L'Épopée de Gilgamesh : résumé tablette par tablette et fiche de lecture

2 423 mots · ≈8 pages · Collège · Fiche de lecture

Fiche de lecture d'une épopée mésopotamienne : présentation, résumé des douze tablettes, personnages, thèmes, écriture et questions corrigées — Collège (souvent étudiée en 6e) — environ 2 400 mots.

Présentation de l'œuvre

Un savant anglais, penché sur des fragments d'argile couverts de signes en forme de clous, découvre une histoire de bateau construit pour échapper à une inondation universelle, d'où l'on fait sortir des oiseaux pour savoir si la terre a reparu. Le récit ressemble trait pour trait à celui de Noé, mais il est bien plus ancien. C'est ainsi que, dans les années 1870, l'Europe a découvert L'Épopée de Gilgamesh.

Une œuvre sans auteur unique. Gilgamesh a peut-être été un roi réel de la cité d'Uruk, en Mésopotamie (l'actuel Irak), dans la première moitié du IIIe millénaire avant notre ère. Des poèmes sumériens racontent d'abord certaines de ses aventures séparément. Puis, en langue akkadienne, des scribes les assemblent en une épopée suivie. La version la plus complète, dite « version standard », est attribuée à un lettré nommé Sîn-leqi-unninni et compte douze tablettes d'argile. On l'a retrouvée principalement dans les ruines de la bibliothèque du roi assyrien Assurbanipal, à Ninive.

Un texte troué. Les tablettes sont souvent brisées : il manque des passages entiers, que les savants comblent avec d'autres versions plus anciennes, quand c'est possible. Toute traduction est donc une reconstruction, et certaines scènes restent incertaines.

Les adaptations scolaires. Au collège, on lit rarement la traduction savante. Les éditions pour la jeunesse réécrivent l'épopée en chapitres, en coupant, en reliant ou en simplifiant. Les titres et numéros de chapitres changent d'une adaptation à l'autre ; beaucoup laissent de côté la douzième tablette. Ce résumé suit les tablettes de la version standard, que tu retrouveras sans peine dans ton édition.

Plan de la fiche

  1. Les douze tablettes résumées
    • tablette I : le roi d'Uruk et la naissance d'Enkidu ;
    • tablette II : le combat et l'amitié ;
    • tablettes III à V : l'expédition contre Humbaba ;
    • tablette VI : Ishtar et le Taureau céleste ;
    • tablettes VII et VIII : la mort d'Enkidu ;
    • tablettes IX et X : la quête de l'immortalité ;
    • tablette XI : le Déluge et la plante de jouvence ;
    • tablette XII : un ajout sur le monde des morts.
  2. Héros, dieux et monstres
  3. Ce que raconte l'épopée
  4. L'écriture épique
  5. Notre lecture
  6. Quiz corrigé

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I. Résumé tablette par tablette

Tablette I — Le roi d'Uruk et la naissance d'Enkidu

Le poème s'ouvre sur une invitation : le narrateur demande au lecteur de faire le tour des remparts d'Uruk, d'admirer leurs briques et de chercher, dans une cassette, la tablette où le roi a lui-même consigné ses épreuves. On annonce un homme qui a tout vu et qui revient de très loin.

Gilgamesh est fait pour deux tiers de dieu et pour un tiers d'homme. Mais il épuise son peuple : il ne laisse aucun répit aux jeunes gens et prend les jeunes mariées avant leurs époux. Les habitants se plaignent aux dieux. Ceux-ci demandent à la déesse Aruru de créer un être à sa mesure. Elle pétrit un morceau d'argile et façonne Enkidu, homme sauvage couvert de poils, qui vit dans la steppe parmi les gazelles, broute l'herbe et boit aux points d'eau avec les bêtes.

Un chasseur, dont Enkidu démolit les pièges et libère le gibier, va se plaindre. On lui conseille d'emmener une femme du temple, Shamhat. Elle attend Enkidu près de l'abreuvoir et s'unit à lui pendant des jours. Quand il veut rejoindre ses bêtes, elles s'enfuient : il est devenu humain, plus faible mais plus intelligent. De son côté, Gilgamesh fait deux rêves, l'un où tombe du ciel un bloc qu'il ne peut soulever, l'autre où apparaît une hache ; sa mère, la déesse Ninsun, lui explique qu'un compagnon puissant va venir.

