Aux champs, La Ficelle, Mon oncle Jules : résumé et comparaison de trois contes de Maupassant

2 408 mots · ≈8 pages · Collège · Fiche de lecture

Fiche de lecture et comparaison de trois contes — Collège (4e-3e, nouvelle réaliste) — environ 2 400 mots.

Présentation des trois contes

L'auteur. Guy de Maupassant (1850-1893) a grandi en Normandie, entre Étretat et Fécamp. Il connaît les fermes, les marchés, les ports, et il observe ces milieux avec une précision presque cruelle. Entre 1880 et 1890, il publie dans les journaux plus de trois cents contes et nouvelles, très courts, souvent terminés par une chute.

Trois contes, une même époque. Aux champs (1882), La Ficelle et Mon oncle Jules (1883) ont été écrits à quelques mois d'intervalle. Les deux premiers se passent à la campagne, le troisième au Havre et en mer. Aucun ne contient de « morale » écrite à la fin, comme dans une fable : le lecteur doit la tirer lui-même de ce qu'il a vu.

Le fil conducteur de cette fiche. Dans chacun de ces contes, une somme d'argent vient mesurer un lien humain : le lien entre des parents et leur enfant, le lien entre un homme et son village, le lien entre deux frères. La question que pose Maupassant est simple et dérangeante : combien vaut un lien, et que reste-t-il quand on l'a payé ? Ce fil permettra de comparer les trois textes sans les mélanger.

Pourquoi les lire ensemble. Parce qu'ils montrent trois façons de raconter : un récit à la troisième personne sur vingt ans (Aux champs), un récit centré sur un seul personnage pendant quelques mois (La Ficelle), un récit raconté par un témoin devenu adulte (Mon oncle Jules).

Plan de la fiche

  1. Aux champs : résumé et morale implicite
  2. La Ficelle : résumé et morale implicite
  3. Mon oncle Jules : résumé et morale implicite
  4. Tableau comparatif : le prix de chaque lien
  5. Les personnages qui se ressemblent d'un conte à l'autre
  6. Les procédés de Maupassant
  7. Avis argumenté
  8. Cinq questions avec corrigé

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1. Aux champs : résumé et morale implicite

Résumé

Au pied d'une colline, près d'une petite ville, deux chaumières se touchent. Les Tuvache et les Vallin, deux familles de paysans pauvres, y élèvent chacune quatre enfants. Les petits vivent ensemble au point que les parents eux-mêmes ont du mal à reconnaître les leurs. Chaque midi, les mères leur servent la même soupe de pain et de pommes de terre, alignés devant la porte.

Un jour, une voiture s'arrête. Une jeune dame riche, Mme d'Hubières, qui n'a pas d'enfant, s'attache au plus jeune des Tuvache, le petit Charlot. Elle revient avec son mari et propose de le prendre pour l'élever comme son fils, en échange d'une rente versée aux parents. La mère Tuvache refuse avec colère : on ne vend pas ses enfants.

Le couple se tourne alors vers la maison voisine. Les Vallin hésitent, discutent, marchandent, puis acceptent de céder leur fils Jean contre cent francs par mois. Désormais, les Vallin vivent mieux, et la mère Tuvache, devant tout le voisinage, se vante d'avoir gardé son enfant et traite les Vallin de mauvais parents.

Les années passent. Charlot, devenu un jeune homme, travaille dur pour nourrir ses vieux parents. Un jour, une belle voiture dépose devant la chaumière des Vallin un jeune monsieur élégant, avec une montre en or : c'est Jean, qui revient voir sa famille. Charlot assiste à la scène. Le soir, il reproche violemment à ses parents de ne pas l'avoir laissé partir : il aurait pu être ce monsieur. Il les accuse d'avoir gâché sa vie et annonce qu'il s'en va.

Morale implicite

Le conte renverse ce que le lecteur attendait. La mère Tuvache semblait avoir raison en refusant de vendre son fils, mais c'est ce fils qui la condamne. Maupassant ne dit pas qu'il fallait vendre l'enfant ; il montre que, dans la misère, l'amour ne protège pas de la rancune, et que celui qui a été aimé gratuitement peut juger ce cadeau trop pauvre. La fierté de la mère, qui se vantait de son refus, tourne au ridicule.

2. La Ficelle : résumé et morale implicite

Résumé

Jour de marché à Goderville. Les paysans des environs arrivent à pied, les femmes avec leurs paniers. Parmi eux, maître Hauchecorne, de Bréauté, voit par terre un petit bout de ficelle. En vrai Normand économe, il le ramasse, car tout peut servir.

Mais il s'aperçoit que maître Malandain, le bourrelier, avec qui il est fâché depuis une vieille histoire, le regarde depuis le pas de sa porte. Honteux d'être vu en train de ramasser un déchet, il cache la ficelle sous sa blouse et fait semblant de chercher encore quelque chose par terre.

À midi, dans l'auberge, le crieur public annonce qu'un portefeuille en cuir noir, contenant cinq cents francs et des papiers d'affaires, a été perdu le matin même sur la route ; une récompense est promise. Peu après, un brigadier de gendarmerie vient chercher Hauchecorne : le maire l'accuse d'avoir ramassé le portefeuille. Le témoin est Malandain, qui l'a vu se baisser.

