Fiche de révision — Philosophie, classe de terminale (voie générale) — environ 2 500 mots.
Introduction
Le programme de philosophie de terminale de la voie générale ne se présente pas comme une liste de chapitres à apprendre par cœur, mais comme un ensemble de dix-sept notions que l'on doit savoir définir, problématiser et mettre en relation. Chaque sujet de dissertation et chaque texte proposé à l'épreuve mobilise au moins l'une d'elles, souvent deux ou trois à la fois : un sujet sur le travail interroge aussi la liberté, un sujet sur la vérité engage la science ou le langage.
Réviser les notions ne consiste donc pas à accumuler des citations. Il s'agit, pour chacune, de maîtriser trois choses : une définition précise, qui permet d'analyser les termes d'un sujet ; les problèmes qu'elle soulève, c'est-à-dire les tensions qui la rendent discutable ; quelques auteurs dont on connaît la thèse avec exactitude, pour argumenter sans réciter. On ajoute à cela des sujets classiques, car reconnaître un type de question est la meilleure façon de ne pas être pris au dépourvu.
Cette fiche suit l'ordre alphabétique du programme officiel. Pour chaque notion, vous trouverez dans la partie complète une définition, deux ou trois problèmes, les auteurs essentiels avec leur thèse et deux sujets de dissertation corrigeables à partir de ces éléments.
Plan détaillé : les 17 notions
- L'art — création, beauté, imitation
- Le bonheur — désir, plaisir, vertu
- La conscience — sujet, réflexion, identité
- Le devoir — obligation, morale, autonomie
- L'État — pouvoir, loi, violence légitime
- L'inconscient — psychisme, responsabilité, connaissance de soi
- La justice — égalité, droit, équité
- Le langage — signe, pensée, communication
- La liberté — libre arbitre, déterminisme, autonomie
- La nature — état de nature, culture, maîtrise
- La raison — démonstration, croyance, limites
- La religion — foi, sacré, illusion
- La science — méthode, vérité, progrès
- La technique — outil, maîtrise, responsabilité
- Le temps — durée, mémoire, finitude
- Le travail — besoin, aliénation, reconnaissance
- La vérité — certitude, opinion, mensonge
- Conclusion : comment croiser les notions le jour de l'épreuve
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1. L'art
Définition. Activité humaine qui produit des œuvres destinées d'abord à être contemplées, et non à être utilisées. On le distingue de la technique (qui vise l'utile) et de l'artisanat (qui applique une règle connue d'avance).
Problèmes. L'art doit-il imiter la nature ou créer un monde nouveau ? Le goût est-il purement subjectif ou peut-on juger universellement du beau ?
Auteurs. Platon (République, livre X) : l'artiste imite des apparences, il est éloigné de la vérité. Kant (Critique de la faculté de juger) : le beau plaît universellement sans concept, d'une satisfaction désintéressée. Hegel : le beau artistique est supérieur au beau naturel parce qu'il est né de l'esprit.
Sujets. L'art nous éloigne-t-il du réel ? Une œuvre d'art doit-elle être belle ?
2. Le bonheur
Définition. État de satisfaction complète et durable, qui concerne l'ensemble d'une vie et non un instant. Il se distingue du plaisir, ponctuel, et de la joie, qui est une émotion.
Problèmes. Le bonheur dépend-il de nous ou de la chance ? Faut-il satisfaire ses désirs ou les limiter ? Le bonheur est-il le but de la morale ?
Auteurs. Aristote (Éthique à Nicomaque) : le bonheur est le souverain bien, une activité de l'âme conforme à la vertu. Épicure (Lettre à Ménécée) : il réside dans l'absence de trouble de l'âme, obtenue en triant ses désirs. Kant : le bonheur est un idéal de l'imagination, trop indéterminé pour fonder la morale.
Sujets. Le bonheur est-il affaire de raison ? Faut-il renoncer à ses désirs pour être heureux ?
3. La conscience
Définition. Faculté par laquelle le sujet se rapporte au monde et à lui-même. On distingue la conscience spontanée (savoir ce que l'on fait) et la conscience réfléchie (se prendre soi-même pour objet).
Problèmes. La conscience me fait-elle connaître ce que je suis ? Y a-t-il un « moi » stable sous la diversité de mes états ?
