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Sujets de dissertation sur la justice : problématiques et pistes

10 dissertations et analyses rédigées sur ce thème ↓

« Justice » désigne à la fois une vertu (être juste, c'est rendre à chacun ce qui lui revient), un idéal (ce que la société devrait être) et une institution (les tribunaux, l'appareil judiciaire). La plupart des sujets naissent du décalage entre ces trois sens : une décision conforme à la loi peut sembler injuste, une société organisée peut reposer sur des inégalités criantes, un individu peut être juste dans un État qui ne l'est pas. Il faut aussi tenir compte du couple que forment le juste et le droit : le droit positif est l'ensemble des règles en vigueur, le juste est ce au nom de quoi on les évalue.

Deux grands partages aident à construire un plan. Le premier, venu d'Aristote, distingue la justice distributive (répartir selon le mérite ou le besoin) et la justice corrective (réparer un tort entre égaux). Le second oppose ceux pour qui la justice est une convention ou un rapport de forces (Thrasymaque, Calliclès, Pascal dans une certaine mesure) et ceux qui la fondent sur la raison ou la nature (Platon, la tradition du droit naturel, Rawls).

Les grands sujets

1. La justice n'est-elle que l'intérêt du plus fort ?

Problématique : Ce que l'on appelle juste n'est-il que le masque de la domination, ou la justice possède-t-elle une valeur indépendante du rapport de forces ?

Pistes : Au livre I de la République, Thrasymaque soutient cette thèse et Socrate la réfute. Pascal, dans les Pensées, observe qu'à défaut de pouvoir rendre fort ce qui est juste, les hommes ont rendu juste ce qui est fort : la remarque est plus inquiétante qu'un simple cynisme.

2. Être juste, est-ce respecter la loi ?

Problématique : L'obéissance aux lois suffit-elle à la justice, ou faut-il parfois s'écarter de la lettre de la loi pour être juste ?

Pistes : Aristote, au livre V de l'Éthique à Nicomaque, définit l'équité comme correction de la loi là où sa généralité la rend défaillante, et l'illustre par la règle de plomb des architectes de Lesbos qui épouse la forme de la pierre. Antigone incarne le refus d'une loi jugée injuste.

3. Est-on juste seulement par crainte de la sanction ?

Problématique : Si l'on était assuré de l'impunité, resterait-on juste ?

Pistes : Le mythe de l'anneau de Gygès, au livre II de la République, pose le problème. Hobbes fonde l'obéissance sur la peur du glaive. Kant permet de soutenir que la valeur morale tient justement à ce qu'on agit indépendamment de toute crainte.

4. L'égalité est-elle la condition de la justice ?

Problématique : Être juste, est-ce traiter tout le monde de la même façon, ou est-ce parfois traiter différemment des situations différentes ?

Pistes : Aristote oppose l'égalité arithmétique, propre à la justice corrective, et l'égalité proportionnelle de la justice distributive. Rawls, dans la Théorie de la justice, admet des inégalités à condition qu'elles profitent aux plus défavorisés.

5. Le droit naturel existe-t-il ?

Problématique : Y a-t-il un juste par nature, antérieur à toutes les lois humaines, ou le droit n'est-il que ce que les hommes ont établi ?

Pistes : Leo Strauss, dans Droit naturel et histoire, défend l'idée d'un juste par nature contre le relativisme historique. Kelsen, dans la Théorie pure du droit, veut décrire le droit positif sans lui chercher de fondement moral. La Déclaration de 1789 fournit un exemple concret de droits dits naturels.

6. Punir, est-ce rendre justice ?

Problématique : La peine répare-t-elle un tort, protège-t-elle la société, ou n'est-elle qu'une vengeance réglée ?

Pistes : Beccaria, dans Des délits et des peines, juge la peine à son utilité et rejette la cruauté. Foucault, dans Surveiller et punir, montre comment la prison fabrique autant qu'elle corrige. Hegel voit dans la peine le droit du criminel lui-même, traité en être raisonnable.

7. La vengeance peut-elle être juste ?

Problématique : La vengeance n'est-elle qu'une passion, ou contient-elle une exigence de justice que l'institution doit recueillir ?

Pistes : L'Orestie d'Eschyle s'achève sur l'institution d'un tribunal qui met fin au cycle des meurtres. Hegel distingue la vengeance, toujours particulière et sans fin, et la peine, qui rétablit le droit.

8. Vaut-il mieux subir l'injustice que la commettre ?

Problématique : Celui qui commet l'injustice impunément est-il plus heureux que celui qui la subit, ou se fait-il un tort plus grand ?

Pistes : Socrate soutient dans le Gorgias le paradoxe que commettre l'injustice est pire que la subir, car c'est corrompre son âme. Calliclès lui oppose une justice selon la nature qui donne raison au plus fort.

9. La justice est-elle une vertu ou une institution ?

Problématique : La justice se trouve-t-elle d'abord dans l'âme des individus ou dans l'organisation de la cité ?

Pistes : Platon pense ensemble justice de l'âme et justice de la cité, comme harmonie des parties. Hume, dans le Traité de la nature humaine, fait de la justice une vertu artificielle, née des conventions sur la propriété.

10. Est-il juste que chacun soit récompensé selon son mérite ?

Problématique : Le mérite est-il un critère équitable de répartition, ou repose-t-il sur des avantages que personne n'a mérités ?

Pistes : Aristote fait du mérite le critère de la justice distributive. Rawls objecte que les talents naturels et l'origine sociale relèvent d'une loterie moralement arbitraire.

11. Une société juste est-elle possible ?

Problématique : La justice sociale est-elle un idéal régulateur jamais atteint, ou peut-on en définir les principes et les réaliser ?

Pistes : Rawls imagine des principes choisis sous un voile d'ignorance. Marx, dans la Critique du programme de Gotha, envisage une société qui répartirait à chacun selon ses besoins, au-delà du droit égal.

12. La justice a-t-elle besoin de la force ?

Problématique : Une justice sans moyens de contrainte est-elle encore une justice, et une justice armée reste-t-elle juste ?

Pistes : Pascal juge que la justice sans la force est impuissante et que la force sans la justice est tyrannique. Weber montre que l'État moderne revendique le monopole de la contrainte légitime.

13. Connaît-on mieux l'injustice que la justice ?

Problématique : Le sentiment de l'injustice est-il plus sûr que la définition de la justice, et peut-il suffire à guider l'action ?

Pistes : Ricœur, dans Le Juste, remarque que notre première entrée dans la question du juste passe par l'indignation devant l'injuste. Platon montre pourtant qu'il faut savoir ce qu'est la justice pour reconnaître ses contrefaçons.

14. Peut-on être juste envers ses ennemis ?

Problématique : La justice s'arrête-t-elle aux membres de la communauté, ou vaut-elle aussi pour ceux qui nous combattent ?

Pistes : Kant, dans Vers la paix perpétuelle, interdit les actes de guerre qui rendraient la paix future impossible. La tradition de la guerre juste, d'Augustin à Grotius, cherche à soumettre la violence armée à des règles.

Erreurs fréquentes sur ce thème

  • Confondre la justice comme valeur et la Justice comme institution judiciaire sans le dire.
  • Supposer que légal signifie juste, ou à l'inverse que toute loi est arbitraire.
  • Assimiler égalité et identité de traitement, en ignorant la distinction aristotélicienne.
  • Multiplier les exemples d'erreurs judiciaires médiatisées au lieu de construire une analyse conceptuelle.

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