La métaphore et la métaphore filée : définitions, exemples et méthode pour les commenter

2 070 mots · ≈7 pages · Lycée · Fiche

Fiche de méthode — commentaire de texte, lycée — environ 2 000 mots, avec douze exemples inédits et un exercice corrigé.

Pourquoi une fiche entière sur une seule figure

Dans les copies de commentaire, la métaphore est la figure la plus souvent relevée et la plus souvent gâchée : on la nomme, on cite le passage, et la phrase s'arrête sur « l'auteur utilise une métaphore ». Le correcteur, lui, veut savoir ce que l'image fait au texte et ce qu'elle trahit du regard de celui qui écrit.

Prenons une phrase banale : « Le lycée se vide à dix-sept heures. » Remplaçons le verbe : « Le lycée se vidange à dix-sept heures. » Rien n'a changé dans les faits, et pourtant le bâtiment est devenu une cuve, les élèves un liquide qu'on évacue, la sortie des cours une opération technique un peu sale. Tout l'enjeu de la métaphore est là : elle ne décore pas, elle impose une manière de voir.

On reconnaît une métaphore à un frottement : deux réalités étrangères l'une à l'autre se trouvent soudées dans la même phrase, et le lecteur doit reconstruire lui-même ce qui les relie. C'est ce travail, demandé au lecteur, qu'il faut décrire dans un commentaire. Cette fiche laisse de côté le catalogue des figures pour se concentrer sur la métaphore, sa forme longue et trois figures qui l'entourent. Les exemples sont pour la plupart inventés et tirés de situations scolaires ordinaires, afin qu'on puisse les analyser sans connaître d'avance ce qu'un corrigé en dit.

Plan de la fiche

  1. Reconnaître une métaphore sans se tromper
    • Le comparé, le comparant et ce qui manque
    • In praesentia, in absentia : deux degrés de difficulté
    • Où se cache la métaphore dans la phrase
  2. La métaphore filée : une image qui fait des petits
    • Comment elle se construit
    • Deux exemples littéraires analysés
  3. Les cousines : comparaison, personnification, polyptote
  4. Commenter l'effet : une méthode en trois questions
  5. Exercice d'entraînement et corrigé
  6. Conclusion

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1. Reconnaître une métaphore sans se tromper

Le comparé, le comparant et ce qui manque

Toute image met en relation un comparé (ce dont on parle réellement) et un comparant (ce à quoi on l'assimile). La comparaison relie les deux par un outil : comme, tel, pareil à, ressembler à, on eût dit. La métaphore supprime cet outil, et c'est pourquoi elle paraît plus brutale : elle n'affirme plus une ressemblance, elle affirme une identité.

Le point commun entre comparé et comparant, que les manuels appellent parfois le motif, est rarement écrit. C'est au lecteur de le trouver, et c'est à vous de le formuler dans la copie.

Exemple 1 : « Mon grand-père est un dictionnaire dont la reliure se défait. »

Comparé : le grand-père. Comparant : le dictionnaire. Point commun implicite : une réserve de mots et d'histoires. La relative ajoute la fragilité : la mémoire se perd par cahiers entiers. Une seule phrase dit l'admiration et l'inquiétude.

In praesentia, in absentia : deux degrés de difficulté

Quand comparé et comparant figurent tous les deux dans la phrase, la métaphore est dite in praesentia. L'exemple du grand-père en est une. Quand le comparé a disparu et que seul le comparant reste visible, elle est in absentia, et c'est le contexte qui permet de la décoder.

Exemple 2 : « Au premier rang, les tournesols suivaient le professeur d'un bout à l'autre de l'estrade. »

Aucun élève n'est nommé : seuls le contexte et le verbe suivaient font comprendre qu'il s'agit de têtes tournant au rythme de l'enseignant. L'image est tendre et un peu ironique : ces élèves s'orientent vers le professeur comme des plantes vers la lumière, par réflexe autant que par intérêt.

Rien ne signale qu'on a quitté le sens propre ; le bon réflexe, devant un mot étrange, est donc de se demander s'il peut se lire littéralement dans ce texte. Si ce n'est pas le cas, une image est probablement à l'œuvre.

Où se cache la métaphore dans la phrase

On la cherche dans un nom attribut (« X est un Y ») ; elle se loge pourtant partout.

Exemple 3 (dans un verbe) : « Le vent épluchait les affiches de la gare. »

Le verbe suffit : les affiches deviennent des fruits qu'on pèle, et l'on voit les lambeaux de papier se décoller par bandes.

