Rapport de stage — licence, unité d'enseignement de préprofessionnalisation aux métiers de l'enseignement, stage d'observation et de pratique accompagnée en école élémentaire — environ 2 900 mots. Modèle de construction à adapter à son propre stage (établissement et personnes fictifs, exemple pédagogique).
Introduction
Le premier lundi, à 8 h 20, j'ai vu Mme T. accueillir ses vingt-quatre élèves de CE2 à la porte de la classe, un par un, en leur serrant la main ou en leur adressant un mot. Un garçon lui a montré un pansement au genou. Moins de dix minutes plus tard, tous étaient assis, l'ardoise prête, et la date s'écrivait au tableau. Je n'avais remarqué aucun ordre donné à voix haute. J'ai passé une bonne partie du stage à comprendre que ce calme était le produit d'un travail minutieux.
J'ai effectué ce stage dans le cadre de ma licence, au titre de l'unité de préprofessionnalisation aux métiers de l'enseignement, à l'école élémentaire des Tilleuls, à Bréville, petite ville de province. J'ai été accueillie dans la classe de CE2 de Mme T., professeure des écoles depuis une quinzaine d'années, qui a été ma tutrice. Le stage comprenait surtout de l'observation, puis quelques interventions encadrées auprès de petits groupes.
Je me destine au métier de professeur des écoles et je souhaitais vérifier ce projet dans la réalité d'une classe. Mes objectifs étaient d'observer l'organisation d'une journée et la gestion du groupe, de comprendre comment l'enseignante adapte son travail aux différences entre élèves, de mener moi-même quelques courtes séquences et de relier ce que j'observais à mes cours de psychologie du développement et de sciences de l'éducation.
Ce rapport présente d'abord l'école et la classe, puis mes observations et mes interventions. Il analyse ensuite une situation qui m'a particulièrement interrogée : celle d'un élève qui ne parvenait pas à commencer les travaux écrits. Il se termine par un bilan et une réflexion sur mon projet professionnel. Les prénoms des élèves ont été modifiés.
Sommaire
- Partie 1 — L'école des Tilleuls et la classe de CE2
- Une école de quartier
- La classe : espace, effectif, emploi du temps
- Partie 2 — Ce que j'ai observé
- Les rituels, une architecture invisible
- Donner une consigne : un geste professionnel à part entière
- Les transitions, moments à risque
- Différencier sans stigmatiser
- Partie 3 — Mes interventions
- Un atelier de lecture à voix haute
- Une séance de calcul mental à l'ardoise
- Partie 4 — Analyse d'une situation : Samuel et la feuille blanche
- La situation observée
- Hypothèses
- Ce que l'enseignante a mis en place
- Lecture de la situation à l'aide de mes cours
- Partie 5 — Bilan et projet professionnel
- Conclusion
- Remerciements
- Annexes
Il reste 2 322 mots (≈8 pages) de ce document
Accès illimité à 2 530 travaux
3 €/mois, résiliable en un clic
Paiement sécurisé Stripe
Déjà abonné ? Se connecter
Partie 1 — L'école des Tilleuls et la classe de CE2
Une école de quartier
L'école élémentaire des Tilleuls compte huit classes, du CP au CM2, et accueille les enfants d'un quartier mêlant pavillons et petits immeubles. Le directeur, qui a une classe de CM1 à mi-temps, consacre ses autres demi-journées aux tâches administratives, aux relations avec la mairie et aux échanges avec les familles. L'équipe comprend aussi une enseignante spécialisée intervenant auprès des élèves en difficulté, plusieurs accompagnantes d'élèves en situation de handicap (AESH) et, sur le temps périscolaire, des animateurs de la commune qui assurent la cantine et la garderie.
Le conseil des maîtres se réunit régulièrement pour organiser la vie de l'école, et le conseil de cycle rassemble les enseignants d'un même cycle pour coordonner les progressions. La classe de CE2 appartient au cycle 2, celui des apprentissages fondamentaux, avec le CP et le CE1. J'ai assisté à un conseil de cycle consacré à la fluence de lecture : les enseignants comparaient leurs façons d'entraîner les élèves à lire plus vite et avec plus d'expression, pour éviter que chaque classe ne reparte de zéro.
