Hamlet de Shakespeare : résumé acte par acte, personnages et thèmes

2 394 mots · ≈8 pages · Lycée · Fiche de lecture

Fiche de lecture — tragédie élisabéthaine, niveau lycée : l'intrigue des cinq actes, la cour d'Elseneur, les grands thèmes et cinq questions avec leur corrigé (environ 2 500 mots).

Présentation de l'œuvre

Un enquêteur reçoit une dénonciation anonyme qui accuse un homme puissant. La source est invérifiable, peut-être malveillante. Faut-il agir sur-le-champ ou chercher d'abord une preuve ? Hamlet pose cette question, à ceci près que l'informateur est un fantôme et que l'accusé est roi. Toute la pièce naît de cet écart entre un ordre reçu et la certitude qui manque pour l'exécuter.

L'auteur. William Shakespeare (1564-1616), acteur, actionnaire et auteur de la troupe du Lord Chamberlain, qui joue au théâtre du Globe, à Londres. Il écrit comédies, drames historiques et tragédies pour un public très mélangé, des apprentis aux aristocrates.

L'œuvre. La Tragique Histoire d'Hamlet, prince de Danemark est composée vers 1600-1601. Elle existe en plusieurs versions anciennes, assez différentes, ce qui explique que les éditions modernes ne donnent pas toujours exactement le même texte. Shakespeare reprend une vieille légende scandinave transmise par le chroniqueur Saxo Grammaticus, puis adaptée en français par Belleforest dans ses Histoires tragiques ; une pièce anglaise antérieure sur le même sujet, aujourd'hui perdue, a sans doute existé.

Le genre. C'est une tragédie de la vengeance, genre très prisé sur la scène élisabéthaine : un crime caché, un fantôme qui réclame justice, une folie feinte ou réelle, un dénouement sanglant. Shakespeare en garde le cadre mais le retourne : son vengeur réfléchit plus qu'il n'agit.

Le lieu. Le château d'Elseneur, au Danemark. La pièce mêle vers et prose ; les traductions françaises sont nombreuses (Hugo fils, Gide, Bonnefoy…) et le texte ci-dessous paraphrase l'intrigue sans les citer.

Plan de la fiche

  1. L'intrigue, acte après acte
    • Acte I : le spectre et le serment ;
    • Acte II : la folie et les comédiens ;
    • Acte III : la souricière et la chambre de la reine ;
    • Acte IV : l'exil, la folie d'Ophélie, le complot ;
    • Acte V : le cimetière et le duel.
  2. Les personnages
  3. Les thèmes : vengeance, doute, corruption, mort
  4. L'écriture shakespearienne
  5. Notre avis
  6. Cinq questions pour vérifier sa lecture

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I. L'intrigue, acte après acte

Acte I : le spectre et le serment

Sur les remparts d'Elseneur, en pleine nuit, des sentinelles ont vu passer une apparition qui ressemble trait pour trait au roi Hamlet, mort récemment. Elles y amènent Horatio, ami du prince, étudiant sceptique. Le spectre revient, en armure, mais ne dit rien et disparaît au chant du coq. Horatio décide de prévenir le jeune Hamlet. On apprend au passage que le Danemark se prépare à la guerre : le jeune Fortinbras, prince de Norvège, veut reprendre les terres que son père avait perdues face au roi Hamlet.

Dans la salle du conseil, le nouveau roi Claudius, frère du défunt, règle les affaires du royaume. Il a épousé, très vite, la veuve de son frère, la reine Gertrude. Il autorise Laërte, fils du conseiller Polonius, à repartir pour la France, mais refuse que Hamlet retourne étudier à Wittenberg. Le prince, en noir, reste à l'écart. Seul, il exprime son dégoût : deux mois à peine après l'enterrement, sa mère s'est remariée avec un homme qui ne vaut rien auprès de son père.

Avant de partir, Laërte met en garde sa sœur Ophélie contre les déclarations de Hamlet ; Polonius, après avoir accablé son fils de conseils de conduite, ordonne à sa fille de ne plus recevoir le prince.

