Fiche de lecture — Collège (6e-5e, la fable et l'apologue) — environ 2 500 mots.
Présentation du recueil
L'auteur. Jean de La Fontaine (1621-1695) est un Champenois de Château-Thierry, où il a hérité de son père une charge liée aux eaux et forêts : il a donc passé des années à arpenter les bois et les rivières qu'il fera parler. Protégé d'abord par le surintendant Fouquet, il connaît la disgrâce quand celui-ci est arrêté sur ordre de Louis XIV.
Le livre. En 1668, il publie un premier recueil de Fables choisies mises en vers, en six livres, dédié au Dauphin, le fils du roi, alors âgé de six ou sept ans. Le livre I compte vingt-deux fables. La Fontaine reprend des récits très anciens, venus du Grec Ésope et du Latin Phèdre, mais il les transforme : il les met en vers de longueurs variées, il y ajoute des dialogues, des décors, de l'humour.
Une remarque pour entrer dans le livre. Le livre I s'ouvre sur une cigale qui a faim et se ferme sur un chêne arraché par la tempête. Entre ces deux images de défaite, presque toutes les fables mettent face à face deux personnages : un duel. Notre fiche lit huit d'entre elles en posant à chaque fois deux questions simples : qui gagne, et avec quelle arme ? On découvrira que le plus grand, le plus riche ou le plus fier perd souvent, et que les armes des vainqueurs sont rarement la force.
Plan de la fiche
- Huit fables, huit duels
- I, 1 — La Cigale et la Fourmi : l'arme du refus
- I, 2 — Le Corbeau et le Renard : l'arme de la parole
- I, 3 — La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Bœuf : quand on se bat contre soi-même
- I, 5 — Le Loup et le Chien : l'arme de la liberté
- I, 9 — Le Rat de ville et le Rat des champs : l'arme de la tranquillité
- I, 16 — La Mort et le Bûcheron : un duel qu'on refuse au dernier moment
- I, 18 — Le Renard et la Cigogne : l'arme de la riposte
- I, 22 — Le Chêne et le Roseau : l'arme de la souplesse
- Tableau récapitulatif des vainqueurs
- Où se trouve la morale ?
- Avis argumenté
- Cinq questions avec corrigé
Il reste 2 217 mots (≈7 pages) de ce document
Accès illimité à 2 657 travaux
3 €/mois, résiliable en un clic
Paiement sécurisé Stripe
Déjà abonné ? Se connecter
1. Huit fables, huit duels
I, 1 — La Cigale et la Fourmi : l'arme du refus
Résumé. La Cigale a passé la belle saison à chanter. L'hiver venu, elle n'a plus rien à manger et va demander à la Fourmi, sa voisine, de lui prêter quelques grains jusqu'au retour des beaux jours, en promettant de rembourser avec les intérêts. La Fourmi lui demande ce qu'elle faisait pendant l'été. La Cigale répond qu'elle chantait. La Fourmi la congédie d'une réplique moqueuse : puisqu'elle chantait, qu'elle danse maintenant.
Morale. Aucune morale n'est écrite. On en tire d'habitude une leçon de prévoyance : il faut penser à l'avenir. Mais le narrateur glisse une remarque piquante : la Fourmi n'est pas prêteuse, et c'est là, dit-il, son moindre défaut. Autrement dit, elle a raison sur le fond et tort sur la manière. La fable laisse donc deux lectures possibles : la Cigale imprévoyante est punie, mais la Fourmi avare n'est pas admirable pour autant.
Procédé clé : l'ellipse. En quelques vers, tout l'été disparaît. Le récit saute directement à l'hiver. La faim arrive d'un coup. La réplique finale, construite sur le jeu entre chanter et danser, sonne comme une gifle.
I, 2 — Le Corbeau et le Renard : l'arme de la parole
Résumé. Un Corbeau, perché sur un arbre, tient dans son bec un fromage. Un Renard, attiré par l'odeur, l'aborde avec mille politesses. Il le complimente sur sa beauté et lui dit que si sa voix égale son plumage, il est le plus remarquable des habitants de la forêt. Flatté, le Corbeau ouvre le bec pour chanter : le fromage tombe, le Renard l'attrape. Puis il donne au Corbeau une leçon sur les flatteurs. Le Corbeau, honteux, jure, mais trop tard, qu'on ne l'y prendra plus.