La classe : espace, effectif, emploi du temps
La classe de Mme T. accueille vingt-quatre élèves, dont un garçon accompagné quelques heures par semaine par une AESH. Les tables sont disposées en îlots de quatre, orientés de manière à ce que chaque élève voie le tableau sans se tourner complètement. Au fond, un coin bibliothèque avec un tapis ; sur le côté, une table en demi-lune où l'enseignante réunit de petits groupes. Les murs portent des affichages utiles plutôt que décoratifs : tableau des sons, frise des nombres, règles de vie rédigées avec les élèves en début d'année, et un « mur des mots » enrichi au fil des lectures.
L'emploi du temps place le français et les mathématiques le matin, quand l'attention est la meilleure, et les autres enseignements l'après-midi : questionner le monde, arts, éducation physique, langue vivante, enseignement moral et civique. Cette répartition n'est pas rigide : Mme T. m'a expliqué qu'elle déplace parfois une séance de mathématiques l'après-midi lorsqu'un exercice demande de manipuler.
Partie 2 — Ce que j'ai observé
Les rituels, une architecture invisible
La matinée commence toujours de la même façon : date au tableau écrite par un élève responsable, météo, puis « problème du jour » à résoudre sur l'ardoise en cinq minutes. Ensuite vient une courte dictée de mots, puis la séance de lecture. J'ai d'abord trouvé cette régularité monotone. J'ai compris ensuite qu'elle libère l'attention des élèves : ils n'ont pas à se demander ce qui va se passer, ils savent quoi sortir et où se placer. Le temps gagné sur l'organisation est rendu aux apprentissages.
Les responsabilités tournent chaque semaine : distribuer le matériel, effacer le tableau, arroser les plantes, ranger la bibliothèque. Une affiche indique qui fait quoi. Ces petites charges donnent à chaque élève une place reconnue dans le groupe, y compris à ceux qui brillent moins dans les apprentissages.
Donner une consigne : un geste professionnel à part entière
J'ai pris l'habitude, à partir de la deuxième semaine, de noter mot pour mot les consignes données par Mme T. et de les comparer à ce que les élèves faisaient ensuite. Plusieurs régularités sont apparues :
- elle obtient le silence avant de parler, par un signal convenu (une main levée que les élèves imitent), au lieu de parler plus fort ;
- elle annonce le but avant la tâche : « Aujourd'hui, on va apprendre à reconnaître le sujet du verbe, même quand il est loin du verbe » ;
- elle donne une seule étape à la fois pour les élèves les plus fragiles, et laisse la consigne écrite au tableau ;
- elle fait reformuler la consigne par un ou deux élèves, en choisissant parfois un élève dont elle doute qu'il ait compris.
Cette dernière pratique m'a frappée. Une fois, un élève a reformulé « il faut souligner les verbes » alors que la consigne demandait d'entourer les sujets. L'erreur a été corrigée en dix secondes ; sans la reformulation, elle aurait occupé toute la séance de plusieurs enfants.
Les transitions, moments à risque
Les passages d'une activité à une autre, rangement, déplacement vers la salle de motricité, retour de récréation, sont les moments où le bruit monte et où les conflits naissent. Mme T. les annonce à l'avance (« dans deux minutes, on range »), les découpe en gestes simples et les accompagne parfois d'une comptine que les élèves récitent en rangeant. J'ai remarqué que, lors d'une journée où un remplaçant de l'éducation physique était arrivé en retard, l'absence de transition prévue avait suffi à désorganiser le début d'après-midi : la classe avait mis longtemps à retrouver son calme.
Différencier sans stigmatiser
La classe présente des écarts importants : certains élèves lisent couramment des romans courts, d'autres déchiffrent encore lentement. Mme T. ne crée pas de groupes de niveau permanents. Elle varie plutôt les supports (texte plus court, illustrations, mots difficiles expliqués en marge), les aides (affichages, fiches outils, tutorat entre élèves) et le temps (exercices « bonus » pour ceux qui finissent vite). Les groupes réunis à la table en demi-lune changent selon la notion travaillée. Elle m'a expliqué qu'un élève toujours placé dans le « groupe des faibles » finit par s'en convaincre, et qu'elle préfère des regroupements temporaires, fondés sur un besoin précis.
Partie 3 — Mes interventions
Un atelier de lecture à voix haute
Pendant la troisième semaine, Mme T. m'a confié chaque matin un groupe de cinq élèves pour un atelier de lecture à voix haute de vingt minutes. Nous travaillions sur un court texte d'une demi-page, toujours le même pendant quatre jours. Le premier jour, je lisais le texte en exagérant la ponctuation ; les élèves le lisaient ensuite chacun à leur tour, puis en lecture partagée. Les jours suivants, ils s'entraînaient par deux, l'un lisant, l'autre suivant du doigt et signalant les mots sautés.
