Fiche de lecture — Collège (6e-5e, le récit d'aventures) — environ 2 400 mots.
Un pari, un homme, un roman
L'auteur. Jules Verne (1828-1905), né à Nantes, est l'auteur des Voyages extraordinaires, une longue série de romans publiés par l'éditeur Hetzel, qui veulent à la fois distraire et instruire les jeunes lecteurs : géographie, sciences, techniques nouvelles. Vingt mille lieues sous les mers ou Voyage au centre de la Terre appartiennent à la même série.
Le roman. Le Tour du monde en quatre-vingts jours paraît d'abord en feuilleton dans un journal, en 1872, puis en volume. Le succès est énorme ; le roman sera aussi adapté au théâtre du vivant de Verne.
Le contexte. À l'époque, le monde semble rétrécir. Le canal de Suez vient d'être ouvert (1869), le chemin de fer traverse l'Inde et relie les deux côtes des États-Unis, les paquebots à vapeur sillonnent les océans. Dans le roman, un journal publie un calcul : grâce à ces nouveaux moyens de transport, on pourrait faire le tour de la Terre en quatre-vingts jours. Encore faut-il qu'aucun retard ne vienne s'en mêler.
L'histoire. À Londres, un gentleman très mystérieux, Phileas Fogg, parie vingt mille livres avec ses partenaires de whist du Reform Club qu'il fera ce tour du monde dans le délai. Il part le soir même, le 2 octobre 1872, avec son nouveau domestique français, Passepartout. Il doit être de retour au club le samedi 21 décembre à huit heures quarante-cinq du soir. Mais un policier, Fix, persuadé que Fogg est un voleur en fuite, le suit à la trace.
Le plan de la fiche
Le roman compte trente-sept chapitres. Plutôt que de les résumer un à un, cette fiche suit le trajet, étape après étape, ce qui permet de garder en tête l'itinéraire et le compte à rebours. Chaque étape correspond à plusieurs chapitres consécutifs.
Les étapes du voyage
- Londres : le pari
- De Londres à Bombay, par Suez
- La traversée de l'Inde et le sauvetage d'Aouda
- De Calcutta à Hong Kong
- Hong Kong, Shanghai, Yokohama : le trio séparé
- Du Pacifique à New York : la traversée de l'Amérique
- L'Atlantique et le retour à Londres
- Le jour gagné
Pour comprendre le roman
- Les quatre voyageurs
- Les grands thèmes
- Comment Verne fait monter le suspense
- Ce que nous en pensons
- Quiz de lecture corrigé
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Le voyage, étape par étape
1. Londres : le pari
Phileas Fogg vit seul dans sa maison de Savile Row. Il est riche, mais personne ne sait d'où vient sa fortune. Sa vie est réglée à la seconde : il va au Reform Club, y déjeune, lit les journaux, joue au whist, rentre à heure fixe. Il vient de renvoyer son valet, coupable de lui avoir apporté une eau à raser un peu trop froide. Il engage un Français, Jean Passepartout, qui a eu mille métiers et ne rêve plus que de tranquillité. Il croit l'avoir trouvée.
Le jour même, au club, on parle d'un vol important commis à la Banque d'Angleterre ; on discute aussi de l'article qui affirme qu'on peut faire le tour du monde en quatre-vingts jours. Fogg soutient que c'est possible, ses partenaires le nient. Il parie la moitié de sa fortune et part le soir même avec l'autre moitié en billets de banque. Passepartout, qui espérait une place calme, apprend la nouvelle avec stupeur.
2. De Londres à Bombay, par Suez
Le paquebot Mongolia fait escale à Suez. Là, un détective de la police anglaise, Fix, guette le voleur de la Banque. Le signalement correspond, pense-t-il, à Fogg : un gentleman bien mis, qui dépense beaucoup et voyage à toute vitesse. Il attend un mandat d'arrêt qui n'arrive pas, et décide de suivre Fogg. Il fait connaissance de Passepartout, qu'il fait parler. Fogg, lui, ne regarde même pas le paysage : il note ses jours d'avance et de retard dans un carnet.
