Un cœur simple, Flaubert : résumé par chapitre et analyse

2 226 mots · ≈7 pages · Lycée · Fiche de lecture

Premier des Trois contes, résumé et commenté pour le lycée : les cinq chapitres un par un, Félicité et son entourage, les thèmes, le style, des questions avec réponses (environ 2 300 mots).

Situer le conte

Dans presque toutes les familles, il y a ou il y a eu quelqu'un dont personne n'a jamais vraiment raconté la vie : une grand-tante restée au service des autres, une voisine qui gardait les enfants de tout le quartier. On se souvient de sa présence, rarement de ses chagrins. Flaubert a choisi une femme de ce genre pour héroïne. Ce résumé d'Un cœur simple suit, chapitre par chapitre, l'existence d'une servante que tout le monde utilise et que personne ne regarde.

L'auteur. Gustave Flaubert (1821-1880) est l'auteur de Madame Bovary et de L'Éducation sentimentale. Il est célèbre pour son exigence de style : il travaille chaque phrase pendant des heures et la teste à voix haute. On le range parmi les maîtres du réalisme, même s'il refusait cette étiquette.

L'œuvre. Un cœur simple est le premier des Trois contes, publiés en 1877, aux côtés de La Légende de saint Julien l'Hospitalier et d'Hérodias. Flaubert l'écrit à la fin de sa vie, dans une période de deuil et de difficultés d'argent. Il a confié à George Sand, à qui il pensait en l'écrivant, qu'il voulait montrer qu'il n'était pas un cœur sec ; mais Sand est morte avant la parution du conte.

Le cadre. L'histoire se passe en Normandie, à Pont-l'Évêque et autour, sur une cinquantaine d'années de la première moitié du XIXe siècle. Flaubert y met beaucoup de souvenirs personnels : des lieux de son enfance, des maisons de sa famille, et même un perroquet empaillé qu'il avait emprunté et posé sur sa table de travail.

La structure. Le conte est divisé par Flaubert lui-même en cinq chapitres, numérotés de I à V, de longueur inégale. Le premier est un portrait ; les quatre autres suivent la vie de Félicité dans l'ordre chronologique.

Plan de la fiche

  1. Résumé chapitre par chapitre
    • chapitre I : la maison et la servante ;
    • chapitre II : la jeunesse de Félicité, Théodore, les enfants, Trouville ;
    • chapitre III : la religion, Victor, la mort de Virginie ;
    • chapitre IV : les années, la surdité, Loulou ;
    • chapitre V : la solitude, la Fête-Dieu, la mort.
  2. Les personnages
  3. Les thèmes : la perte, l'amour, la foi
  4. L'écriture de Flaubert
  5. Jugement personnel
  6. Questions de lecture et réponses

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I. Résumé chapitre par chapitre

Chapitre I : la maison et la servante

Le conte s'ouvre sur une phrase qui annonce toute la durée du récit : « Pendant un demi-siècle, les bourgeoises de Pont-l'Évêque envièrent à Mme Aubain sa servante Félicité. » Ce premier chapitre, très court, décrit Félicité au travail : elle fait la cuisine, le ménage, la couture, le lessivage, se lève à l'aube et économise tout. Puis vient la maison de Mme Aubain, pièce par pièce, avec ses meubles, ses odeurs d'humidité et ses vieux objets. Le portrait de la servante est sec : une femme sans âge, maigre, aux gestes de machine. Le lecteur ne sait encore rien de ses sentiments.

Chapitre II : la jeunesse, l'amour, les enfants

Le deuxième chapitre remonte dans le passé. Félicité a perdu très tôt ses parents ; ses sœurs ont été dispersées, et elle a été placée dans des fermes où on la maltraitait. Accusée à tort d'un petit vol, elle a été chassée. Elle a connu un seul amour, Théodore, rencontré lors d'une fête de village. Mais le jeune homme, pour échapper à la conscription, a épousé une vieille femme riche. Félicité, désespérée, quitte la ferme et arrive à Pont-l'Évêque, où elle rencontre Mme Aubain, jeune veuve, qui l'engage.

Félicité s'attache aux deux enfants de sa maîtresse, Paul et Virginie. Plusieurs scènes marquent cette période. Lors d'une promenade dans les prés, un taureau charge le petit groupe ; Félicité lui fait face, lui jette des mottes de terre dans les yeux et permet aux autres de s'échapper. Elle ne tire aucune fierté de cet acte héroïque. Puis la famille part en séjour à Trouville, pour la santé de Virginie. Félicité y retrouve par hasard une de ses sœurs, Nastasie Barette, mariée à un pêcheur, et le fils de celle-ci, Victor. La famille Barette profite de sa générosité, ce qui agace Mme Aubain. Au retour, Paul part au collège à Caen.

