Le Rouge et le Noir de Stendhal : résumé par étapes et fiche de lecture

2 362 mots · ≈8 pages · Lycée · Fiche de lecture

Lycée, environ 2 300 mots : le roman de Stendhal découpé en quatre étapes, puis ses personnages, ses thèmes, son style, un avis personnel et cinq questions suivies de leur corrigé.

Présentation de l'œuvre

Un garçon passe ses journées perché sur une poutre de la scierie paternelle, un livre à la main, pendant que ses frères travaillent. Son père, furieux, fait tomber le livre dans le ruisseau d'un coup de poing. Ce livre, c'est le Mémorial de Sainte-Hélène, le récit des conversations de Napoléon en exil. Toute l'énergie de Julien Sorel est là : un fils du peuple qui rêve de gloire impériale dans une France où, depuis la chute de l'Empereur, l'uniforme ne mène plus nulle part, et où la soutane semble la seule échelle disponible.

L'auteur. Henri Beyle, dit Stendhal (1783-1842), a suivi les armées de Napoléon, notamment pendant la campagne de Russie, et a vécu longtemps en Italie. Libéral, il observe avec ironie la société de la Restauration, dominée par l'aristocratie revenue d'émigration et par l'influence du clergé.

La publication. Le roman paraît à la fin de 1830, juste après la révolution de Juillet, avec le sous-titre Chronique de 1830. Stendhal s'est inspiré d'un fait divers réel : le procès d'Antoine Berthet, ancien séminariste devenu précepteur, qui avait tiré sur son ancienne maîtresse dans une église de la région de Grenoble et avait été condamné à mort.

Le titre. Stendhal ne l'a jamais expliqué. On y lit le plus souvent l'opposition entre l'armée (le rouge de l'uniforme) et l'Église (le noir de la soutane), les deux carrières possibles pour un jeune homme pauvre ; on y a aussi vu le sang et le deuil, ou les couleurs d'une roulette. Il vaut mieux présenter ces lectures comme des hypothèses.

Le découpage. Le roman compte deux livres d'une trentaine et d'une quarantaine de chapitres, chacun précédé d'une épigraphe. Plutôt que de résumer chapitre par chapitre, cette fiche suit quatre étapes, qui correspondent aux lieux de l'ascension de Julien.

Plan de la fiche

  1. Résumé par étapes
    • Livre premier : Verrières, la maison du maire ;
    • Livre premier : le séminaire de Besançon ;
    • Livre second : Paris, l'hôtel de La Mole ;
    • Livre second : le coup de pistolet, la prison et le procès.
  2. Les personnages
  3. Les thèmes
  4. L'écriture de Stendhal
  5. Un avis de lecteur
  6. Cinq questions et leur corrigé

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I. Résumé par étapes

1. Verrières, la maison du maire (livre premier)

Verrières est une petite ville prospère de Franche-Comté, sur les bords du Doubs. Son maire, M. de Rênal, ancien industriel, noble de fraîche date et ultra, veut écraser socialement son rival, M. Valenod, directeur du dépôt de mendicité, homme vulgaire enrichi par des malversations. Pour avoir un signe extérieur de supériorité, M. de Rênal engage un précepteur pour ses trois fils : Julien Sorel, fils du scieur du village, connu pour savoir réciter le Nouveau Testament en latin. Le vieux curé Chélan, qui lui a appris le latin, le recommande. Le père Sorel, rusé paysan, négocie le salaire comme une vente de bétail.

Julien, timide et orgueilleux, cache sous des allures de séminariste une admiration passionnée pour Napoléon, dont il garde un portrait dissimulé dans son matelas. Mme de Rênal, femme pieuse, mariée jeune et qui n'a jamais connu l'amour, est touchée par ce garçon pâle qui pleure presque à son arrivée. Julien, lui, décide de la séduire par défi, pour se prouver qu'il en est capable. Un soir d'été, sous les tilleuls du jardin, il se fixe un ultimatum : il prendra la main de Mme de Rênal avant que l'horloge ait sonné dix heures, ou il se tuera. Il la prend, et elle ne la retire pas. Ce qui était une bataille d'amour-propre devient une passion réciproque. Julien devient l'amant de Mme de Rênal.