Auteurs. Descartes (Méditations métaphysiques) : le « je pense » est la première certitude, découverte au terme du doute. Hume (Traité de la nature humaine) : lorsque je m'observe, je ne trouve que des perceptions, jamais un moi substantiel. Husserl : toute conscience est conscience de quelque chose, elle est tournée vers le monde.
Sujets. Suis-je ce que j'ai conscience d'être ? La conscience de soi est-elle une connaissance de soi ?
4. Le devoir
Définition. Obligation que la volonté reconnaît comme s'imposant à elle, indépendamment de son intérêt ou de son inclination. Le devoir est une contrainte que l'on peut ne pas respecter, à la différence de la nécessité physique.
Problèmes. Le devoir s'oppose-t-il à la liberté ou en est-il l'expression ? D'où vient le sentiment d'obligation : de la raison, de la société, de l'éducation ?
Auteurs. Kant (Fondements de la métaphysique des mœurs) : seule a une valeur morale l'action faite par devoir ; la loi morale prend la forme d'un impératif catégorique. Rousseau (Émile, « Profession de foi du vicaire savoyard ») : la conscience est un sentiment intérieur du bien. Nietzsche (Généalogie de la morale) : la morale du devoir naît du ressentiment et de la culpabilité.
Sujets. Faire son devoir, est-ce renoncer à sa liberté ? Peut-on se donner à soi-même des devoirs ?
5. L'État
Définition. Institution qui exerce de manière durable le pouvoir politique sur un territoire et une population, au nom de l'intérêt commun, en disposant de la force publique.
Problèmes. L'État garantit-il la liberté ou la menace-t-il ? Sur quoi repose la légitimité de son autorité ?
Auteurs. Hobbes (Léviathan) : sans pouvoir commun, l'état de nature est une guerre de chacun contre chacun ; les hommes confient leur force à un souverain pour leur sécurité. Rousseau (Du contrat social) : seule est légitime l'autorité fondée sur la volonté générale. Spinoza (Traité théologico-politique) : la fin de l'État est en réalité la liberté. Weber (Le Savant et le Politique) : l'État revendique avec succès le monopole de la violence physique légitime.
Sujets. L'État est-il l'ennemi de la liberté ? Peut-on se passer de l'État ?
6. L'inconscient
Définition. Au sens large, ce qui échappe à la conscience. Au sens freudien, partie du psychisme formée de représentations refoulées qui continuent d'agir sur la vie consciente (rêves, lapsus, symptômes).
Problèmes. L'hypothèse de l'inconscient détruit-elle la responsabilité ? Peut-on connaître ce qui, par définition, échappe à la conscience ?
Auteurs. Leibniz (Nouveaux essais sur l'entendement humain) : nous avons une infinité de petites perceptions dont nous ne nous apercevons pas. Freud (Introduction à la psychanalyse, Cinq leçons sur la psychanalyse) : le moi n'est pas maître chez lui ; le refoulement explique les symptômes. Sartre (L'Être et le Néant) : l'inconscient sert souvent d'alibi à la mauvaise foi.
Sujets. L'hypothèse de l'inconscient supprime-t-elle la liberté ? Peut-on se mentir à soi-même ?
7. La justice
Définition. Principe moral et politique qui exige de rendre à chacun ce qui lui revient. On distingue le juste légal (conforme au droit en vigueur) et le juste moral (conforme à un idéal).
Problèmes. Le juste se réduit-il au légal ? La justice exige-t-elle l'égalité stricte ou une répartition selon le mérite et les besoins ?
Auteurs. Platon (République) : avec le mythe de Gygès, il se demande si l'homme serait juste sans la crainte du châtiment. Aristote (Éthique à Nicomaque, livre V) : il distingue justice distributive et justice corrective, et voit dans l'équité un correctif de la loi trop générale. Pascal (Pensées) : faute de pouvoir rendre la justice forte, on a rendu la force juste. Rawls (Théorie de la justice) : les principes justes sont ceux que l'on choisirait sous un « voile d'ignorance ».
Sujets. Ce qui est légal est-il toujours juste ? La justice consiste-t-elle à traiter tout le monde de la même façon ?
8. Le langage
Définition. Faculté d'exprimer et de communiquer la pensée au moyen de signes, dont la langue est une réalisation particulière propre à une communauté.
