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Sujets de dissertation sur la nature : problématiques et pistes

6 dissertations et analyses rédigées sur ce thème ↓

Le mot « nature » a deux grands usages qu'une copie doit savoir séparer. Il désigne d'abord l'ensemble des êtres et des phénomènes qui existent sans l'intervention humaine : le monde physique, le vivant, le paysage. Il désigne ensuite l'essence d'une chose, ce qu'elle est par elle-même, comme lorsqu'on parle de la nature du triangle ou de la nature humaine. Le premier sens s'oppose à l'artifice, à la technique et à la culture ; le second s'oppose plutôt à l'accident ou à l'acquis.

Les sujets sur la nature croisent donc des questions très diverses. Certains sont métaphysiques (la nature a-t-elle des fins ?), d'autres épistémologiques (peut-on connaître entièrement la nature ?), d'autres moraux ou politiques (faut-il suivre la nature ? l'état de nature est-il une fiction ?), d'autres enfin écologiques (avons-nous des devoirs envers la nature ?). Il ne faut pas craindre de jouer sur la polysémie du mot, à condition de l'annoncer. L'adjectif « naturel » mérite une attention particulière : il est souvent employé comme un argument (« c'est naturel, donc c'est bien »), et la dissertation doit justement interroger ce passage du fait à la norme.

Les grands sujets

1. Faut-il suivre la nature ?

Problématique : La nature peut-elle servir de règle de conduite, ou ce qui est naturel n'a-t-il aucune autorité morale par lui-même ?

Pistes : Les stoïciens font de la vie conforme à la nature la définition de la sagesse, la nature étant pour eux un ordre rationnel. Mill, dans son essai La Nature, montre que la nature commet chaque jour ce que nous punirions chez les hommes, et qu'on ne peut donc l'imiter.

2. Y a-t-il une nature humaine ?

Problématique : Existe-t-il une essence commune à tous les hommes, ou l'homme se définit-il par ce qu'il fait de lui-même ?

Pistes : Sartre, dans L'existentialisme est un humanisme, refuse toute nature humaine préalable : l'existence précède l'essence. Pascal, dans les Pensées, se demande si la nature n'est pas elle-même une première coutume, comme la coutume est une seconde nature.

3. Devons-nous nous rendre maîtres et possesseurs de la nature ?

Problématique : La maîtrise technique de la nature est-elle un progrès légitime, ou une ambition qui se retourne contre l'homme ?

Pistes : Descartes, dans la sixième partie du Discours de la méthode, espère une philosophie pratique qui nous rendrait comme maîtres et possesseurs de la nature ; le « comme » mérite d'être commenté. Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité, montre que la puissance technique moderne impose une éthique nouvelle.

4. La culture dénature-t-elle l'homme ?

Problématique : En se cultivant, l'homme s'éloigne-t-il de sa nature, ou réalise-t-il ce qui, en lui, était seulement en puissance ?

Pistes : Rousseau, dans le Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité, fait de la perfectibilité la faculté qui arrache l'homme à son état originel, pour le meilleur et pour le pire. Lévi-Strauss, dans Les Structures élémentaires de la parenté, voit dans la prohibition de l'inceste le point de passage de la nature à la culture.

5. Ce qui est naturel est-il normal ?

Problématique : Peut-on tirer du fonctionnement de la nature une norme pour juger de la santé, de la conduite ou des mœurs ?

Pistes : Canguilhem, dans Le Normal et le pathologique, montre que le vivant crée ses propres normes et que la maladie est une autre allure de la vie. Hume, dans le Traité de la nature humaine, met en garde contre le passage de ce qui est à ce qui doit être.

6. La nature fait-elle bien les choses ?

Problématique : Peut-on attribuer à la nature des intentions et des fins, ou cette idée projette-t-elle sur elle nos propres manières d'agir ?

Pistes : Aristote, dans la Physique et les Politiques, affirme que la nature ne fait rien en vain. Spinoza, dans l'appendice de la première partie de l'Éthique, dénonce le finalisme comme un préjugé anthropomorphique. Darwin permet d'expliquer l'adaptation sans dessein.

