Croissance économique et développement : la croissance suffit-elle ? (dissertation sur la croissance économique et le développement)

2 251 mots · ≈8 pages · Terminale · Dissertation

Dissertation de sciences économiques et sociales, niveau Terminale (spécialité SES), utilisable aussi en première année de licence d'économie. Développement rédigé d'environ 2 100 mots, sans données chiffrées inventées.

Introduction de la dissertation sur la croissance économique et le développement

Imaginons deux régions voisines. Dans la première, on vient de découvrir un gisement de minerai : les camions se succèdent, la production régionale bondit, les statistiques affichent une progression spectaculaire. Mais les profits partent vers l'étranger, les écoles manquent toujours d'enseignants et la rivière est devenue impropre à la pêche. Dans la seconde, l'activité progresse lentement, mais chaque village dispose d'un dispensaire et presque toutes les filles terminent leur scolarité. Laquelle se développe ? Cette question simple est le point de départ de toute dissertation sur la croissance économique et le développement.

La croissance économique désigne l'augmentation durable de la quantité de biens et de services produits dans un pays, que l'on mesure par la variation du produit intérieur brut en volume. Le développement est une notion plus large et plus qualitative : il renvoie à la transformation des structures économiques, sociales et institutionnelles qui permet à une population de vivre plus longtemps, en meilleure santé, avec plus d'instruction et davantage de possibilités de choisir sa vie. La croissance est un phénomène quantitatif et souvent de court ou moyen terme ; le développement s'inscrit dans la longue durée.

Dès lors, la croissance est-elle la condition suffisante du développement, ou faut-il la juger à d'autres critères, au point de se demander quelle croissance est compatible avec un développement durable ?

Nous verrons d'abord que la croissance fournit au développement des ressources dont il peut difficilement se passer. Nous montrerons ensuite que les deux phénomènes peuvent se dissocier, ce qui révèle les angles morts du PIB. Nous examinerons enfin les tentatives pour mesurer et orienter un développement soutenable.

Plan détaillé

I. Produire davantage : un moteur dont le développement a besoin

  • A. Une production accrue élargit l'éventail des possibles
  • B. La croissance finance les biens collectifs
  • C. Les trajectoires de rattrapage : quand croissance et transformation vont ensemble

II. Quand les courbes divergent : ce que le PIB ne voit pas

  • A. Un indicateur de production, non de bien-être
  • B. Croître sans se développer : rente, inégalités, dégradation
  • C. Progresser socialement avec une croissance modeste

III. Mesurer et orienter autrement : du développement humain à la soutenabilité

  • A. L'IDH et l'approche par les capabilités
  • B. Soutenabilité faible ou forte : peut-on remplacer la nature par du capital ?
  • C. Croissance verte, post-croissance : un débat ouvert

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I. Produire davantage : un moteur dont le développement a besoin

Il serait naïf d'opposer frontalement croissance et développement. Dans l'histoire économique, les sociétés qui ont vu reculer la pauvreté de masse sont presque toutes passées par une longue période d'augmentation de leur production.

A. Une production accrue élargit l'éventail des possibles

Quand la production par habitant augmente, les revenus distribués augmentent eux aussi, sous forme de salaires, de profits ou de revenus agricoles. Les ménages peuvent alors consacrer une part moins grande de leur budget à l'alimentation et une part plus grande au logement, aux soins ou à l'éducation. C'est la vieille observation d'Engel : plus un ménage s'enrichit, plus la part de la nourriture dans ses dépenses diminue, ce qui libère des moyens pour d'autres besoins.

La croissance s'accompagne aussi d'une transformation de l'emploi. La population active quitte progressivement l'agriculture pour l'industrie, puis pour les services : c'est le passage d'un secteur à l'autre décrit par Colin Clark et Jean Fourastié, qu'Alfred Sauvy a appelé le déversement. Ce mouvement va de pair avec l'urbanisation, l'élévation des qualifications et l'apparition de nouveaux métiers. En ce sens, la croissance n'est pas qu'une addition de quantités : elle remodèle la société.

B. La croissance finance les biens collectifs

Le développement suppose des écoles, des hôpitaux, des routes, des réseaux d'eau et d'électricité, une administration capable de faire respecter le droit. Tout cela a un coût. Un État dont la base productive s'élargit voit ses recettes fiscales augmenter sans avoir à alourdir les taux d'imposition ; il peut alors investir dans ces biens collectifs.

Les théories de la croissance endogène, associées notamment à Paul Romer et Robert Lucas, insistent sur un cercle vertueux : la croissance permet de financer l'éducation, la recherche et les infrastructures, qui à leur tour accroissent la productivité et nourrissent la croissance future. Croissance et développement se renforcent alors mutuellement.

