Les Fourberies de Scapin : résumé acte par acte et personnages

2 282 mots · ≈8 pages · Collège · Fiche de lecture

Fiche de lecture d'une comédie de Molière : présentation, résumé acte par acte, personnages, thèmes, comique et questions corrigées — collège (5e-4e) — environ 2 300 mots.

Présentation de l'œuvre

Imaginez deux adolescents qui ont fait une grosse bêtise pendant les vacances de leurs parents, et qui apprennent un matin que le retour est avancé. Ils n'ont ni argent ni excuse ; il leur faut quelqu'un qui sache mentir mieux qu'eux. C'est exactement la situation d'Octave et de Léandre au lever du rideau, et ce quelqu'un s'appelle Scapin.

L'auteur. Molière (Jean-Baptiste Poquelin, 1622-1673) est à la fois auteur, comédien et chef de troupe. En 1671, il a déjà donné ses grandes comédies en vers (Tartuffe, Le Misanthrope) et travaille aussi pour les fêtes de Louis XIV.

La pièce. Les Fourberies de Scapin est une comédie en trois actes et en prose, créée en 1671 au théâtre du Palais-Royal, à Paris. Molière s'inspire d'une comédie latine de Térence, Phormion, où un parasite rusé soutire de l'argent à deux vieillards, et surtout de la commedia dell'arte italienne : valet acrobate, vieillards ridicules, jeunes amoureux, intrigue rapide. Le nom de Scapin vient d'ailleurs d'un type italien, Scapino. Les contemporains, Boileau en tête, ont reproché à Molière ce retour à la farce ; le public, lui, a ri, et la pièce est restée l'une des plus jouées du répertoire.

Le lieu. L'action se passe à Naples, sur une place publique, en une seule journée.

Le point de départ. Deux pères, Argante et Géronte, sont partis en voyage. Pendant leur absence, Octave, fils d'Argante, a épousé en secret une jeune fille pauvre, Hyacinte ; Léandre, fils de Géronte, s'est épris d'une jeune Égyptienne (on dirait aujourd'hui une bohémienne), Zerbinette. Les pères reviennent.

Plan de la fiche

  1. Résumé acte par acte
    • Acte I : le retour des pères et l'appel à Scapin ;
    • Acte II : l'épée de Léandre, la fausse brute et la galère ;
    • Acte III : la vengeance du sac et les reconnaissances.
  2. Les personnages : deux familles en miroir
  3. Les thèmes : argent, autorité, liberté du valet
  4. Les formes du comique
  5. Avis argumenté
  6. Questions corrigées

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I. Résumé acte par acte

Acte I : le retour des pères

La pièce s'ouvre sur un Octave affolé. Son valet Silvestre lui confirme la nouvelle : Argante rentre, et il a arrangé pendant son voyage le mariage de son fils avec la fille de Géronte. Or Octave est déjà marié. Il raconte comment il a rencontré Hyacinte : une jeune fille en larmes auprès de sa mère mourante, si touchante dans son chagrin qu'il en est tombé amoureux sur-le-champ. Sans fortune, protégée seulement par sa nourrice Nérine, elle n'acceptait de le recevoir qu'avec le mariage pour horizon, et Octave l'a épousée.

Scapin, valet de Léandre, arrive et se présente lui-même avec une fierté d'artiste : il se dit doué pour les inventions ingénieuses, mais avoue avoir renoncé au métier depuis un démêlé avec la justice. Octave le supplie ; Hyacinte, venue en pleurs, joint ses prières aux siennes. Scapin accepte.

Il entreprend d'abord d'entraîner Octave à affronter son père : il joue le rôle d'Argante, avec un air sévère, et demande au jeune homme de tenir bon. Mais à la seule vue du vrai Argante qui approche, Octave prend la fuite. Scapin reste seul face au vieillard furieux. Il lui sert une version arrangée des faits : Octave aurait été surpris chez la jeune fille par les parents de celle-ci, qui l'auraient forcé à l'épouser. Argante, qui ne parle que de faire casser le mariage et de déshériter son fils, n'est pas convaincu. À la fin de l'acte, Scapin comprend qu'il faudra de l'argent et prépare un rôle pour Silvestre.

Acte II : l'épée, la fausse brute et la galère

Argante et Géronte se retrouvent. Géronte apprend le mariage d'Octave et en fait la leçon à son ami, qui lui répond avec aigreur que Léandre pourrait bien ne pas valoir mieux. Inquiet, Géronte interroge son fils d'un ton menaçant, comme s'il savait déjà tout.

Léandre en conclut que Scapin l'a trahi. Il se jette sur lui l'épée à la main et exige des aveux. Scapin, terrorisé, confesse alors… tout autre chose que ce qu'on attendait : il a bu en cachette un tonneau de vin, il a gardé une montre que Léandre l'avait chargé d'offrir, et une nuit, déguisé en loup-garou, il a roué de coups son propre maître. Cette scène de faux aveux est l'un des moments les plus drôles de la pièce. Arrive Carle, messager porteur d'une nouvelle terrible : les Égyptiens qui gardent Zerbinette vont partir avec elle si Léandre ne paie pas sur-le-champ une forte somme. Léandre, qui menaçait Scapin quelques minutes plus tôt, se met à genoux devant lui.

