Vendredi ou la vie sauvage de Michel Tournier : fiche de lecture, résumé et questionnaire corrigé

2 006 mots · ≈7 pages · Collège · Fiche de lecture

Fiche de lecture et questionnaire corrigé — Collège (6e-5e, récits d'aventures) — environ 2 300 mots.

Présentation du roman

L'auteur. Michel Tournier (1924-2016) est un romancier français, formé à la philosophie. En 1967, il publie Vendredi ou les Limbes du Pacifique, un roman pour adultes qui reçoit le Grand Prix du roman de l'Académie française. Quelques années plus tard, en 1971, il en écrit une version plus courte et plus simple, destinée aux jeunes lecteurs : Vendredi ou la vie sauvage. Tournier aimait dire que cette seconde version n'était pas une adaptation au rabais, mais un livre plus épuré, peut-être meilleur.

La source. Le roman réécrit une histoire célèbre : Robinson Crusoé de Daniel Defoe (1719), où un naufragé anglais survit seul sur une île, puis fait d'un indigène, qu'il appelle Vendredi, son serviteur. Tournier reprend les personnages, mais renverse le sens de l'histoire : ce n'est plus Robinson qui civilise Vendredi, c'est Vendredi qui apprend à Robinson une autre manière de vivre.

Le genre. C'est à la fois un roman d'aventures (naufrage, survie, rencontre, explosion, arrivée d'un navire) et un roman d'apprentissage : le héros change profondément au fil du récit.

Le cadre. Une île déserte du Pacifique, au large du Chili, au milieu du XVIIIe siècle. Robinson la baptise Speranza, c'est-à-dire « espérance ».

À savoir. Le roman est divisé en courts chapitres numérotés. Comme leur nombre et leur découpage peuvent varier selon les éditions, ce résumé est organisé par grandes étapes plutôt que chapitre par chapitre. L'œuvre étant protégée par le droit d'auteur, cette fiche ne cite pas le texte : tout est reformulé.

Plan de la fiche

  1. Le résumé en six étapes
    • Le naufrage et la découverte de l'île
    • L'Évasion et la souille : l'échec et le désespoir
    • Robinson gouverneur : l'île administrée
    • L'arrivée de Vendredi
    • L'explosion et la vie nouvelle
    • Le Whitebird et le choix final
  2. Les personnages
  3. Les thèmes
  4. L'écriture et la construction
  5. Mon avis
  6. Questionnaire de huit questions corrigé

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1. Le résumé en six étapes

Le naufrage et la découverte de l'île

Robinson Crusoé, un jeune Anglais originaire de la ville d'York, a embarqué sur un navire hollandais, La Virginie, en route vers le Chili, où il espère faire fortune. Une nuit de tempête, à la fin de septembre 1759, le bateau se fracasse sur des récifs. Robinson se réveille sur une plage : il est le seul survivant.

Il explore les lieux et comprend qu'il est sur une île sans habitants, couverte d'une forêt épaisse, avec un grand rocher qui la domine. Il n'a qu'une idée : partir. Pendant des jours, il guette l'horizon et entretient un feu pour attirer un navire. Personne ne vient.

L'Évasion et la souille : l'échec et le désespoir

Robinson décide de construire lui-même un bateau, assez grand pour rejoindre le continent. Il récupère sur l'épave des outils, des armes, de la poudre et des provisions, abat un arbre et travaille de longs mois. Il nomme son bateau l'Évasion. Mais il l'a bâti trop loin de la mer et le bateau est trop lourd : impossible de le traîner jusqu'à l'eau. C'est un échec complet.

Découragé, Robinson se laisse aller. Il finit par passer ses journées dans une mare de boue où se vautrent les pécaris, des sangliers sauvages. Il ne se lave plus, mange n'importe quoi et perd peu à peu ses habitudes humaines. Il a même des hallucinations. C'est le point le plus bas du récit.

Robinson gouverneur : l'île administrée

Un jour, Robinson se ressaisit. Il décide que, puisqu'il ne peut pas quitter l'île, il va la transformer et l'organiser comme un petit pays. Il défriche, sème les grains de céréales sauvés du naufrage, élève des chèvres, construit une maison, fait des réserves. Il invente un moyen de mesurer le temps et tient un calendrier. Il écrit des lois, se nomme lui-même gouverneur de l'île et s'impose des règles strictes, presque militaires.