C. Les trajectoires de rattrapage : quand croissance et transformation vont ensemble

Plusieurs pays d'Asie orientale, comme la Corée du Sud, sont souvent cités pour illustrer ce scénario favorable. En quelques décennies, une économie largement agricole est devenue une puissance industrielle et technologique, tandis que l'espérance de vie et le niveau d'instruction progressaient fortement. La croissance y a été accompagnée de politiques volontaristes : investissement massif dans l'école, réforme agraire, politique industrielle.

L'économiste Walt Rostow avait proposé une lecture par étapes du développement, où une phase de « décollage » conduisait progressivement à la consommation de masse. Ce schéma a été critiqué pour son caractère linéaire et son modèle implicite, celui des pays déjà industrialisés. Mais il exprime une idée que l'expérience confirme partiellement : sans augmentation durable de la production, il est difficile de sortir durablement de la pauvreté. La croissance apparaît ainsi comme une condition nécessaire. Reste à savoir si elle est suffisante.

II. Quand les courbes divergent : ce que le PIB ne voit pas

Les deux régions de l'introduction montrent que la croissance mesurée peut se détacher de l'amélioration réelle des conditions de vie. Ce décalage tient d'abord à l'instrument de mesure.

A. Un indicateur de production, non de bien-être

Le PIB additionne les valeurs ajoutées produites sur un territoire. Il a été conçu pour piloter l'économie, non pour mesurer le bonheur ; Simon Kuznets, l'un des pères de la comptabilité nationale, mettait d'ailleurs en garde contre la tentation d'en tirer des conclusions sur le bien-être d'une nation.

Ses angles morts sont nombreux. Il ignore l'essentiel de la production non marchande effectuée au sein des ménages : préparer les repas, s'occuper des enfants ou d'un parent âgé ne compte pas, alors que la même tâche confiée à un salarié fait monter le PIB. Il ne dit rien de la répartition : une hausse peut profiter à une petite minorité. Il ne déduit pas les dommages : un accident de la route ou une marée noire peuvent même l'augmenter, à cause des dépenses de réparation et de dépollution qu'ils entraînent. Enfin, il ne mesure pas l'usure du patrimoine naturel, de sorte qu'un pays qui épuise ses forêts enregistre une richesse là où il s'appauvrit.

B. Croître sans se développer : rente, inégalités, dégradation

Ces limites ne sont pas seulement théoriques. Certaines économies fondées sur l'exportation d'une ressource naturelle (pétrole, minerais) connaissent des phases de forte croissance sans que les structures productives se diversifient. Les économistes parlent de malédiction des ressources : la rente attire les capitaux vers un seul secteur, favorise parfois la corruption et l'accaparement du pouvoir, et rend le pays vulnérable aux variations des cours mondiaux. La croissance existe, le développement reste bloqué.

Une croissance très inégalitaire peut aussi laisser une grande partie de la population à l'écart : les revenus moyens progressent, mais la médiane bouge peu, et l'accès à la santé ou à l'éducation reste réservé aux plus aisés. Enfin, une croissance qui détruit les sols, pollue l'air ou épuise les nappes phréatiques peut détériorer les conditions de vie de ceux-là mêmes qu'elle prétend enrichir. François Perroux distinguait déjà la croissance, simple augmentation des grandeurs, et le développement, qui suppose des changements dans les mentalités et les structures sociales permettant à cette croissance de profiter à tous et de durer.

C. Progresser socialement avec une croissance modeste

À l'inverse, on observe des sociétés dont la production par habitant reste modeste mais dont les indicateurs sociaux sont remarquables. L'État indien du Kerala est l'exemple que l'on cite le plus souvent, notamment depuis les travaux d'Amartya Sen : malgré des revenus longtemps inférieurs à ceux d'autres régions de l'Inde, il a obtenu de bons résultats en matière d'alphabétisation et d'espérance de vie grâce à des politiques publiques d'éducation et de santé et à une forte mobilisation sociale.

Cet exemple ne prouve pas que la croissance est inutile ; il montre que l'usage qu'une société fait de ses ressources compte autant que leur volume. Le développement dépend des institutions, des choix politiques, de la place accordée aux femmes, de l'accès aux services de base. La croissance est un moyen ; elle ne contient pas ses propres fins.

III. Mesurer et orienter autrement : du développement humain à la soutenabilité

Si le PIB ne suffit pas, il faut d'autres instruments, et peut-être un autre objectif que la croissance elle-même.

A. L'IDH et l'approche par les capabilités

Le Programme des Nations unies pour le développement publie depuis 1990 un indicateur de développement humain (IDH), élaboré sous l'impulsion de l'économiste pakistanais Mahbub ul Haq avec la contribution d'Amartya Sen. Il combine trois dimensions : la santé, approchée par l'espérance de vie à la naissance ; l'éducation, mesurée par la durée de scolarisation ; le niveau de vie, estimé par le revenu par habitant. Le classement des pays selon l'IDH ne coïncide pas avec leur classement selon le PIB par habitant, ce qui suffit à montrer que les deux notions ne se confondent pas.