Chapitre III : la religion, Victor, la mort de Virginie

Félicité accompagne Virginie au catéchisme. Elle qui n'a jamais reçu d'instruction découvre la religion par les images, les récits et les chants, plus que par les idées. Elle vit la première communion de Virginie comme si c'était la sienne. Bientôt, Mme Aubain place sa fille chez les religieuses de Honfleur, et Félicité perd sa compagnie quotidienne.

Elle reporte alors son affection sur son neveu Victor, qu'elle gâte de petits cadeaux. Le garçon devient marin et s'embarque pour un long voyage vers l'Amérique. Félicité, qui ne sait rien de la géographie, cherche à imaginer La Havane. Un jour, elle apprend que Victor est mort là-bas, de la fièvre. La nouvelle lui est annoncée sans ménagement, et elle continue son travail en pleurant.

Peu après, Virginie, de santé fragile, tombe gravement malade au couvent. Mme Aubain arrive trop tard. Félicité veille le corps de l'enfant pendant deux nuits, puis s'occupe de sa tombe avec une fidélité absolue.

Chapitre IV : les années, la surdité, Loulou

Le temps passe, marqué par de petits événements de province. Félicité soigne les malheureux : des soldats de passage, des réfugiés, un vieil homme abandonné, le père Colmiche, qu'elle panse jusqu'à sa mort. Une scène bouleversante réunit maîtresse et servante : en rangeant les affaires de Virginie, elles s'embrassent pour la première fois, unies par le même chagrin.

Un couple de notables quitte la ville et laisse à Mme Aubain un perroquet venu d'Amérique, Loulou. Félicité l'adopte aussitôt, parce que l'oiseau vient du pays où Victor est mort. Elle lui apprend des mots, le soigne, le cherche désespérément un jour où il s'envole. Après une maladie, elle devient sourde ; le perroquet est bientôt la seule voix qu'elle entende vraiment. Un hiver, Loulou meurt de froid. Félicité le fait empailler au Havre et l'installe dans sa chambre, au milieu de ses souvenirs et de ses objets de piété. Dans l'église, une image du Saint-Esprit lui rappelle le perroquet, et peu à peu, dans son esprit, l'oiseau et la colombe divine se confondent.

Chapitre V : la solitude, la Fête-Dieu, la mort

Mme Aubain meurt. Son fils et sa belle-fille vident la maison et la mettent en vente, mais personne ne l'achète. Félicité y reste seule, avec une petite pension, dans des pièces qui se dégradent. Elle tombe malade à son tour. Comme la Fête-Dieu approche, on prépare un reposoir dans la cour de la maison, et Félicité demande que Loulou y soit placé. Le jour de la procession, elle agonise dans sa chambre, en percevant l'odeur de l'encens et les bruits de la cérémonie. Le conte s'achève sur sa vision : elle croit voir, dans les cieux ouverts, un immense perroquet planer au-dessus de sa tête.

II. Les personnages

Personnage Rôle
Félicité servante de Mme Aubain, héroïne du conte
Mme Aubain veuve de Pont-l'Évêque, maîtresse de Félicité
Paul et Virginie enfants de Mme Aubain
Théodore premier et seul amour de Félicité
Victor neveu de Félicité, marin mort en Amérique
Loulou le perroquet
Bourais homme d'affaires qui conseille Mme Aubain

Félicité. Son prénom est ironique : sa vie est une suite de pertes. Elle n'a ni instruction, ni argent, ni mari, ni enfant. Elle comprend mal le monde et se trompe souvent sur les choses, mais elle aime de manière absolue, sans rien attendre. Le titre la résume : son cœur est « simple » au sens de pur, entier, sans calcul, et aussi au sens d'un esprit borné. Flaubert tient les deux sens ensemble.

Mme Aubain. Veuve d'un homme qui l'a laissée gênée d'argent, elle est froide, rigide, attachée aux convenances. Elle traite Félicité comme une servante et non comme une proche. La scène de l'armoire, où elles s'embrassent, montre pourtant qu'un lien existe, que la hiérarchie sociale étouffe le reste du temps.

Les êtres aimés. Théodore, les enfants, Victor, puis Loulou forment une chaîne : Félicité reporte son amour de l'un à l'autre, à mesure qu'ils disparaissent. Chaque objet d'amour est plus modeste que le précédent, jusqu'à l'oiseau empaillé.

Loulou. Le perroquet est un personnage à part entière. Il répète sans comprendre, comme Félicité récite ses prières. Il est comique, grotesque même, et pourtant il devient sacré pour elle.

III. Les thèmes

La perte

La structure du conte repose sur une soustraction : Félicité perd ses parents, son amoureux, Virginie, Victor, sa maîtresse, son ouïe, son perroquet, sa maison. Chaque chapitre retire quelque chose. Il ne lui reste à la fin qu'un oiseau mangé par les vers, et sa foi.

L'amour sans retour

Félicité donne beaucoup et reçoit très peu. Sa sœur l'exploite, Paul l'oublie, Mme Aubain la remercie rarement. Flaubert ne fait pas pour autant d'elle une victime révoltée : elle ne se plaint jamais. Son amour est sa seule richesse.

