Olympe de Gouges : la force de sa Déclaration tient-elle à l'imitation du texte de 1789 ? (dissertation)

2 126 mots · ≈7 pages · Lycée · Dissertation

Dissertation de littérature d'idées — Lycée (bac de français, parcours « Écrire et combattre pour l'égalité ») — environ 2 200 mots.

Sujet

« La force de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne tient-elle d'abord à la manière dont Olympe de Gouges imite la Déclaration de 1789 ? »

Introduction

Un professeur qui corrige une copie ne la réécrit pas : il rature, il ajoute un mot en marge, et ce mot suffit parfois à renverser le sens d'une phrase. C'est un peu le geste d'Olympe de Gouges en septembre 1791. Elle reprend le texte voté par l'Assemblée en août 1789, celui des droits de l'homme et du citoyen, et le corrige à l'encre rouge : là où le texte disait « l'homme », elle écrit « la femme », ou « la femme et l'homme ». Ce sujet de dissertation sur Olympe de Gouges invite à se demander si toute la force du texte réside dans cette réécriture.

Née Marie Gouze à Montauban, auteure parisienne de pièces de théâtre et de brochures politiques, Olympe de Gouges publie sa Déclaration au moment où l'Assemblée achève la première Constitution, qui réserve le droit de vote à une partie des hommes. L'imitation désigne ici la reprise volontaire d'un texte modèle, de sa structure, de ses formules, de ses articles. La force d'un texte peut s'entendre comme sa puissance de persuasion, sa capacité à frapper, mais aussi sa portée historique.

L'efficacité de cette Déclaration vient-elle surtout du décalque du texte de 1789, ou bien de ce qu'Olympe de Gouges y ajoute : une voix, des propositions, un geste politique ?

Nous verrons d'abord que l'imitation est une arme redoutable, qui révèle les contradictions du modèle. Nous montrerons ensuite que le texte tire aussi sa force de tout ce qui déborde ce modèle. Enfin, nous verrons que cette force réside peut-être moins dans le texte lui-même que dans l'audace de l'avoir écrit.

Plan détaillé

I. Un décalque qui dénonce : l'imitation comme arme

  • A. Un modèle reconnaissable au premier coup d'œil
  • B. Un mot changé, et l'universel vacille
  • C. Prolonger la logique du modèle jusqu'à l'absurde

II. Ce que le texte de 1789 ne disait pas : une voix et des propositions

  • A. Une interpellation directe, de la dédicace au préambule
  • B. Le postambule : du droit au pamphlet
  • C. Des propositions concrètes qui dépassent le modèle

III. La force d'un geste plus que d'une imitation

  • A. Une femme qui légifère sans mandat
  • B. Un échec immédiat qui mesure la portée du défi
  • C. Une postérité qui révèle la justesse de la correction

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I. Un décalque qui dénonce : l'imitation comme arme

Le choix de reprendre la Déclaration de 1789 n'a rien d'un manque d'imagination. C'est une stratégie : opposer aux révolutionnaires leur propre texte.

A. Un modèle reconnaissable au premier coup d'œil

La Déclaration d'Olympe de Gouges suit pas à pas l'organisation de son modèle : un préambule, puis dix-sept articles, numérotés comme ceux de 1789, souvent construits sur la même syntaxe. Tout lecteur de l'époque, qui connaissait le texte fondateur de la Révolution, reconnaissait aussitôt la référence. Le titre lui-même est construit en miroir : « droits de la femme et de la citoyenne » répond terme à terme à « droits de l'homme et du citoyen ».

Cette reprise donne au texte une autorité immédiate. Olympe de Gouges n'invente pas une philosophie nouvelle qu'il faudrait défendre pied à pied ; elle s'appuie sur des principes que l'Assemblée a déjà proclamés solennellement. Elle place donc ses adversaires dans une position inconfortable : refuser ses articles, ce serait renier les leurs.

B. Un mot changé, et l'universel vacille

L'article premier suffit à mesurer l'effet. En écrivant « La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits », Olympe de Gouges ne fait que substituer un sujet à un autre dans une phrase célèbre. Mais cette simple substitution révèle que la phrase de 1789, qui se voulait universelle, laissait en réalité de côté la moitié de l'humanité. Le mot « homme » prétendait désigner l'être humain ; dans les faits, il désignait l'individu masculin, seul admis à la citoyenneté.

L'imitation agit ainsi comme un révélateur photographique : elle fait apparaître ce qui était caché dans le modèle. Le lecteur est obligé de relire le texte de 1789 et de se demander à qui il s'adressait vraiment.