À Bombay, Passepartout fait une visite imprudente : il entre dans un temple de Malabar Hill sans retirer ses chaussures. Des prêtres le jettent dehors ; il rejoint le train de justesse, sans souliers. Fix, qui a tout vu, compte bien se servir de l'incident.
3. La traversée de l'Inde et le sauvetage d'Aouda
Fogg prend le train pour Calcutta avec un compagnon de whist rencontré sur le paquebot, le brigadier général sir Francis Cromarty. Mais en pleine campagne, la voie s'arrête : contrairement à ce qu'avaient annoncé les journaux, une section n'est pas achevée. Les voyageurs doivent trouver un moyen de transport. Fogg achète un éléphant à prix d'or et engage un jeune Parsi comme guide.
En traversant une forêt, la petite troupe surprend une procession : on va brûler une jeune femme sur le bûcher de son mari, un vieux rajah, selon une coutume que les Anglais ont interdite sans pouvoir la faire disparaître partout. La victime, droguée, s'appelle Aouda ; elle a reçu une éducation anglaise. Fogg décide de la sauver, même au prix d'un retard. La nuit, un plan échoue. Au matin, au moment où le feu va prendre, le « mort » se dresse sur le bûcher et emporte la jeune femme : c'est Passepartout, qui avait pris la place du rajah dans l'ombre. Les prêtres s'enfuient, terrifiés ; les voyageurs aussi.
4. De Calcutta à Hong Kong
À Calcutta, mauvaise surprise : Fogg et Passepartout sont arrêtés et jugés pour la profanation du temple de Bombay. Fix a fait venir les prêtres pour retarder Fogg jusqu'à l'arrivée du mandat. Ils sont condamnés à la prison ; Fogg paie une caution énorme et s'embarque comme si de rien n'était. Fix, désespéré de voir fondre l'argent qu'il croit volé, monte aussi à bord.
Le paquebot rejoint Hong Kong, où Fogg compte confier Aouda à un parent riche. Mais ce parent a quitté la ville. Fogg propose alors à la jeune femme de l'emmener en Europe. Elle accepte, de plus en plus touchée par cet homme impassible.
5. Hong Kong, Shanghai, Yokohama : le trio séparé
À Hong Kong, le mandat n'est toujours pas là. Fix change de tactique : il révèle à Passepartout qu'il est policier et lui demande de l'aider à retenir son maître. Passepartout refuse avec indignation. Fix l'entraîne alors dans une fumerie d'opium et l'enivre, si bien que le domestique ne peut prévenir Fogg que le paquebot pour Yokohama part plus tôt que prévu. Passepartout, à demi conscient, réussit à embarquer seul ; Fogg et Aouda manquent le départ.
Sans s'émouvoir, Fogg loue un petit bateau-pilote, la Tankadère, et affronte une violente tempête pour gagner Shanghai, d'où part le paquebot américain pour San Francisco. Il arrive au moment où le navire sort du port, et attire son attention par des signaux. Fix l'accompagne : son mandat ne vaut que sur le territoire anglais, il a donc intérêt à ce que Fogg y retourne.
À Yokohama, Passepartout, sans argent, s'engage dans une troupe d'acrobates japonais, les « Longs-Nez ». Pendant une représentation, il aperçoit son maître dans la salle et quitte sa place au milieu d'une pyramide humaine, qui s'effondre. Le trio est réuni et embarque pour l'Amérique.
6. Du Pacifique à New York : la traversée de l'Amérique
À San Francisco, les voyageurs se retrouvent au milieu d'un meeting électoral qui tourne à la bagarre. Fogg reçoit un coup d'un Américain brutal, le colonel Proctor, et se promet de le revoir.
