Méthode de l'épreuve composée en SES : EC1, EC2, EC3 avec un exemple corrigé pour chaque partie

2 346 mots · ≈8 pages · Terminale · Fiche

Fiche de méthode — Sciences économiques et sociales, terminale — environ 2 400 mots, avec un exemple corrigé par partie.

Trois exercices sous un même nom

L'épreuve écrite de spécialité de SES dure quatre heures et laisse le choix entre deux sujets : une dissertation appuyée sur un dossier documentaire, ou une épreuve composée. Beaucoup d'élèves choisissent l'épreuve composée en pensant qu'elle est plus facile parce qu'elle est découpée. C'est vrai à une condition : traiter chaque partie comme un exercice distinct, avec ses propres attentes. On perd des points quand on rédige l'EC1 comme une petite dissertation ou l'EC3 comme une suite de réponses à des questions.

Partie Ce qu'on vous donne Ce qu'on attend Barème
EC1 — Mobilisation des connaissances Une question, aucun document Une réponse démonstrative courte, fondée sur le cours 4 points
EC2 — Étude d'un document Un document, souvent statistique, et des questions Une lecture exacte des données et leur interprétation 6 points
EC3 — Raisonnement sur dossier Un sujet et un dossier de deux ou trois documents Une argumentation organisée qui croise documents et connaissances 10 points

Le barème donne une indication de temps. Une répartition raisonnable, qu'on adaptera à son rythme : une quarantaine de minutes pour l'EC1, cinquante pour l'EC2, près de deux heures pour l'EC3, et un quart d'heure de relecture. L'erreur la plus répandue consiste à passer une heure et demie sur les deux premières parties et à bâcler celle qui rapporte la moitié des points.

Les trois exemples corrigés de cette fiche portent sur des chapitres différents du programme. Les données chiffrées qu'ils contiennent sont des données fictives à visée pédagogique : elles servent à s'entraîner à lire un tableau, non à apprendre des valeurs réelles.

Plan de la fiche

  1. L'EC1 : démontrer en vingt lignes
    • Exemple corrigé : montrer que l'action collective se heurte au paradoxe d'Olson
  2. L'EC2 : lire juste avant d'interpréter
    • Exemple corrigé : une table de destinée (données fictives)
  3. L'EC3 : bâtir un raisonnement à partir d'un dossier
    • Exemple corrigé : les instruments de la politique climatique (dossier fictif, introduction, plan, paragraphe rédigé)
  4. Les pertes de points les plus évitables
  5. Conclusion et bibliographie

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1. L'EC1 : démontrer en vingt lignes

Ce que la question demande

La consigne commence presque toujours par un verbe : montrez que, présentez, expliquez, distinguez. Ce verbe fixe le travail. « Présentez deux sources de la croissance » appelle deux éléments clairement séparés ; « montrez que » appelle une démonstration qui conduit à une conclusion déjà donnée dans le sujet. Il ne faut ni discuter ni nuancer une affirmation qu'on vous demande d'établir.

La forme de la réponse

Une réponse d'EC1 tient sur une vingtaine de lignes. Elle s'ouvre par une phrase qui définit la notion principale, puis développe le plus souvent deux arguments, chacun dans son paragraphe. Chaque argument suit un trajet en trois temps : l'idée (ce qu'on affirme), le mécanisme (pourquoi c'est vrai, avec les notions du cours), le cas (un exemple concret qui rend le mécanisme visible). Pas d'introduction à rallonge, pas de conclusion ouverte : la dernière phrase peut simplement rappeler ce qui a été démontré.

Exemple corrigé

Sujet : Montrez que l'action collective se heurte au paradoxe mis en évidence par Mancur Olson.

On parle d'action collective quand plusieurs personnes coordonnent leurs efforts pour obtenir un résultat qui les concerne toutes : une grève, une pétition, une manifestation en sont les formes les plus visibles. Dans Logique de l'action collective, l'économiste Mancur Olson montre qu'un groupe peut avoir intérêt à agir sans que ses membres, pris un à un, aient intérêt à participer.

Le premier obstacle tient à la nature du bien recherché. Le résultat d'une action collective est souvent un bien collectif : une fois obtenu, il profite à tous les membres du groupe, qu'ils aient participé ou non. Or participer a un coût individuel : du temps, de l'argent, parfois une perte de salaire ou un risque de sanction. Un individu rationnel, qui compare ce coût au gain, a donc intérêt à laisser les autres agir à sa place et à bénéficier du résultat. C'est la stratégie du passager clandestin. Imaginons les habitants d'une rue qui souhaitent obtenir de la mairie un passage piéton devant une école. Chacun en profitera ; mais il faut rédiger la pétition, faire du porte-à-porte, se rendre au conseil municipal. Chaque parent peut se dire que d'autres s'en chargeront. Si tous raisonnent ainsi, personne n'agit, alors que tous voulaient le passage piéton.

Le second obstacle tient à la taille du groupe. Dans un petit groupe, l'absence de chacun se voit et pèse sur le résultat : on ne peut guère se dérober. Dans un grand groupe, la contribution d'un seul membre paraît négligeable et son abstention passe inaperçue. C'est pourquoi les intérêts diffus, partagés par des millions de personnes, se mobilisent souvent plus difficilement que ceux de petits groupes très concernés.