C. Prolonger la logique du modèle jusqu'à l'absurde

Certains articles poussent plus loin le raisonnement. L'article 10, qui porte sur la liberté d'opinion, contient la formule la plus frappante du texte : « la femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune ». La Révolution punit les femmes comme les hommes ; elle doit donc leur accorder la même parole publique. L'argument est imparable parce qu'il retourne la loi contre elle-même : si la femme est responsable devant la justice, elle est un sujet de droit, et l'on ne peut lui refuser la tribune. Le parallélisme de la phrase et l'antithèse entre l'échafaud et la tribune donnent à cette logique la netteté d'une maxime.

Transition. L'imitation est donc une arme efficace. Pourtant, si l'on ne lisait que les dix-sept articles, on manquerait une grande part de ce qui fait l'énergie du texte : tout ce qui les encadre et les prolonge.

II. Ce que le texte de 1789 ne disait pas : une voix et des propositions

A. Une interpellation directe, de la dédicace au préambule

La Déclaration de 1789 parle au nom des « représentants du peuple français » ; elle est anonyme, collective, impersonnelle. Celle de 1791 commence tout autrement. Elle est précédée d'une dédicace à la reine Marie-Antoinette, à qui l'auteure demande d'appuyer la cause des femmes : choix risqué, qui montre qu'Olympe de Gouges cherche des alliés partout, quitte à déplaire aux plus radicaux.

Puis vient une apostrophe : « Homme, es-tu capable d'être juste ? C'est une femme qui t'en fait la question ». Le tutoiement, la question rhétorique, l'affirmation de l'identité de celle qui parle : tout rompt avec la neutralité du modèle. Une voix singulière s'élève, qui accuse, interroge, provoque. Le texte devient un dialogue, ou plutôt une mise en accusation. Olympe de Gouges invite l'homme à observer la nature, où les sexes coopèrent partout, et lui reproche d'être seul à prétendre commander. Cette énergie polémique ne doit rien au modèle.

B. Le postambule : du droit au pamphlet

Après les articles, le texte change encore de registre. Le postambule s'ouvre sur un appel : « Femme, réveille-toi ». Olympe de Gouges s'adresse cette fois aux femmes elles-mêmes, qu'elle exhorte à prendre conscience de leurs droits. Elle constate amèrement que la Révolution, à laquelle elles ont participé, ne leur a rien rendu.

Le ton n'est pas complaisant. L'auteure reproche aussi aux femmes d'avoir, sous l'Ancien Régime, cherché le pouvoir par la séduction et la ruse plutôt que par le droit. Ce regard critique sur son propre camp donne au texte une dimension morale. Le postambule tient du pamphlet : phrases exclamatives, interrogations, images fortes. On passe du langage froid du juriste à celui de l'oratrice.

C. Des propositions concrètes qui dépassent le modèle

Enfin, le texte formule des propositions que la Déclaration de 1789 n'envisageait pas. À la suite du postambule, Olympe de Gouges rédige un modèle de contrat entre l'homme et la femme qui s'unissent : les biens y sont mis en commun, et les enfants nés de cette union, quelle qu'en soit l'origine, doivent être protégés. L'article 11 de sa Déclaration va dans le même sens : il demande que la mère puisse publiquement désigner le père de son enfant, afin que celui-ci ne soit pas abandonné à la honte et à la misère.

Ces propositions touchent à la vie quotidienne des femmes : le mariage, la propriété, la maternité, la situation des enfants nés hors mariage. Elles montrent que le texte n'est pas un simple exercice de style. Il ne se contente pas de reproduire les principes de 1789 au féminin ; il les applique à des situations que les législateurs avaient ignorées.

Transition. L'imitation n'est donc qu'une partie de la force du texte. Mais au-delà même de son contenu, c'est peut-être l'acte d'écrire ce texte qui en constitue la vraie puissance.

III. La force d'un geste plus que d'une imitation

A. Une femme qui légifère sans mandat

En 1791, une femme n'a aucun droit politique. Elle ne vote pas, ne siège pas, ne peut prétendre rédiger les lois. Or Olympe de Gouges adopte la forme la plus solennelle du discours politique : la déclaration de droits, texte fondateur qui n'appartient qu'aux assemblées. En l'imitant, elle s'empare d'une parole qui lui est interdite. Elle agit comme si les femmes étaient déjà des citoyennes.

C'est ici que l'imitation prend une autre dimension : elle n'est plus seulement un procédé d'écriture, mais une usurpation volontaire. Le texte fait exister, par le seul fait d'être écrit, une citoyenne que le droit ne reconnaît pas. Sa force est performative : il accomplit ce qu'il revendique.

