L'homme et la science : avantages et inconvénients (dissertation corrigée)

2 001 mots · ≈7 pages · Lycée · Dissertation

Dissertation corrigée, niveau lycée, environ 2 200 mots. Sujet de type argumentatif : montrez les avantages et les inconvénients de la science pour l'homme. Point de départ : les carnets de Marie Curie.

L'homme et la science : introduction

À la Bibliothèque nationale de France, les carnets de laboratoire de Pierre et Marie Curie ne se consultent pas comme les autres manuscrits. Ils sont conservés dans des boîtes doublées de plomb, car le radium que les deux chercheurs manipulaient à mains nues les a imprégnés pour très longtemps. Ces pages racontent l'une des plus belles aventures de la science moderne : la découverte de la radioactivité, qui a ouvert la voie à la radiothérapie contre certains cancers. Elles portent aussi la trace du danger que personne ne soupçonnait alors, et dont Marie Curie elle-même a sans doute fini par mourir.

Ce double héritage résume bien la question. La science désigne ici l'ensemble des connaissances rigoureuses que l'homme établit sur la nature par l'observation, l'expérience et le raisonnement, ainsi que, par extension, les applications techniques qui en découlent. Elle a transformé la vie humaine plus profondément qu'aucune autre entreprise : on vit plus longtemps, on communique d'un continent à l'autre, on comprend des phénomènes qui terrorisaient nos ancêtres. Mais elle a aussi fourni les moyens de destructions sans précédent et créé des risques que l'humanité n'avait jamais connus.

La science est-elle un bienfait pour l'homme, ou ses dangers l'emportent-ils sur ses promesses ? Et si elle est à la fois l'un et l'autre, de quoi dépend la balance ?

Nous verrons d'abord ce que la science a apporté à l'homme, dans sa santé, sa vie quotidienne et sa manière de penser. Nous examinerons ensuite les maux qu'elle a rendus possibles, de la guerre aux atteintes à l'environnement. Nous montrerons enfin que la science, par elle-même, n'est ni bonne ni mauvaise, et que tout dépend de la conscience avec laquelle les hommes l'orientent et l'utilisent.

Plan détaillé

  • I. Ce que l'homme doit à la science
    • a) Soigner, nourrir, prolonger la vie
    • b) Relier les hommes et alléger le travail
    • c) Chasser la peur : une libération de l'esprit
  • II. Le revers de la puissance
    • a) Des savants au service de la destruction
    • b) Des effets que personne n'avait prévus
    • c) Une dépendance et des inégalités nouvelles
  • III. Ni ange ni démon : la science entre nos mains
    • a) Distinguer le savoir et l'usage
    • b) Quand les savants se donnent des limites
    • c) L'affaire de tous les citoyens

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I. Ce que l'homme doit à la science

a) Soigner, nourrir, prolonger la vie

Le premier avantage de la science est le plus concret : elle a fait reculer la maladie et la mort. Pendant des siècles, la variole a tué ou défiguré des populations entières. À la fin du XVIIIe siècle, le médecin anglais Edward Jenner observe que les fermières ayant contracté la vaccine, une maladie bénigne des vaches, semblent protégées contre elle. Il en tire le principe de la vaccination. Grâce à des campagnes menées à l'échelle mondiale, la variole a fini par être officiellement déclarée éradiquée au XXe siècle : c'est la première maladie humaine que l'homme a fait disparaître.

D'autres découvertes ont suivi. Alexander Fleming remarque qu'une moisissure tombée par hasard dans une boîte de culture empêche les bactéries de se développer autour d'elle ; de cette observation naîtra la pénicilline, premier antibiotique. Des infections autrefois mortelles, une simple plaie infectée ou une pneumonie, se soignent désormais en quelques jours. La radioactivité découverte par les Curie a de son côté donné naissance à l'imagerie médicale et à la radiothérapie. Dans le domaine agricole, la connaissance des sols, des engrais et des semences a permis de nourrir des populations beaucoup plus nombreuses qu'autrefois.

b) Relier les hommes et alléger le travail

La science a aussi bouleversé la vie quotidienne. La maîtrise de l'électricité, issue des travaux de physiciens comme Faraday, a apporté la lumière, le froid qui conserve les aliments, les machines qui lavent et qui calculent. Le travail physique le plus pénible a été en grande partie confié aux machines, ce qui a libéré du temps pour l'étude ou le loisir.

