Comment un marché concurrentiel fonctionne-t-il ? Fiche de cours SES avec exemple chiffré

2 062 mots · ≈7 pages · Lycée · Fiche

Fiche de cours — Sciences économiques et sociales, lycée (programme de première) — environ 2 100 mots, avec un exemple chiffré et des questions corrigées.

Une bourse aux livres comme laboratoire

Chaque fin d'été, dans beaucoup de lycées, l'association des parents organise une bourse aux manuels d'occasion. Les élèves qui passent en classe supérieure vendent leurs livres de l'année ; ceux qui arrivent les achètent. Personne ne fixe le prix à l'avance, et pourtant, au bout d'une heure, le même manuel de mathématiques se vend à peu près au même prix à toutes les tables. Comment ce prix commun apparaît-il, alors qu'aucun vendeur ne s'est concerté avec les autres ?

Cette petite scène contient presque tout le chapitre. Elle met en présence de nombreux acheteurs et de nombreux vendeurs, un produit identique (la même édition du même manuel), une information facile à obtenir (il suffit de faire le tour des tables) et une entrée libre (n'importe quel élève peut apporter ses livres). Ce sont les conditions d'un marché concurrentiel. Le chapitre cherche à comprendre comment, sur un tel marché, les décisions dispersées des acheteurs et des vendeurs aboutissent à un prix et à une quantité échangée, et ce que chacun y gagne.

On construira le raisonnement sur un exemple chiffré simple : six acheteurs, six vendeurs, un seul manuel. Les chiffres sont des données fictives à visée pédagogique ; ils sont choisis pour que les calculs se fassent de tête.

Plan de la fiche

  1. Ce qui rend un marché « concurrentiel »
  2. La demande : jusqu'où chaque acheteur est prêt à aller
  3. L'offre : en dessous de quel prix chaque vendeur garde son livre
  4. La rencontre : trouver le prix d'équilibre par tâtonnement
  5. Pourquoi chacun est « preneur de prix »
  6. Ce que l'échange rapporte : les surplus
  7. Quand on bloque le prix : pénurie et perte de surplus
  8. Quand les courbes se déplacent
  9. Le graphique à savoir décrire
  10. Questions d'examen corrigées
  11. Conclusion

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1. Ce qui rend un marché « concurrentiel »

Il y a marché dès que des vendeurs et des acheteurs se rencontrent pour échanger un bien contre de l'argent, que ce soit sous un préau, sur une application ou par petites annonces. Le marché devient concurrentiel quand aucun d'eux n'a les moyens d'imposer son prix aux autres. Les économistes associent à cette situation quatre conditions :

  • beaucoup d'acteurs de chaque côté, aucun ne pesant assez lourd pour influencer seul le prix ;
  • un produit identique quel que soit le vendeur, si bien que l'acheteur n'a aucune raison de préférer une table à une autre à prix égal ;
  • une information circulant librement, chacun pouvant connaître les prix pratiqués ;
  • une entrée et une sortie libres : tout nouveau vendeur peut s'installer, tout vendeur peut partir.

Ce modèle est un idéal. Très peu de marchés réels le respectent entièrement. Il sert de point de repère : on mesure les autres situations (monopole, entente entre vendeurs) par l'écart qui les en sépare.

2. La demande

Chaque acheteur a en tête un prix maximal : au-delà, il préfère emprunter le livre, le photocopier ou s'en passer. Ce prix dépend de ses revenus, de l'usage qu'il compte faire du manuel, du prix du livre neuf. Voici les six acheteurs de notre bourse :

Acheteur A1 A2 A3 A4 A5 A6
Prix maximal accepté (€) 20 17 14 11 8 5

La quantité demandée à un prix donné est le nombre d'acheteurs dont le prix maximal est au moins égal à ce prix. À 18 €, seul A1 achète ; à 6 €, cinq acheteurs sont preneurs. Plus le prix baisse, plus la quantité demandée augmente : c'est la loi de la demande, que traduit une courbe décroissante.

3. L'offre

Symétriquement, chaque vendeur a un prix minimal en dessous duquel il préfère garder son livre : pour le prêter à un frère cadet, le revendre ailleurs ou simplement parce qu'il y tient. Voici les six vendeurs :

Vendeur V1 V2 V3 V4 V5 V6
Prix minimal accepté (€) 4 7 10 13 16 19

La quantité offerte à un prix donné est le nombre de vendeurs dont le prix minimal est inférieur ou égal à ce prix. Plus le prix monte, plus il y a de vendeurs prêts à céder leur livre : la courbe d'offre est croissante.

