Fiche de lecture d'une œuvre antique : présentation, structure des quinze livres, résumé des mythes les plus étudiés, thèmes, écriture et questions corrigées — collège et lycée — environ 2 500 mots.
Présentation de l'œuvre
Un enfant qui regarde un nuage y voit successivement un chien, un bateau, un visage : la forme glisse, mais quelque chose demeure. Les Métamorphoses fonctionnent de la même façon. Des hommes deviennent arbres, oiseaux, pierres ou fleurs, et pourtant, dans le laurier, on reconnaît encore la jeune fille qui fuyait ; dans l'écho, la nymphe qui aimait trop. L'œuvre entière est un immense catalogue de ces passages d'une forme à une autre.
L'auteur. Ovide (Publius Ovidius Naso, 43 av. J.-C. - vers 17 ou 18 apr. J.-C.) est un poète latin de l'époque d'Auguste. Célèbre pour ses poèmes amoureux et légers, comme L'Art d'aimer, il est brutalement exilé par l'empereur, vers 8 apr. J.-C., à Tomes, sur les bords de la mer Noire, pour des raisons qui restent mystérieuses. Il y mourra sans avoir été rappelé.
L'œuvre. Les Métamorphoses sont un long poème en hexamètres dactyliques, le vers de l'épopée, divisé en quinze livres. Ovide l'achève à peu près au moment de son exil. Il y rassemble plus de deux cents récits mythologiques, venus surtout de la tradition grecque, reliés par un fil commun : chaque histoire comporte, d'une manière ou d'une autre, une transformation.
Le projet. Les premiers vers annoncent le programme : chanter les corps changés en formes nouvelles, depuis l'origine du monde jusqu'à l'époque d'Ovide. Le poème suit donc, en gros, un ordre chronologique, de la création du monde jusqu'à Jules César.
Pourquoi l'étudier. Ces récits ont nourri toute la culture européenne : peinture (Le Bernin, Titien, Poussin), poésie (Ronsard, La Fontaine), théâtre (Shakespeare reprend Pyrame et Thisbé), et jusqu'à notre vocabulaire (narcissique, écho, dédale).
Plan de la fiche
- La structure des quinze livres
- Résumé des mythes les plus étudiés
- Apollon et Daphné ;
- Narcisse et Écho ;
- Pyrame et Thisbé ;
- Dédale et Icare ;
- Orphée et Eurydice ;
- Pygmalion ;
- Midas.
- Les thèmes : désir, punition, art, pouvoir des dieux
- L'écriture d'Ovide
- Avis argumenté
- Questions corrigées
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I. La structure des quinze livres
Les mythes ne sont pas juxtaposés au hasard : Ovide les enchaîne par des transitions ingénieuses (un personnage raconte une histoire à un autre, un lieu rappelle un autre récit, un dieu passe d'une aventure à la suivante). On peut regrouper les livres en trois grands ensembles.
| Livres | Ensemble | Exemples de récits |
|---|---|---|
| I-II | les origines et les amours des dieux | création du monde, âges de l'humanité, déluge et Deucalion, Daphné, Io, Phaéton, Callisto, Europe |
| III-IV | le cycle de Thèbes | Cadmos, Actéon, Sémélé, Narcisse et Écho, Penthée, Pyrame et Thisbé, Persée |
| V-VI | les dieux qui punissent | Proserpine, Arachné, Niobé, Marsyas, Procné et Philomèle |
| VII-IX | héros et familles de l'âge héroïque | Médée, Dédale et Icare, Philémon et Baucis, mort d'Hercule |
| X-XI | les récits d'Orphée | Orphée et Eurydice, Pygmalion, Atalante, Adonis, mort d'Orphée, Midas |
| XII-XIII | la guerre de Troie | débat sur les armes d'Achille, Hécube, Polyphème et Galatée |
| XIV-XV | vers Rome | Énée, Circé, Pomone et Vertumne, Romulus, discours de Pythagore, divinisation de César |
Le premier livre s'ouvre sur le chaos et la naissance du monde. Le dernier se termine par un épilogue où Ovide affirme que son œuvre lui survivra et que son nom sera lu partout où Rome étend son pouvoir. Entre les deux, le discours de Pythagore, au livre XV, donne une sorte de clé philosophique : tout change, rien ne périt vraiment.
II. Résumé des mythes les plus étudiés
1. Apollon et Daphné (livre I)
Apollon vient de tuer à coups de flèches le serpent Python. Fier de son exploit, il se moque de Cupidon, qu'il juge trop jeune pour porter un arc. Le petit dieu se venge : il décoche à Apollon une flèche d'or, qui fait naître l'amour, et à la nymphe Daphné, fille du fleuve Pénée, une flèche de plomb, qui fait fuir l'amour. Apollon poursuit Daphné, qui ne veut appartenir à personne. Au moment où il va la saisir, elle supplie son père de lui ôter cette apparence qui attire. Ses membres s'engourdissent, son corps se couvre d'écorce, ses cheveux deviennent feuillage, ses pieds racines : elle est changée en laurier. Apollon, toujours épris, fait du laurier son arbre : il ornera la tête des vainqueurs.