Hauchecorne sort le bout de ficelle et jure qu'il n'a ramassé que cela. Personne ne le croit vraiment. On le fouille, on ne trouve rien, on le laisse repartir avec un avertissement.

Le lendemain, un valet de ferme rapporte le portefeuille : il l'avait trouvé sur la route. Hauchecorne, soulagé, court raconter partout son innocence. Mais les gens sourient : selon eux, il a dû le faire rapporter par un complice. Plus il se défend, plus on se moque de lui. Il s'épuise à répéter son histoire, maigrit, tombe malade et meurt au début de l'hiver, en répétant dans son délire qu'il n'avait ramassé qu'« une 'tite ficelle ».

Morale implicite

La vérité ne suffit pas à rendre l'honneur. Hauchecorne est innocent, et pourtant sa réputation de paysan rusé le condamne : ceux qui le connaissent le jugent capable d'avoir fait le coup, donc il l'a fait. Le conte montre aussi comment une victime peut aggraver son malheur en voulant trop se justifier. Enfin, il pointe un défaut que le personnage partage avec tout le village : la méfiance, qui fait voir des voleurs partout parce qu'on se sait soi-même calculateur.

3. Mon oncle Jules : résumé et morale implicite

Résumé

Le conte commence par une scène très brève : un vieux pauvre demande l'aumône au narrateur et à son camarade Joseph Davranche, qui lui donne une grosse pièce de cent sous. Devant l'étonnement de son ami, Joseph raconte pourquoi.

Enfant, il vivait au Havre dans une famille modeste qui tenait à paraître : le père, petit employé ; la mère comptait chaque sou ; ses deux sœurs attendaient un mari. Chaque dimanche, toute la famille, en habits de fête, se promenait sur la jetée en regardant les grands bateaux. Le père répétait toujours la même phrase rêveuse : il souhaitait que Jules soit à bord.

Jules, frère du père, avait autrefois dilapidé sa part d'héritage, et même une partie de celle de son frère. On l'avait envoyé en Amérique, comme on se débarrassait alors des fils qui tournaient mal. Puis une lettre était arrivée : Jules avait fait fortune et promettait de rembourser. Du jour au lendemain, le « vaurien » était devenu un « brave homme ». On montrait la lettre à tout le monde ; elle aida même à marier l'une des sœurs avec un employé.

Après le mariage, la famille s'offre une excursion à Jersey. Sur le bateau, un vieux matelot en haillons ouvre des huîtres pour les passagers. Le père veut faire le généreux et offre des huîtres à ses filles et à son gendre. Soudain, il pâlit : le vendeur ressemble à Jules. Il interroge le capitaine, qui confirme : c'est un vieux vagabond ramené d'Amérique, qui ne veut pas revenir chez les siens parce qu'il leur doit de l'argent.

La mère est furieuse et craint que ce « voleur » ne leur retombe sur les bras. On envoie Joseph payer les huîtres. L'enfant regarde les mains ridées de l'homme, son visage triste, et se dit en lui-même que c'est son oncle. Il lui laisse dix sous de pourboire, ce qui lui vaut les reproches de sa mère. Au retour, la famille prend un autre bateau pour ne pas le croiser. Joseph ne l'a jamais revu.

Morale implicite

L'affection de cette famille dépend de la fortune : on aime Jules riche, on le renie pauvre. Maupassant montre une petite bourgeoisie dont la respectabilité n'est qu'une façade, et oppose à cette hypocrisie le regard d'un enfant, seul à éprouver de la pitié. Les cent sous que Joseph donne aux mendiants, une fois adulte, sont une façon de payer la dette que sa famille a refusée.

4. Tableau comparatif : le prix de chaque lien

Aux champs La Ficelle Mon oncle Jules
Somme en jeu une rente de cent francs par mois un portefeuille de cinq cents francs la fortune supposée de Jules ; dix sous de pourboire
Lien mesuré parents et enfant un homme et sa communauté deux frères, un oncle et un neveu
Qui juge ? le fils, devenu adulte le marché, le village la mère, puis le lecteur
Lieu deux chaumières à la campagne un bourg un jour de marché Le Havre, un bateau pour Jersey
Durée une vingtaine d'années quelques mois quelques années, puis une journée
Narration troisième personne troisième personne récit enchâssé, à la première personne
Fin rupture : le fils s'en va mort du héros fuite : on change de bateau

Ce que montre le tableau. Dans les trois contes, l'argent ne fait pas seulement vivre : il sert à juger les gens. Les Vallin sont méprisés puis enviés selon ce que rapporte leur fils ; Hauchecorne est condamné parce qu'on le croit capable de garder cinq cents francs ; Jules est aimé ou rejeté selon le contenu de ses lettres. Mais les trois chutes ne disent pas la même chose. Aux champs se moque de ceux qui croyaient avoir bien agi ; La Ficelle plaint un innocent ; Mon oncle Jules condamne une famille entière à travers les yeux d'un enfant.