7. La nature peut-elle être entièrement connue ?

Problématique : La science peut-elle percer tous les secrets de la nature, ou ne connaît-elle que ce que nos cadres de pensée y mettent ?

Pistes : Galilée, dans L'Essayeur, compare la nature à un livre écrit en langue mathématique. Kant, dans la Critique de la raison pure, soutient que l'entendement prescrit ses lois à la nature telle qu'elle nous apparaît, non aux choses en soi.

8. La nature a-t-elle des droits ?

Problématique : Peut-on reconnaître des droits à ce qui ne peut ni les revendiquer ni avoir de devoirs ?

Pistes : Michel Serres, dans Le Contrat naturel, propose d'ajouter au contrat social un contrat avec la Terre. Kant n'admet envers les êtres non raisonnables que des devoirs indirects, fondés sur ce que nous nous devons à nous-mêmes.

9. Protéger la nature, est-ce protéger l'homme ?

Problématique : Le souci de la nature se justifie-t-il par l'intérêt humain, ou la nature a-t-elle une valeur propre ?

Pistes : Aldo Leopold, dans l'Almanach d'un comté des sables, élargit la communauté morale à la terre entière. Jonas fonde la responsabilité sur la survie de l'humanité future. Opposer ces deux orientations, l'une centrée sur l'homme, l'autre sur la communauté du vivant.

10. L'état de nature est-il une fiction utile ?

Problématique : À quoi bon imaginer les hommes avant toute société, si cet état n'a jamais existé ?

Pistes : Hobbes, dans le Léviathan, décrit une guerre de chacun contre chacun pour justifier le pouvoir souverain. Rousseau, dans le Discours sur l'inégalité, déclare écarter les faits et raisonner par hypothèse, ce qui fait de l'état de nature un instrument critique.

11. Le beau naturel est-il supérieur au beau artistique ?

Problématique : Un paysage est-il plus beau qu'un tableau, ou la beauté produite par l'esprit l'emporte-t-elle sur celle que la nature offre ?

Pistes : Kant, dans la Critique de la faculté de juger, attribue au beau naturel un intérêt moral que n'éveille pas l'art. Hegel, dans l'Esthétique, place au contraire le beau artistique au-dessus, parce qu'il est né de l'esprit.

12. L'homme fait-il partie de la nature ?

Problématique : L'homme est-il un être naturel parmi d'autres, ou occupe-t-il une place à part ?

Pistes : Spinoza, dans la préface de la troisième partie de l'Éthique, refuse de concevoir l'homme dans la nature comme un empire dans un empire. Descartes, en faisant de la pensée une substance distincte, l'en sépare au contraire.

13. Le désir est-il naturel ?

Problématique : Nos désirs viennent-ils de notre nature, ou sont-ils façonnés par la société et l'imagination ?

Pistes : Épicure, dans la Lettre à Ménécée, distingue désirs naturels et désirs vains. Rousseau oppose l'amour de soi, sentiment naturel, à l'amour-propre, né de la comparaison avec autrui.

14. La technique s'oppose-t-elle à la nature ?

Problématique : La technique est-elle un arrachement à la nature, ou un prolongement de ce qu'elle fait déjà ?

Pistes : Aristote, au livre II de la Physique, montre que l'art tantôt imite la nature, tantôt achève ce qu'elle ne peut mener à terme. Heidegger, dans « La question de la technique », décrit la technique moderne comme une manière de sommer la nature de livrer son énergie.

Erreurs fréquentes sur ce thème

  • Ne pas choisir entre les sens du mot « nature », ou passer de l'un à l'autre sans prévenir.
  • Écrire une copie militante sur l'écologie au lieu d'une réflexion argumentée.
  • Considérer comme allant de soi que « naturel » signifie « bon ».
  • Lire l'état de nature de Hobbes ou de Rousseau comme un récit historique de la préhistoire.
  • Ignorer la dimension scientifique du sujet (lois de la nature, connaissance) quand l'énoncé l'appelle.

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