Olson en conclut que l'action collective n'a rien d'automatique : elle suppose des incitations sélectives, c'est-à-dire des avantages réservés aux participants (services juridiques offerts aux adhérents d'un syndicat, par exemple) ou des sanctions pour ceux qui ne participent pas.

Ce qui fonctionne : deux arguments séparés, chacun avec son mécanisme et son cas, et aucune discussion superflue.

2. L'EC2 : lire juste avant d'interpréter

Les deux étages de la question

L'EC2 comporte généralement une question de lecture et une question d'exploitation. La première vérifie qu'on sait faire parler une donnée : quelle unité, quelle population, quelle date, quel sens exact. La seconde demande de mettre les données au service d'une idée du cours.

La phrase de lecture

Une donnée se cite dans une phrase complète qui précise sa source, sa date, sa population et son unité. On écrit : « Selon ce document, sur 100 hommes dont le père était ouvrier, 39 sont eux-mêmes ouvriers. » On n'écrit pas : « 39 % ouvriers », qui ne dit rien. Pour comparer, on emploie l'outil qui convient : un écart en points de pourcentage pour deux proportions, un rapport (« deux fois plus ») pour souligner une inégalité, un taux de variation pour une évolution dans le temps.

Exemple corrigé

Document — Destinée sociale des hommes selon la catégorie socioprofessionnelle du père (en %) Données fictives à visée pédagogique.

Catégorie du père \ Catégorie du fils Cadres Professions intermédiaires Employés Ouvriers Autres (indépendants, agriculteurs) Total
Cadres 48 25 12 8 7 100
Professions intermédiaires 30 31 17 14 8 100
Employés 18 27 25 22 8 100
Ouvriers 11 22 21 39 7 100
Ensemble 22 25 19 26 8 100

Question 1 (2 points) : Comparez la position sociale des fils de cadres et des fils d'ouvriers.

Il s'agit d'une table de destinée : chaque ligne totalise 100 et indique ce que deviennent les fils d'une catégorie donnée. Selon ces données fictives, sur 100 hommes dont le père était cadre, 48 sont devenus cadres, contre 11 sur 100 parmi les fils d'ouvriers, soit un écart de 37 points ; un fils de cadre a ainsi environ quatre fois plus de chances d'être cadre qu'un fils d'ouvrier. À l'inverse, 39 fils d'ouvriers sur 100 sont ouvriers, contre 8 sur 100 parmi les fils de cadres.

Le piège évité : lire « 48 % des cadres sont fils de cadres ». Cette phrase relèverait d'une table de recrutement, dont les colonnes totaliseraient 100. Confondre les deux tables est l'erreur la plus fréquente sur ce type de document.

Question 2 (4 points) : À l'aide du document, montrez que la mobilité sociale coexiste avec une forte reproduction sociale.

La mobilité existe bien. Sur 100 fils d'ouvriers, 61 n'occupent pas la position de leur père ; 11 sont devenus cadres et 22 exercent une profession intermédiaire, ce qui relève d'une mobilité ascendante. La mobilité descendante n'est pas absente non plus : 8 fils de cadres sur 100 sont ouvriers.

Mais la reproduction reste marquée. Les cases de la diagonale, qui mesurent l'immobilité, sont partout supérieures à la part de la catégorie dans l'ensemble : 48 % des fils de cadres sont cadres alors que les cadres ne représentent que 22 % des hommes de la génération étudiée ; 39 % des fils d'ouvriers sont ouvriers, pour 26 % dans l'ensemble. Si la position du père n'avait aucune influence, chaque ligne ressemblerait à la ligne « Ensemble ». L'écart entre ces lignes mesure le poids de l'origine sociale. On peut l'expliquer par la transmission inégale des différents capitaux, économique et culturel notamment, qui pèse sur la réussite scolaire puis sur l'accès aux positions qualifiées.

3. L'EC3 : bâtir un raisonnement à partir d'un dossier

Le dossier n'est pas le plan

Le sujet de l'EC3 ressemble à celui de l'EC1, mais il demande davantage : une argumentation structurée en parties, qui mobilise chaque document et des connaissances extérieures. Une courte introduction (définitions, enjeu, annonce du plan) et une conclusion brève qui répond au sujet sont attendues. La difficulté vient du dossier : il est tentant de consacrer une partie à chaque document. C'est presque toujours une erreur. Un bon plan est construit à partir des idées du cours ; les documents viennent ensuite prouver ces idées, et un même document peut servir dans deux parties.

La méthode du brouillon en trois colonnes

Au brouillon, on trace trois colonnes : idées du cours, données utilisées, document. On remplit d'abord la première colonne sans regarder le dossier. On lit ensuite chaque document en cherchant à quelle idée il se rattache. Les lignes où la colonne « document » reste vide signalent les idées qu'il faudra soutenir par des connaissances personnelles ; les documents qui ne trouvent aucune ligne signalent un oubli dans le plan.