La nuit suivante, le spectre parle enfin à Hamlet, seul. Il révèle qu'il a été assassiné : pendant sa sieste au jardin, Claudius lui a versé du poison dans l'oreille. Il exige vengeance, mais demande que Gertrude soit épargnée et laissée au jugement du ciel. Hamlet jure d'obéir. Il fait promettre à Horatio et aux sentinelles de se taire, et les prévient qu'il pourra adopter une conduite étrange : il va feindre la folie.

Acte II : la folie et les comédiens

Polonius envoie un serviteur espionner Laërte à Paris. Ophélie accourt, bouleversée : Hamlet est entré dans sa chambre, débraillé, l'a dévisagée longuement sans un mot et est reparti. Polonius est convaincu d'avoir trouvé la cause de la folie du prince : l'amour contrarié. Il court l'annoncer au roi et lit une lettre d'amour que Hamlet avait écrite à Ophélie.

Claudius, plus méfiant, a fait venir deux anciens camarades d'études du prince, Rosencrantz et Guildenstern, chargés de découvrir ce qu'il a. Hamlet comprend vite qu'ils ont été envoyés et les met à l'épreuve. Il se moque ouvertement de Polonius, multipliant les réponses absurdes qui contiennent toujours une pointe.

Une troupe de comédiens arrive au château. Hamlet leur demande de dire une tirade sur la chute de Troie, la mort du roi Priam et la douleur de sa femme Hécube. Bouleversé de voir un acteur pleurer pour une reine de légende alors que lui-même n'agit pas pour son propre père, il se reproche sa lâcheté. Mais il doute aussi : le spectre pourrait être un démon venu le perdre. Il conçoit un plan : faire jouer devant le roi une pièce qui reproduit le meurtre, et observer sa réaction.

Acte III : la souricière et la chambre de la reine

Le roi et Polonius se cachent pour épier une rencontre entre Hamlet et Ophélie. Avant qu'elle ne paraisse, le prince prononce le monologue le plus célèbre du théâtre :

To be, or not to be, that is the question

Il y pèse la vie et la mort : faut-il supporter les coups du sort ou y mettre fin ? Seule la peur de ce qui vient après la mort retient les hommes et les empêche d'agir. Puis il voit Ophélie, qui veut lui rendre ses cadeaux. Il nie l'avoir aimée, l'accable et lui ordonne d'entrer au couvent. Claudius, qui a tout entendu, conclut que l'amour n'explique rien et décide d'envoyer Hamlet en Angleterre.

Le soir, les comédiens jouent la pièce choisie, que Hamlet appelle « la Souricière » : un roi y est empoisonné dans son jardin par un parent qui séduit ensuite la reine. Au moment du crime, Claudius se lève, réclame de la lumière et quitte la salle. Pour Hamlet, la preuve est faite.

Appelé chez sa mère, il traverse une salle où Claudius, seul, tente de prier et reconnaît son crime devant Dieu sans parvenir à s'en repentir. Hamlet pourrait le tuer, mais il renonce : frapper un homme en prière l'enverrait au paradis. Il attendra un moment où le roi sera en état de péché.

Dans la chambre de Gertrude, la scène devient violente. Polonius, caché derrière une tapisserie, appelle à l'aide ; Hamlet frappe à travers le tissu, croyant atteindre le roi, et tue le vieux conseiller. Il accable ensuite sa mère de reproches en comparant les portraits des deux frères. Le spectre réapparaît pour lui rappeler sa mission ; Gertrude, qui ne voit rien, est confirmée dans l'idée que son fils est fou.

Acte IV : l'exil, la folie d'Ophélie, le complot

Hamlet cache le corps de Polonius et répond aux questions par des sarcasmes macabres. Claudius l'expédie en Angleterre avec Rosencrantz et Guildenstern, porteurs d'une lettre scellée qui demande au roi d'Angleterre de le faire exécuter. En chemin, Hamlet croise l'armée de Fortinbras qui traverse le Danemark pour aller conquérir un bout de terre polonais sans valeur ; il compare cette ardeur à sa propre inaction.

