Il faut d'abord distinguer l'adjectif et le substantif. Est inconscient, au sens large, tout ce qui se passe en nous sans que nous le sachions : la digestion, les automatismes de l'habitude, les perceptions trop faibles pour être remarquées. L'Inconscient, au sens que lui donne Freud, est autre chose : une instance psychique faite de représentations refoulées, actives et pourtant interdites d'accès à la conscience. Un sujet de dissertation peut viser l'un ou l'autre sens ; c'est à l'introduction de le décider et de le justifier.
La notion est philosophiquement explosive parce qu'elle remet en cause le privilège que la tradition cartésienne accordait à la conscience. Si une part de ma vie psychique m'échappe, suis-je encore maître de mes pensées, responsable de mes actes, capable de me connaître ? Les critiques de l'hypothèse freudienne (Alain, Sartre, Popper) sont aussi importantes à connaître que la théorie elle-même. Leibniz permet en outre de montrer que l'idée de pensées inaperçues est bien antérieure à la psychanalyse.
Les grands sujets
1. L'hypothèse de l'inconscient est-elle légitime ?
Problématique : A-t-on le droit de supposer en nous une réalité psychique que, par définition, on ne peut pas observer directement ?
Pistes : Freud, dans le texte « L'inconscient » de la Métapsychologie, justifie l'hypothèse par les lacunes de la conscience : lapsus, rêves, symptômes resteraient incompréhensibles sans elle. Alain, dans ses Éléments de philosophie, y voit une manière de prêter à notre corps un second moi qui penserait à notre place.
2. L'inconscient est-il une excuse ?
Problématique : Si une partie de mes actes procède de désirs que j'ignore, ma responsabilité s'en trouve-t-elle diminuée ?
Pistes : Sartre, dans L'Être et le Néant, accuse la théorie freudienne de favoriser la mauvaise foi : on se décharge sur un mécanisme de ce que l'on choisit. Freud, de son côté, fait de la cure une manière de se réapproprier ce qui était étranger, donc d'élargir la responsabilité.
3. Tout ce qui est psychique est-il conscient ?
Problématique : L'esprit coïncide-t-il avec ce qu'il sait de lui-même, ou y a-t-il des pensées qui ne se pensent pas comme telles ?
Pistes : Descartes tend à identifier pensée et conscience. Leibniz, dans la préface des Nouveaux Essais sur l'entendement humain, évoque le bruit de la mer, composé d'une infinité de petites vagues que l'on entend sans les distinguer.
4. L'inconscient fait-il de moi un étranger à moi-même ?
Problématique : Découvrir que je ne suis pas transparent à moi-même, est-ce perdre mon identité ou la comprendre autrement ?
Pistes : Freud, dans « Une difficulté de la psychanalyse », présente sa découverte comme une troisième blessure narcissique, après Copernic et Darwin : le moi n'est pas maître chez lui. La formule de Rimbaud, « Je est un autre », peut ouvrir une partie sur la fécondité de cette altérité.
5. Peut-on connaître son inconscient ?
Problématique : Ce qui est inconscient par définition peut-il devenir objet de connaissance sans cesser d'être ce qu'il est ?
Pistes : Freud montre que l'inconscient ne se connaît que par ses effets et par l'interprétation, dans la relation avec l'analyste. Ricœur, dans De l'interprétation, fait de Freud, avec Marx et Nietzsche, un des maîtres du soupçon et pense la psychanalyse comme herméneutique.
6. Nos rêves ont-ils un sens ?
Problématique : Le rêve n'est-il qu'un désordre d'images produit par le cerveau endormi, ou dit-il quelque chose de nous ?
Pistes : Freud, dans L'Interprétation du rêve, y voit l'accomplissement déguisé d'un désir. Bergson, dans la conférence « Le rêve » (L'Énergie spirituelle), l'explique par un relâchement de l'attention à la vie qui laisse affluer les souvenirs.
7. L'inconscient s'oppose-t-il à la liberté ?
Problématique : Si notre vie psychique est déterminée par des causes cachées, que reste-t-il du libre arbitre ?
Pistes : Freud défend un déterminisme psychique strict, illustré par la Psychopathologie de la vie quotidienne. Spinoza permet de penser une liberté qui ne nie pas la détermination mais la connaît. Sartre maintient que la conscience reste libre jusque dans ses dissimulations.
8. Sommes-nous maîtres de nos désirs ?
Problématique : Le désir obéit-il à la volonté, ou nous gouverne-t-il à notre insu ?
Pistes : La seconde topique freudienne (ça, moi, surmoi) décrit un moi pris entre des exigences contraires. Descartes, dans Les Passions de l'âme, pense que la volonté peut agir indirectement sur les passions.
9. La psychanalyse est-elle une science ?
Problématique : Une théorie qui explique tout, y compris les objections qu'on lui fait, peut-elle prétendre au statut de science ?
Pistes : Popper, dans Conjectures et réfutations, prend la psychanalyse comme exemple de théorie infalsifiable. Freud revendiquait pourtant une démarche fondée sur l'observation clinique. Une partie peut se demander si toute connaissance de l'homme doit suivre le modèle des sciences de la nature.
10. La morale n'est-elle qu'un refoulement ?
Problématique : Nos valeurs morales sont-elles l'expression d'une conscience libre, ou le produit de pulsions contenues ?
Pistes : Freud, dans Malaise dans la civilisation, fait du surmoi l'intériorisation de l'autorité et du sentiment de culpabilité le prix de la civilisation. Nietzsche, dans la Généalogie de la morale, décrit la mauvaise conscience comme instinct retourné contre soi.
11. L'œuvre d'art exprime-t-elle l'inconscient de l'artiste ?
Problématique : Créer, est-ce laisser parler ce qui nous échappe, ou maîtriser consciemment un matériau ?
Pistes : Freud, dans Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci, développe la notion de sublimation. André Breton, dans le Manifeste du surréalisme, fait de l'écriture automatique un moyen de libérer la pensée de tout contrôle de la raison.
12. L'inconscient est-il seulement individuel ?
Problématique : Ce qui échappe à ma conscience vient-il de mon histoire personnelle, ou aussi de la société et de la culture ?
Pistes : Jung propose la notion d'inconscient collectif et d'archétypes. Bourdieu, avec l'habitus, décrit des dispositions sociales incorporées qui orientent nos goûts sans que nous en ayons conscience.
13. Les actes manqués sont-ils vraiment manqués ?
Problématique : L'oubli, le lapsus et la maladresse sont-ils de simples ratés, ou des actes réussis d'un autre point de vue ?
Pistes : Freud soutient, dans la Psychopathologie de la vie quotidienne, qu'un désir se réalise à travers l'erreur. On peut lui opposer une explication par la fatigue ou l'automatisme, puis nuancer avec Ravaisson, qui montre dans De l'habitude que l'automatisme lui-même garde une forme d'intelligence obscure.
Erreurs fréquentes sur ce thème
- Employer « inconscient » au sens courant d'imprudent ou de distrait, sans rapport avec le sujet.
- Exposer la théorie freudienne comme un cours de psychologie, sans jamais la discuter.
- Confondre l'inconscient freudien avec le subconscient, terme que Freud a précisément écarté.
- Présenter l'inconscient comme un « petit homme » caché qui voudrait des choses : c'est justement l'objection d'Alain, qu'il faut connaître pour l'éviter ou la discuter.
- Oublier les critiques philosophiques de la psychanalyse et donner à la copie la forme d'un exposé sans tension.