J'ai fait une erreur au début : j'interrompais chaque élève à chaque hésitation pour corriger. Les enfants perdaient le fil et certains n'osaient plus lire. Ma tutrice m'a conseillé de laisser finir la phrase, de noter les erreurs, puis de revenir sur un seul mot à la fois. Le quatrième jour, la lecture des élèves était nettement plus fluide et deux d'entre eux ont demandé à lire le texte devant toute la classe.
Une séance de calcul mental à l'ardoise
J'ai également préparé et conduit une séance de quinze minutes de calcul mental sur les compléments à la dizaine supérieure. J'avais prévu une série de calculs de difficulté croissante. Je me suis rendu compte, en regardant les ardoises, que plusieurs élèves écrivaient la bonne réponse en comptant sur leurs doigts sous la table, ce qui n'était pas le but. J'ai alors ajouté une étape non prévue : faire expliquer par un élève sa stratégie (« je vais de 37 à 40, ça fait 3 »), puis la faire essayer à tous. Cette adaptation improvisée m'a montré qu'une séance se pilote en observant les élèves, et pas seulement en suivant sa fiche de préparation.
Partie 4 — Analyse d'une situation : Samuel et la feuille blanche
La situation observée
Dès la première semaine, j'ai remarqué Samuel, un garçon vif à l'oral, qui participe volontiers aux échanges collectifs et répond juste aux questions de compréhension. Pourtant, lors des travaux écrits individuels, il reste souvent immobile devant sa feuille. Il taille son crayon, range sa trousse, regarde par la fenêtre. Au bout d'un quart d'heure, il n'a parfois écrit que la date. Lorsqu'on s'approche, il dit : « Je sais pas quoi mettre. » En lecture-compréhension, le même jour, il avait pourtant répondu oralement et sans erreur aux questions qu'il ne parvenait pas à écrire.
Hypothèses
Avec ma tutrice, nous avons formulé plusieurs hypothèses, sans chercher à poser un diagnostic, qui ne relève ni de mon rôle ni de celui de l'enseignante seule :
- une difficulté d'entrée dans la tâche : Samuel ne sait pas par où commencer quand la consigne comporte plusieurs étapes ;
- une peur de l'erreur à l'écrit, l'écrit laissant une trace que l'oral n'a pas ;
- une difficulté graphique ou orthographique, qui rendrait l'écriture coûteuse et le pousserait à l'éviter ;
- une fatigue ou des facteurs extérieurs à l'école, que nous ne pouvions pas connaître.
Mme T. m'a fait remarquer que ces hypothèses ne s'excluent pas et qu'il fallait observer avant d'agir. Pendant deux jours, j'ai noté précisément les moments où Samuel démarrait et ceux où il bloquait. Il commençait sans difficulté les exercices à trous ou les calculs posés ; il bloquait presque toujours devant les réponses rédigées et les productions d'écrit.
Ce que l'enseignante a mis en place
À partir de ces observations, Mme T. a essayé plusieurs aides, en les introduisant une à une pour en mesurer l'effet :
- découper la consigne : au lieu de « réponds aux questions par une phrase », une première étape « dis ta réponse à ton voisin », puis « écris les deux premiers mots de ta phrase » ;
- donner un début de phrase (« Le renard s'enfuit parce que… »), retiré progressivement ;
- accepter un premier jet au crayon, sans exigence orthographique immédiate, la correction venant dans un second temps ;
- valoriser la réussite orale en la reliant à l'écrit : « Tu viens de le dire parfaitement, écris exactement ce que tu as dit. »
En fin de stage, Samuel démarrait la plupart de ses travaux écrits dans les premières minutes, avec le début de phrase fourni. Ses textes restaient courts et l'orthographe fragile, mais la feuille n'était plus blanche. Mme T. a prévu d'en parler avec l'enseignante spécialisée et de rencontrer la famille pour partager ces observations et savoir si la même difficulté apparaissait à la maison.
Lecture de la situation à l'aide de mes cours
Cette situation m'a permis de donner un sens concret à deux notions étudiées en licence. La zone proximale de développement, décrite par Lev Vygotski, désigne l'écart entre ce qu'un enfant réussit seul et ce qu'il réussit avec l'aide d'un adulte ou d'un camarade plus avancé. Samuel ne savait pas rédiger seul une réponse ; il y parvenait avec un début de phrase. C'est dans cet écart que l'enseignante a placé son aide.