À Elseneur, Ophélie a perdu la raison après la mort de son père. Elle chante des chansons décousues et distribue des fleurs en leur prêtant à chacune un sens. Laërte revient de France, à la tête d'une foule en révolte, pour venger Polonius. Claudius le calme, le convainc que Hamlet est le seul coupable, et tous deux montent un piège : un duel d'escrime prétendument amical, où Laërte se servira d'une épée non mouchetée et enduite de poison ; par précaution, le roi préparera une coupe empoisonnée.

Une lettre arrive : Hamlet a été capturé par des pirates pendant la traversée et ramené au Danemark. Puis Gertrude annonce qu'Ophélie s'est noyée en tombant dans un ruisseau, couronnée de fleurs, en chantant.

Acte V : le cimetière et le duel

Deux fossoyeurs creusent une tombe en plaisantant. Hamlet et Horatio les écoutent ; le prince ramasse un crâne, celui de Yorick, le bouffon du roi qui l'avait porté sur son dos dans son enfance, et médite sur l'égalité de tous devant la mort. Un cortège arrive : c'est l'enterrement d'Ophélie. Laërte saute dans la fosse, Hamlet l'y suit, et les deux hommes en viennent aux mains.

Hamlet raconte ensuite à Horatio ce qui s'est passé sur le bateau : il a ouvert la lettre, découvert l'ordre de le tuer et l'a remplacée par une autre qui condamne les deux porteurs. Un courtisan affecté, Osric, vient lui proposer le duel contre Laërte. Hamlet accepte, malgré un pressentiment.

Le duel tourne au massacre. Gertrude boit la coupe destinée à son fils. Laërte blesse Hamlet avec la lame empoisonnée ; dans la mêlée, les épées sont échangées et Hamlet blesse Laërte. La reine s'effondre. Laërte, mourant, avoue tout et accuse le roi. Hamlet frappe enfin Claudius et le force à boire le reste du poison. Il empêche Horatio de se tuer avec lui et le charge de raconter son histoire. Il désigne Fortinbras comme successeur, puis meurt. Fortinbras entre au moment où des ambassadeurs anglais annoncent la mort de Rosencrantz et Guildenstern, et ordonne qu'on rende au prince les honneurs d'un soldat.

II. Les personnages

Personnage Rôle
Hamlet prince de Danemark, fils du roi assassiné
Le spectre le père de Hamlet, qui réclame vengeance
Claudius oncle de Hamlet, meurtrier et nouveau roi
Gertrude mère de Hamlet, épouse de Claudius
Polonius conseiller du roi, bavard et espion
Laërte fils de Polonius, vengeur impulsif
Ophélie fille de Polonius, aimée de Hamlet
Horatio ami fidèle et témoin
Rosencrantz et Guildenstern camarades devenus instruments du roi
Fortinbras prince de Norvège, homme d'action

Hamlet est intelligent, ironique, blessé. Sa folie est d'abord une tactique, mais elle finit par se confondre avec une vraie détresse. Il hésite moins par faiblesse que par scrupule : il veut une certitude, puis un moment juste.

Claudius n'est pas un tyran grossier : c'est un politique habile, capable de remords, mais incapable de renoncer à ce que son crime lui a rapporté, la couronne et la reine.

Laërte et Fortinbras sont des doubles de Hamlet : comme lui, ils ont un père à venger, mais ils agissent sans délai. Leur présence fait ressortir, par contraste, la lenteur du héros.

Ophélie subit tout : les ordres de son père, le rejet de Hamlet, la mort de Polonius. Sa folie, réelle, répond à la folie jouée du prince.

III. Les thèmes

La vengeance et le retard

Le spectre donne son ordre dès le premier acte ; Claudius ne meurt qu'à la dernière scène. Entre les deux, Hamlet vérifie, s'accuse, renonce, attend. La pièce transforme une histoire de vengeance en méditation sur l'action : comment passer de la pensée au geste ?