Scapin monte alors deux fourberies, une par père.

  • Contre Argante. Il lui dépeint les ruines d'un procès : avocats, procureurs, huissiers, délais, frais sans fin. Mieux vaut, dit-il, payer le frère de la jeune fille, un soldat brutal, pour qu'il accepte de rompre le mariage. Silvestre surgit alors, déguisé en spadassin, et joue une scène de menaces terrifiantes contre ce prétendu Argante qu'il veut tuer. Le vieillard, épouvanté, finit par donner l'argent demandé.
  • Contre Géronte : la galère (acte II, scène 7). Scapin raconte à Géronte que Léandre, invité à visiter une galère turque dans le port, a été emmené en mer : on ne le rendra que contre une rançon de cinq cents écus. Géronte ne cesse de répéter la même plainte, devenue proverbiale :

Que diable allait-il faire dans cette galère ?

Il propose toutes les solutions sauf payer : aller lui-même à la galère, faire intervenir la justice, prendre la place de son fils. Il tend la bourse, la retire, la tend encore. Scapin finit par l'emporter.

Les deux jeunes gens ont leur argent. Mais Scapin garde contre Géronte une rancune particulière : c'est l'insinuation du vieillard qui lui a valu l'épée de Léandre. Il annonce qu'il se vengera.

Acte III : le sac et les reconnaissances

Les deux jeunes femmes, Hyacinte et Zerbinette, font connaissance et parlent de leurs amours ; Zerbinette, plus libre de ton, se méfie de la constance des hommes.

La scène du sac (acte III, scène 2). Scapin fait croire à Géronte que le frère d'Hyacinte et ses amis le cherchent pour le tuer. Il le persuade de se cacher dans un grand sac, qu'il promet de porter jusque chez lui. En chemin, il imite tour à tour la voix de plusieurs brigands, avec des accents étrangers, qui interrogent Scapin sur la cachette de Géronte ; à chaque fois, il frappe le sac à coups de bâton en feignant de recevoir lui-même les coups. Au bout de plusieurs assauts, Géronte passe la tête hors du sac, découvre la supercherie, et Scapin s'enfuit.

Juste après, Zerbinette, qui ne connaît pas Géronte, éclate de rire devant lui et lui raconte l'histoire qu'on vient de lui apprendre : un valet a escroqué un vieil avare en lui parlant d'une galère turque. Elle laisse même échapper le nom du vieillard. Géronte, humilié, jure de se venger.

Le dénouement arrive par une série de reconnaissances. Nérine révèle qu'Hyacinte est en réalité la fille de Géronte, née d'un premier mariage qu'il avait contracté à Tarente sous un nom d'emprunt : Octave a donc épousé, sans le savoir, la jeune fille même que son père lui destinait. Puis on apprend que Zerbinette, enlevée toute petite par les Égyptiens, est la fille d'Argante, reconnue grâce à un bracelet. Les deux mariages deviennent possibles.

Reste Scapin, que les pères veulent punir. On l'apporte la tête bandée : un marteau de tailleur de pierre lui serait tombé sur le crâne, et il se dit mourant. Il demande pardon à chacun ; Géronte pardonne, d'abord sous condition, puis sans réserve. Aussitôt guéri, Scapin se fait porter au bout de la table du festin, en attendant, dit-il, de mourir. La comédie s'achève sur ce dernier tour.

II. Les personnages : deux familles en miroir

La pièce est construite par paires, ce qui facilite la mémorisation.

Famille d'Argante Famille de Géronte
Argante, père colérique, avare Géronte, père encore plus avare, peureux
Octave, fils, amoureux d'Hyacinte Léandre, fils, amoureux de Zerbinette
Silvestre, valet d'Octave, prudent Scapin, valet de Léandre, génial
Zerbinette, fille perdue (révélée à la fin) Hyacinte, fille perdue (révélée à la fin)

Scapin. Il ne travaille pas pour l'argent : il en manipule beaucoup sans rien garder. Ce qui l'anime, c'est le plaisir de l'invention et une forme d'orgueil. Il est metteur en scène (il distribue les rôles à Silvestre), comédien (il joue un Argante, des brigands, un mourant), avocat (sa tirade sur les procès). Il est aussi vindicatif : le sac n'a aucune utilité pour l'intrigue, c'est une revanche personnelle.

Silvestre. Plus timide, il sert de contrepoint. Il craint les coups de bâton, mais se révèle bon acteur dans le rôle du spadassin.

Octave et Léandre. Ce sont des jeunes premiers sans grande énergie : l'un fuit devant son père, l'autre passe de la menace à la supplication en un instant. Leur faiblesse met en valeur l'habileté du valet.

Argante et Géronte. Deux variations sur le père de comédie. Argante est sanguin, il crie et menace ; Géronte est sec, mesquin, attaché à sa bourse au point d'en oublier son fils. Le nom même de Géronte vient du grec « vieillard ».