2. Narcisse et Écho (livre III)
La nymphe Écho bavardait autrefois sans fin. Junon, à qui elle faisait perdre son temps pendant que Jupiter la trompait avec d'autres nymphes, l'a punie : elle ne peut plus que répéter les derniers mots qu'elle entend. Écho tombe amoureuse du jeune Narcisse, d'une beauté éclatante, qui repousse tous ceux qui l'aiment. Elle s'approche, ne peut que reprendre ses paroles, et se fait rejeter. Désespérée, elle dépérit jusqu'à n'être plus qu'une voix.
Le devin Tirésias avait prédit que Narcisse vivrait longtemps s'il ne se connaissait pas. Pour punir sa froideur, une divinité vengeresse le conduit à une source limpide. En se penchant pour boire, Narcisse tombe amoureux de son reflet, sans d'abord comprendre que c'est lui-même. Quand il le comprend, il ne peut plus se détacher de cette image qu'il ne peut posséder. Il se consume sur place. À la place de son corps, on trouve une fleur jaune et blanche, le narcisse.
3. Pyrame et Thisbé (livre IV)
Ce récit est raconté par l'une des filles de Minyas, qui refusent de célébrer Bacchus. À Babylone, deux jeunes gens habitent des maisons voisines et s'aiment, mais leurs parents s'opposent à leur union. Ils se parlent à travers une fente du mur mitoyen. Un jour, ils décident de s'enfuir et se donnent rendez-vous la nuit, près du tombeau de Ninus, sous un mûrier aux fruits blancs.
Thisbé arrive la première. Une lionne, la gueule encore sanglante, vient boire à une source voisine. Thisbé s'enfuit et laisse tomber son voile, que la lionne déchire. Pyrame arrive, voit les traces de la bête et le voile ensanglanté, se croit responsable de la mort de son amie et se perce de son épée. Son sang jaillit et teint les fruits du mûrier. Thisbé revient, trouve Pyrame mourant, comprend tout et se tue avec la même épée. Elle demande que les mûres gardent la couleur du deuil : depuis, elles sont sombres à maturité.
4. Dédale et Icare (livre VIII)
L'ingénieux Dédale, retenu en Crète par le roi Minos, veut regagner sa patrie. Puisque la terre et la mer lui sont fermées, il passera par le ciel. Il fabrique des ailes avec des plumes liées par du fil et de la cire, les essaie, puis en équipe son fils Icare. Il lui conseille de voler à mi-hauteur : trop bas, l'humidité de la mer alourdirait les plumes ; trop haut, le soleil les brûlerait. Grisé, Icare s'élève vers le ciel ; la chaleur fait fondre la cire, les plumes se détachent, et l'enfant tombe dans la mer, qui porte depuis son nom. Dédale, devenu père sans fils, maudit son art.
5. Orphée et Eurydice (livres X et XI)
Le jour de ses noces avec le chanteur Orphée, Eurydice est mordue par un serpent et meurt. Orphée descend aux Enfers et, par son chant, émeut les ombres et les maîtres du royaume des morts. On lui accorde de ramener sa femme, à une condition : ne pas se retourner avant d'être sorti. Près du but, inquiet, il se retourne ; Eurydice disparaît pour toujours.
Orphée, inconsolable, se retire et chante, entouré d'arbres et d'animaux. C'est lui qui raconte plusieurs récits du livre X, dont celui de Pygmalion. Au livre XI, des femmes en délire, adoratrices de Bacchus, se jettent sur lui et le mettent en pièces ; sa tête et sa lyre, emportées par un fleuve, continuent de faire entendre une plainte. Son ombre retrouve enfin Eurydice aux Enfers.
6. Pygmalion (livre X)
Le sculpteur Pygmalion, à Chypre, dégoûté par la conduite de certaines femmes de l'île, vit seul. Il sculpte dans l'ivoire une statue de femme si parfaite qu'il en tombe amoureux : il la caresse, lui offre des cadeaux, l'habille. Lors de la fête de Vénus, il prie la déesse de lui accorder une épouse semblable à sa statue. Rentré chez lui, il embrasse la statue et sent l'ivoire s'attendrir sous ses doigts, devenir tiède, puis vivant. Vénus assiste à leur mariage.
7. Midas (livre XI)
Le roi Midas a recueilli Silène, compagnon de Bacchus, égaré. Pour le remercier, le dieu lui offre de réaliser un vœu. Midas demande que tout ce qu'il touche se change en or. Ravi d'abord, il comprend vite son erreur : le pain et le vin deviennent métal dans sa bouche. Il supplie Bacchus, qui lui ordonne de se laver dans le fleuve Pactole ; depuis, ce fleuve roule des paillettes d'or.
Plus tard, Midas assiste à un concours de musique entre Pan et Apollon et, seul contre tous, préfère la flûte de Pan. Apollon lui donne des oreilles d'âne. Midas les cache sous un bonnet, mais son barbier les a vues. Incapable de garder le secret, celui-ci le confie à un trou creusé dans la terre ; des roseaux y poussent et répètent la nouvelle au vent.