Les distances se sont effacées. Une lettre qui mettait des semaines à traverser l'océan arrive aujourd'hui en une seconde sous forme de message. Un élève peut consulter des connaissances accumulées dans le monde entier, un chercheur travailler avec des collègues qu'il ne rencontrera jamais. Ces progrès ne sont pas seulement matériels : ils rapprochent les hommes et rendent possible une forme de communauté humaine à l'échelle de la planète.

c) Chasser la peur : une libération de l'esprit

On oublie souvent un troisième bienfait, moins visible : la science libère l'esprit de la crainte et de la superstition. Pendant longtemps, la foudre passait pour la manifestation d'une colère divine. Lorsque Benjamin Franklin montre qu'elle est un phénomène électrique et invente le paratonnerre, il ne protège pas seulement les maisons ; il ôte au ciel une part de son mystère menaçant. De même, les éclipses ou les comètes, longtemps interprétées comme des présages, deviennent des phénomènes prévisibles.

La démarche scientifique apprend aussi à penser par soi-même : ne rien admettre sans preuve, vérifier, accepter de se corriger. En ce sens, la science n'est pas seulement un outil, c'est une école de liberté intellectuelle. Elle donne à l'homme le moyen de comprendre le monde au lieu de le subir.

II. Le revers de la puissance

a) Des savants au service de la destruction

Les connaissances qui soignent peuvent aussi tuer. La physique de l'atome, qui explique la structure de la matière et permet de produire de l'énergie, a aussi rendu possible la bombe qui a détruit Hiroshima puis Nagasaki à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Albert Einstein, qui avait signé une lettre au président des États-Unis pour l'alerter sur la possibilité d'une telle arme aux mains de l'Allemagne nazie, a ensuite regretté le rôle qu'il y avait joué.

Le cas n'est pas isolé. La chimie a produit des gaz de combat, la biologie peut servir à fabriquer des armes. Plus la science donne de puissance à l'homme, plus elle lui donne aussi le pouvoir de détruire. Pour la première fois dans son histoire, l'humanité dispose des moyens de se supprimer elle-même : c'est un changement d'échelle que personne ne peut ignorer.

b) Des effets que personne n'avait prévus

Même lorsque la science est employée dans une intention bienfaisante, elle peut produire des effets désastreux. Les carnets radioactifs de Marie Curie en sont un symbole : les chercheurs ignoraient les dangers du radium, et l'on a même vendu un temps des produits de beauté ou des boissons qui en contenaient.

L'insecticide DDT a d'abord été accueilli comme un progrès : il permettait de lutter contre les moustiques porteurs du paludisme et contre les insectes qui ravageaient les récoltes. Mais la biologiste américaine Rachel Carson a montré, dans Printemps silencieux, qu'il s'accumulait dans les chaînes alimentaires et menaçait les oiseaux. Plus largement, l'usage massif des énergies fossiles, rendu possible par la science et l'industrie, contribue au réchauffement climatique. Le progrès apporte ainsi des dangers d'un genre nouveau : lents, diffus, souvent invisibles au moment où l'on prend les décisions.

c) Une dépendance et des inégalités nouvelles

La science crée enfin des formes de dépendance. Plus nos vies reposent sur des machines complexes, moins nous comprenons ce qui les fait fonctionner. Une panne d'électricité générale suffit à paralyser une ville entière. Nous utilisons quotidiennement des outils dont nous ignorons tout, et nous devons faire confiance à des spécialistes que nous ne pouvons pas contrôler.

Les bienfaits de la science ne sont pas non plus également partagés. Les médicaments les plus efficaces restent hors de portée de nombreux malades dans les pays pauvres, alors que les dégâts écologiques touchent tout le monde, et souvent d'abord ceux qui ont le moins profité du progrès. La science, qui devrait unir l'humanité, peut aussi creuser les écarts entre ceux qui en maîtrisent les fruits et ceux qui en subissent les conséquences.