Hyacinte et Zerbinette. La première est douce et larmoyante, la seconde vive et moqueuse. Le rire de Zerbinette devant Géronte prolonge la vengeance de Scapin.

Nérine et Carle. Personnages secondaires utiles à l'intrigue : la nourrice détient le secret d'Hyacinte, le messager accélère l'action.

III. Les thèmes

L'argent

Tout le deuxième acte tourne autour de sommes à obtenir. Les pères ne sont pas pauvres, mais chaque pièce qu'ils lâchent leur arrache un cri. La comédie montre ainsi un monde où l'amour des jeunes gens dépend du portefeuille des vieux.

L'autorité des pères

Au XVIIe siècle, un fils ne peut se marier sans le consentement paternel. Les pères décident des alliances selon l'intérêt familial. Molière ne remet pas cette autorité en question de front : les reconnaissances finales font coïncider, par hasard, le choix des fils et celui des pères. Mais en attendant, la pièce donne au spectateur le plaisir de voir cette autorité tournée en ridicule.

La revanche du valet

Le serviteur, socialement le plus bas, mène toute l'action et frappe un bourgeois à coups de bâton. Cette inversion des rôles, héritée du carnaval et de la farce, ne débouche sur aucune révolte : Scapin reste valet. Mais pendant trois actes, c'est lui qui règne.

Le théâtre dans le théâtre

Scapin ne cesse de jouer la comédie à l'intérieur de la comédie : répétition avec Octave, rôle de spadassin confié à Silvestre, voix des brigands, fausse agonie. La pièce devient une réflexion joyeuse sur le pouvoir de l'illusion.

IV. Les formes du comique

  • Comique de gestes : coups de bâton, fuite d'Octave, épée brandie, Géronte qui sort la tête du sac. Ces jeux de scène viennent de la farce et de la commedia dell'arte.
  • Comique de répétition : la phrase sur la galère, la bourse tendue et reprise.
  • Comique de mots : jargons et accents des faux brigands, énumération étourdissante des frais de justice.
  • Comique de situation : faux aveux de Scapin, récit de Zerbinette fait à la victime elle-même.
  • Comique de caractère : l'avarice de Géronte, la poltronnerie d'Octave.

La prose, rapide et rythmée, convient à cette mécanique. Les scènes s'enchaînent sans temps mort, et le dénouement par reconnaissances, peu vraisemblable, est assumé comme une convention héritée de la comédie latine.

V. Avis argumenté

On lit souvent Les Fourberies de Scapin comme une pièce « facile », et c'est une erreur de jugement. Certes, l'intrigue est conventionnelle et le dénouement tombe du ciel. Mais la construction est d'une précision d'horloge : deux familles, deux ruses, deux vengeances, deux reconnaissances. Et le personnage de Scapin dépasse la simple marionnette : il agit par fierté, presque par gratuité, comme un artiste qui veut prouver son talent.

La pièce a aussi un fond plus grinçant qu'il n'y paraît : un père qui refuse de payer la rançon de son fils, même fictive, n'est pas seulement ridicule. On rit de Géronte, mais on comprend pourquoi Léandre préfère s'adresser à un valet plutôt qu'à lui. À la lecture, certaines scènes paraissent minces ; il faut les imaginer jouées, ou en voir une mise en scène, pour mesurer leur énergie.

VI. Questions corrigées

1. Pourquoi Octave a-t-il besoin de Scapin au début de la pièce ? Il s'est marié secrètement avec Hyacinte pendant l'absence de son père, qui revient avec un autre projet de mariage pour lui. Trop faible pour affronter Argante, il demande à Scapin de trouver une solution.

2. Que révèle la scène de la galère sur Géronte ? Elle montre son avarice : même quand il croit son fils prisonnier, il hésite à payer. La phrase répétée souligne son obsession et son refus d'écouter. Le comique de répétition rend le personnage à la fois ridicule et inquiétant.

3. La scène du sac est-elle nécessaire à l'intrigue ? Non : l'argent a déjà été obtenu. Elle sert la vengeance personnelle de Scapin et offre au public une scène de farce pure, fondée sur les coups et les imitations de voix.

4. Comment se dénoue la pièce ? Par deux reconnaissances : Hyacinte est la fille de Géronte, Zerbinette celle d'Argante. Les mariages voulus par les fils deviennent acceptables pour les pères. Scapin obtient son pardon en jouant un dernier rôle, celui du mourant.

5. Qu'est-ce que la commedia dell'arte et que doit-elle à la pièce ? C'est un théâtre italien de personnages types (valets, vieillards, amoureux), fondé sur l'improvisation et le jeu physique. Molière lui emprunte le valet rusé, les vieillards avares, les lazzi (jeux de scène comiques) et le rythme vif de l'action.

Bibliographie

  • Molière, Les Fourberies de Scapin, comédie en trois actes et en prose.
  • Térence, Phormion, comédie latine dont Molière reprend le canevas.
  • Molière, Œuvres complètes, édition de Georges Forestier et Claude Bourqui, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade ».
  • Georges Forestier, Molière, Gallimard, biographie.