Fiche d'histoire médiévale — Lycée — environ 2 300 mots.
Présentation
Imaginons un seigneur qui doit s'agenouiller devant un autre, mettre ses mains dans les siennes et promettre de le servir, alors qu'il porte lui-même une couronne et qu'il estime avoir plus de droits que son interlocuteur au trône que celui-ci occupe. C'est la situation du roi d'Angleterre Édouard III en 1329, quand il prête hommage à Philippe VI de Valois pour ses terres de Guyenne. Ce geste de vassal, accompli à contrecœur, contient en germe le conflit le plus long de l'histoire médiévale européenne.
L'expression « guerre de Cent Ans » est une invention des historiens du XIXe siècle. Elle désigne une série de conflits entre les rois de France et d'Angleterre, de 1337 à 1453, entrecoupés de longues trêves. Il ne faut donc pas imaginer cent seize ans de combats continus, mais un affrontement intermittent, mêlé de guerres civiles, de crises politiques, d'épidémies et de révoltes. Au départ, il s'agit d'une querelle féodale et dynastique entre deux familles apparentées ; à l'arrivée, deux royaumes ont pris conscience d'eux-mêmes comme nations.
Problématique de révision : comment une querelle d'héritage et de fiefs entre deux familles royales a-t-elle débouché sur plus d'un siècle de guerre, et pourquoi la France, battue à Crécy, à Poitiers et à Azincourt, en sort-elle finalement victorieuse et transformée ?
Plan détaillé de la fiche
1. Les racines du conflit
- Une couronne sans héritier mâle : 1328
- La Guyenne, la Flandre et l'Écosse
2. Premier temps : les victoires anglaises (1337-1360)
- La mer, puis Crécy et Calais
- La Peste noire et Poitiers
- Un royaume en crise et la paix de Brétigny
3. Deuxième temps : le redressement de Charles V (1364-1380)
- Un roi qui refuse la bataille
- Du Guesclin et la reconquête
4. Troisième temps : la guerre civile et Azincourt (1380-1422)
- Un roi fou et deux partis
- Azincourt et le traité de Troyes
5. Quatrième temps : Jeanne d'Arc et la reconquête (1429-1453)
- Orléans, Reims, Rouen
- Arras, la réforme de l'armée, Formigny et Castillon
6. Les conséquences
- Un État plus fort
- Une transformation de la guerre
- Deux nations
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1. Les racines du conflit
Une couronne sans héritier mâle : 1328
Depuis l'an mil, les Capétiens se sont succédé de père en fils sans interruption. Mais les trois fils de Philippe IV le Bel meurent les uns après les autres sans laisser de fils. En 1328, à la mort de Charles IV, la question se pose : qui doit hériter ?
Deux candidats s'opposent. Le plus proche par le sang est Édouard III, roi d'Angleterre, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle. Mais les grands du royaume écartent la transmission par les femmes et choisissent un cousin, Philippe de Valois, neveu de Philippe le Bel par son père. Il devient Philippe VI. Plus tard, les juristes justifieront ce choix en invoquant une ancienne loi des Francs saliens, la loi salique ; en 1328, c'est d'abord une décision politique : on ne veut pas d'un roi anglais.
Édouard III, encore jeune et peu assuré sur son propre trône, accepte d'abord la situation et prête hommage à Philippe VI.
La Guyenne, la Flandre et l'Écosse
La querelle dynastique ne suffit pas à expliquer la guerre. Elle se nourrit de trois tensions.
La Guyenne. Le roi d'Angleterre possède en France le duché de Guyenne, autour de Bordeaux, riche de son vin. Pour cette terre, il est vassal du roi de France. Cette situation est intenable : un souverain ne peut pas obéir à un autre. Les officiers du roi de France multiplient les ingérences, les sujets gascons font appel à Paris contre les décisions anglaises.
La Flandre. Les villes flamandes, Gand, Bruges, Ypres, vivent du tissage de la laine, importée d'Angleterre. Leur comte est vassal du roi de France, mais leurs intérêts économiques les tournent vers l'Angleterre.