Morale. Celui qui écoute les flatteurs les nourrit. La morale est prononcée par le Renard lui-même, ce qui est très ironique : le voleur fait la leçon à sa victime et présente le fromage comme le prix de cette leçon.
Procédé clé : le discours de flatterie. Le Renard emploie un vocabulaire noble, des formules de cour, une comparaison avec le Phénix, oiseau légendaire. La rime entre « ramage » et « plumage » résume le piège : il prétend juger la voix d'après les plumes. La parole devient une arme plus efficace que les griffes.
I, 3 — La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Bœuf : quand on se bat contre soi-même
Résumé. Une Grenouille voit un Bœuf et le trouve magnifique. Elle, qui n'est pas plus grosse qu'un œuf, décide de l'égaler. Elle se gonfle, puis demande à sa sœur si elle y arrive. On lui répond que non. Elle se gonfle encore, et encore, toujours sans succès, jusqu'à éclater.
Morale. Il ne faut pas vouloir paraître plus qu'on n'est. La Fontaine élargit la leçon à la société de son temps : le monde est plein de gens qui imitent ceux qui sont au-dessus d'eux, le bourgeois qui construit comme un grand seigneur, le petit prince qui veut des ambassadeurs, le marquis qui veut des pages.
Procédé clé : le dialogue haché. Les questions de la Grenouille et les réponses de sa sœur sont de plus en plus courtes, comme un souffle qui s'épuise. Le lecteur sent l'effort qui monte jusqu'à l'explosion. Ici, le duel n'a pas lieu : le Bœuf ne fait rien, il ne sait même pas qu'on le défie. La Grenouille se bat contre elle-même et perd.
I, 5 — Le Loup et le Chien : l'arme de la liberté
Résumé. Un Loup très maigre rencontre un Chien gras et beau, égaré loin de chez lui. Le Loup n'ose pas l'attaquer, car le Chien est solide. Il engage plutôt la conversation et le complimente sur sa mine. Le Chien lui explique qu'il suffit de garder la maison, de chasser les mendiants et de flatter le maître pour être bien nourri. Le Loup est tenté et le suit. Mais en chemin, il remarque que le cou du Chien est pelé. Il demande pourquoi : c'est le collier qui l'attache. Le Loup comprend que le Chien ne court pas où il veut. Il refuse aussitôt ce bonheur-là et s'enfuit.
Morale. La liberté vaut plus que le confort. Elle n'est pas écrite à part : c'est le geste final du Loup qui la dit.
Procédé clé : le détail qui révèle. Toute la fable bascule sur un petit détail physique, une trace de poils usés sur le cou. Le dialogue, jusque-là amical, se retourne en quelques vers. Le dernier vers, où le Loup court encore, prolonge la fuite jusqu'au présent du lecteur.
I, 9 — Le Rat de ville et le Rat des champs : l'arme de la tranquillité
Résumé. Le Rat de ville invite son cousin le Rat des champs à un festin chez des gens riches. Le repas, servi sur un tapis de Turquie, est délicieux. Mais un bruit à la porte interrompt la fête : les deux rats s'enfuient. Ils reviennent, puis le bruit recommence. Le Rat des champs remercie poliment et repart. Chez lui, dit-il, on mange moins bien, mais on mange en paix.
Morale. Un plaisir que gâche la peur ne vaut rien. La simplicité tranquille vaut mieux que le luxe inquiet. La morale est prononcée par le Rat des champs, dans une réplique qui fait de lui un petit sage.
Procédé clé : la rupture de rythme. Le festin est décrit avec des mots gourmands et une phrase ample ; le bruit arrive brusquement, en vers courts. Ce contraste fait vivre la peur au lecteur. La fable oppose aussi deux espaces : la ville luxueuse et menacée, la campagne pauvre et sûre.