B. Un échec immédiat qui mesure la portée du défi

Cette audace n'a pas été récompensée. Le texte n'a reçu aucune réponse de l'Assemblée et n'a eu que peu d'échos sur le moment. En 1793, les clubs de femmes sont interdits, et Olympe de Gouges, qui s'oppose à la Terreur et défend les Girondins, est guillotinée en novembre. Elle n'est pas condamnée pour sa Déclaration, mais pour ses écrits politiques contre les Montagnards ; pourtant, sa condamnation montre qu'une femme qui prend la parole publiquement dérange.

Faut-il conclure que la force du texte était faible ? Si l'on juge sa force à son efficacité immédiate, oui. Mais cet échec mesure justement la radicalité du défi : la société révolutionnaire n'était pas prête à entendre ce que la logique de ses propres principes exigeait.

C. Une postérité qui révèle la justesse de la correction

Longtemps oubliée, ou réduite à une figure excentrique, Olympe de Gouges a surtout été redécouverte dans la seconde moitié du XXe siècle, bien après que les Françaises eurent obtenu le droit de vote, et son texte est devenu une référence. Sa force s'est donc révélée avec le temps : l'histoire a donné raison à sa correction. Ce qu'elle soulignait à l'encre rouge en 1791, l'exclusion des femmes d'un universel proclamé, est devenu une évidence.

D'autres, comme Condorcet en 1790, avaient plaidé pour l'admission des femmes au droit de cité. Mais c'est la forme choisie par Olympe de Gouges, cette réécriture frappante d'un texte que tous connaissent, qui a rendu sa protestation inoubliable. L'imitation, ici, est ce qui permet au texte de traverser le temps : chaque fois qu'on relit la Déclaration de 1789, celle de 1791 en apparaît comme le double critique.

Conclusion

La force de la Déclaration d'Olympe de Gouges tient incontestablement à l'imitation du texte de 1789 : en reprenant sa structure et ses formules, elle révèle l'exclusion des femmes et retourne les principes révolutionnaires contre ceux qui les ont proclamés. Mais cette imitation n'est qu'un point de départ. Le texte vaut aussi par la voix singulière qui interpelle l'homme et réveille les femmes, et par des propositions concrètes qui vont au-delà du modèle. Surtout, sa puissance tient au geste même de l'écrire : une femme sans droits s'empare de la forme la plus solennelle du discours politique. Sa force n'est donc pas d'abord dans la copie, mais dans l'usage qu'elle en fait.

On pourrait prolonger la réflexion avec Défense des droits de la femme de Mary Wollstonecraft, publié en Angleterre l'année suivante, ou avec la pièce d'Olympe de Gouges consacrée à l'esclavage des Noirs, qui montre que son combat pour l'égalité ne se limitait pas à la condition féminine.

Quatre autres sujets possibles

1. « Olympe de Gouges écrit-elle seulement pour les femmes ? » Angle : partir de l'adresse aux femmes dans le postambule, puis montrer qu'elle interpelle surtout les hommes et les législateurs, et que son combat concerne aussi les esclaves et les enfants naturels. Conclure sur une conception universelle de l'égalité.

2. « Pour combattre une injustice, suffit-il de proclamer des droits ? » Angle : montrer la puissance de la proclamation (texte solennel, valeur symbolique), puis ses limites (aucune application immédiate, besoin de lois concrètes, d'où le contrat social proposé), et enfin la nécessité du combat collectif.

3. « La Déclaration des droits de la femme est-elle un texte plus littéraire que juridique ? » Angle : reconnaître la forme juridique des articles, puis souligner les procédés littéraires du préambule et du postambule (apostrophes, images, ironie), avant de montrer que l'alliance des deux fait l'originalité du texte.

4. « Le combat d'Olympe de Gouges est-il daté ? » Angle : situer le texte dans son contexte révolutionnaire (citoyenneté, dédicace à la reine, références à l'Ancien Régime), puis montrer l'actualité de ses questions (parité, égalité dans le couple, reconnaissance des enfants), et conclure sur la valeur d'un texte qui pose un principe toujours à défendre.

Bibliographie

  • Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, texte d'Olympe de Gouges, suivi de sa « Forme du contrat social ».
  • Condorcet, Sur l'admission des femmes au droit de cité.
  • Mary Wollstonecraft, Défense des droits de la femme.
  • Poullain de La Barre, De l'égalité des deux sexes.