La Morte de Maupassant : résumé, analyse et questions corrigées

2 049 mots · ≈7 pages · Collège · Fiche de lecture

Fiche de lecture d'un conte fantastique — collège (4e-3e) — environ 2 200 mots.

Présentation du conte

Dans les cimetières, on lit rarement « il fut avare » ou « elle mentait à son mari ». Une pierre tombale ne dit que du bien : elle résume une vie en trois formules polies, choisies par ceux qui restent. Maupassant part de ce constat banal, que chacun peut vérifier en se promenant entre les tombes, pour construire un conte où les morts eux-mêmes viennent rectifier ce qu'on a gravé sur eux.

L'auteur. Guy de Maupassant (1850-1893), disciple de Flaubert, a écrit en une dizaine d'années plus de trois cents contes et nouvelles. On le connaît surtout pour ses récits réalistes, normands ou parisiens, mais il a aussi composé des récits de peur, parmi lesquels Le Horla, La Chevelure, Qui sait ? ou La Main. La Morte appartient à cette veine.

La publication. Le conte paraît d'abord dans un journal, en 1887, comme la plupart des textes de Maupassant, puis il est repris en volume dans le recueil La Main gauche.

Le genre. C'est un conte fantastique très court, écrit à la première personne. Le narrateur, qui ne donne jamais son nom, raconte un événement passé qu'il ne parvient toujours pas à expliquer. La femme qu'il aimait n'a pas de nom non plus : elle reste « elle », jusqu'à la dernière ligne.

En une phrase. Un amant inconsolable s'enferme la nuit dans le cimetière où repose sa maîtresse et découvre, en voyant les morts réécrire leurs épitaphes, qu'elle le trompait.

Plan de la fiche

  1. Résumé en cinq moments
    • Un amour total et une mort brutale ;
    • la fuite et le retour dans l'appartement : le miroir ;
    • le cimetière à la nuit tombée ;
    • le réveil des morts et les épitaphes corrigées ;
    • la vérité sur la tombe de l'aimée.
  2. Les personnages
  3. Les thèmes : deuil, mensonge, amour aveugle
  4. L'écriture du fantastique
  5. La chute : pourquoi elle fonctionne
  6. Avis argumenté
  7. Cinq questions corrigées

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I. Résumé en cinq moments

Le conte n'est pas découpé en chapitres. Nous le divisons en cinq moments, dans l'ordre du texte.

1. Un amour total et une mort brutale

Le récit commence par un cri de passion :

Je l'avais aimée éperdument !

Le narrateur s'interroge sur ce sentiment qui réduit le monde entier à une seule personne et qui fait vivre chaque minute à travers elle. Puis il raconte la mort de la jeune femme, en quelques lignes seulement. Un soir de pluie, elle est rentrée trempée ; elle a pris froid, s'est mise à tousser, et elle est morte quelques jours plus tard. Le narrateur se souvient à peine de l'enterrement : il a traversé ces journées comme un somnambule, assommé par le chagrin.

2. La fuite, puis le miroir

Incapable de rester à Paris, il part en voyage. Quand il revient, il retrouve leur appartement, leurs meubles, l'odeur de la chambre. C'est une grande glace qui le bouleverse le plus : elle s'y regardait chaque jour, de la tête aux pieds, avant de sortir. Le narrateur a l'impression que le miroir a gardé son image, qu'elle est encore là, prisonnière derrière la surface. Il touche la glace, la trouve froide, et une sorte de terreur le saisit. Il s'enfuit.

3. Le cimetière à la nuit tombée

Ses pas le conduisent au cimetière. Il retrouve la tombe : une simple croix de marbre, avec une inscription qui résume la défunte en une ligne :

Elle aima, fut aimée, et mourut.

Il voudrait rester auprès d'elle. Quand l'heure de la fermeture approche, il se cache dans une allée, parmi les tombes, et se laisse enfermer. La nuit tombe, très noire. Il erre, ne retrouve plus la sépulture de son amie, s'égare dans ce qu'il appelle une ville des morts, plus peuplée que celle des vivants. Épuisé, il s'assoit sur une pierre tombale.