Il retrouve aussi un compagnon : Tenn, le chien du navire, qui avait survécu et vivait caché sur l'île. Robinson met en place une vie ordonnée, mais très solitaire et un peu absurde : il gouverne une île où il est le seul habitant, et accumule des récoltes dont il n'a pas l'usage.

L'arrivée de Vendredi

Un jour, des Indiens arrivent sur la plage en pirogue pour un sacrifice : ils s'apprêtent à tuer l'un des leurs. Le prisonnier s'enfuit et court vers Robinson, caché. Celui-ci, pour ne pas attirer l'attention des autres, vise le fugitif. Mais Tenn bondit, le coup dévie et c'est l'un des poursuivants qui tombe. Les Indiens repartent. Robinson a sauvé un homme presque malgré lui.

Il le nomme Vendredi, d'après le jour de la semaine où il l'a rencontré. Il en fait son serviteur, lui apprend quelques mots d'anglais et veut lui imposer ses règles et ses travaux. Vendredi obéit, mais il ne comprend pas cette organisation. Il rit, joue, fait les choses à sa façon, et commet des maladresses qui irritent le gouverneur.

L'explosion et la vie nouvelle

Un jour, Vendredi fume en cachette la pipe de Robinson dans la grotte où sont stockés les tonneaux de poudre. Surpris par le retour de son maître, il jette la pipe au fond de la grotte : tout explose. La maison, les réserves, les cultures, les vêtements, tout ce que Robinson avait construit pendant des années est détruit. Le vieux chien Tenn, lui, ne survit pas longtemps à ce bouleversement.

Contre toute attente, cette catastrophe libère Robinson. Il n'a plus rien à gouverner. C'est Vendredi qui prend la tête de leur vie commune. Robinson découvre la paresse au soleil, la nudité, les jeux, le rire. Vendredi l'entraîne dans des inventions poétiques : il affronte un grand bouc, Andoar, et le tue au terme d'un combat ; de sa peau, il fait un cerf-volant qui vole au-dessus de l'île, et de sa tête, une harpe que le vent fait chanter. Les deux hommes inventent aussi des jeux de rôle où chacun imite l'autre. Peu à peu, ils deviennent égaux, puis amis.

Le Whitebird et le choix final

Après de nombreuses années, un navire anglais, le Whitebird, jette l'ancre au large de Speranza. Robinson est accueilli à bord par le capitaine. Il apprend combien de temps s'est écoulé depuis son naufrage et découvre la brutalité de l'équipage, l'avidité et la violence des hommes « civilisés ». Il comprend qu'il ne veut plus de ce monde. Il décide de rester sur l'île.

Mais le lendemain matin, Vendredi a disparu : séduit par le navire, il est parti en secret avec les marins. Robinson est désespéré. Il découvre alors qu'un jeune mousse maltraité, originaire d'Estonie, s'est enfui du Whitebird pour se cacher sur l'île. Robinson le prend sous sa protection et lui donne un nom : Jeudi. Le roman se termine sur une note d'espoir : une nouvelle vie commence.

2. Les personnages

Robinson. Au départ, c'est un Anglais pieux, travailleur, attaché à l'ordre, à l'argent et au travail. Il passe par le désespoir, puis par une volonté de tout contrôler. Grâce à Vendredi, il change complètement : à la fin, il préfère la vie libre de l'île à la société des hommes.

Vendredi. Indien métis, jeune et joyeux, il vit dans le présent. Il aime jouer, rire, inventer. Il ne comprend pas l'utilité du travail sans plaisir. Il n'est pas un « sauvage » à éduquer, mais un maître de vie.

Tenn. Le chien du navire, fidèle compagnon de Robinson, présent dans la période de l'île administrée. Sa mort marque la fin de l'ancien monde.

Jeudi. Le jeune mousse qui rejoint Robinson à la fin. Il représente l'enfance et l'avenir.

Le capitaine et l'équipage du Whitebird. Ils incarnent la civilisation européenne vue sous son plus mauvais jour : dureté, cupidité, violence.

3. Les thèmes

La solitude. Seul, Robinson manque de devenir fou. Le roman montre qu'un être humain a besoin des autres pour rester humain.

Civilisation et vie sauvage. Tournier remet en cause l'idée que l'Européen serait supérieur. L'ordre de Robinson est utile mais triste ; la liberté de Vendredi est joyeuse et créative. Le titre lui-même met en avant la « vie sauvage » comme un modèle positif.

Le travail et le jeu. Robinson travaille pour accumuler ; Vendredi joue pour vivre. Le roman réhabilite le jeu, l'imagination et le plaisir.