III. Ni ange ni démon : la science entre nos mains

a) Distinguer le savoir et l'usage

Faut-il en conclure que la science est mauvaise ? Ce serait confondre la connaissance et l'usage qu'on en fait. Savoir comment l'atome se désintègre ne tue personne ; c'est la décision de construire une bombe et de la lancer qui tue. La même connaissance du radium a servi à soigner des cancers et à empoisonner des ouvrières qui peignaient des cadrans lumineux. La science donne des moyens ; elle ne dit pas à quelles fins il faut les employer.

Rabelais l'avait pressenti dès la Renaissance. Dans la lettre que Gargantua adresse à son fils Pantagruel, il l'encourage à tout apprendre, mais le met en garde : « science sans conscience n'est que ruine de l'âme ». Le savoir sans valeurs morales pour le guider se retourne contre celui qui le possède. L'inconvénient ne tient donc pas à la science elle-même, mais à l'absence de réflexion sur ses fins.

b) Quand les savants se donnent des limites

L'histoire récente montre que les scientifiques eux-mêmes peuvent prendre cette responsabilité. Dans les années soixante-dix, des biologistes qui venaient d'apprendre à transférer des gènes d'un organisme à un autre se sont inquiétés des risques de leurs propres recherches. Ils ont décidé de suspendre volontairement certaines expériences, puis se sont réunis à Asilomar, en Californie, pour fixer des règles de prudence avant de reprendre leurs travaux. C'est un exemple rare et précieux : des savants qui ralentissent leur propre progrès pour mieux en mesurer les conséquences.

Marie Curie a, de son côté, choisi avec Pierre de ne pas déposer de brevet sur leur procédé d'extraction du radium, afin que la découverte profite librement à tous. Ces choix montrent qu'il n'existe pas de fatalité. Le philosophe Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité, a d'ailleurs défendu l'idée qu'une puissance aussi grande exige une prudence nouvelle : lorsque les effets de nos actions peuvent menacer les générations futures, il faut prendre au sérieux le pire scénario avant d'agir.

c) L'affaire de tous les citoyens

Enfin, les décisions sur l'usage de la science ne peuvent pas être laissées aux seuls savants. Faut-il développer telle énergie, autoriser telle technique médicale, encadrer telle recherche ? Ces questions engagent la vie de tous, et elles relèvent du débat démocratique. Les comités d'éthique, les lois sur la bioéthique, les débats publics sur les grands choix énergétiques sont autant de moyens pour que la société garde la maîtrise de sa propre puissance.

Cela suppose une condition : que les citoyens possèdent eux-mêmes une culture scientifique suffisante pour juger. L'école a ici un rôle essentiel. Comprendre comment fonctionne un vaccin, ce qu'est une preuve, comment distinguer une étude sérieuse d'une rumeur, c'est se donner les moyens de profiter des avantages de la science sans en devenir la victime. La science n'est un bienfait que pour un homme capable de la comprendre et de la juger.

Conclusion

La science a apporté à l'homme des bienfaits immenses : elle a fait reculer la maladie, allégé le travail, rapproché les peuples et libéré l'esprit de nombreuses peurs. Mais elle a aussi fourni des armes d'une puissance inédite, produit des effets imprévus sur la santé et l'environnement, et créé de nouvelles dépendances. Ces inconvénients ne tiennent pas au savoir lui-même, mais à l'usage qu'on en fait et à l'absence de réflexion sur ses fins. Comme le montrent les carnets de Marie Curie, la même découverte peut guérir et tuer. C'est donc à l'homme, savant comme citoyen, de décider ce que la science deviendra entre ses mains.

On peut alors se demander si la prudence suffit : faut-il accepter de renoncer à certaines connaissances, ou toute recherche mérite-t-elle d'être menée, quitte à en encadrer ensuite les applications ?

Bibliographie

  • François Rabelais, Pantagruel, chapitre VIII (lettre de Gargantua à Pantagruel).
  • Rachel Carson, Printemps silencieux.
  • Hans Jonas, Le Principe responsabilité.
  • Ève Curie, Madame Curie.

Pour prolonger : sujets proches

  • Le progrès scientifique rend-il l'homme plus heureux ? Distinguer le confort matériel et le sens de la vie.
  • Les savants sont-ils responsables de l'usage de leurs découvertes ? Partir d'Einstein et de la réunion d'Asilomar.
  • Faut-il fixer des limites à la recherche ? S'appuyer sur Jonas et sur les lois de bioéthique.

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