4. Le réveil des morts

C'est alors que la dalle sur laquelle il est assis se soulève. Un squelette sort de la tombe voisine, se penche sur son épitaphe et, avec un petit os pointu, gratte les lettres gravées pour en écrire d'autres. L'inscription d'origine présentait le défunt comme un bon père, honnête et pieux ; la nouvelle, lumineuse dans la nuit, raconte qu'il a précipité la mort de son père pour hériter, maltraité sa femme et ses enfants, trompé ses voisins. Le narrateur s'aperçoit que toutes les tombes s'ouvrent : partout, les morts effacent les mensonges des vivants et inscrivent ce qu'ils ont réellement été — voleurs, menteurs, hypocrites, bourreaux de leurs proches.

5. La vérité sur la tombe de l'aimée

Le narrateur se dit qu'elle, au moins, doit avoir écrit quelque chose de beau. Il court vers la tombe et la reconnaît : la morte, debout près de sa croix, a effacé la phrase d'amour. À la place, il lit qu'elle était sortie, ce soir de pluie, pour tromper son amant, qu'elle avait eu froid, et qu'elle en était morte. On le retrouve au matin, évanoui près d'une tombe. Le récit s'arrête là, sans aucun commentaire.

II. Les personnages

Le narrateur. C'est un homme amoureux jusqu'à l'effacement de soi. Son discours du début est celui d'un passionné : il n'existe plus que par l'autre. Le deuil le rend fragile, presque malade ; il n'a pas dormi, il marche au hasard. Ce détail compte : un lecteur méfiant peut se demander si la vision du cimetière n'est pas le produit de cet épuisement.

Elle. La morte n'a ni nom, ni portrait physique précis, ni parole. On ne la connaît qu'à travers le regard de son amant, qui la voit parfaite. Le miroir, où elle se contemplait longuement, laisse pourtant entrevoir un trait de caractère : une femme attentive à son apparence, peut-être tournée vers d'autres regards que celui du narrateur. La fin oblige à relire ce détail.

Les morts du cimetière. Ils forment un personnage collectif. Le voisin de tombe, seul vu de près, montre le mécanisme avant qu'il ne frappe celle que le narrateur aime.

III. Les thèmes

Le deuil et l'idéalisation

Le chagrin pousse le narrateur à transformer la disparue en être sans défaut. Tout le conte repose sur l'écart entre cette image et la réalité. L'épitaphe initiale, avec ses trois verbes au passé simple, dit exactement ce que l'amant veut croire : une vie entière réduite à l'amour donné et reçu.

Le mensonge social

Le cimetière est une immense galerie de bonnes réputations. Maupassant, qui aime démasquer l'hypocrisie bourgeoise dans ses récits réalistes, trouve ici un moyen fantastique de le faire : ce ne sont plus les vivants qui jugent, ce sont les morts qui avouent. Les épitaphes deviennent les « vraies » biographies, et elles sont toutes accablantes.

L'aveuglement amoureux

La révélation finale ne parle pas seulement de la femme : elle accuse aussi l'amant, qui n'a rien vu. La passion du début, si sincère, se retourne contre lui. Maupassant suggère qu'aimer éperdument, c'est aussi aimer sans regarder.

La mort comme moment de vérité

Le conte inverse une idée habituelle : d'ordinaire, la mort efface les fautes et l'on parle bien des disparus. Ici, elle les fait éclater. Le mort n'a plus rien à protéger, il peut enfin dire qui il était.

IV. L'écriture du fantastique

Un cadre réaliste. Paris, un appartement, une pluie d'automne, une maladie banale : rien n'annonce le surnaturel. Le fantastique surgit du quotidien.

Une montée progressive. Maupassant installe l'étrangeté par paliers : d'abord une sensation (le miroir qui semble habité), puis un lieu (le cimetière de nuit, où le narrateur se perd), enfin l'événement impossible (les tombes qui s'ouvrent). Le lecteur glisse d'un trouble intérieur à une vision.

Le doute. Le narrateur est épuisé, fiévreux, désespéré ; il s'évanouit à la fin. Rien n'interdit de penser qu'il a rêvé ou déliré. Mais rien ne le prouve non plus, et la précision de ce qu'il a lu sur la tombe dérange. Cette hésitation entre explication rationnelle et surnaturel définit le récit fantastique.

La première personne. Le lecteur n'a accès qu'au point de vue du narrateur. Il ne peut pas vérifier ses dires : il partage sa peur, mais aussi son incertitude.

Le contraste des tons. Le début est lyrique (exclamations, questions sur l'amour) ; le cœur du récit relève de l'horreur (squelettes, os qui grattent la pierre) ; la fin est sèche, presque administrative, comme un procès-verbal. Ce passage du chant d'amour au constat froid produit l'effet du conte.