Tablette II — Le combat et l'amitié

Shamhat habille Enkidu et le conduit chez des bergers. Il y apprend à manger du pain et à boire de la bière, se lave, se parfume et devient le gardien des troupeaux contre les loups et les lions. Indigné par les abus du roi, Enkidu part pour Uruk. Il se poste à la porte de la maison où Gilgamesh va entrer pour une noce et lui barre le passage. Les deux colosses luttent si violemment que les murs tremblent. Le combat s'achève sans vainqueur net : Gilgamesh plie le genou, sa colère tombe, et Enkidu reconnaît sa grandeur. Les deux rivaux s'embrassent et deviennent amis.

Pour donner un but à cette force, Gilgamesh propose une expédition : aller tuer Humbaba, le gardien monstrueux de la forêt des Cèdres, et rapporter son bois. Enkidu, qui a connu ces contrées, est effrayé. Les anciens d'Uruk mettent aussi le roi en garde. Gilgamesh répond que les hommes ne vivent pas longtemps et qu'il veut se faire un nom.

Tablettes III à V — L'expédition contre Humbaba

On forge des armes énormes. Ninsun prie le dieu Soleil, Shamash, de protéger son fils, et adopte Enkidu. Les deux amis partent. Ils couvrent en quelques jours des distances immenses. Chaque soir, Gilgamesh fait un rêve inquiétant ; chaque fois, Enkidu l'interprète comme un signe favorable.

Humbaba surgit, terrifiant. Shamash envoie contre lui des vents violents qui le paralysent. Vaincu, le géant supplie qu'on l'épargne et propose de servir Gilgamesh. Enkidu pousse son ami à le tuer avant que les dieux ne s'en mêlent. Humbaba, avant de mourir, les maudit. Les héros lui tranchent la tête, abattent les cèdres et en font une porte immense destinée au temple du dieu Enlil, qu'ils emportent en descendant l'Euphrate.

Tablette VI — Ishtar et le Taureau céleste

Rentré à Uruk, Gilgamesh se lave et se pare. La déesse Ishtar, déesse de l'amour, le remarque et lui propose de l'épouser en lui promettant richesses et honneurs. Gilgamesh refuse avec insolence. Il rappelle le sort des anciens amants de la déesse : chacun, après avoir été aimé, a été puni ou transformé, comme ce berger qu.elle a changé en loup. Humiliée, Ishtar exige de son père Anu le Taureau céleste pour se venger. Le monstre descend sur Uruk ; son souffle ouvre des gouffres où tombent des centaines d'hommes. Enkidu l'attrape par les cornes et Gilgamesh le transperce. Enkidu va jusqu'à arracher une cuisse de l'animal et la jeter à la déesse en l'insultant. Le soir, la ville fête ses héros.

Tablettes VII et VIII — La mort d'Enkidu

Enkidu rêve que les dieux tiennent conseil : l'un des deux amis doit payer pour la mort de Humbaba et celle du Taureau. Les dieux désignent Enkidu. Il tombe malade. Dans sa colère, il maudit la porte de cèdre, le chasseur et Shamhat, qui l'ont arraché à la vie sauvage. Shamash lui rappelle tout ce que la civilisation lui a donné, à commencer par l'amitié de Gilgamesh ; Enkidu se reprend et bénit Shamhat. Il rêve encore du monde des morts, une demeure de poussière et d'obscurité où les rois ont perdu leur couronne. Après de longs jours d'agonie, il meurt.

Gilgamesh refuse d'abord d'y croire. Il veille le corps jusqu'à voir un ver sortir de sa narine. Sa lamentation appelle la nature entière et tout Uruk à pleurer Enkidu. Il fait faire une statue de son ami et comble de présents les dieux des Enfers.

