suffit de peu pour qu'une femme jugée raisonnable soit déclarée folle.
II. Les personnages
| Personnage | Statut | Trait dominant |
|---|---|---|
| Eugénie Cléry | jeune bourgeoise internée | indépendance, don de voir les morts |
| Geneviève | intendante du service | rigueur, rationalisme, puis doute |
| Louise | adolescente internée | fragilité, besoin d'être regardée |
| Thérèse | internée âgée | bonté maternelle, résignation |
| M. Cléry | père d'Eugénie | autorité, souci des apparences |
| Théophile | frère d'Eugénie | complicité, mais impuissance face au père |
| Charcot | médecin réel | autorité scientifique |
Eugénie. Elle incarne la jeune femme qui refuse le destin tracé pour elle. Son don est l'élément fantastique du roman, mais il fonctionne surtout comme un révélateur : ce que la société ne comprend pas, elle l'enferme.
Geneviève. C'est le personnage qui évolue le plus. Partant d'une foi totale dans la science, elle découvre ses limites et sa propre sensibilité. Sa trajectoire, de gardienne à internée, donne au roman sa portée tragique.
Louise. À travers elle, le roman montre la manière dont une patiente peut devenir un objet de spectacle. Victime d'abus, elle cherche l'amour là où on l'exploite.
Thérèse. Figure de douceur, elle a trouvé à l'hôpital une paix qu'elle n'avait pas dehors. Elle montre que l'enfermement a parfois servi d'abri pour des femmes que la société avait brisées.
Charcot. Il reste à distance, vu de l'extérieur. Le roman ne nie pas son importance scientifique, mais souligne la dimension théâtrale de ses leçons.
III. Les thèmes
L'enfermement des femmes
Le thème central est la facilité avec laquelle, à cette époque, une femme pouvait être internée sur la décision d'un père ou d'un mari. Eugénie n'est pas malade : elle dérange. Le roman montre que le mot « folie » servait parfois à faire taire celles qui sortaient du rôle assigné.
Le regard et le spectacle
Les leçons de Charcot et le bal ont un point commun : des hommes regardent des femmes. Le public vient voir des « folles » comme on visite une curiosité. Le roman interroge ce voyeurisme, qui transforme la souffrance en divertissement.
Science et croyance
Le XIXᵉ siècle finissant croit au progrès scientifique. Le roman oppose la médecine positive de la Salpêtrière au spiritisme d'Eugénie, sans trancher brutalement. Il montre surtout qu'une science sûre d'elle peut devenir aveugle.
La sororité
Les liens entre femmes sont essentiels : solidarité des internées, affection de Thérèse, aide de Geneviève. Face au pouvoir masculin (pères, médecins, public), les femmes se protègent comme elles peuvent.
La liberté
Eugénie veut penser par elle-même, lire ce qu'elle veut, choisir sa vie. Sa liberté a un prix : la rupture avec sa famille. Celle de Geneviève, conquise intérieurement, la conduit à perdre sa liberté physique.
IV. L'écriture
Une narration à plusieurs voix. Le récit passe d'un personnage à l'autre, surtout entre Eugénie et Geneviève. Cette alternance permet de voir l'hôpital de l'intérieur et de l'extérieur.
Un style sobre et visuel. Les phrases sont claires, les descriptions précises : dortoirs, amphithéâtre, costumes. Le roman se lit facilement, ce qui explique son succès auprès des lycéens.
Le mélange d'histoire et de fiction. La documentation historique (Charcot, hypnose, bal) sert de cadre réaliste ; l'élément surnaturel introduit une part de mystère.
Un dénouement en miroir. L'échange final des places entre Geneviève et Eugénie fait écho au début et donne au roman une construction resserrée.
V. Points forts et limites du roman
Le Bal des folles est un roman efficace et marquant. Il fait découvrir un épisode méconnu de l'histoire de la médecine et pose des questions qui restent d'actualité sur le contrôle du corps et de la parole des femmes. Le personnage de Geneviève, en particulier, est très réussi.
On peut regretter que certains personnages masculins soient un peu schématiques : le père, en particulier, est surtout un obstacle. Le recours au surnaturel peut aussi dérouter un lecteur qui attendait un roman purement historique. Mais ce choix est cohérent : c'est précisément ce que la science de l'époque refuse d'entendre qui fait basculer le destin des héroïnes.
VI. Questions de lecture et réponses
1. Pourquoi Eugénie est-elle internée ? Parce qu'elle affirme percevoir la présence des morts. Son père y voit une menace pour la réputation familiale et la fait enfermer à la Salpêtrière sans qu'elle soit réellement malade.
2. Qu'est-ce que le « bal des folles » ? C'est un bal costumé organisé chaque année à la mi-carême à la Salpêtrière, où des invités de la bonne société venaient danser avec les internées et les observer.
3. Comment évolue Geneviève ? D'abord entièrement rationnelle et fidèle à Charcot, elle est bouleversée par un message de sa sœur morte transmis par Eugénie. Elle se met à douter et aide la jeune fille à s'évader, ce qui la conduit à être internée à son tour.
4. Quel rôle joue Charcot dans le roman ? Il représente l'autorité médicale de l'époque. Ses leçons publiques, où des patientes sont exhibées, illustrent le thème du regard et du spectacle.
5. Pourquoi peut-on parler de roman féministe ? Parce qu'il montre comment des femmes ont été enfermées pour avoir dérangé l'ordre familial ou social, et qu'il valorise la solidarité entre elles face au pouvoir des hommes.
Conclusion
Le Bal des folles fait revivre la Salpêtrière de Charcot à travers quatre destins de femmes. Derrière la curiosité historique, le roman interroge la frontière entre folie et non-conformité, et la manière dont une société regarde celles qu'elle exclut. Pour prolonger, on peut observer le tableau de Brouillet, ou lire des témoignages et des romans sur l'enfermement psychiatrique, comme ceux qui évoquent le destin de Camille Claudel.
Bibliographie
- Victoria Mas, Le Bal des folles, Albin Michel.
- Allan Kardec, Le Livre des esprits.
- Georges Didi-Huberman, Invention de l'hystérie. Charcot et l'iconographie photographique de la Salpêtrière.
- Michel Foucault, Histoire de la folie à l'âge classique.