Problèmes. Le langage est-il un simple instrument de la pensée ou la condition de celle-ci ? Les mots disent-ils les choses ou les trahissent-ils ?
Auteurs. Descartes (lettre au marquis de Newcastle) : l'usage des signes adapté aux situations prouve la pensée, et distingue l'homme de l'animal. Saussure (Cours de linguistique générale) : le signe linguistique est arbitraire. Benveniste (Problèmes de linguistique générale) : la danse des abeilles est un code de signaux, non un langage. Bergson : les mots, étiquettes générales, manquent la singularité des choses et des sentiments.
Sujets. Le langage n'est-il qu'un outil ? Peut-on penser sans les mots ?
9. La liberté
Définition. Pouvoir d'agir ou de choisir sans être contraint. On distingue la liberté d'action (faire ce que l'on veut), le libre arbitre (pouvoir de se déterminer soi-même) et l'autonomie (obéir à la loi que l'on se donne).
Problèmes. Sommes-nous libres ou déterminés ? La loi limite-t-elle la liberté ou la rend-elle possible ?
Auteurs. Descartes (Méditations, IV) : la volonté est infinie, c'est en elle que l'homme ressemble le plus à Dieu. Spinoza (Éthique) : les hommes se croient libres parce qu'ils ont conscience de leurs actions mais ignorent les causes qui les déterminent. Rousseau (Du contrat social) : l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. Sartre (L'existentialisme est un humanisme) : l'homme est condamné à être libre.
Sujets. Être libre, est-ce faire ce que l'on veut ? La liberté est-elle une illusion ?
10. La nature
Définition. Ensemble de ce qui existe sans intervention humaine ; dans un être, ce qui lui est inné, par opposition à ce qui est acquis par la culture.
Problèmes. Existe-t-il une nature humaine ? L'homme doit-il dominer la nature ou la respecter ?
Auteurs. Aristote (Physique) : est naturel ce qui a en soi-même le principe de son mouvement. Descartes (Discours de la méthode, VI) : la science doit nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature ». Rousseau (Discours sur l'origine de l'inégalité) : l'état de nature est une hypothèse pour penser ce que la société a ajouté à l'homme. Hans Jonas (Le Principe responsabilité) : la puissance technique nous rend responsables de la nature et des générations futures.
Sujets. Peut-on parler d'une nature humaine ? Faut-il suivre la nature ?
11. La raison
Définition. Faculté de penser de manière ordonnée, de distinguer le vrai du faux et de justifier ses affirmations. Elle désigne aussi le fondement d'une chose (sa « raison d'être »).
Problèmes. La raison peut-elle tout connaître ? S'oppose-t-elle à la croyance, aux passions, au sentiment ?
Auteurs. Descartes (Discours de la méthode) : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » ; ce qui manque, c'est la méthode. Pascal (Pensées) : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point. » Hume : la raison est l'esclave des passions, elle calcule les moyens mais ne fixe pas les fins. Kant (Critique de la raison pure) : la raison doit connaître ses propres limites ; elle ne peut connaître ce qui dépasse l'expérience.
Sujets. Peut-on tout démontrer ? La raison peut-elle s'opposer aux passions ?
12. La religion
Définition. Ensemble de croyances et de pratiques relatives au sacré, qui unissent une communauté de fidèles.
Problèmes. La religion est-elle une connaissance, une illusion ou un lien social ? La foi s'oppose-t-elle à la raison ?
Auteurs. Pascal (Pensées) : l'argument du pari ; Dieu est sensible au cœur, non à la raison. Marx : la religion est « l'opium du peuple », consolation qui détourne de la transformation du monde. Freud (L'Avenir d'une illusion) : la croyance religieuse naît du désir de protection.
Sujets. La religion n'est-elle qu'une illusion ? Peut-on croire sans renoncer à penser ?
13. La science
Définition. Connaissance rationnelle, méthodique et vérifiable des phénomènes, qui vise des lois universelles. Elle s'oppose à l'opinion, qui affirme sans démontrer.
Problèmes. Comment la science établit-elle ses vérités ? Ses théories sont-elles définitives ? Peut-elle répondre à toutes les questions ?