Exemple corrigé

Sujet : À l'aide du dossier documentaire et de vos connaissances, vous montrerez que les pouvoirs publics disposent de plusieurs instruments pour lutter contre le changement climatique.

Dossier (documents fictifs à visée pédagogique) :

  • Document 1 — Un marché de quotas d'émission couvrant les centrales électriques d'un pays imaginaire : le nombre de quotas distribués baisse de 3 % par an ; le prix de la tonne de CO₂ passe de 15 à 60 unités monétaires en huit ans ; les émissions couvertes reculent de 25 %.
  • Document 2 — Un court texte décrivant la création d'une zone à faibles émissions dans une métropole imaginaire : les véhicules les plus polluants y sont interdits, une aide à l'achat d'un véhicule moins émetteur est versée aux ménages modestes.
  • Document 3 — Un tableau sur la consommation de fioul domestique d'un pays imaginaire avant et après l'instauration d'une taxe carbone : elle baisse de 12 % en cinq ans, tandis que la part de la taxe reversée aux ménages sous forme de chèque énergie est indiquée.

Introduction rédigée : Le réchauffement climatique résulte d'émissions de gaz à effet de serre dont les auteurs ne supportent pas le coût : les dommages qu'ils causent retombent sur d'autres, aujourd'hui et dans l'avenir. Les économistes parlent d'externalité négative, et le climat apparaît comme un bien commun que le marché, laissé à lui-même, ne protège pas. L'intervention publique est donc justifiée, mais elle peut prendre des formes très différentes : interdire, faire payer, créer un marché. On montrera d'abord que l'État peut agir par la réglementation, puis qu'il dispose d'instruments économiques qui modifient les prix, enfin que ces instruments gagnent à être combinés.

Plan détaillé :

  • I. Fixer des règles : la réglementation
    • Normes et interdictions imposent un comportement (document 2 : interdiction des véhicules les plus polluants).
    • Avantage : effet direct et certain ; limite : coût identique imposé à tous, sans tenir compte des différences de coût de dépollution.
  • II. Agir par les prix : taxation et marchés de quotas
    • La taxe carbone fait payer le pollueur et l'incite à réduire ses émissions (document 3 : baisse de 12 % de la consommation de fioul).
    • Le marché de quotas fixe une quantité totale et laisse le prix se former (document 1 : quotas en baisse, prix multiplié par quatre, émissions en recul de 25 %).
  • III. Combiner les instruments pour qu'ils soient efficaces et acceptés
    • Subventions et aides corrigent les effets inégalitaires (documents 2 et 3 : aide à l'achat, chèque énergie).
    • Le soutien public à l'innovation complète les signaux-prix (connaissances personnelles).

Paragraphe rédigé (II, second argument) : Le marché de quotas d'émission procède à l'inverse de la taxe : au lieu de fixer un prix, les pouvoirs publics fixent la quantité totale d'émissions autorisées et distribuent ou vendent des droits correspondants. Les entreprises qui réduisent leurs émissions à faible coût peuvent revendre leurs quotas en surplus, tandis que celles pour qui la réduction est coûteuse en achètent. La réduction se concentre donc là où elle coûte le moins. Le document 1 en donne une illustration fictive : la diminution de 3 % par an du nombre de quotas fait monter leur prix de 15 à 60 unités monétaires la tonne en huit ans, soit une multiplication par quatre, et les émissions des centrales concernées reculent de 25 % sur la période. Le prix joue alors le rôle d'un signal qui incite à investir dans des techniques moins émettrices. Encore faut-il un plafond assez bas : trop de quotas, et le prix s'effondre avec l'incitation.

Conclusion rédigée : Réglementation, taxation et marchés de quotas sont trois manières de faire supporter aux pollueurs le coût de leurs émissions. Aucune ne suffit seule : la règle est sûre mais rigide, le signal-prix est efficace mais peut peser sur les ménages modestes. C'est leur combinaison, accompagnée de mesures de compensation, qui rend l'action climatique à la fois efficace et acceptable.

4. Les pertes de points les plus évitables

  • En EC1, recopier le cours sans répondre au verbe. Une liste de notions n'est pas une démonstration.
  • En EC2, oublier l'unité. « 48 » ne veut rien dire ; « 48 sur 100 fils de cadres » veut dire quelque chose.
  • En EC2, décrire sans expliquer dans la question d'exploitation : il faut un mécanisme du cours derrière chaque chiffre.
  • En EC3, citer un document sans en tirer de donnée (« comme le montre le document 3 ») : le correcteur attend un chiffre ou une idée précise.
  • En EC3, laisser un document de côté. Chaque document a été choisi pour servir ; l'ignorer, c'est perdre un argument.

Conclusion

L'épreuve composée récompense la précision plus que l'étendue des connaissances : un verbe de consigne respecté en EC1, une donnée lue sans contresens en EC2, un plan construit sur des idées et non sur les documents en EC3. Les exemples corrigés montrent la forme attendue ; ils sont faits pour être étudiés puis refaits sur d'autres sujets du programme, en s'imposant les durées de l'épreuve.

Bibliographie

  • Mancur Olson, Logique de l'action collective.
  • Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les Héritiers.
  • Jean Tirole, Économie du bien commun.