Tablettes IX et X — La quête de l'immortalité

La mort d'Enkidu révèle à Gilgamesh sa propre mort. Saisi de terreur, il quitte Uruk, vêtu de peaux de bêtes, et erre dans la steppe. Il veut trouver Uta-napishti, le seul homme à qui les dieux ont accordé la vie éternelle, pour lui en demander le secret.

Il atteint les monts Mashu, par où passe le soleil, gardés par un homme-scorpion et sa femme. Ils le laissent emprunter le chemin souterrain du soleil, qu'il parcourt dans une obscurité totale avant de déboucher dans un jardin où les arbres portent des pierres précieuses. Au bord de la mer, il rencontre Siduri, la tenancière d'une taverne. Elle lui conseille, selon une version plus ancienne, de profiter de la vie qui lui est donnée : manger, se réjouir, aimer sa femme et ses enfants. Gilgamesh insiste et apprend que seul le passeur Urshanabi peut franchir les Eaux de la Mort. Dans un accès de violence, il brise les mystérieux objets de pierre qui permettaient au passeur de traverser ; il doit alors couper un grand nombre de perches, en utilisant chacune une seule fois pour ne pas toucher l'eau mortelle. Il parvient enfin chez Uta-napishti, qui lui explique que rien ne dure et que la mort est le sort des hommes.

Tablette XI — Le Déluge et la plante de jouvence

Gilgamesh demande à Uta-napishti comment il est devenu immortel. Celui-ci raconte le Déluge. Les dieux avaient décidé d'anéantir l'humanité. Le dieu Ea, qui avait juré de garder le secret, a parlé à la paroi de roseaux de la maison d'Uta-napishti, pour l'avertir sans trahir sa parole : il fallait abattre sa maison et construire un bateau. Uta-napishti y a embarqué sa famille, des artisans et des animaux ; la tempête a effrayé jusqu'aux dieux. Quand les eaux se sont calmées, le bateau s'est échoué sur une montagne. Uta-napishti a lâché une colombe, puis une hirondelle, qui sont revenues, et enfin un corbeau, qui n'est pas revenu. Il a offert un sacrifice, et Enlil, d'abord furieux qu'un homme ait survécu, lui a accordé l'immortalité ainsi qu'à son épouse.

Uta-napishti met alors Gilgamesh à l'épreuve : s'il veut vaincre la mort, qu'il commence par vaincre le sommeil pendant six jours et sept nuits. Gilgamesh s'endort aussitôt. Pour lui prouver qu'il a dormi, la femme d'Uta-napishti dépose chaque jour un pain près de lui ; à son réveil, les pains sont à divers stades de dessèchement. Avant de le renvoyer, Uta-napishti, sur la prière de sa femme, lui révèle un secret : une plante qui rend la jeunesse pousse au fond des eaux. Gilgamesh plonge, la cueille et veut d'abord l'essayer sur un vieillard d'Uruk. Sur la route, il se baigne dans un point d'eau. Un serpent sent le parfum de la plante, la dérobe et, en s'en allant, abandonne sa vieille peau. Gilgamesh s'assoit et pleure : il a tout perdu.

Il revient à Uruk avec le passeur et lui montre les remparts de sa ville, ces mêmes murs que le prologue invitait à admirer. À défaut de vie éternelle, le roi laisse une œuvre.

Tablette XII — Un ajout sur le monde des morts

La dernière tablette est à part : c'est la traduction d'un ancien poème sumérien, ajoutée à la suite. Enkidu y est de nouveau vivant. Il descend aux Enfers pour rapporter des objets que Gilgamesh y a laissé tomber, mais il enfreint les règles du lieu et reste prisonnier. Son ombre peut seulement remonter un instant pour décrire à son ami le sort des morts, plus ou moins heureux selon la manière dont ils ont vécu et dont on honore leur mémoire.

II. Héros, dieux et monstres

  • Gilgamesh : roi d'Uruk, en partie divin, d'abord tyran orgueilleux. La perte de son ami fait de lui un homme qui cherche, souffre et finit par accepter sa condition.
  • Enkidu : l'homme sauvage devenu civilisé, ami et double du roi. Sa mort est le tournant de l'épopée.
  • Shamhat : celle qui fait passer Enkidu de la steppe à la ville ; elle représente la civilisation.
  • Humbaba : gardien de la forêt des Cèdres, monstre redoutable mais placé là par les dieux.
  • Ishtar : déesse de l'amour et de la guerre, capricieuse et vindicative.
  • Siduri, Urshanabi, Uta-napishti : les figures du bout du monde, qui guident Gilgamesh vers la vérité sur la mort.