I, 16 — La Mort et le Bûcheron : un duel qu'on refuse au dernier moment
Résumé. Un pauvre Bûcheron, courbé sous son fagot, s'arrête, épuisé. Il fait la liste de ses malheurs : la faim, la fatigue, sa famille à nourrir, les impôts, les soldats logés chez lui, les dettes, la corvée. Désespéré, il appelle la Mort. Elle arrive aussitôt et lui demande ce qu'il veut. Le Bûcheron, effrayé, lui répond qu'il voulait seulement de l'aide pour recharger son bois sur son dos.
Morale. Les hommes préfèrent souffrir plutôt que mourir. La Fontaine le dit en une formule frappante : « Plutôt souffrir que mourir ».
Procédé clé : l'énumération réaliste. La liste des malheurs du Bûcheron est l'un des rares tableaux de la misère paysanne dans les Fables. Elle rend son appel à la Mort compréhensible. Puis la chute comique, cette demande d'aide pour le fagot, transforme la tragédie en sourire. Le duel avec la Mort n'aura pas lieu : le Bûcheron se dérobe, et c'est la vie qui gagne.
I, 18 — Le Renard et la Cigogne : l'arme de la riposte
Résumé. Le Renard invite la Cigogne à dîner. Par avarice ou par malice, il lui sert un bouillon très clair dans une assiette plate : la Cigogne, avec son long bec, ne peut rien avaler, tandis que le Renard lape tout. Quelque temps après, la Cigogne l'invite à son tour. Elle sert un plat appétissant dans un vase à long col et à l'ouverture étroite. Son bec y passe, le museau du Renard non. Il rentre chez lui affamé et honteux.
Morale. Les trompeurs seront trompés à leur tour. La Fontaine s'adresse directement à eux à la fin de la fable, en les prévenant qu'on leur rendra la pareille.
Procédé clé : la structure en miroir. Les deux repas se répondent exactement : même invitation, même ruse inversée. Cette symétrie rend la punition juste et comique. La Cigogne gagne non par la force, mais en retournant contre le Renard sa propre arme.
I, 22 — Le Chêne et le Roseau : l'arme de la souplesse
Résumé. Le Chêne, plein de pitié condescendante, plaint le Roseau : le moindre vent le fait plier, alors que lui résiste aux tempêtes. Il regrette que le Roseau ne pousse pas à l'abri de son feuillage. Le Roseau répond poliment qu'il n'a pas besoin de cette pitié : le vent le fait plier, mais ne le casse pas. Une violente tempête se lève. Le Roseau plie. Le Chêne résiste, puis il est déraciné.
Morale. La souplesse protège mieux que la force orgueilleuse. Elle n'est pas formulée par le narrateur : la réplique du Roseau, « Je plie, et ne romps pas », et la chute du Chêne suffisent.
Procédé clé : la grandeur du dernier vers. La Fontaine termine sur une image grandiose : l'arbre dont la tête touchait au ciel et les racines au royaume des morts. Ce style élevé souligne la chute du géant. C'est la dernière fable du livre I : le recueil se clôt sur la défaite du plus grand.
2. Tableau récapitulatif des vainqueurs
| Fable | Vainqueur | Arme | Le plus fort gagne-t-il ? |
|---|---|---|---|
| La Cigale et la Fourmi | la Fourmi | le refus | égalité de taille, mais la travailleuse l'emporte |
| Le Corbeau et le Renard | le Renard | la flatterie | non : celui qui est en haut perd |
| La Grenouille et le Bœuf | personne | aucune | la Grenouille se détruit seule |
| Le Loup et le Chien | le Loup | la liberté | non : le maigre l'emporte sur le gras |
| Le Rat de ville et le Rat des champs | le Rat des champs | la tranquillité | non : le pauvre l'emporte sur le riche |
| La Mort et le Bûcheron | la vie | la peur de mourir | la Mort n'emporte rien |
| Le Renard et la Cigogne | la Cigogne | la riposte | ruse contre ruse |
| Le Chêne et le Roseau | le Roseau | la souplesse | non : le géant est abattu |
Ce que montre le tableau. Dans ces huit fables, la force physique ne décide presque jamais. Les vainqueurs ont des armes modestes : une parole habile, un refus, un savoir-vivre, une souplesse. La Fontaine se méfie des grands et des riches. Il faut cependant nuancer : dans d'autres fables du même livre, comme Le Loup et l'Agneau, c'est la loi du plus fort qui triomphe. Le recueil n'enseigne pas une seule leçon, il montre le monde tel qu'il est, avec ses injustices.