5. Les personnages qui se ressemblent d'un conte à l'autre

Les mères qui comptent. La mère Tuvache et la mère de Joseph sont deux femmes dures, qui parlent fort et décident pour la famille. La première est fière de sa pauvreté honnête, la seconde a honte de sa pauvreté et la cache. Toutes deux finissent par être jugées.

Les hommes qui se taisent. Le père Tuvache et le père de Joseph laissent leur femme parler. Le père de Joseph, quand il reconnaît son frère, est incapable d'agir : il pâlit, bégaie, obéit.

Les solitaires condamnés. Hauchecorne et Jules sont tous deux rejetés par les leurs. Le premier ne le mérite pas ; le second a eu des torts, mais sa punition paraît disproportionnée.

Les jeunes gens qui jugent. Charlot et Joseph regardent leurs parents avec des yeux neufs. Charlot les accuse de ne pas l'avoir vendu ; Joseph, au contraire, leur reproche en silence leur dureté. Deux jugements opposés, qui montrent que Maupassant ne donne pas de leçon toute faite.

6. Les procédés de Maupassant

La chute. Chaque conte se termine par un renversement rapide : un fils qui s'en va, un homme qui meurt d'un mot répété, une famille qui change de bateau. La dernière phrase oblige le lecteur à relire l'histoire autrement.

Le parler normand. Maupassant fait parler ses paysans dans leur langue : élisions, mots déformés, phrases hachées. La réplique finale de Hauchecorne en est l'exemple le plus frappant. Ce procédé rend les personnages vrais, mais il sert aussi à les tenir à distance, parfois avec ironie.

Les objets symboliques. Un bout de ficelle, une montre en or, une huître : de petits objets concrets concentrent tout le sens du conte. La ficelle, objet sans valeur, coûte la vie à un homme ; les huîtres, luxe de vacances, font éclater la misère de Jules.

Le récit enchâssé. Dans Mon oncle Jules, un premier narrateur laisse la parole à Joseph. Ce cadre donne à l'histoire l'allure d'une confidence et explique un geste présent par un souvenir ancien.

L'ellipse. Aux champs saute une vingtaine d'années en quelques lignes. Ce raccourci brutal fait sentir le poids du temps et prépare le choc du retour de Jean.

7. Avis argumenté

Ces trois contes se lisent en quelques minutes, mais ils laissent un malaise durable, et c'est leur qualité. Maupassant ne fabrique pas de méchants de contes de fées : la mère Tuvache aime son fils, la famille de Joseph a de vraies difficultés, les villageois de Goderville ne sont pas des monstres. C'est justement ce qui inquiète : la dureté vient de gens ordinaires. On peut trouver que l'auteur est trop pessimiste, puisque presque personne n'en sort grandi. Pourtant, chaque conte laisse une petite place à la pitié : celle de Joseph envers son oncle, celle du lecteur envers Hauchecorne. C'est cette pitié qui donne au regard de Maupassant sa justesse.

8. Cinq questions avec corrigé

1. Pourquoi la mère Tuvache refuse-t-elle de céder Charlot ? Elle trouve que vendre son enfant serait une abomination ; pour elle, un enfant n'a pas de prix. Elle se vante ensuite de ce refus auprès des voisins.

2. Pourquoi Charlot reproche-t-il à ses parents leur décision ? Parce qu'en voyant Jean revenir riche et élégant, il comprend qu'il aurait pu avoir la même vie. Il pense que ses parents l'ont privé de sa chance et décide de les quitter.

3. Pourquoi personne ne croit-il Hauchecorne, même après qu'on a retrouvé le portefeuille ? Parce qu'il a la réputation d'être rusé et que les gens imaginent qu'il a fait rapporter l'objet par un complice. Ses explications répétées rendent son histoire encore plus suspecte.

4. Comment la famille de Joseph change-t-elle d'opinion sur Jules au cours du conte ? D'abord vaurien qui a dilapidé l'argent familial, Jules devient un homme admiré quand il écrit qu'il a fait fortune. Lorsqu'on le découvre pauvre sur le bateau, il redevient un « voleur » que l'on fuit.

5. Quel point commun peut-on trouver entre les trois contes ? Dans les trois, l'argent sert à juger la valeur des personnes et des liens familiaux ou sociaux. Chaque conte montre les conséquences de ce jugement : la rupture, la mort ou le reniement.

Conclusion

Lus ensemble, Aux champs, La Ficelle et Mon oncle Jules forment une petite enquête sur ce que l'argent fait aux relations humaines. Maupassant y montre des gens simples prisonniers du regard des autres et de leur propre calcul, et il laisse le lecteur tirer la morale. Pour aller plus loin, on peut comparer ces contes à La Parure, où une dette transforme aussi toute une vie, ou à Le Papa de Simon, où un lien familial se crée au contraire sans aucune somme d'argent.

Pour aller plus loin

  • Guy de Maupassant, Contes de la bécasse (recueil où figure La Ficelle).
  • Guy de Maupassant, Contes et nouvelles, choix en édition scolaire.
  • Guy de Maupassant, La Parure.