III. Ce que raconte l'épopée

L'amitié. Deux rivaux deviennent inséparables ; la mort de l'un transforme la vie de l'autre.

La nature et la civilisation. Enkidu passe de la steppe à la ville : pain, bière, vêtements, langage. L'épopée ne choisit pas : la civilisation donne l'amitié mais aussi la conscience de la mort.

La démesure et la punition. Tuer le gardien choisi par les dieux, insulter une déesse : les héros dépassent les limites, et Enkidu paie pour les deux.

La mort et l'immortalité. Toute la seconde moitié pose la question : peut-on échapper à la mort ? La réponse est non. Ni l'épreuve du sommeil ni la plante ne réussissent.

La gloire et la mémoire. Ce qui reste d'un homme, ce sont ses œuvres et son nom : les remparts d'Uruk et l'histoire écrite sur la tablette. La fin rejoint ainsi le début.

IV. L'écriture épique

  • Les répétitions de vers entiers, héritées de la poésie orale.
  • Les rêves annoncent les événements et rythment le récit.
  • L'hyperbole : distances, forces et monstres démesurés.
  • La construction en boucle : les remparts d'Uruk ouvrent et ferment le poème.
  • Le récit enchâssé : l'histoire du Déluge est racontée par Uta-napishti à l'intérieur de l'épopée.

V. Notre lecture

On pourrait craindre un texte trop lointain, écrit il y a des millénaires sur de l'argile. C'est l'inverse qui frappe : les sentiments sont immédiatement reconnaissables. Le chagrin de Gilgamesh devant le corps de son ami, sa panique devant la mort, sa naïveté quand il s'endort à l'épreuve du sommeil, son désespoir quand le serpent emporte la plante, tout cela parle à un lecteur d'aujourd'hui. Même les lacunes ont leur charme : on lit une œuvre qui a failli disparaître.

VI. Quiz corrigé

1. Pourquoi les dieux créent-ils Enkidu ? Corrigé : les habitants d'Uruk se plaignent de la tyrannie de Gilgamesh. Les dieux veulent lui donner un égal pour occuper sa force et le détourner de son peuple.

2. Comment Enkidu devient-il un homme civilisé ? Corrigé : grâce à Shamhat, qui l'éloigne des bêtes, puis aux bergers, chez qui il apprend à manger du pain, à boire de la bière et à s'habiller.

3. Pourquoi Enkidu doit-il mourir ? Corrigé : les dieux décident de punir la mort de Humbaba et celle du Taureau céleste. Ils choisissent Enkidu, qui paie pour les deux héros.

4. Quelles sont les deux occasions que Gilgamesh manque de vaincre la mort ? Corrigé : il échoue à l'épreuve du sommeil chez Uta-napishti, puis il se fait voler par un serpent la plante qui rend la jeunesse.

5. Pourquoi l'épopée se termine-t-elle sur les remparts d'Uruk ? Corrigé : Gilgamesh a compris qu'il ne sera pas immortel. Ce qui durera, ce sont ses œuvres, comme les remparts, et le récit de sa vie : le poème revient à son début.

Conclusion

L'Épopée de Gilgamesh raconte la transformation d'un roi qui se croyait tout permis en homme conscient de ses limites. Le combat contre les monstres occupe la première moitié ; la seconde est un voyage intérieur face à la mort. Pour prolonger, on peut comparer le récit du Déluge avec celui de la Genèse, ou rapprocher le voyage de Gilgamesh de celui d'Ulysse dans L'Odyssée.

Bibliographie

  • Jean Bottéro, L'Épopée de Gilgameš. Le grand homme qui ne voulait pas mourir, Gallimard.
  • La Bible, livre de la Genèse, chapitres du Déluge.
  • Homère, L'Odyssée.