Plusieurs épisodes nourrissent cette première partie : la visite d'un roi à Verrières, où Julien parade à cheval dans la garde d'honneur, puis assiste en surplis à une cérémonie religieuse et découvre le pouvoir de l'Église ; la maladie d'un des fils, que Mme de Rênal vit comme une punition divine ; les tentatives de son ami Fouqué, marchand de bois, pour l'associer à son commerce. Mais la liaison devient un secret de petite ville. Une lettre anonyme avertit M. de Rênal. Mme de Rênal, habile, rédige elle-même une fausse lettre anonyme pour égarer les soupçons, et son mari, qui craint surtout le scandale et la perte de l'héritage de sa femme, préfère ne rien voir. Le curé Chélan exige que Julien s'éloigne : il entrera au séminaire de Besançon.

2. Le séminaire de Besançon (livre premier)

Julien découvre un monde d'hypocrisie. Les séminaristes, pour la plupart fils de paysans, cherchent surtout une place assurée et un bon repas ; ils détestent ce garçon instruit qui pense trop. Julien comprend vite qu'au séminaire, l'intelligence est suspecte et que la seule vertu reconnue est l'apparence de la soumission. Il apprend à composer son visage et sa démarche.

Le directeur, l'abbé Pirard, janséniste austère, se méfie de lui puis l'estime et en fait son protégé. Pirard est lui-même en lutte contre l'abbé de Frilair, vicaire général, intrigant puissant lié à la Congrégation. Lors d'une fête à la cathédrale, Julien aide à décorer l'église et y aperçoit Mme de Rênal, qui s'évanouit en le voyant. Pirard, chassé de son poste par ses ennemis, part pour Paris et obtient pour Julien une place de secrétaire auprès du marquis de La Mole, grand seigneur dont il défend les intérêts dans un procès.

Avant de partir, Julien revient en secret à Verrières. Il escalade de nuit, par une échelle, la fenêtre de Mme de Rênal, la retrouve après des heures de refus et de larmes, puis doit s'enfuir au matin par la même échelle, poursuivi par les soupçons du mari. Le livre premier se clôt sur cette scène à la fois comique et passionnée.

3. Paris, l'hôtel de La Mole (livre second)

À Paris, Julien est d'abord un provincial gauche : il tombe de cheval, il commet des fautes d'usage. Mais il est travailleur et brillant ; le marquis l'apprécie, l'habille, lui confie des affaires importantes et finit par lui offrir une croix et un statut de quasi-gentilhomme. Julien observe l'ennui des salons, où l'on ne parle de rien de peur de penser quelque chose.

La fille du marquis, Mathilde de La Mole, belle, orgueilleuse, lasse des jeunes aristocrates qui lui font la cour, comme le marquis de Croisenois, s'intéresse à ce secrétaire plébéien qui ne s'incline pas. Elle porte chaque année le deuil d'un ancêtre, Boniface de La Mole, décapité au XVIe siècle, dont la reine Marguerite aurait gardé la tête par amour. Mathilde rêve d'un amour héroïque. Elle écrit à Julien et lui donne rendez-vous dans sa chambre, en l'obligeant à monter par une échelle : Julien soupçonne un piège, y va tout de même, et devient son amant.

Commence alors une guerre d'orgueil : Mathilde l'aime un jour, le méprise le lendemain. Sur les conseils d'un prince russe, Korasoff, Julien feint de courtiser une autre femme, la maréchale de Fervaques, en lui envoyant des lettres d'amour recopiées d'un modèle. La jalousie ramène Mathilde à ses pieds. Entre-temps, le marquis confie à Julien une mission politique secrète : apprendre par cœur les propos tenus dans une réunion de conspirateurs ultras et les transmettre à l'étranger.

