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Sujets de dissertation sur l'État : problématiques et pistes

8 dissertations et analyses rédigées sur ce thème ↓

L'État n'est ni le gouvernement, qui en exerce temporairement le pouvoir, ni la nation, communauté d'histoire et de culture, ni la société civile, tissu des échanges entre particuliers. Il désigne l'institution permanente qui détient, sur un territoire donné, l'autorité souveraine : il fait les lois, les fait appliquer et dispose de la force publique. Poser ces distinctions dans l'introduction évite la moitié des confusions que l'on rencontre dans les copies.

La question qui traverse tous les sujets est celle de la légitimité. Pourquoi obéir à une institution qui me contraint ? Les théories du contrat (Hobbes, Locke, Rousseau) répondent en faisant de l'État le produit d'un accord entre individus soucieux de leur sécurité ou de leur liberté. D'autres y voient un instrument de domination (Marx), une réalité historique contingente que certaines sociétés ont refusée (Clastres), ou au contraire la réalisation la plus haute de la liberté (Hegel). Entre ces pôles, la dissertation doit trouver sa propre position, en s'appuyant sur des exemples historiques précis plutôt que sur des allusions à l'actualité.

Les grands sujets

1. L'État est-il un mal nécessaire ?

Problématique : Si l'État restreint nécessairement les libertés, ce coût est-il le prix acceptable de la paix, ou l'État peut-il être un bien en lui-même ?

Pistes : Hobbes, dans le Léviathan, décrit un état de nature où la vie est misérable et brève, ce qui rend le pouvoir souverain indispensable. Nietzsche, dans Ainsi parlait Zarathoustra, fait de l'État un monstre froid qui ment en prétendant être le peuple. Hegel offre une troisième voie.

2. L'État a-t-il pour fin la liberté ?

Problématique : L'État existe-t-il d'abord pour assurer la sécurité, ou sa véritable raison d'être est-elle de rendre les hommes libres ?

Pistes : Spinoza, au chapitre XX du Traité théologico-politique, affirme que la fin de l'État est en réalité la liberté. Hobbes place la sécurité au premier rang, quitte à concéder au souverain un pouvoir presque absolu.

3. Peut-on se passer de l'État ?

Problématique : L'État est-il une condition de toute vie sociale, ou une forme historique dont des sociétés ont pu, et pourraient encore, se dispenser ?

Pistes : Pierre Clastres, dans La Société contre l'État, montre que certaines sociétés amérindiennes empêchent activement la formation d'un pouvoir séparé. Proudhon défend une organisation fédérative et mutualiste. Hobbes reste l'objection majeure.

4. L'État n'est-il que l'instrument d'une classe dominante ?

Problématique : L'État représente-t-il l'intérêt général, ou cette prétention masque-t-elle la défense d'intérêts particuliers ?

Pistes : Marx et Engels, dans le Manifeste du Parti communiste, présentent le pouvoir d'État comme un comité qui gère les affaires de la bourgeoisie. Hegel, dans les Principes de la philosophie du droit, voit au contraire dans l'État le moment de l'universel qui dépasse les intérêts de la société civile.

5. Faut-il obéir à un État injuste ?

Problématique : L'obligation d'obéir aux lois tient-elle même lorsque celles-ci sont injustes, ou existe-t-il un devoir de désobéissance ?

Pistes : Dans le Criton, Socrate refuse de s'évader pour ne pas détruire les lois qui l'ont fait naître et grandir. Thoreau, dans La Désobéissance civile, revendique le droit de refuser l'impôt à un État esclavagiste et belliqueux.

6. La violence de l'État peut-elle être légitime ?

Problématique : La violence change-t-elle de nature quand elle est exercée par l'État, ou reste-t-elle une violence que seul le droit habille ?

Pistes : Max Weber, dans Le Savant et le Politique, définit l'État par le monopole de la violence physique légitime. Walter Benjamin, dans Critique de la violence, interroge le rapport entre violence fondatrice et violence conservatrice du droit.