Exemple 4 (dans un adjectif) : « Après l'annonce des résultats, un silence cartonné tomba sur la classe. »

Le silence prend la texture du carton : raide, épais, sans écho.

Exemple 5 (dans une apposition) : « La cantine, cette ruche à plateaux, bourdonnait déjà à onze heures quarante. »

Exemple 6 (dans un complément du nom) : « La marée des trottinettes recouvrait le parvis à chaque sortie de métro. »

La marée suggère un phénomène régulier, naturel, que plus personne ne contrôle.

Dernier cas : la métaphore lexicalisée (ou catachrèse). La souris d'un ordinateur, le bras d'une grue : l'image est morte, plus personne ne la perçoit. Ne la commentez pas comme une trouvaille, sauf si le texte la réveille volontairement.

2. La métaphore filée : une image qui fait des petits

Comment elle se construit

La métaphore filée part d'une première image et la prolonge sur plusieurs mots, plusieurs phrases, parfois tout un poème. Chaque nouveau terme emprunte au même domaine que le comparant de départ. On la repère donc en relevant un champ lexical déplacé : un vocabulaire qui n'a rien à faire dans le sujet traité et qui revient avec insistance.

Exemple 7 : « Mon dossier d'inscription était une montagne. J'ai attaqué la face nord des lettres de motivation, bivouaqué au camp de base des bulletins scolaires, et quand j'ai enfin atteint le sommet, la validation, je manquais d'oxygène. »

La montagne engendre face nord, bivouaquer, camp de base, sommet, oxygène. La démarche administrative prend des proportions épiques, ce qui fait sourire, et l'épuisement devient physique. Une métaphore filée fonctionne comme une petite fiction qui double le récit réel.

Deux exemples littéraires analysés

Dans « L'Ennemi », sonnet des Fleurs du mal, Baudelaire construit tout son premier quatrain sur l'image du temps qu'il fait :

« Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage, / Traversé çà et là par de brillants soleils ; »

Suivent le tonnerre, la pluie, le ravage, et un jardin où restent bien peu de fruits vermeils : la vie passée devient ciel d'orage puis verger dévasté. La métaphore filée rend la jeunesse violente et stérile à la fois, et prépare la suite du sonnet, où le poète, devenu jardinier, devra remettre en état des terres inondées pour y faire pousser de nouvelles fleurs. L'image ne reste pas immobile : elle évolue avec la pensée.

Dans « Zone », premier poème d'Alcools, Apollinaire écrit :

« Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin »

En un vers, la tour devient bergère et les ponts de la Seine un troupeau qui bêle. La métaphore filée transporte l'univers pastoral des églogues antiques au cœur du Paris moderne : le poète traite la ville industrielle avec les images les plus anciennes de la poésie et les fait se cogner, sans même une virgule pour amortir le choc.

3. Les cousines : comparaison, personnification, polyptote

La comparaison

Elle met en relation les mêmes éléments que la métaphore, mais en affichant le lien par un outil.

Exemple 8 : « Le gymnase sentait le caoutchouc chaud, comme un pneu oublié tout un après-midi au soleil. »

La comparaison garde une distance : on sait que le gymnase n'est pas un pneu. Un auteur qui passe de la comparaison à la métaphore dans un même paragraphe resserre l'image, comme si la ressemblance devenait une évidence.

Attention à un piège : comme n'introduit pas toujours une comparaison. Dans « comme il pleuvait, nous sommes restés », il exprime la cause.

La personnification

Métaphore particulière dont le comparant est humain : un objet, un animal ou une idée reçoit des gestes, des humeurs, une voix.

Exemple 9 : « La photocopieuse du CDI ruminait ses feuilles en grognant. »

Exemple 10 : « La bouilloire siffla la fin de la récréation. »

La photocopieuse est à la fois bête de somme et employé grincheux ; la bouilloire joue au surveillant. Commenter une personnification, c'est se demander quel rapport le texte installe entre l'homme et les choses : complicité, menace, comique ?

Lorsqu'une idée abstraite est personnifiée de façon durable, avec des attributs reconnaissables (la Justice et sa balance, la Mort et sa faux), on parle d'allégorie.

Le polyptote

Le polyptote n'est pas une image. C'est une figure de répétition : un même mot revient sous des formes grammaticales différentes (conjugaison, nombre, genre, dérivation proche).

