Le premier réflexe face à un sujet sur la conscience doit être de se demander de quelle conscience il s'agit. Le mot recouvre au moins trois sens : la conscience psychologique, présence de l'esprit au monde et à lui-même ; la conscience réfléchie, retour sur soi qui permet de dire « je » ; la conscience morale, cette voix intérieure qui juge le bien et le mal de nos actes. Beaucoup de sujets jouent précisément sur le glissement de l'un à l'autre.
La tradition moderne, depuis Descartes, a fait de la conscience le point de départ de toute certitude et le fondement de la dignité humaine. Mais ce privilège a été contesté de plusieurs côtés : par ceux qui montrent qu'elle est partielle et trompeuse (Spinoza, Nietzsche, Freud), par ceux qui la décrivent comme toujours tournée vers autre chose qu'elle-même (Husserl, Sartre), par ceux qui en font un produit de la vie sociale. Une dissertation réussie fait jouer ces critiques sans pour autant liquider la conscience : même pour la contester, il faut encore en avoir une.
Les grands sujets
1. La conscience est-elle un fardeau ?
Problématique : Savoir que l'on existe, que l'on mourra et que l'on est responsable, est-ce une charge qui nous accable ou la condition de ce qui fait le prix de la vie humaine ?
Pistes : Pascal montre que la conscience de notre misère fait aussi notre grandeur : l'homme est un roseau, mais un roseau pensant. Sartre, dans L'existentialisme est un humanisme, décrit l'angoisse liée à la responsabilité totale. Conclure sur la conscience comme fardeau assumé plutôt que subi.
2. Se connaître soi-même, est-ce possible ?
Problématique : La conscience nous donne-t-elle un accès transparent à ce que nous sommes, ou ne nous livre-t-elle qu'une image partielle ?
Pistes : Descartes, dans la deuxième des Méditations métaphysiques, découvre dans le « je pense » une vérité indubitable. Hume, dans le Traité de la nature humaine, cherche le moi et ne trouve qu'un flux de perceptions. Se demander si la connaissance de soi passe par les actes et les œuvres plutôt que par l'introspection.
3. La conscience fait-elle la dignité de l'homme ?
Problématique : Est-ce le fait de penser qui élève l'homme au-dessus des choses, ou la dignité tient-elle à autre chose qu'à la conscience ?
Pistes : Kant, au début de l'Anthropologie d'un point de vue pragmatique, voit dans la capacité de dire « je » ce qui fait de l'homme une personne. On peut se demander, en dernière partie, ce que devient la dignité de ceux dont la conscience est altérée (coma, grand âge), et retrouver la dignité morale kantienne qui ne dépend pas d'un état psychique.
4. La conscience morale n'est-elle que le produit de l'éducation ?
Problématique : Le sentiment du bien et du mal est-il inné en nous, ou n'est-il que l'intériorisation des règles de notre milieu ?
Pistes : Rousseau, dans la « Profession de foi du vicaire savoyard » (Émile, livre IV), fait de la conscience un instinct divin et infaillible. Nietzsche, dans la Généalogie de la morale, en retrace au contraire la lente fabrication par la contrainte. Une troisième partie peut défendre une conscience éduquée mais capable de juger son éducation.
5. Avoir conscience, est-ce avoir conscience de soi ?
Problématique : Toute conscience est-elle réflexive, ou peut-on être conscient du monde sans se prendre soi-même pour objet ?
Pistes : Husserl caractérise la conscience par l'intentionnalité : elle est toujours conscience de quelque chose. Sartre distingue la conscience irréfléchie, absorbée dans ce qu'elle vise, et la conscience réflexive qui se retourne sur elle-même.
6. Suis-je ce que j'ai conscience d'être ?
Problématique : L'image que j'ai de moi coïncide-t-elle avec ce que je suis, ou peut-il exister un écart, voire un mensonge, entre les deux ?
Pistes : Sartre, dans L'Être et le Néant, analyse la mauvaise foi à travers l'exemple du garçon de café qui joue à être ce qu'il est. Spinoza rappelle que nous ignorons le plus souvent les causes de nos désirs.