La foi naïve

La religion de Félicité est faite d'images, de sensations, de confusions. Elle ne comprend pas les dogmes, mais elle croit de tout son être. La confusion entre Loulou et le Saint-Esprit peut faire sourire ; elle peut aussi toucher, car elle montre un esprit qui cherche à rendre le divin présent et visible.

Le temps et la province

Le conte couvre un demi-siècle, mais l'Histoire n'y entre que par échos lointains : une nouvelle lue dans le journal, un changement d'autorités. La vie de province est faite de répétitions, de saisons, de petites cérémonies. Le temps de Félicité est celui des tâches et des deuils, non celui des grands événements.

IV. L'écriture de Flaubert

L'impersonnalité. Flaubert refuse de commenter. Le narrateur ne dit jamais que Félicité est admirable ou ridicule ; il montre, et laisse le lecteur juger. Cette neutralité donne au récit une force particulière : l'émotion naît des faits, non des discours.

Le discours indirect libre. Souvent, la narration adopte le point de vue de Félicité sans le signaler. Le lecteur voit le monde à travers ses confusions, par exemple quand elle imagine La Havane d'après une image ou un atlas qu'elle ne sait pas lire.

L'ironie et la tendresse. Certains détails sont comiques : le perroquet qui crie, les naïvetés de la servante, l'oiseau empaillé aux ailes abîmées. Mais l'ironie ne vise jamais Félicité avec mépris. Elle vise plutôt la bourgeoisie, son égoïsme et ses conventions.

La précision réaliste. Les objets, les lieux, les gestes du travail sont décrits avec minutie. Flaubert s'est documenté, a visité les lieux, a observé un perroquet. Cette exactitude donne à une vie ordinaire la densité d'un monde.

La phrase. Le style est sobre, rythmé, souvent construit en groupes ternaires. Les phrases courtes du premier chapitre font entendre la mécanique du travail ; la dernière phrase, plus ample, ouvre le récit sur l'infini.

La dernière phrase. Elle mérite d'être lue de près : « elle crut voir, dans les cieux entr'ouverts, un perroquet gigantesque, planant au-dessus de sa tête. » Le verbe « crut » laisse planer le doute : Flaubert ne dit pas si la vision est une grâce ou une illusion. Le lecteur peut y voir une ironie cruelle ou une forme d'apothéose.

V. Jugement personnel

Un cœur simple est un texte bref qui laisse une impression immense. Il démontre qu'une vie sans éclat, sans aventure, peut être racontée avec autant de gravité qu'une épopée. Félicité n'a rien d'une héroïne au sens habituel, et c'est justement ce qui la rend inoubliable.

On peut être gêné, à la première lecture, par l'ambiguïté du ton : faut-il rire du perroquet ou pleurer ? C'est pourtant cette hésitation qui fait la richesse du conte. Flaubert refuse de choisir entre le grotesque et le sublime, comme la vie elle-même. On peut aussi trouver le premier chapitre aride ; il est nécessaire, car il montre la servante telle que les autres la voient, avant que le récit ne révèle sa vie intérieure. Le lecteur passe ainsi, comme Flaubert l'a voulu, de l'indifférence à la compassion.

VI. Questions de lecture et réponses

1. Pourquoi le premier chapitre est-il si court et si descriptif ? Il présente Félicité de l'extérieur, comme une bonne servante enviée par les voisines. Ce regard extérieur est celui de la société ; les chapitres suivants révèlent ce qu'il ignore : ses chagrins et ses amours.

2. Quel est le rôle de l'épisode du taureau ? Il montre le courage de Félicité, qui sauve Mme Aubain et ses enfants. Mais personne ne lui en sait vraiment gré, et elle-même n'y voit rien d'extraordinaire : c'est un héroïsme sans reconnaissance.

3. Pourquoi Félicité s'attache-t-elle autant à Loulou ? Parce que l'oiseau vient d'Amérique, où Victor est mort, et parce qu'il est le dernier être vivant qu'elle puisse aimer. Devenue sourde, elle n'entend presque plus que lui.

4. Comment interpréter la confusion entre Loulou et le Saint-Esprit ? Elle révèle la foi concrète et naïve de Félicité, qui a besoin d'images. Le lecteur peut la trouver ridicule ou émouvante ; Flaubert laisse les deux lectures ouvertes.

5. En quoi le titre est-il juste ? « Simple » désigne à la fois un cœur pur, sans calcul, et un esprit peu instruit. Félicité est les deux, et le conte montre que cette simplicité peut contenir une grande richesse affective.

Bibliographie

  • Gustave Flaubert, Trois contes.
  • Gustave Flaubert, Correspondance, en particulier les lettres à George Sand.
  • Gustave Flaubert, Madame Bovary, pour comparer l'image de la province normande.
  • Guy de Maupassant, Une vie, autre destin de femme normande.