4. La rencontre : le tâtonnement

Supposons que le responsable de la bourse annonce un prix, observe ce qui se passe, puis le corrige. On reconnaît, en miniature, le tâtonnement décrit par Léon Walras, que les manuels illustrent souvent par un commissaire-priseur corrigeant le prix jusqu'à ce que les quantités coïncident.

Prix annoncé (€) Quantité demandée Quantité offerte Situation
6 5 1 Excès de demande de 4
9 4 2 Excès de demande de 2
12 3 3 Équilibre
15 2 4 Excès d'offre de 2
18 1 5 Excès d'offre de 4

À 6 €, les acheteurs se pressent devant une seule table : certains repartent sans livre. Les vendeurs comprennent qu'ils peuvent demander plus ; le prix monte. À 18 €, cinq vendeurs attendent pour un seul acheteur ; pour ne pas rapporter leurs livres, ils baissent leur prix. Le mouvement s'arrête lorsque plus personne n'a intérêt à modifier le prix : à 12 €, trois livres sont demandés et trois sont offerts. C'est le prix d'équilibre, et trois est la quantité d'équilibre.

Les trois échanges réalisés sont ceux qui associent A1, A2 et A3 (prêts à payer 14 € ou plus) à V1, V2 et V3 (prêts à vendre à 10 € ou moins). A4 repart sans manuel : il n'en voulait pas à 12 €. V4 garde le sien : il n'acceptait pas de le céder à ce prix.

5. Pourquoi chacun est « preneur de prix »

Imaginons que V1, qui accepterait de vendre dès 4 €, affiche son livre à 15 €. Les acheteurs n'ont qu'à faire trois pas pour trouver le même manuel à 12 € : il ne vend rien. S'il l'affiche à 10 €, il vend immédiatement, mais il perd 2 € qu'il aurait pu obtenir sans difficulté. Il n'a donc aucun intérêt à s'écarter du prix du marché. De même, A4 ne peut pas exiger qu'on lui cède un livre à 11 € : aucun vendeur n'a besoin de lui.

Sur un marché concurrentiel, chaque acteur pris isolément est preneur de prix : il choisit la quantité qu'il achète ou vend, pas le prix. Le prix résulte de l'ensemble des décisions, sans qu'aucune ne le détermine à elle seule. C'est la différence essentielle avec un monopole, où l'unique vendeur fixe lui-même son prix.

6. Ce que l'échange rapporte : les surplus

A1 était prêt à payer 20 € ; il paie 12 €. Il réalise un gain de 8 €, non en argent reçu mais en satisfaction obtenue au-delà de ce qu'il a dépensé. Ce gain s'appelle le surplus du consommateur. Du côté des vendeurs, V1 acceptait 4 € et en reçoit 12 : son surplus du producteur est de 8 €.

Échange Surplus de l'acheteur Surplus du vendeur
A1 – V1 20 − 12 = 8 € 12 − 4 = 8 €
A2 – V2 17 − 12 = 5 € 12 − 7 = 5 €
A3 – V3 14 − 12 = 2 € 12 − 10 = 2 €
Total 15 € 15 €

Le surplus total atteint 30 €. C'est le maximum possible sur ce marché : aucun autre arrangement ne fait mieux. Un quatrième échange, entre A4 (11 €) et V4 (13 €), détruirait de la valeur, puisque le livre irait à quelqu'un qui l'estime moins que celui qui le cède. Le marché concurrentiel réalise tous les échanges avantageux et ceux-là seulement : c'est en ce sens qu'on le dit efficace.

7. Quand on bloque le prix

Supposons que l'association, pour aider les familles, interdise de vendre un manuel plus de 9 €. Il s'agit d'un prix plafond, fixé sous le prix d'équilibre. À 9 €, seuls V1 et V2 acceptent de vendre ; quatre acheteurs en veulent. Il manque deux livres : c'est une pénurie.

Si les deux livres reviennent aux acheteurs qui les valorisent le plus, A1 et A2, le surplus des acheteurs devient (20 − 9) + (17 − 9) = 19 €, celui des vendeurs (9 − 4) + (9 − 7) = 7 €. Le total tombe à 26 € : il manque les 4 € de l'échange entre A3 et V3 (14 − 10), qui n'a pas eu lieu. La mesure a transféré du surplus des vendeurs vers les acheteurs servis, mais elle a réduit le gain total.