7. Autrui est-il nécessaire à la conscience de soi ?
Problématique : Puis-je prendre conscience de moi seul, ou ai-je besoin du regard et de la reconnaissance d'autrui ?
Pistes : Hegel, dans la Phénoménologie de l'esprit, montre que la conscience de soi ne s'atteint que dans la lutte pour la reconnaissance. Sartre fait de la honte l'expérience où je me découvre objet sous le regard d'autrui.
8. Les animaux ont-ils une conscience ?
Problématique : La conscience est-elle le propre de l'homme, ou faut-il admettre des degrés de conscience dans le vivant ?
Pistes : Descartes, dans la cinquième partie du Discours de la méthode, refuse la pensée aux bêtes, faute de langage véritable. Leibniz introduit les petites perceptions et distingue la perception de l'aperception, ce qui ouvre la voie à une conscience graduée.
9. Peut-on agir sans savoir ce que l'on fait ?
Problématique : Nos actions passent-elles toujours par la conscience, ou une grande part de notre conduite se déroule-t-elle à son insu ?
Pistes : L'habitude, qui libère l'esprit en automatisant le corps, est un bon point de départ. Spinoza explique que les hommes se croient libres parce qu'ils ont conscience de leurs actions mais ignorent ce qui les détermine. Distinguer l'inconscience de la distraction et de l'aveuglement volontaire.
10. La conscience est-elle d'abord mémoire ?
Problématique : Être conscient, est-ce seulement être présent à l'instant, ou relier le passé et l'avenir dans un même geste ?
Pistes : Bergson, dans la conférence « La conscience et la vie » (L'Énergie spirituelle), définit la conscience comme mémoire du passé et anticipation de l'avenir, et la lie au choix. Locke, dans l'Essai sur l'entendement humain, fonde l'identité personnelle sur la mémoire.
11. Trop de conscience empêche-t-il d'agir ?
Problématique : La réflexion éclaire-t-elle l'action, ou peut-elle la paralyser en multipliant les scrupules et les hésitations ?
Pistes : Nietzsche, dans La Naissance de la tragédie, voit en Hamlet l'homme que la connaissance a dégoûté d'agir. Aristote montre au contraire, avec la prudence, une délibération qui aboutit à la décision.
12. Faut-il toujours écouter sa conscience ?
Problématique : La conscience morale est-elle un guide sûr, ou peut-elle se tromper, voire servir de caution à des actes injustes ?
Pistes : Rousseau en fait un juge infaillible du bien et du mal. Arendt, dans Eichmann à Jérusalem, montre qu'un homme ordinaire peut participer au pire avec la conscience tranquille, faute de penser par lui-même.
13. Prendre conscience, est-ce se libérer ?
Problématique : Connaître ce qui nous détermine suffit-il à nous en affranchir, ou la conscience de nos chaînes les laisse-t-elle intactes ?
Pistes : Spinoza fait de la connaissance des causes la voie de la liberté. Marx affirme que ce n'est pas la conscience qui détermine l'existence sociale mais l'inverse ; la prise de conscience de classe n'en reste pas moins pour lui la condition de l'émancipation.
14. La conscience se réduit-elle à l'activité du cerveau ?
Problématique : Si la conscience dépend du cerveau, s'ensuit-il qu'elle n'est rien d'autre que ce fonctionnement ?
Pistes : Descartes distingue substance pensante et substance étendue. Bergson, dans « L'âme et le corps » (L'Énergie spirituelle), admet la solidarité du cerveau et de la pensée tout en refusant de les identifier, comme un vêtement est solidaire du clou auquel il est accroché sans se confondre avec lui.
Erreurs fréquentes sur ce thème
- Ne pas préciser de quelle conscience on parle, puis glisser sans le dire de la conscience psychologique à la conscience morale.
- Réduire Descartes à la formule « je pense donc je suis » sans expliquer le doute qui y conduit.
- Transformer tout sujet sur la conscience en sujet sur l'inconscient : Freud peut servir d'objection, pas de plan à lui seul.
- Affirmer que les animaux « n'ont pas de conscience » comme une évidence, alors que c'est une thèse à discuter.