Exemple 11 : « On ne relit jamais le livre qu'on a lu : on lit celui qu'on est devenu entre-temps. »

Exemple 12 : « Elle avait tant attendu qu'elle n'attendait plus rien, sinon d'être attendue. »

Il voisine pourtant avec la métaphore filée, dont il est souvent la charpente : en reprenant un verbe à plusieurs temps, l'auteur fait durer une image et marque sa transformation. Dans l'exemple 12, le passage de l'actif au passif renverse la situation du personnage : l'idée bouge comme bouge une image filée.

4. Commenter l'effet : une méthode en trois questions

Une fois la figure identifiée, trois questions suffisent à produire un commentaire réel.

1. Que transporte le comparant ? Listez ce qu'il évoque (matière, couleur, valeur, danger) et cherchez ce qui en passe au comparé. Pour la cantine-ruche : le bruit, le nombre, l'activité réglée, peut-être la piqûre.

2. Quelle valeur l'image donne-t-elle au comparé ? Elle peut le grandir (épopée), le rabaisser (satire), l'animer, l'inquiéter, le rendre tendre. La « vidange » du lycée dévalorise, les « tournesols » attendrissent.

3. Où l'image se place-t-elle ? Isolée ou filée, en écho à une autre, au dernier vers d'un sonnet ou au milieu d'une description : elle ne pèse pas le même poids.

Une phrase de commentaire réussie tient ensemble les trois réponses, par exemple, pour l'exemple 3 : « En faisant du vent un éplucheur d'affiches, la métaphore verbale rend visible le délabrement de la gare, dont les murs perdent leur peau de papier ; le décor semble se défaire sous nos yeux, ce qui prépare l'impression d'abandon qui domine la suite du passage. »

À proscrire : « cette métaphore rend le texte plus vivant ». Une formule qui vaudrait pour n'importe quel texte ne dit rien de celui-ci.

5. Exercice d'entraînement et corrigé

Consigne. Relevez et identifiez les figures du texte suivant (inventé pour l'exercice), puis rédigez deux phrases de commentaire sur l'image principale.

« Le matin du bac blanc, le couloir était un quai de gare un jour de grève. Les élèves s'entassaient contre les murs comme des bagages sans étiquette. Les copies attendaient dans leur enveloppe kraft, sages et menaçantes. On distribua les sujets : un convoi de feuilles partit du premier rang et n'arriva jamais tout à fait au dernier. J'avais révisé, je révisais encore, je réviserais toute ma vie s'il le fallait. »

Corrigé.

  • Le couloir était un quai de gare un jour de grève : métaphore in praesentia (comparé : le couloir ; comparant : le quai). Elle ouvre une métaphore filée ferroviaire, reprise par bagages, étiquette et convoi, et prolongée par l'idée d'un départ qui n'arrive pas.
  • comme des bagages sans étiquette : comparaison, avec l'outil comme. Les élèves deviennent des objets qu'on ne sait pas où expédier, ce qui traduit leur sentiment d'anonymat.
  • Les copies attendaient […], sages et menaçantes : personnification. Les feuilles ont l'air d'enfants obéissants mais portent une menace, l'antithèse des deux adjectifs résumant le rapport ambigu à l'examen.
  • un convoi de feuilles partit du premier rang : métaphore in absentia (le comparé, la distribution des sujets, n'est pas nommé dans le groupe nominal), qui relance la métaphore filée.
  • J'avais révisé, je révisais encore, je réviserais : polyptote sur le verbe réviser (plus-que-parfait, imparfait, conditionnel), qui étire le temps de l'angoisse sur le passé, le présent et un futur hypothétique.

Exemple de commentaire. « La métaphore filée du voyage en train contrarié transforme une épreuve scolaire en départ chaotique : les élèves, réduits à des bagages, ne maîtrisent ni leur destination ni leur horaire. Le convoi qui n'atteint jamais le dernier rang ajoute une touche d'humour, mais confirme l'impression que l'examen est une machine qui fonctionne sans eux. »

Conclusion

La métaphore se reconnaît moins à une forme qu'à une tension entre deux domaines, et elle se commente moins par son nom que par ce qu'elle fait voir. Dans une copie, mieux vaut trois images bien analysées que dix figures simplement étiquetées. Pour s'entraîner, entourez dans un texte étudié en classe chaque mot qui ne se lit pas au sens propre et reliez ceux qui appartiennent au même domaine : les métaphores filées apparaissent comme des fils tendus à travers la page. Observez ensuite où l'auteur abandonne son image : le moment où il la lâche en dit souvent autant que celui où il la saisit.

Bibliographie

  • Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, « L'Ennemi ».
  • Guillaume Apollinaire, Alcools, « Zone ».
  • Paul Ricœur, La Métaphore vive.
  • Pierre Fontanier, Les Figures du discours.