Auteurs. Claude Bernard (Introduction à l'étude de la médecine expérimentale) : l'hypothèse doit être soumise à l'expérience. Bachelard (La Formation de l'esprit scientifique) : la science se construit contre l'opinion, en surmontant des obstacles épistémologiques. Popper : une théorie est scientifique si elle peut être réfutée par l'expérience. Kuhn (La Structure des révolutions scientifiques) : la science progresse par changements de paradigmes.
Sujets. La science peut-elle tout expliquer ? Une vérité scientifique peut-elle changer ?
14. La technique
Définition. Ensemble des procédés, outils et savoir-faire par lesquels l'homme transforme la nature pour satisfaire ses besoins.
Problèmes. La technique libère-t-elle l'homme ou l'asservit-elle ? Est-elle neutre ou porte-t-elle une manière de voir le monde ?
Auteurs. Platon (Protagoras) : le mythe de Prométhée fait de la technique le substitut d'une nature humaine démunie. Bergson (L'Évolution créatrice) : l'intelligence est d'abord fabricatrice, l'homme est homo faber. Heidegger : la technique moderne fait apparaître la nature comme un stock disponible. Jonas : l'ampleur de notre pouvoir technique appelle une éthique de la responsabilité.
Sujets. La technique nous rend-elle plus libres ? Peut-on parler d'un progrès technique sans progrès moral ?
15. Le temps
Définition. Milieu dans lequel se succèdent les événements, selon l'ordre de l'avant et de l'après. On distingue le temps mesuré par les horloges et le temps vécu.
Problèmes. Qu'est-ce que le temps, si le passé n'est plus et l'avenir pas encore ? Le temps est-il seulement destructeur ou aussi créateur ?
Auteurs. Aristote (Physique, IV) : le temps est le nombre du mouvement selon l'avant et l'après. Augustin (Confessions, XI) : le temps existe dans l'âme, comme mémoire, attention et attente. Pascal (Pensées) : nous ne vivons jamais dans le présent, nous espérons vivre. Bergson (Essai sur les données immédiates de la conscience) : la durée vécue est qualitative et se distingue du temps spatialisé de la science.
Sujets. Peut-on échapper au temps ? Le temps est-il notre ennemi ?
16. Le travail
Définition. Activité par laquelle l'homme transforme la nature pour produire ce dont il a besoin, au prix d'un effort.
Problèmes. Le travail est-il une contrainte ou un moyen de se réaliser ? Pourquoi peut-il devenir aliénant ?
Auteurs. Hegel (Phénoménologie de l'esprit) : dans la dialectique du maître et de l'esclave, c'est l'esclave qui, par le travail, se forme et accède à la conscience de soi. Marx (Manuscrits de 1844, Le Capital) : le travail humain est conscient et projette son but, mais le salariat l'aliène. Voltaire (Candide) : le travail éloigne de nous trois grands maux, l'ennui, le vice et le besoin.
Sujets. Le travail est-il seulement un moyen de gagner sa vie ? Le travail rend-il libre ?
17. La vérité
Définition. Caractère d'un jugement conforme à la réalité (vérité-correspondance) ou cohérent avec d'autres jugements (vérité formelle).
Problèmes. Peut-on atteindre une vérité certaine ? La vérité est-elle toujours bonne à dire ? Est-elle relative ?
Auteurs. Descartes : le doute méthodique conduit à l'évidence, critère du vrai. Kant : le devoir de véracité ne souffre aucune exception, même pour sauver un ami. Nietzsche (Vérité et mensonge au sens extra-moral) : les vérités sont des illusions dont on a oublié qu'elles en sont.
Sujets. La vérité dépend-elle de nous ? Peut-on renoncer à la vérité ?
Conclusion : croiser les notions
Ces fiches ne sont pas des compartiments étanches. Le jour de l'épreuve, la meilleure copie est souvent celle qui fait dialoguer plusieurs notions : un sujet sur le bonheur gagne à convoquer le désir et la liberté, un sujet sur l'État engage la justice et le travail. Retenez quelques grands couples (conscience/inconscient, nature/technique, raison/religion, science/vérité, liberté/devoir) et, pour chaque auteur, un exemple précis que vous savez expliquer.
Bibliographie
- Platon, La République.
- Aristote, Éthique à Nicomaque.
- Descartes, Discours de la méthode et Méditations métaphysiques.
- Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs.
- Rousseau, Du contrat social.
- Freud, Cinq leçons sur la psychanalyse.