3. Où se trouve la morale ?
Une idée reçue veut que la morale soit toujours à la fin, en deux vers. Le livre I montre le contraire.
- Morale absente : La Cigale et la Fourmi. Le lecteur doit la construire lui-même, et le narrateur brouille même les pistes.
- Morale dans la bouche d'un personnage : Le Corbeau et le Renard (le Renard), Le Rat de ville et le Rat des champs (le Rat des champs), Le Chêne et le Roseau (en partie le Roseau).
- Morale élargie à la société : La Grenouille et le Bœuf, où l'auteur passe de l'animal aux bourgeois et aux marquis.
- Morale montrée par un geste : Le Loup et le Chien, où la fuite du Loup tient lieu de leçon.
- Morale adressée aux lecteurs : Le Renard et la Cigogne, qui interpelle directement les trompeurs.
- Morale en formule générale : La Mort et le Bûcheron.
Cette variété oblige le lecteur à chercher la leçon au lieu de la recevoir toute faite.
4. Avis argumenté
On croit connaître ces fables parce qu'on les a récitées enfant. En les relisant de près, on découvre qu'elles sont moins simples qu'elles ne le paraissent. La Fourmi a raison mais elle est dure ; le Renard est un voleur mais c'est lui qui donne la leçon ; le Bûcheron appelle la Mort et se dérobe. La Fontaine ne distribue pas des bons points : il montre des comportements, avec une ironie qui fait sourire et réfléchir à la fois.
5. Cinq questions avec corrigé
1. Pourquoi peut-on dire que la Fourmi n'est pas un modèle parfait ? Parce que le narrateur remarque qu'elle n'est pas prêteuse et que c'est son moindre défaut, ce qui laisse entendre qu'elle en a d'autres. Elle a raison d'être prévoyante, mais elle se moque cruellement de la Cigale au lieu de l'aider.
2. Comment le Renard réussit-il à obtenir le fromage ? Il flatte le Corbeau en vantant sa beauté et en imaginant que sa voix est aussi belle. Le Corbeau, pour montrer sa voix, ouvre le bec et laisse tomber le fromage.
3. Quel détail fait changer d'avis le Loup ? Le cou pelé du Chien, marqué par le collier. Le Loup comprend que le Chien est attaché et n'est pas libre de courir où il veut.
4. Pourquoi la fin de La Mort et le Bûcheron est-elle comique ? Parce que le Bûcheron, qui vient d'appeler la Mort, lui demande seulement de l'aider à recharger son fagot quand elle arrive. Sa peur fait voir qu'il préfère sa vie misérable à la mort.
5. Quel point commun entre Le Chêne et le Roseau et Le Renard et la Cigogne ? Dans les deux fables, le personnage qui se croit supérieur (le Chêne fier de sa force, le Renard fier de sa ruse) est battu par celui qu'il méprisait. Le vainqueur gagne grâce à une qualité qui lui est propre : la souplesse pour le Roseau, l'intelligence de la riposte pour la Cigogne.
Conclusion
Lu comme une suite de duels, le livre I des Fables révèle une leçon cachée : dans le monde de La Fontaine, la force ne suffit pas, et la prudence, la liberté ou la souplesse protègent mieux que les muscles ou l'argent. Mais le fabuliste ne promet pas que les faibles gagnent toujours ; il montre aussi des vainqueurs peu sympathiques et des victimes sans défense. Pour prolonger, on peut comparer une de ces fables avec la version en prose d'Ésope : tout ce que le poète a ajouté, dialogues, décor, humour, apparaît alors.
Pour aller plus loin
- Jean de La Fontaine, Fables, livres I à VI, édition scolaire annotée.
- Ésope, Fables.
- Phèdre, Fables.