Le résultat peut être pire. Si les livres vont aux premiers arrivés, et que ce sont A3 et A4, le surplus des acheteurs n'est plus que (14 − 9) + (11 − 9) = 7 €, et le total tombe à 14 €. Une file d'attente répartit les biens selon la ponctualité, pas selon le besoin. Ce raisonnement explique pourquoi les économistes se méfient des prix bloqués, sans pour autant dire qu'ils sont toujours injustifiés : un prix plancher comme le salaire minimum ou un plafonnement des loyers poursuivent des objectifs de justice que l'efficacité ne résume pas.

8. Quand les courbes se déplacent

Il faut distinguer deux choses que les élèves confondent souvent.

  • Un mouvement le long d'une courbe : le prix change, et les quantités offertes ou demandées réagissent. Passer de 12 € à 15 €, c'est glisser sur la courbe de demande.
  • Un déplacement de la courbe : un autre facteur que le prix change, et à chaque prix les quantités sont différentes.

Deux exemples sur la bourse aux livres. Si le lycée annonce qu'un nouveau programme rendra le manuel obsolète l'année suivante, chaque acheteur baisse son prix maximal : la courbe de demande se déplace vers la gauche, et le prix d'équilibre baisse. Si une classe supplémentaire termine l'année avec ce manuel, de nouveaux vendeurs arrivent : la courbe d'offre se déplace vers la droite, le prix baisse et la quantité échangée augmente.

9. Le graphique à savoir décrire

On représente le marché dans un repère où l'axe horizontal porte les quantités et l'axe vertical le prix. La courbe de demande descend de gauche à droite ; la courbe d'offre monte de gauche à droite. Elles se croisent en un point E : son abscisse est la quantité d'équilibre, son ordonnée le prix d'équilibre.

On trace l'horizontale passant par E. Le surplus du consommateur est la surface comprise entre la courbe de demande et cette horizontale, à gauche de E : un triangle situé au-dessus du prix. Le surplus du producteur est la surface comprise entre cette horizontale et la courbe d'offre : un triangle situé au-dessous. Un prix plafond se représente par une horizontale tracée sous E ; l'écart horizontal entre les deux courbes à cette hauteur mesure la pénurie, et le petit triangle de surplus situé entre la quantité échangée et la quantité d'équilibre représente la perte.

10. Questions d'examen corrigées

Question 1. Expliquez pourquoi la courbe d'offre est croissante. Chaque vendeur a un prix minimal en dessous duquel il ne vend pas. Quand le prix augmente, il dépasse le prix minimal d'un nombre croissant de vendeurs, qui entrent alors sur le marché ; les vendeurs déjà présents peuvent aussi proposer davantage. La quantité offerte augmente donc avec le prix.

Question 2. À l'aide de l'exemple, montrez qu'un prix supérieur au prix d'équilibre ne peut pas se maintenir. À 15 €, quatre livres sont offerts mais deux seulement sont demandés. Deux vendeurs ne trouvent pas preneur ; pour vendre, ils ont intérêt à proposer un prix plus bas que leurs concurrents. Ce mouvement se poursuit tant que l'offre dépasse la demande, c'est-à-dire jusqu'à 12 €.

Question 3. Calculez le surplus du consommateur de A2 et interprétez-le. A2 était prêt à payer 17 € et paie 12 € : son surplus est de 5 €. Il mesure le gain qu'il retire de l'échange, la différence entre la valeur qu'il accorde au manuel et ce qu'il a déboursé.

Question 4. Montrez qu'un prix plafond peut réduire le bien-être total. En fixant le prix sous l'équilibre, on décourage certains vendeurs : la quantité offerte diminue. Des échanges mutuellement avantageux n'ont plus lieu, comme celui entre A3 et V3, qui aurait créé 4 € de surplus. Le surplus total diminue, et davantage encore si les biens rares ne vont pas aux acheteurs qui les valorisent le plus.

Conclusion

Sur un marché concurrentiel, le prix n'est décidé par personne : il naît de la confrontation des prix maximaux des acheteurs et des prix minimaux des vendeurs, et il s'établit au niveau où les quantités offertes et demandées coïncident. À cet équilibre, tous les échanges avantageux sont réalisés et le surplus total est le plus élevé possible. Le modèle a pourtant ses limites : il suppose un produit identique, une information parfaite et l'absence de pouvoir de marché, conditions rarement réunies. C'est précisément ce que la suite du programme étudiera, avec les marchés où quelques entreprises fixent leurs prix et ceux où les échanges produisent des effets sur des tiers.

Bibliographie

  • Léon Walras, Éléments d'économie politique pure.
  • Alfred Marshall, Principes d'économie politique.
  • Jean Tirole, Économie du bien commun.