Est-ce la science qui découvre le monde, ou qui le construit ? Cette question résume l'enjeu de la plupart des sujets. La science se définit d'abord par sa méthode : elle ne se contente pas d'accumuler des observations, elle formule des hypothèses, les soumet à l'expérience, les exprime souvent en langage mathématique et les expose à la critique d'une communauté de chercheurs. Elle se distingue ainsi de l'opinion, qui affirme sans examen, mais aussi de la simple technique, qui vise l'efficacité plutôt que la vérité.
Deux familles de sujets reviennent. Les premières portent sur la connaissance : la science atteint-elle la vérité, peut-elle tout expliquer, progresse-t-elle de façon continue ? Il faut alors mobiliser l'épistémologie (Bachelard, Popper, Kuhn) et éviter l'image d'une science qui ne ferait qu'enregistrer des faits. Les secondes portent sur la valeur : la science rend-elle meilleur, doit-elle être encadrée, peut-elle décider à notre place ? On passe alors à l'éthique et au politique.
Attention au singulier : « la science » est une abstraction. Les mathématiques, la physique, la biologie et les sciences humaines n'ont ni le même objet ni la même façon de prouver. Une bonne copie exploite cette pluralité au lieu de l'ignorer.
Les grands sujets
1. La science peut-elle atteindre la vérité ?
Problématique : la science vise le vrai, mais son histoire est faite de théories abandonnées ; ses vérités ne sont-elles que provisoires ? Pistes : Popper (La Logique de la découverte scientifique) montre qu'une théorie n'est jamais vérifiée définitivement, seulement corroborée tant qu'elle résiste à la réfutation. Une partie peut défendre l'idée d'une approximation croissante du vrai.
2. L'expérience suffit-elle à fonder la connaissance scientifique ?
Problématique : la science se réclame de l'expérience, mais une expérience n'a de sens qu'à partir d'une hypothèse et d'instruments déjà chargés de théorie. Pistes : Claude Bernard (Introduction à l'étude de la médecine expérimentale) décrit le rôle de l'idée préconçue ; Bachelard insiste sur le fait que le fait scientifique est construit. Discuter le problème de l'induction chez Hume.
3. La science s'oppose-t-elle à l'opinion ?
Problématique : la science naît contre les évidences du sens commun ; mais elle peut aussi devenir opinion lorsqu'elle est reçue sans être comprise. Pistes : La Formation de l'esprit scientifique de Bachelard décrit les obstacles épistémologiques à surmonter. Platon (allégorie de la caverne) fournit l'opposition classique entre doxa et savoir.
4. Ce qui n'est pas scientifique est-il irrationnel ?
Problématique : le critère de scientificité sépare la science du reste ; ce reste (morale, art, métaphysique) est-il pour autant privé de raison ? Pistes : le critère de démarcation de Popper ne disqualifie pas la métaphysique, il la situe ailleurs. Kant montre que la raison pratique a sa rigueur propre sans être science.
5. La science progresse-t-elle ?
Problématique : l'accumulation des découvertes suggère un progrès continu, mais les révolutions scientifiques changent parfois la manière même de poser les questions. Pistes : la loi des trois états d'Auguste Comte (Cours de philosophie positive) propose un progrès linéaire ; Kuhn (La Structure des révolutions scientifiques) décrit des ruptures de paradigme. Préciser en quel sens on parle encore de progrès.
6. Les mathématiques sont-elles le langage de la nature ?
Problématique : la physique moderne écrit le monde en équations, comme si la nature était mathématique ; mais n'est-ce pas plutôt notre esprit qui projette ses formes sur elle ? Pistes : Galilée, dans L'Essayeur, affirme que le livre de la nature est écrit en langue mathématique ; Kant fait des mathématiques une construction de l'esprit appliquée aux phénomènes. Poincaré (La Science et l'hypothèse) offre une position intermédiaire.
7. Les sciences humaines sont-elles vraiment des sciences ?
Problématique : l'homme peut-il être étudié comme un objet alors qu'il donne sens à ce qu'il fait et réagit à ce qu'on dit de lui ? Pistes : Durkheim (Les Règles de la méthode sociologique) veut traiter les faits sociaux comme des choses ; Dilthey oppose expliquer et comprendre. Conclure sur une scientificité propre, non calquée sur la physique.
8. Faut-il limiter la recherche scientifique ?
Problématique : la liberté de chercher est la condition du savoir, mais certaines recherches engagent la vie, l'environnement ou la dignité humaine. Pistes : Hans Jonas (Le Principe responsabilité) défend une éthique de la prudence face à des puissances inédites. Distinguer la connaissance elle-même et ses applications, puis montrer les limites de cette distinction.
9. La science nous dit-elle ce que nous devons faire ?
Problématique : la science décrit ce qui est ; peut-on en tirer ce qui doit être ? Pistes : la distinction de Hume entre être et devoir-être interdit le passage direct. Max Weber (Le Savant et le Politique) sépare la vocation du savant et les choix de valeurs. Utile pour des sujets d'actualité sur l'expertise.
10. La science peut-elle tout expliquer ?
Problématique : la science étend sans cesse son domaine, mais certaines questions (le sens de l'existence, la valeur d'une œuvre) semblent hors de sa portée. Pistes : l'ambition positiviste de Comte face à la critique de Husserl (La Crise des sciences européennes), qui reproche à la science d'oublier le monde vécu. Bergson montre que la durée vécue échappe à la mesure.
11. La science est-elle neutre ?
Problématique : la connaissance semble indifférente à ses usages, mais les sujets de recherche, les financements et les applications ne le sont pas. Pistes : Heidegger (La Question de la technique) voit dans la science moderne une manière de mettre la nature en demeure ; Weber défend la neutralité axiologique comme exigence. Les opposer en deux parties.
12. Science sans conscience n'est-elle que ruine de l'âme ?
Problématique : la formule de Rabelais (Pantagruel) affirme que le savoir doit être accompagné d'une exigence morale ; le savoir rend-il par lui-même meilleur ? Pistes : l'intellectualisme socratique (nul n'est méchant volontairement) contre Rousseau (Discours sur les sciences et les arts), pour qui les sciences ont accompagné la corruption des mœurs. Ouvrir sur la responsabilité du chercheur selon Jonas.
13. Une théorie scientifique peut-elle être prouvée ?
Problématique : les mathématiques démontrent, les sciences expérimentales confirment ; mais aucune série finie d'observations ne garantit une loi universelle. Pistes : l'asymétrie poppérienne entre vérification et réfutation ; le holisme de Duhem (La Théorie physique), selon lequel on ne teste jamais une hypothèse isolée. Bien distinguer preuve logique et preuve expérimentale.
14. Faut-il croire la science ?
Problématique : le non-spécialiste ne peut vérifier les résultats, il doit faire confiance ; cette confiance est-elle une croyance comme une autre ? Pistes : distinguer la croyance aveugle et la confiance fondée sur une méthode publique et révisable. Bachelard (l'esprit scientifique comme vigilance) et Popper (la critique comme norme) donnent les arguments décisifs.
Erreurs fréquentes sur ce thème
- Écrire « la science prouve que… » comme si toutes les disciplines prouvaient de la même manière.
- Présenter l'histoire des sciences comme une marche triomphale sans erreurs ni ruptures.
- Opposer science et religion dans chaque sujet, même quand l'énoncé ne le demande pas.
- Confondre la science (connaissance) et la technique (application), ou les traiter comme strictement séparées sans discussion.
- Remplacer l'analyse par des exemples d'actualité non expliqués : un exemple vaut par l'argument qu'on en tire.