Le train transcontinental traverse les plaines et les montagnes. Il est arrêté par un immense troupeau de bisons ; à bord, un missionnaire mormon fait un sermon à Passepartout. Plus loin, un pont menace de céder : le mécanicien lance le train à pleine vitesse, et le pont s'écroule juste derrière lui. Proctor est dans le train ; un duel se prépare, mais une attaque de Sioux l'interrompt. Passepartout réussit à arrêter le convoi en se glissant sous les wagons pour décrocher la locomotive, mais il est enlevé avec d'autres voyageurs.
Fogg, sans hésiter, part avec des soldats d'un fort voisin pour les délivrer, et y parvient. Le train, cependant, est reparti sans eux : nouveau retard. Fix trouve une solution : un traîneau à voile, qui file sur la prairie gelée jusqu'à Omaha. De là, le train les mène à Chicago, puis à New York. Ils y arrivent trois quarts d'heure après le départ du paquebot pour Liverpool.
7. L'Atlantique et le retour à Londres
Fogg obtient une place sur un petit bâtiment de commerce, l'Henrietta, dont le capitaine refuse d'aller ailleurs qu'à Bordeaux. Fogg achète l'équipage, enferme le capitaine dans sa cabine et met le cap sur Liverpool. Bientôt, le charbon manque. Fogg rachète alors le navire au capitaine, devenu furieux, et fait brûler tout ce qui est en bois sur le pont pour alimenter la chaudière. L'Henrietta, réduite à sa coque de fer, atteint l'Irlande. Le train et un paquebot rapide les conduisent à Liverpool.
Sur le sol anglais, Fix arrête enfin Fogg. Quelques heures plus tard, il vient le libérer, confus : le vrai voleur a été arrêté plusieurs jours auparavant. Fogg le jette à terre d'un coup de poing. Mais le temps perdu est irrattrapable : un train spécial le mène à Londres, où il arrive avec quelques minutes de retard sur l'heure fixée. Le pari semble perdu.
8. Le jour gagné
Fogg, ruiné, rentre chez lui. Aouda, qui comprend combien elle lui doit, lui avoue son amour et lui propose de l'épouser ; Fogg, ému pour la première fois, accepte. Passepartout court chez le révérend pour fixer le mariage au lendemain. C'est là qu'il apprend la vérité : nous ne sommes pas le dimanche, mais le samedi. En voyageant vers l'est, les voyageurs ont gagné une journée sans s'en apercevoir, puisqu'ils allaient au-devant du soleil. Passepartout revient en courant, Fogg saute dans une voiture et entre au Reform Club au moment précis où sonne l'heure : il a gagné.
Le narrateur conclut : Fogg a dépensé presque tout le gain du pari en route. Il n'a gagné qu'une chose, une femme charmante, qui l'a rendu le plus heureux des hommes. Et l'on se demande si l'on ne ferait pas le tour du monde pour moins que cela.
Les quatre voyageurs
Phileas Fogg. Un homme-machine au départ : exact, flegmatique, peu bavard, toujours calme. Le voyage le révèle pourtant généreux et courageux : il sauve Aouda, va délivrer Passepartout chez les Sioux, partage ses chances avec ceux qui l'accompagnent. Il calcule tout, mais il prend des risques pour les autres. Son impassibilité devient, à la fin, une forme de délicatesse.
Passepartout. Le personnage le plus vivant. Gai, curieux, maladroit, dévoué. Il commet des imprudences (le temple, l'opium) mais sauve aussi la situation (le bûcher, le train). Il apporte au roman la comédie et l'émotion.
Fix. L'adversaire, mais pas un méchant. Obstiné, rusé, parfois de bonne foi, il se trompe sur toute la ligne. Il retarde Fogg, puis l'aide quand il a besoin qu'il rentre en Angleterre. C'est un personnage comique malgré lui.
Aouda. Princesse indienne, cultivée, courageuse, elle passe du statut de victime à celui d'héroïne qui choisit son destin. C'est elle qui fait le premier pas à la fin.