III. Les thèmes
Le désir et ses dangers
Une grande partie des récits sont des histoires d'amour, souvent malheureuses : désir non partagé (Écho), désir de soi (Narcisse), amour interdit (Pyrame et Thisbé), amour qui veut dépasser la mort (Orphée). La métamorphose survient souvent au point culminant d'une passion, comme si le corps humain ne pouvait plus la contenir.
La métamorphose comme punition ou comme refuge
Certaines transformations châtient : la vanité, l'orgueil, la désobéissance (Midas, Narcisse, Arachné). D'autres protègent : Daphné échappe à Apollon en devenant arbre. Parfois, la métamorphose garde la trace d'un amour : les mûres de Thisbé ou le laurier d'Apollon sont des monuments.
Les dieux et les hommes
Les dieux d'Ovide sont puissants, mais aussi capricieux, jaloux, injustes. Junon punit Écho pour une faute de Jupiter ; Apollon persécute Daphné. Le poète montre souvent la souffrance des victimes plus que la grandeur des dieux.
L'art et la création
Plusieurs récits mettent en scène des artistes : Dédale l'inventeur, Orphée le chanteur, Pygmalion le sculpteur, Arachné la tisseuse. L'art y est capable de merveilles, mais il peut aussi conduire au désastre. En filigrane, Ovide réfléchit à son propre travail de poète, qui transforme lui aussi les formes.
IV. L'écriture d'Ovide
- L'art de la transformation : Ovide décrit les métamorphoses au ralenti, étape par étape, en suivant chaque partie du corps qui change. Le lecteur assiste au moment où l'humain et le végétal ou l'animal coexistent.
- Les récits enchâssés : de nombreux mythes sont racontés par des personnages (les filles de Minyas, Orphée), ce qui crée des emboîtements et varie les tons.
- Les transitions : le passage d'un mythe à l'autre est soigné, ce qui donne au poème l'allure d'un récit continu malgré sa diversité.
- Le mélange des tons : pathétique pour Pyrame et Thisbé, comique pour les oreilles de Midas, merveilleux pour Pygmalion, épique pour la guerre de Troie.
- Les étiologies : beaucoup de récits expliquent l'origine d'une chose (la couleur des mûres, le nom de la mer Icarienne, l'or du Pactole, la fleur du narcisse).
Le poème s'ouvre sur un vers devenu célèbre, qui en résume le programme :
In nova fert animus mutatas dicere formas / corpora
Littéralement, l'esprit pousse le poète à dire les formes changées en corps nouveaux.
V. Avis argumenté
Lire les Métamorphoses d'un bout à l'autre est une entreprise longue, et les noms propres peuvent décourager. Mais l'œuvre se prête parfaitement à une lecture par épisodes : chaque mythe est un petit récit complet, souvent court, plein d'images frappantes. On y trouve la fantaisie d'un conteur et la profondeur d'un moraliste qui ne fait jamais la morale.
Ce qui frappe surtout, c'est la modernité du regard d'Ovide sur la souffrance : il se place du côté de Daphné poursuivie, d'Écho rejetée, d'Icare qui tombe. On peut regretter certaines répétitions (les poursuites amoureuses se ressemblent), mais l'ensemble offre un réservoir d'histoires sans équivalent, qui explique pourquoi tant d'artistes y ont puisé.
VI. Questions corrigées
1. Pourquoi l'œuvre s'intitule-t-elle Les Métamorphoses ? Parce que chaque récit raconte une transformation : un être humain ou un dieu change de forme pour devenir un animal, une plante, une pierre ou un élément naturel. C'est le fil qui relie plus de deux cents mythes.
2. Comment l'œuvre est-elle organisée ? En quinze livres qui suivent un ordre à peu près chronologique, de la création du monde jusqu'à la divinisation de Jules César. Les récits s'enchaînent par des transitions et des histoires racontées par des personnages.
3. Quelle est la faute de Narcisse et comment est-il puni ? Il repousse tous ceux qui l'aiment, dont la nymphe Écho. Pour le punir, il tombe amoureux de son propre reflet, qu'il ne peut posséder, et se consume jusqu'à devenir une fleur.
4. Quelle leçon peut-on tirer de l'histoire d'Icare ? Icare désobéit au conseil de son père et veut monter trop haut. Le mythe illustre les dangers de la démesure et de l'imprudence, mais aussi les limites de l'invention humaine.
5. En quoi le mythe de Pyrame et Thisbé est-il étiologique ? Il explique pourquoi les mûres, autrefois blanches, deviennent sombres : elles ont été teintes par le sang de Pyrame et gardent la couleur du deuil à la demande de Thisbé.
Bibliographie
- Ovide, Les Métamorphoses, texte établi et traduit par Georges Lafaye, Les Belles Lettres, « Collection des universités de France ».
- Ovide, Les Métamorphoses, traduction de Danièle Robert, Actes Sud, « Thésaurus ».
- Ovide, Les Métamorphoses, traduction de Marie Cosnay, éditions de l'Ogre.
- Pierre Grimal, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, PUF.