Mathilde se découvre enceinte et l'annonce à son père. Le marquis, d'abord furieux, finit par céder : il donne à Julien des terres, un nom, le chevalier de La Vernaye, et un brevet de lieutenant de hussards à Strasbourg. Julien touche au sommet. Mais le marquis demande des renseignements sur son passé à Mme de Rênal. Celle-ci, sous la dictée de son confesseur, écrit une lettre qui présente Julien comme un intrigant qui séduit les femmes pour faire carrière. Le mariage est rompu.

4. Le coup de pistolet, la prison et le procès (livre second)

Julien part aussitôt pour Verrières, achète des pistolets chez un armurier, entre dans l'église pendant la messe et tire deux fois sur Mme de Rênal. Elle est blessée, mais non tuée. Arrêté, Julien est enfermé à Verrières puis à Besançon.

En prison, il change. L'ambition le quitte. Il apprend que Mme de Rênal a survécu et en éprouve une joie qui le surprend. Elle vient le voir, ils se réconcilient, et Julien comprend qu'elle est la seule femme qu'il a vraiment aimée. Mathilde, elle, multiplie les démarches, intrigue auprès de l'abbé de Frilair et s'enivre du rôle d'héroïne. Au procès, où Valenod est membre du jury, Julien prononce un discours provocateur : il déclare qu'on le condamne moins pour son crime que pour avoir voulu sortir de sa classe. Il est condamné à mort. Il refuse de faire appel.

Julien est guillotiné. Mathilde, imitant la reine Marguerite, emporte sa tête et l'enterre de ses mains dans une grotte de la montagne qui domine Verrières, où Julien aimait se retirer. Mme de Rênal ne tente pas de mourir, mais elle s'éteint trois jours après lui, en embrassant ses enfants.

II. Les personnages

Personnage Situation Ce qu'il représente
Julien Sorel fils de scieur, précepteur, séminariste, secrétaire l'énergie plébéienne et l'ambition
Mme de Rênal épouse du maire de Verrières l'amour naturel, la tendresse, le scrupule religieux
Mathilde de La Mole fille du marquis l'orgueil aristocratique, l'amour de tête
M. de Rênal maire de Verrières la vanité provinciale et l'argent
Valenod rival du maire la bourgeoisie enrichie et corrompue
Le curé Chélan, l'abbé Pirard protecteurs ecclésiastiques la foi sincère et rigoureuse
L'abbé de Frilair vicaire général l'Église politique
Le marquis de La Mole grand seigneur l'aristocratie lucide mais finissante

Julien Sorel est un héros contradictoire. Il calcule tout, se donne des « devoirs » de séducteur, joue l'hypocrite, et en même temps il est d'une sensibilité extrême : il rougit, pleure, s'emporte. Son ambition naît moins de l'appât de l'argent que d'un besoin d'être reconnu. La prison révèle le vrai Julien, qui renonce à paraître.

Les deux femmes forment un contraste structurant. Mme de Rênal aime sans calcul, sans culture romanesque, avec une naïveté qui fait sa force. Mathilde aime par imagination : elle veut vivre une page d'histoire, et Julien l'intéresse parce qu'il pourrait être un nouveau Danton. Stendhal oppose l'amour-passion à l'amour de tête.

III. Les thèmes

L'ascension sociale et ses obstacles

Le roman montre une société bloquée où la naissance compte encore plus que le mérite. Julien ne peut monter qu'en se déguisant. Son procès révèle que la société le punit surtout de son audace.

L'hypocrisie comme loi sociale

De Verrières au séminaire et au salon, chacun joue un rôle. Julien fait de l'hypocrisie une stratégie, inspirée de Tartuffe, qu'il a lu. Le roman se demande à quel prix on survit dans un monde où la sincérité est une faiblesse.