V. La chute : pourquoi elle fonctionne

La dernière épitaphe reprend presque mot pour mot le schéma de la première. On y retrouve la sortie sous la pluie et le verbe final « mourut », mais tout ce qui se trouve entre les deux a changé de sens. La pluie n'est plus un accident malheureux : c'est la circonstance d'une trahison. Le lecteur comprend en une phrase que la mort racontée au début était la conséquence d'un rendez-vous avec un autre homme.

La chute fonctionne aussi parce qu'elle était préparée. Le voisin de tombe montre la méthode ; le narrateur, et le lecteur avec lui, espère une exception ; l'exception n'existe pas. Enfin, Maupassant ne commente pas. Il ne décrit ni la douleur, ni la colère du narrateur : il note seulement qu'on l'a ramassé sans connaissance.

VI. Avis argumenté

La Morte se lit en dix minutes, mais il serait injuste de le prendre pour un simple récit d'épouvante avec squelettes. Sa force tient à son économie : pas un détail inutile, et presque tous servent la fin. Le miroir, la pluie, l'épitaphe trop belle prennent un second sens à la relecture, ce qui donne envie de recommencer le texte dès qu'on l'a terminé.

On peut toutefois lui reprocher une vision très sombre des êtres humains : tous les morts sans exception étaient mauvais, et la seule femme du récit est une menteuse. Ce pessimisme, que l'on retrouve souvent chez Maupassant, peut paraître excessif. Il a cependant une fonction : le conte ne prétend pas décrire le monde avec justesse, il grossit le trait pour poser une question dérangeante. Que dirait notre propre épitaphe si nous devions l'écrire honnêtement ?

VII. Cinq questions corrigées

1. Pourquoi le narrateur retourne-t-il à Paris, puis au cimetière ? Après la mort de son amie, il fuit Paris. À son retour, l'appartement et surtout le miroir lui rendent sa présence de façon insupportable. Il s'enfuit à nouveau et ses pas le mènent vers la tombe, le seul endroit où il pense encore être près d'elle.

2. Comment le narrateur parvient-il à rester la nuit dans le cimetière ? Il se cache dans une allée au moment de la fermeture et se laisse enfermer. Dans l'obscurité, il ne retrouve plus la tombe et finit par s'asseoir sur une autre pierre.

3. Que font les morts quand ils sortent de leurs tombes ? Ils effacent les inscriptions flatteuses gravées par leurs proches et les remplacent par la vérité sur leur vie : leurs fautes, leurs crimes, leurs mensonges. Le premier exemple est celui du voisin de tombe, présenté comme un homme bon alors qu'il a maltraité toute sa famille.

4. Relevez un élément qui permet de douter de la réalité de la scène. Le narrateur est épuisé par le chagrin et l'errance ; il se trouve seul, de nuit, dans un lieu effrayant ; il s'évanouit et on le retrouve au matin sans connaissance. Tout cela permet de penser à un cauchemar ou à une hallucination. Le texte ne tranche pas, ce qui est caractéristique du fantastique.

5. Expliquez le sens de la dernière épitaphe. Elle révèle que la jeune femme est tombée malade en sortant sous la pluie pour retrouver un autre homme. La mort, présentée au début comme un malheur innocent, devient la conséquence d'une trahison. L'épitaphe initiale, qui disait l'amour partagé, était donc un mensonge, et le narrateur découvre qu'il a aimé une femme qu'il ne connaissait pas.

Conclusion

La Morte condense en quelques pages tout l'art du conte fantastique selon Maupassant : un décor ordinaire, une émotion forte, une vision impossible dont on ne sait si elle est réelle, et une chute qui renverse le sens de ce qu'on a lu. Derrière les squelettes, le texte parle surtout des vivants, de leurs mensonges polis et de leur besoin d'embellir ceux qu'ils ont perdus. Pour prolonger la lecture, on peut le comparer avec Le Horla, où le doute porte sur l'esprit du narrateur lui-même, ou avec La Parure, autre récit de Maupassant dont la dernière réplique change tout.

Bibliographie

  • Guy de Maupassant, La Main gauche (recueil contenant La Morte).
  • Guy de Maupassant, Le Horla et autres contes fantastiques, nombreuses éditions scolaires.
  • Tzvetan Todorov, Introduction à la littérature fantastique, Éditions du Seuil.