La notion d'étayage, développée par Jerome Bruner, éclaire la manière dont cette aide est conduite : réduire la difficulté de la tâche, maintenir l'orientation vers le but, signaler ce qui compte, puis retirer progressivement le soutien pour que l'enfant devienne autonome. Le retrait du début de phrase, prévu dès le départ, correspond à ce dernier temps. J'ai compris que l'aide n'a de valeur que si elle est conçue pour disparaître : une aide permanente risquerait de créer une nouvelle dépendance.
Enfin, cette situation m'a montré l'importance de ne pas confondre un comportement et sa cause. Ce qui ressemblait, vu de loin, à de la paresse ou à un manque de volonté était en réalité un blocage précis, situé à un moment précis de la tâche. Sans observation fine, on aurait pu sanctionner un élève qui avait surtout besoin d'un premier pas.
Partie 5 — Bilan et projet professionnel
Ce que j'ai appris
Ce stage m'a fait passer d'une vision intuitive du métier à une vision plus technique. J'ai découvert que la gestion de classe repose sur une multitude de gestes préparés : signaux, rituels, transitions annoncées, consignes reformulées. J'ai appris à observer en notant des faits précis plutôt que des impressions, ce qui m'a été utile pour l'analyse de la situation de Samuel. Mes deux interventions m'ont fait comprendre qu'une préparation solide est indispensable, mais qu'elle doit laisser place à l'ajustement en fonction de ce que font réellement les élèves.
Mes difficultés
La plus grande difficulté a été de trouver ma place : ni enseignante, ni simple spectatrice, je ne savais pas toujours si je devais intervenir quand un élève me sollicitait pendant une séance collective. Nous avons convenu avec ma tutrice d'une règle simple : je pouvais aider pendant les temps de travail individuel, mais pas pendant les moments de découverte, pour ne pas donner la réponse à la place de la recherche. J'ai aussi mesuré la fatigue que demande une journée entière d'attention à vingt-quatre enfants, alors que je n'en avais la responsabilité que quelques minutes.
Mon projet
Ce stage a confirmé mon envie de devenir professeure des écoles. Il m'a aussi montré les compétences qui me restent à acquérir : connaissance approfondie des programmes et des progressions, maîtrise de la didactique de la lecture et des mathématiques, capacité à concevoir une différenciation sans multiplier les supports à l'infini. Je compte poursuivre vers un master préparant aux métiers de l'enseignement et au concours de recrutement de professeur des écoles, et je souhaite effectuer un prochain stage en cycle 3, pour découvrir le travail avec des élèves plus âgés.
Conclusion
Au terme de ce stage, le calme du premier lundi matin ne me paraît plus spontané : je sais qu'il repose sur des rituels, une organisation de l'espace, des consignes travaillées et une attention constante à chaque élève. L'observation de Samuel m'a appris qu'un élève qui ne fait rien n'est pas forcément un élève qui ne veut rien faire, et qu'une aide bien conçue commence par une observation patiente. Je repars avec une idée plus juste, et plus exigeante, du métier auquel je me prépare.
Remerciements
Je remercie Mme T., professeure des écoles et tutrice de stage, pour son accueil, sa générosité et la franchise de ses conseils. Je remercie le directeur de l'école des Tilleuls d'avoir accepté ma présence, ainsi que l'ensemble de l'équipe enseignante pour les échanges lors du conseil de cycle. Je remercie enfin les élèves de CE2, qui m'ont accueillie avec beaucoup de curiosité, et mon enseignant référent à l'université pour son suivi.
Annexes
- Annexe 1 : plan de la classe et disposition des îlots
- Annexe 2 : emploi du temps hebdomadaire de la classe de CE2
- Annexe 3 : grille d'observation des consignes utilisée pendant le stage
- Annexe 4 : fiches de préparation de l'atelier de lecture et de la séance de calcul mental
- Annexe 5 : relevé anonymisé des observations sur l'entrée dans la tâche écrite
- Annexe 6 : attestation et évaluation de stage signées par la tutrice
Bibliographie
- Lev Vygotski, Pensée et langage.
- Jerome Bruner, Le Développement de l'enfant : savoir faire, savoir dire.
- Philippe Meirieu, Apprendre… oui, mais comment.
- Stanislas Dehaene, Apprendre !