Les grands thèmes
Le temps. Le vrai sujet du roman, c'est le compte à rebours. Chaque étape est mesurée en heures, en jours d'avance ou de retard. Le dénouement repose lui-même sur une question de temps : le décalage horaire.
Le progrès technique. Paquebots, chemins de fer, télégraphe : Verne célèbre la vitesse moderne. Mais il montre aussi ses limites : une voie inachevée, un pont fragile, des horaires qui changent. Il faut toujours improviser (éléphant, traîneau à voile, navire brûlé).
La découverte du monde. Le roman est un catalogue de paysages et de coutumes : l'Inde, la Chine, le Japon, l'Ouest américain. Il faut le lire comme un roman de son temps : certaines descriptions des peuples non européens reposent sur des clichés de l'époque coloniale, que le lecteur d'aujourd'hui doit savoir repérer.
L'honneur et la générosité. Fogg tient sa parole, mais ne laisse jamais le pari passer avant un être humain. C'est le sens moral du roman : l'aventure transforme le joueur en homme de cœur.
Comment Verne fait monter le suspense
- Le calendrier, rappelé sans cesse, fait du lecteur un comptable inquiet.
- L'obstacle à chaque étape : il y a toujours un imprévu, souvent à la fin d'un chapitre.
- Fix, adversaire secret, crée une menace permanente et des scènes d'ironie dramatique : le lecteur sait ce que Fogg ignore.
- L'alternance entre Fogg, calme, et Passepartout, agité, donne au récit un rythme comique.
- Le coup de théâtre final : le lecteur croit le pari perdu, comme les personnages. L'explication du jour gagné est un modèle de surprise préparée, puisque tout le voyage s'est fait vers l'est.
Ce que nous en pensons
C'est un roman qu'on lit comme un jeu de l'oie géant : chaque case apporte un obstacle, et l'on veut savoir comment Fogg va s'en sortir. Le duo Fogg-Passepartout fonctionne très bien, entre sérieux et comédie. Les passages informatifs sur les pays traversés peuvent paraître longs, mais ils font partie du projet de Verne : faire voyager un lecteur qui, à l'époque, ne quittait guère son pays. Le dénouement, enfin, est l'un des plus astucieux du roman d'aventures.
Quiz de lecture corrigé
1. Pourquoi Fogg part-il faire le tour du monde ? À cause d'un pari de vingt mille livres conclu au Reform Club : il affirme qu'on peut faire le tour de la Terre en quatre-vingts jours grâce aux nouveaux moyens de transport.
2. Pourquoi Fix poursuit-il Fogg ? Il croit que Fogg est le voleur de la Banque d'Angleterre, car son signalement et sa fuite rapide semblent correspondre.
3. Comment Aouda est-elle sauvée ? Passepartout prend la place du rajah mort sur le bûcher et se lève au dernier moment pour emporter la jeune femme, ce qui fait fuir les prêtres terrifiés.
4. Quel moyen inattendu Fogg utilise-t-il pour traverser l'Atlantique ? Il prend un navire de commerce, l'Henrietta, l'achète puis fait brûler ses parties en bois pour continuer à avancer quand le charbon manque.
5. Pourquoi Fogg gagne-t-il finalement son pari ? Parce qu'en voyageant vers l'est, il a gagné un jour sans s'en rendre compte. Il croit être arrivé en retard le samedi, alors qu'il est arrivé le vendredi.
Conclusion
Le Tour du monde en quatre-vingts jours est un roman de vitesse et d'obstacles, porté par un compte à rebours et un couple de héros complémentaires. Sous l'aventure, Jules Verne fait découvrir la géographie et la technique de son temps, et raconte la transformation d'un homme froid en homme aimant. Pour prolonger, on lira Michel Strogoff, autre grand voyage contre la montre, ou Vingt mille lieues sous les mers.
Bibliographie
- Jules Verne, Le Tour du monde en quatre-vingts jours.
- Jules Verne, Michel Strogoff.
- Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers.