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Sujets de dissertation sur le bonheur : problématiques et pistes

6 dissertations et analyses rédigées sur ce thème ↓

Tout le monde veut être heureux, et personne ne sait dire exactement ce qu'il veut en le voulant : c'est à peu près le constat de départ de Kant, et c'est une excellente porte d'entrée. Le bonheur se distingue du plaisir, qui est passager et localisé, et de la joie, qui est un mouvement ; il désigne plutôt une satisfaction globale et durable de l'existence. Mais cette définition soulève aussitôt des difficultés : une satisfaction durable est-elle compatible avec le désir, qui renaît sans cesse ? Dépend-elle de nous ou de la chance, comme le suggère l'étymologie (le « bon heur », la bonne fortune) ?

Les sujets sur le bonheur croisent presque toujours une autre notion : le désir, le devoir, la morale, la politique, le travail. Il faut donc identifier rapidement le couple de notions en jeu. Les Anciens (Aristote, Épicure, les stoïciens) pensent le bonheur comme fin de la vie bonne ; les Modernes s'en méfient davantage, soit parce qu'il est indéterminé (Kant), soit parce qu'il devient l'affaire privée de chacun.

Les grands sujets

1. Le bonheur est-il le but de l'existence ?

Problématique : Si toutes nos actions visent le bonheur, celui-ci est-il la fin dernière de la vie humaine, ou existe-t-il des fins plus hautes que lui ?

Pistes : Aristote, au livre I de l'Éthique à Nicomaque, fait du bonheur la fin que l'on recherche pour elle-même et le définit comme activité de l'âme conforme à la vertu. Kant objecte que la raison ne nous a pas été donnée pour être heureux, mais pour agir moralement.

2. Le bonheur dépend-il de nous ?

Problématique : Sommes-nous les artisans de notre bonheur, ou celui-ci reste-t-il suspendu à des circonstances que nous ne maîtrisons pas ?

Pistes : Le Manuel d'Épictète s'ouvre sur le partage entre ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas. Descartes, dans la troisième maxime de sa morale par provision, conseille de changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde. Nuancer avec Aristote, pour qui la vie heureuse exige aussi quelques biens extérieurs.

3. Peut-on être heureux sans être vertueux ?

Problématique : Le méchant qui réussit est-il vraiment heureux, ou le bonheur suppose-t-il une forme de justice intérieure ?

Pistes : Le Gorgias de Platon oppose Socrate à Calliclès, qui défend une vie de désirs illimités ; Socrate la compare à un tonneau percé. Les stoïciens soutiennent que la vertu suffit au bonheur. Kant dissocie les deux : la morale rend digne d'être heureux, sans le garantir.

4. Le bonheur se réduit-il au plaisir ?

Problématique : Être heureux, est-ce accumuler les plaisirs, ou savoir les choisir et parfois y renoncer ?

Pistes : La Lettre à Ménécée d'Épicure classe les désirs (naturels et nécessaires, naturels seulement, vains) et place le bonheur dans l'absence de trouble. Mill, dans L'Utilitarisme, distingue des plaisirs supérieurs et inférieurs.

5. Le bonheur est-il un idéal de l'imagination ?

Problématique : Le bonheur est-il un but que l'on peut atteindre, ou une représentation vague que l'on poursuit sans jamais la saisir ?

Pistes : Kant, dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, explique que le bonheur est un idéal non de la raison mais de l'imagination, faute de pouvoir en déterminer le contenu. Pascal montre, avec le divertissement, que nous vivons dans l'attente d'un bonheur toujours différé.

6. Le désir est-il un obstacle au bonheur ?

Problématique : Si désirer, c'est manquer, comment le désir pourrait-il conduire à la satisfaction ?

Pistes : Dans le Banquet, Platon définit Éros comme manque. Schopenhauer en tire la conclusion pessimiste d'une vie oscillant entre souffrance et ennui. Spinoza renverse la perspective : le désir est l'essence même de l'homme, et la joie accompagne l'augmentation de notre puissance d'agir.

7. Avons-nous le devoir d'être heureux ?

Problématique : Le bonheur relève-t-il seulement du souhait, ou peut-il faire l'objet d'une exigence morale, envers soi et envers les autres ?

Pistes : Alain, dans les Propos sur le bonheur, fait du bonheur une affaire de volonté et une forme de politesse envers autrui. Kant admet un devoir indirect d'assurer son bonheur, parce que le malheur expose à la tentation de manquer à ses devoirs.

8. L'État doit-il faire le bonheur des citoyens ?

Problématique : Le pouvoir politique doit-il viser le bonheur des individus, au risque de leur imposer sa définition, ou seulement garantir les conditions de leur liberté ?

Pistes : Kant qualifie de despotisme le gouvernement paternaliste. Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique, décrit un pouvoir tutélaire et doux qui voudrait épargner aux citoyens jusqu'à la peine de vivre. Saint-Just déclarait que le bonheur était une idée neuve en Europe : examiner ce que cela engage.

9. Peut-on être heureux seul ?

Problématique : Le bonheur est-il une affaire intérieure, ou suppose-t-il des liens avec autrui ?

Pistes : Aristote consacre deux livres de l'Éthique à Nicomaque à l'amitié, sans laquelle nul ne choisirait de vivre. Rousseau, dans la cinquième promenade des Rêveries du promeneur solitaire, décrit au contraire un bonheur de pure présence à soi au bord du lac de Bienne.

10. Le savoir rend-il heureux ?

Problématique : Connaître davantage, est-ce s'approcher du bonheur, ou perdre des illusions qui nous protégeaient ?

Pistes : Aristote place la vie contemplative au sommet du bonheur humain ; Spinoza fait de la connaissance de Dieu la béatitude. Contre eux, Nietzsche montre dans la deuxième Considération inactuelle que l'oubli est nécessaire au bonheur et à l'action.

11. Faut-il renoncer à être heureux pour être lucide ?

Problématique : Le bonheur repose-t-il sur l'illusion, de sorte que la lucidité nous condamnerait au malheur ?

Pistes : Freud, dans Malaise dans la civilisation, juge que le bonheur n'entre guère dans les intentions de la nature. Camus, dans Le Mythe de Sisyphe, refuse pourtant de conclure au désespoir : « Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

12. Le travail peut-il rendre heureux ?

Problématique : Le travail n'est-il qu'une peine qui nous éloigne du bonheur, ou peut-il être une forme d'accomplissement ?

Pistes : Marx, dans les Manuscrits de 1844, décrit le travail aliéné où l'ouvrier ne se sent lui-même qu'en dehors du travail. Hegel montre, dans la dialectique du maître et de l'esclave, que le travail forme celui qui l'accomplit.

13. Le bonheur des autres doit-il compter autant que le mien ?

Problématique : Une morale du bonheur doit-elle être impartiale, ou chacun a-t-il le droit de privilégier le sien ?

Pistes : L'utilitarisme de Bentham et Mill vise le plus grand bonheur du plus grand nombre, chaque personne comptant pour une. On peut lui objecter, avec Kant, qu'un calcul global risque de sacrifier l'individu.

14. Le bonheur est-il un état ou un chemin ?

Problématique : Faut-il concevoir le bonheur comme un repos final, ou comme une activité qui ne s'achève pas ?

Pistes : Pascal montre que nous fuyons le repos dès que nous l'atteignons. Aristote, lui, pense le bonheur comme une activité qui s'exerce sur une vie entière : une hirondelle ne fait pas le printemps.

Erreurs fréquentes sur ce thème

  • Employer « bonheur », « plaisir », « joie » et « bien-être » comme des synonymes, alors que leur distinction fournit souvent le plan.
  • Transformer la copie en guide de développement personnel, avec des conseils plutôt que des arguments.
  • Oublier que Kant ne condamne pas le bonheur : il refuse seulement d'en faire le fondement de la morale.
  • Présenter Épicure comme un défenseur de la débauche, contresens que sa lettre réfute explicitement.
  • Ignorer la dimension collective (politique, sociale) du bonheur quand le sujet y invite.

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