7. Le pouvoir de l'État doit-il être limité ?

Problématique : Un pouvoir souverain peut-il accepter des bornes sans cesser d'être souverain ?

Pistes : Locke, dans le Second Traité du gouvernement civil, fonde le pouvoir sur la protection des droits naturels et admet la résistance au tyran. Montesquieu, dans De l'esprit des lois, montre que seul un pouvoir arrête un pouvoir, d'où la distribution des fonctions.

8. L'État doit-il être moral ?

Problématique : L'action politique doit-elle obéir aux règles de la morale privée, ou obéit-elle à une logique propre ?

Pistes : Machiavel, dans Le Prince, conseille au prince d'apprendre à pouvoir ne pas être bon. Kant, dans Vers la paix perpétuelle, soutient que le problème de l'institution de l'État peut être résolu même pour un peuple de démons, pourvu qu'ils soient doués d'entendement.

9. La raison d'État justifie-t-elle tout ?

Problématique : L'intérêt supérieur de l'État autorise-t-il à violer le droit et la morale, ou y a-t-il des limites qu'aucune nécessité ne peut franchir ?

Pistes : L'Antigone de Sophocle met en scène le conflit entre l'édit de Créon, qui défend l'ordre de la cité, et le devoir sacré envers un frère. Machiavel fournit l'argument de la nécessité ; Kant celui du caractère inconditionnel du droit.

10. Pourquoi obéit-on à l'État ?

Problématique : L'obéissance repose-t-elle sur la force, sur le consentement ou sur l'habitude ?

Pistes : La Boétie, dans le Discours de la servitude volontaire, s'étonne qu'un peuple entier obéisse à un seul alors qu'il suffirait de cesser de le soutenir. Weber distingue trois types de domination légitime : traditionnelle, charismatique et légale-rationnelle.

11. L'État doit-il protéger les individus contre eux-mêmes ?

Problématique : La mission protectrice de l'État s'étend-elle aux choix qui ne nuisent qu'à leur auteur ?

Pistes : Mill, dans De la liberté, pose que la seule raison légitime de contraindre un individu est d'empêcher qu'il nuise à autrui. Tocqueville décrit un despotisme doux qui infantilise les citoyens à force de vouloir leur bien.

12. La sécurité est-elle le premier devoir de l'État ?

Problématique : Garantir la sécurité justifie-t-il une surveillance accrue, ou la sécurité devient-elle elle-même une menace pour la liberté ?

Pistes : Hobbes fait de la paix la raison d'être du pacte. Foucault, dans Surveiller et punir, analyse le panoptique comme modèle d'un pouvoir qui s'exerce par le regard et la norme.

13. Un État mondial est-il souhaitable ?

Problématique : Faut-il, pour sortir de l'état de nature entre les nations, créer un pouvoir commun à toute l'humanité ?

Pistes : Kant, dans Vers la paix perpétuelle, préfère une fédération d'États libres à un État universel qu'il juge porteur de despotisme. Hobbes permet de comprendre pourquoi les États restent entre eux dans une sorte d'état de nature.

14. La démocratie peut-elle devenir tyrannique ?

Problématique : Le pouvoir du peuple suffit-il à protéger contre l'oppression, ou une majorité peut-elle opprimer comme un tyran ?

Pistes : Platon, au livre VIII de la République, montre comment l'excès de liberté démocratique engendre la tyrannie. Tocqueville analyse la tyrannie de la majorité, qui s'exerce sur les esprits plus que sur les corps.

Erreurs fréquentes sur ce thème

  • Employer indifféremment État, gouvernement, nation et société.
  • Commenter l'actualité ou exprimer une préférence partisane au lieu de construire un argument.
  • Réduire Machiavel à la formule « la fin justifie les moyens », qu'il n'a pas écrite sous cette forme.
  • Confondre l'état de nature, hypothèse de raisonnement, avec une période historique réelle.
  • Oublier que légal et légitime ne se recouvrent pas toujours.

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