L'amitié et l'égalité. La relation entre les deux hommes passe de maître et serviteur à camarades. C'est l'histoire d'une vraie amitié.

La transformation. Comme dans un roman d'apprentissage, le héros se transforme : il perd ses certitudes et se découvre lui-même.

4. L'écriture et la construction

Un récit à la troisième personne, mais proche de Robinson. Le narrateur suit Robinson, ses pensées, ses doutes. Dans la version pour adultes, Robinson tient aussi un journal ; la version jeunesse est plus directe.

Une construction en deux moitiés. La première partie montre Robinson seul qui essaie de recréer la civilisation ; la seconde, à partir de l'explosion, montre la découverte d'une autre vie. L'explosion est le pivot du roman.

Un style clair. Les phrases sont simples, les chapitres courts, le vocabulaire accessible. Tournier glisse cependant des images poétiques, notamment dans les épisodes du cerf-volant et de la harpe.

La réécriture. Le lecteur qui connaît Defoe remarque tous les renversements : chez Defoe, Robinson reste le maître ; chez Tournier, c'est l'inverse.

5. Mon avis

Ce roman se lit facilement et vite, mais il fait réfléchir. Le début peut sembler un peu sombre, avec la solitude et l'épisode de la souille, mais il prépare la libération finale. Les passages les plus réussis sont ceux où Vendredi invente des jeux : on a l'impression de voir le monde avec des yeux neufs. On peut regretter que Vendredi parte si brusquement à la fin, mais l'arrivée de Jeudi rend la conclusion lumineuse. C'est un livre qui pose une vraie question : qu'est-ce qui rend heureux ?

6. Questionnaire de huit questions corrigé

1. Comment Robinson se retrouve-t-il seul sur l'île ? Le navire La Virginie, sur lequel il voyageait vers le Chili, fait naufrage pendant une tempête. Il est le seul survivant.

2. Pourquoi le bateau l'Évasion ne peut-il pas servir ? Robinson l'a construit trop loin de la mer et il est trop lourd : il ne parvient pas à le mettre à l'eau.

3. Qu'est-ce que la souille et que représente-t-elle ? C'est une mare de boue où se roulent les pécaris. Robinson s'y enfonce lorsqu'il est désespéré : elle représente le moment où il cesse de vivre comme un être humain.

4. Comment Robinson organise-t-il sa vie après la souille ? Il cultive, élève des chèvres, construit, stocke des réserves, mesure le temps, écrit des lois et se nomme gouverneur. Il fait de l'île un petit État dont il est le seul habitant.

5. Comment Vendredi est-il sauvé ? Il s'enfuit alors qu'on va le sacrifier. Robinson tire sur lui pour ne pas se faire repérer, mais Tenn fait dévier le tir, et c'est un poursuivant qui est touché.

6. Pourquoi l'explosion est-elle un tournant du roman ? Elle détruit tout ce que Robinson avait construit. Il ne peut plus gouverner : il accepte alors de suivre Vendredi et découvre une vie libre, fondée sur le jeu et le plaisir.

7. Que fait Vendredi du bouc Andoar après l'avoir vaincu ? Il fabrique avec sa peau un cerf-volant et avec sa tête une harpe que le vent fait résonner. Le bouc « vit » ainsi d'une autre manière, dans l'air et la musique.

8. Pourquoi Robinson refuse-t-il de partir sur le Whitebird et qui est Jeudi ? Il découvre sur le navire la violence et la cupidité des hommes et préfère sa vie libre sur l'île. Jeudi est le jeune mousse du Whitebird, qui s'est enfui pour rester avec lui.

Conclusion

Vendredi ou la vie sauvage raconte la transformation d'un homme qui croyait devoir dominer la nature et qui apprend, grâce à un ami, à vivre avec elle. En inversant le récit de Defoe, Tournier invite à se méfier des idées toutes faites sur la civilisation. Pour prolonger, on peut lire Robinson Crusoé de Defoe dans une version abrégée, ou Le Royaume de Kensuke de Michael Morpurgo, autre histoire d'enfant naufragé et d'amitié.

Bibliographie

  • Michel Tournier, Vendredi ou la vie sauvage, Folio Junior.
  • Michel Tournier, Vendredi ou les Limbes du Pacifique, Folio.
  • Daniel Defoe, Robinson Crusoé.
  • Michael Morpurgo, Le Royaume de Kensuke.