L'IDH s'appuie sur l'approche par les capabilités de Sen : le développement se juge à l'étendue des libertés réelles dont disposent les personnes, c'est-à-dire à ce qu'elles sont effectivement capables de faire et d'être. Un revenu élevé est utile, mais il ne vaut que par les possibilités qu'il ouvre ; une personne riche mais privée de droits politiques ou d'accès aux soins n'est pas pleinement libre. L'IDH a toutefois ses propres limites : il ne tient compte ni des inégalités internes (d'où des variantes corrigées), ni de l'environnement, ni des libertés politiques. En France, la commission présidée par Joseph Stiglitz, avec Amartya Sen et Jean-Paul Fitoussi, a recommandé en 2009 de compléter le PIB par des mesures du bien-être et de la soutenabilité.

B. Soutenabilité faible ou forte : peut-on remplacer la nature par du capital ?

Le rapport Brundtland, publié en 1987, a popularisé l'idée d'un développement qui réponde aux besoins des générations présentes sans empêcher les générations futures de satisfaire les leurs. Mais cette définition laisse ouverte une question décisive : que faut-il transmettre ?

Les partisans de la soutenabilité faible, dans le sillage de Robert Solow, estiment que les différents capitaux (physique, humain, naturel) sont largement substituables : on peut consommer une ressource naturelle si l'on transmet en échange des machines, des connaissances ou des techniques qui rendent possible une production équivalente. Le progrès technique rend alors la croissance compatible avec la préservation du bien-être futur. Les défenseurs de la soutenabilité forte, comme Herman Daly, répondent que certains éléments du capital naturel sont irremplaçables : un climat stable, la biodiversité, la fertilité des sols ne se fabriquent pas. Il faut alors maintenir un stock minimal de capital naturel, quelles que soient les compensations possibles. Le choix entre ces deux visions détermine la place que l'on accorde à la croissance.

C. Croissance verte, post-croissance : un débat ouvert

Dès 1972, le rapport rédigé pour le Club de Rome sous la direction de Donella et Dennis Meadows soutenait qu'une croissance matérielle illimitée se heurterait aux limites physiques de la planète. Depuis, deux grandes réponses s'opposent. La première mise sur la croissance verte : grâce à l'innovation, aux énergies renouvelables et à une fiscalité environnementale, il serait possible de découpler la création de richesse des émissions et de la consommation de ressources. La seconde, autour d'auteurs comme Tim Jackson ou Dominique Méda, doute qu'un tel découplage puisse être assez rapide et assez complet ; elle propose de cesser de faire de la croissance un objectif en soi et de viser directement le bien-être, la réduction des inégalités et la sobriété.

Entre ces positions, la question n'est plus seulement de savoir si la croissance favorise le développement, mais quelle croissance, dans quels secteurs, et pour qui. Pour les pays les plus pauvres, une augmentation de la production reste indispensable pour satisfaire les besoins essentiels ; pour les pays riches, le débat porte davantage sur le contenu de la production que sur son volume.

Conclusion

La croissance économique et le développement entretiennent un lien étroit mais non mécanique. La croissance fournit les revenus et les recettes publiques sans lesquels il est difficile de financer la santé, l'éducation et les infrastructures. Mais elle peut aussi se produire sans transformer la vie du plus grand nombre, et certaines sociétés progressent socialement sans croissance rapide. Le PIB, outil utile, ne dit rien de la répartition, du travail domestique ou de l'usure de la nature. L'IDH, l'approche par les capabilités et les réflexions sur la soutenabilité invitent à juger la croissance à ses effets sur les libertés réelles des personnes, aujourd'hui et demain. Une question reste ouverte : un développement humain peut-il se poursuivre dans les pays riches sans croissance de la production, et quelles institutions faudrait-il inventer pour cela ?

Bibliographie

  • Amartya Sen, Un nouveau modèle économique. Développement, justice, liberté, Odile Jacob.
  • Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice, Les Nouveaux Indicateurs de richesse, La Découverte, coll. « Repères ».
  • Dominique Méda, La Mystique de la croissance, Flammarion.
  • Donella Meadows, Dennis Meadows, Jørgen Randers, Les Limites à la croissance.
  • Tim Jackson, Prospérité sans croissance.

Pour prolonger : sujets proches

1. « Le PIB est-il un bon indicateur de richesse ? » Montrer ce qu'il saisit bien, puis lister ses oublis et discuter les indicateurs concurrents.

2. « Le progrès technique est-il la source principale de la croissance ? » Partir du résidu de Solow, puis du rôle des institutions et du capital humain.

3. « Peut-on concilier croissance et préservation de l'environnement ? » Opposer découplage et post-croissance, en distinguant pays riches et pays pauvres.