Le doute et l'apparence

Rien n'est sûr à Elseneur. Le fantôme peut mentir, la folie peut être feinte, le roi souriant est un assassin, les amis sont des espions. Hamlet cherche à percer les masques, en utilisant lui-même un masque.

Un royaume corrompu

Une sentinelle remarque dès le premier acte que quelque chose est pourri au Danemark. Les images de maladie, d'ulcère et de pourriture parcourent la pièce : le crime du roi infecte tout le corps politique.

La mort

La pièce s'ouvre sur un revenant et s'achève sur quatre cadavres. Le monologue de l'acte III, la scène du cimetière et le crâne de Yorick font de la mort un objet de réflexion presque philosophique : ce qu'il y a après, et ce qu'il reste des hommes.

IV. L'écriture shakespearienne

  • Le monologue : Hamlet réfléchit à voix haute, seul en scène. Ces moments donnent au spectateur un accès direct à sa conscience et ralentissent volontairement l'action.
  • Le théâtre dans le théâtre : la représentation de l'acte III sert de piège ; elle montre aussi que le théâtre peut révéler la vérité cachée.
  • Le mélange des registres : les fossoyeurs plaisantent sur une tombe, Polonius est ridicule jusque dans sa mort, Hamlet manie l'humour noir. Le comique côtoie le tragique, ce que le théâtre classique français refusera.
  • Vers et prose : les nobles parlent souvent en vers, mais Hamlet passe à la prose quand il joue le fou ou se moque.
  • Le refus des unités : l'action dure plusieurs semaines, passe d'un lieu à l'autre et multiplie les intrigues secondaires.

V. Notre avis

Hamlet déroute d'abord par sa longueur et ses détours : on attend une vengeance et l'on reçoit des monologues, des jeux de mots, des scènes de comédiens. Mais c'est précisément ce retard qui fait l'intérêt de la pièce. Shakespeare a placé au cœur d'une intrigue sanglante un personnage qui pense, et chaque époque a pu y lire ses propres inquiétudes : la mélancolie, le soupçon, l'impuissance à agir dans un monde truqué.

La fin peut sembler excessive, avec son empilement de morts. Elle a pourtant une logique : chaque coupable périt par l'instrument qu'il a préparé, le poison du roi et la lame de Laërte. Et l'arrivée de Fortinbras, étranger qui récupère le trône, rappelle froidement que les drames des princes profitent souvent à d'autres.

VI. Cinq questions pour vérifier sa lecture

1. Pourquoi Hamlet tarde-t-il à se venger ? D'abord parce qu'il doute du spectre, qui pourrait être un démon ; ensuite parce qu'il refuse de tuer Claudius en prière. Plus profondément, la pièce suggère que sa conscience aiguë des conséquences paralyse son action.

2. Quel est le rôle de la représentation théâtrale à l'acte III ? Elle sert de piège : en voyant son crime rejoué, Claudius trahit sa culpabilité. Hamlet obtient ainsi la preuve qui lui manquait.

3. Que représentent Laërte et Fortinbras par rapport à Hamlet ? Ce sont des fils qui ont, eux aussi, un père à venger ou à honorer, mais qui agissent sans hésiter. Ils servent de contrepoints et font mesurer l'hésitation du héros.

4. La folie de Hamlet est-elle réelle ? Il annonce lui-même qu'il va la jouer, ce qui en fait une stratégie. Mais ses excès, notamment envers Ophélie et sa mère, laissent penser que la frontière se brouille. La pièce laisse la question ouverte.

5. Quel sens donner à la scène du cimetière ? Elle prépare le dénouement en confrontant Hamlet à la mort physique, concrète. Devant le crâne de Yorick, il comprend que rois et bouffons finissent pareils, et il semble ensuite accepter son destin avec plus de calme.

Bibliographie

  • William Shakespeare, Hamlet, traduction d'Yves Bonnefoy, Gallimard, « Folio ».
  • William Shakespeare, Hamlet, traduction d'André Gide.
  • Saxo Grammaticus, La Geste des Danois, pour la légende d'Amleth.
  • Jan Kott, Shakespeare notre contemporain.