Le modèle napoléonien

Napoléon est le mythe de Julien : la preuve qu'un homme sans naissance peut tout devenir. Mais sous la Restauration, ce modèle est devenu dangereux, presque clandestin. Le héros vit dans un temps qui n'est pas le sien.

L'amour

Le roman distingue des amours de nature différente : la passion simple de Mme de Rênal, la vanité qui se mêle à l'amour de Mathilde, la séduction calculée de Julien. La vérité du cœur n'éclate qu'à la fin, dans la cellule, quand l'ambition s'est tue.

La politique de la Restauration

Ultras, libéraux, Congrégation, jansénistes : le roman est aussi une chronique politique, d'où son sous-titre. La note secrète, les intrigues de Frilair, les rivalités de Verrières montrent un pouvoir qui se joue en coulisses.

IV. L'écriture de Stendhal

Le narrateur ironique et intrusif. Stendhal commente, s'amuse de son héros, prend parfois sa défense. Il intervient pour justifier son roman ou pour se moquer de la province. Cette voix crée une complicité avec le lecteur.

La focalisation interne. Le lecteur suit souvent les pensées de Julien de l'intérieur, au moment même où il délibère. Les monologues intérieurs, rapides, montrent un personnage qui se surveille sans cesse.

Le style sec. Stendhal refuse les longues descriptions et l'emphase. Il disait prendre pour modèle la prose du Code civil. Les scènes décisives, comme le coup de pistolet, sont racontées en quelques phrases brèves.

Les épigraphes. Chaque chapitre est précédé d'une citation, parfois réelle, parfois inventée ou attribuée de manière fantaisiste par Stendhal. Elles donnent une tonalité ironique au récit.

V. Un avis de lecteur

Ce roman surprend par sa modernité. Julien n'est ni un héros ni un monstre : c'est un jeune homme qui veut exister et qui se trompe souvent de moyen. On le trouve tour à tour odieux, ridicule et touchant. La scène de la main sous les tilleuls, où un adolescent livre une bataille contre sa propre peur, reste l'une des plus justes sur la timidité.

On peut trouver longues les intrigues politiques du livre second. Mais elles éclairent la fin : Julien, qui a joué tous les rôles, découvre qu'aucun ne lui ressemblait. Le dénouement, où un ambitieux trouve le bonheur en prison, est l'un des paradoxes les plus forts du roman français.

VI. Cinq questions et leur corrigé

1. Pourquoi M. de Rênal engage-t-il Julien ? Par vanité : avoir un précepteur est un signe de distinction qui doit humilier Valenod. Julien est d'abord un objet de prestige, ce qui annonce le thème de la rivalité sociale.

2. Quelle est la portée de la scène de la main ? Julien vit la séduction comme un devoir militaire, un combat contre lui-même. Mais le geste calculé fait naître une vraie passion : la scène montre la double nature du héros, stratège et sensible.

3. Que découvre Julien au séminaire ? Que l'hypocrisie y est la règle et que l'intelligence est un défaut. Il y apprend à se dissimuler, compétence qu'il appliquera à Paris.

4. En quoi Mathilde s'oppose-t-elle à Mme de Rênal ? Mathilde aime par orgueil et par imagination, en s'inspirant d'histoires héroïques ; Mme de Rênal aime spontanément. La fin confirme ce contraste : l'une enterre la tête de Julien comme dans une légende, l'autre meurt de chagrin en silence.

5. Pourquoi Julien refuse-t-il de faire appel ? Parce qu'il a perdu le goût de l'ambition et refuse de jouer encore la comédie sociale. Son discours au procès fait de sa condamnation un acte politique.

Bibliographie

  • Stendhal, Le Rouge et le Noir, Gallimard, « Folio classique ».
  • Stendhal, La Chartreuse de Parme.
  • Stendhal, Racine et Shakespeare.
  • Jean Prévost, La Création chez Stendhal.
  • Victor Brombert, Stendhal et la voie oblique, PUF.