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Sujets de dissertation sur le devoir : problématiques et pistes

3 dissertations et analyses rédigées sur ce thème ↓

Le devoir est ce que je dois faire, que j'en aie envie ou non. Cette définition minimale suffit à faire apparaître ce qui rend la notion si féconde en dissertation : le devoir s'oppose à l'inclination, il ne se confond pas avec la contrainte (je peux manquer à mon devoir, alors que je ne peux pas désobéir à la pesanteur), et il prétend valoir pour d'autres que moi. Il faut aussi distinguer l'obligation morale, qui s'adresse à la conscience, des obligations juridiques ou sociales, qui sont garanties par une sanction extérieure.

Kant occupe naturellement une place centrale : c'est lui qui a donné au devoir sa formulation la plus rigoureuse, en faisant de la loi morale une loi que la raison se donne à elle-même. Mais on ne doit pas le traiter comme l'unique référence. Rousseau, Durkheim, Bergson, Nietzsche, Arendt ou Jonas permettent d'interroger l'origine du devoir, ses limites et son extension à de nouveaux objets. L'essentiel est de partir de situations concrètes : promesse, mensonge, conflit entre deux obligations, ordre injuste.

Les grands sujets

1. Faire son devoir, est-ce renoncer à sa liberté ?

Problématique : Le devoir limite-t-il ma liberté en m'imposant ce que je ne veux pas, ou est-il l'expression la plus haute de cette liberté ?

Pistes : Rousseau, dans Du contrat social (I, 8), affirme que l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. Kant approfondit cette idée avec l'autonomie de la volonté : obéir au devoir, c'est n'obéir qu'à sa propre raison.

2. Agir par devoir, est-ce agir moralement ?

Problématique : Suffit-il d'accomplir ce que la morale exige, ou la valeur d'une action dépend-elle de l'intention qui l'anime ?

Pistes : Kant, dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, distingue l'action conforme au devoir et l'action faite par devoir, à travers l'exemple du marchand honnête par intérêt. Hegel reproche à cette morale son formalisme : une intention pure ne dit pas quoi faire.

3. Doit-on toujours dire la vérité ?

Problématique : Le devoir de véracité est-il absolu, ou peut-on mentir pour protéger quelqu'un ?

Pistes : La controverse entre Benjamin Constant et Kant (Sur un prétendu droit de mentir par humanité) fournit un excellent fil : le premier soutient qu'on ne doit la vérité qu'à ceux qui y ont droit, le second refuse toute exception. Une troisième partie peut distinguer le mensonge et le silence.

4. Le devoir peut-il s'opposer au bonheur ?

Problématique : L'exigence morale nous oblige-t-elle à sacrifier notre bonheur, ou les deux sont-ils conciliables ?

Pistes : Aristote et les stoïciens font de la vertu une composante du bonheur. Kant sépare le principe du bonheur et celui de la moralité, tout en espérant leur accord dans le souverain bien, objet de la Critique de la raison pratique.

5. Le devoir se réduit-il à l'obéissance ?

Problématique : Faire son devoir, est-ce exécuter des ordres, ou est-ce parfois savoir désobéir ?

Pistes : Antigone, chez Sophocle, oppose aux décrets de Créon les lois non écrites des dieux. Arendt, dans Eichmann à Jérusalem, montre le danger d'un « devoir » confondu avec l'obéissance administrative.

6. Peut-on savoir avec certitude où est son devoir ?

Problématique : Le devoir se présente-t-il toujours clairement à la conscience, ou sommes-nous souvent pris entre des obligations contradictoires ?

Pistes : Sartre, dans L'existentialisme est un humanisme, rapporte le cas d'un élève hésitant entre rester auprès de sa mère et rejoindre les Forces françaises libres : aucune morale ne tranche pour lui. Aristote propose la prudence, sagesse pratique qui juge des cas particuliers.

7. A-t-on des devoirs envers soi-même ?

Problématique : Le devoir suppose-t-il toujours un autre envers qui l'on est obligé, ou puis-je être obligé envers ma propre personne ?

Pistes : Kant, dans la Doctrine de la vertu, place parmi les devoirs envers soi l'interdiction du suicide et du mensonge, et le devoir de cultiver ses talents. Mill, dans De la liberté, soutient que la société n'a pas à intervenir dans ce qui ne concerne que l'individu.

8. Avons-nous des devoirs envers les animaux ?

Problématique : Les devoirs ne concernent-ils que les êtres raisonnables, ou la capacité de souffrir suffit-elle à fonder des obligations ?

Pistes : Kant n'admet que des devoirs indirects : la cruauté envers les bêtes endurcit l'homme. Bentham déplace la question : ce qui compte n'est pas la raison mais la sensibilité à la souffrance.

9. Avons-nous des devoirs envers les générations futures ?

Problématique : Peut-on être obligé envers des personnes qui n'existent pas encore et qui ne pourront jamais rien exiger de nous ?

Pistes : Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité, formule un impératif adapté à la puissance technique : agir de façon que l'humanité continue d'exister. On peut lui opposer les difficultés d'une obligation sans réciprocité, puis montrer que la responsabilité parentale en offre le modèle.

10. Le devoir n'est-il qu'une pression sociale ?

Problématique : Ce que j'éprouve comme un devoir vient-il de ma raison ou de la société qui m'a formé ?

Pistes : Durkheim, dans L'Éducation morale, fait de la société la source de l'autorité morale. Bergson, dans Les Deux Sources de la morale et de la religion, distingue la pression de la morale close et l'aspiration de la morale ouverte, portée par des individus exceptionnels.

11. Le sentiment du devoir est-il naturel ?

Problématique : L'obligation morale est-elle inscrite dans notre nature, ou est-elle le fruit d'une histoire ?

Pistes : Rousseau voit dans la pitié une disposition naturelle antérieure à la réflexion. Nietzsche, dans la deuxième dissertation de la Généalogie de la morale, rattache la faute à la dette et décrit la longue fabrication d'un animal capable de promettre.

12. Nos droits impliquent-ils des devoirs ?

Problématique : Le droit et le devoir sont-ils les deux faces d'une même relation, ou l'un précède-t-il l'autre ?

Pistes : Simone Weil, au début de L'Enracinement, affirme que la notion d'obligation prime celle de droit. La tradition des droits de l'homme part au contraire des droits de l'individu. Se demander ce que devient un droit que personne n'est tenu de respecter.

13. Peut-on faire plus que son devoir ?

Problématique : Existe-t-il des actes moralement admirables qui dépassent ce qui est exigé, ou le devoir bien compris est-il sans limite ?

Pistes : L'héroïsme et la sainteté semblent excéder l'obligation ordinaire ; Bergson y voit l'appel de la morale ouverte. Levinas, dans Totalité et Infini, décrit au contraire une responsabilité pour autrui qui n'est jamais quitte.

Erreurs fréquentes sur ce thème

  • Résumer Kant en une suite de formules sans jamais les appliquer à un cas précis.
  • Confondre le devoir avec la contrainte physique ou avec la peur de la sanction, alors que tout le sens de l'obligation est qu'on peut s'y soustraire.
  • Ignorer les conflits de devoirs, qui sont souvent le cœur du sujet.
  • Traiter « devoir » au sens de devoir scolaire ou de nécessité logique (« il doit pleuvoir ») sans le signaler.
  • Opposer mécaniquement morale du devoir et morale du bonheur, comme si aucun auteur n'avait tenté de les articuler.

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