L'Écosse. La France soutient les rois d'Écosse contre l'Angleterre, ce qui irrite Londres.
En 1337, Philippe VI prononce la confiscation de la Guyenne. Édouard III réplique en revendiquant la couronne de France. La guerre est ouverte.
2. Premier temps : les victoires anglaises (1337-1360)
La mer, puis Crécy et Calais
En 1340, la flotte française est anéantie à L'Écluse, au large de la Flandre. L'Angleterre contrôle désormais la Manche. Les premières années sont surtout faites de raids, les chevauchées, qui ravagent les campagnes pour affaiblir l'adversaire.
En 1346, Édouard III débarque en Normandie et traverse le pays. Philippe VI le rattrape près de Crécy, en Ponthieu, le 26 août. L'armée française est plus nombreuse, mais elle attaque en désordre, sans coordination, face à des Anglais installés sur une hauteur. Les archers anglais, armés de l'arc long, déciment les arbalétriers génois puis les charges successives de la chevalerie. C'est un désastre : une grande partie de la noblesse française périt.
Édouard III assiège ensuite Calais, qui tient près d'un an avant de se rendre en 1347. La légende des six bourgeois venus remettre les clés de la ville, la corde au cou, illustre ce siège. Calais restera anglaise jusqu'en 1558, bien après la fin de la guerre.
La Peste noire et Poitiers
En 1347-1348, la Peste noire, venue d'Asie par les ports de Méditerranée, frappe l'Europe. Elle tue une part considérable de la population, souvent estimée entre un tiers et la moitié selon les régions. Les combats ralentissent faute d'hommes et d'argent.
La guerre reprend sous le règne de Jean II le Bon. Le fils d'Édouard III, le Prince Noir, mène des chevauchées dévastatrices depuis la Guyenne. Le 19 septembre 1356, près de Poitiers, l'armée française est de nouveau défaite. Le roi Jean est capturé et emmené en captivité à Londres. Pour la deuxième fois en dix ans, la chevalerie française a été battue par une armée plus petite mais mieux organisée.
Un royaume en crise et la paix de Brétigny
La capture du roi plonge le royaume dans le chaos. Le dauphin Charles doit gouverner à sa place. À Paris, le prévôt des marchands Étienne Marcel s'appuie sur les états généraux pour imposer un contrôle de la monarchie. En 1358, dans les campagnes du nord, les paysans se révoltent contre les nobles : c'est la Jacquerie, écrasée dans le sang. Étienne Marcel est assassiné la même année.
En 1360, le traité de Brétigny, confirmé à Calais, accorde à Édouard III un vaste territoire dans l'ouest de la France, en pleine souveraineté, et fixe une énorme rançon pour la libération du roi Jean. En échange, Édouard renonce à la couronne de France. C'est la paix la plus défavorable du conflit pour les Valois.
3. Deuxième temps : le redressement de Charles V (1364-1380)
Un roi qui refuse la bataille
Le dauphin devient roi sous le nom de Charles V en 1364. Homme de cabinet plus que de guerre, il est surnommé le Sage. Il tire les leçons des défaites : pas de grandes batailles rangées, que les Anglais gagnent. On harcèle l'ennemi, on reprend les places fortes une à une, on laisse les chevauchées anglaises s'épuiser dans un pays vidé.
Il réorganise les finances en rendant plus régulières des impositions comme les aides et la gabelle, et constitue une armée mieux payée et plus disciplinée.
Du Guesclin et la reconquête
Son principal chef militaire est Bertrand du Guesclin, petit noble breton devenu connétable de France. Il nettoie le royaume des Grandes Compagnies, ces bandes de soldats désœuvrés qui pillent les campagnes en temps de trêve, en les emmenant combattre en Castille. Puis, quand la guerre reprend avec l'Angleterre, il reconquiert la plupart des territoires cédés à Brétigny. À la mort de Charles V, en 1380, les Anglais ne tiennent plus que quelques ports, dont Calais, Bordeaux et Bayonne.
4. Troisième temps : la guerre civile et Azincourt (1380-1422)
Un roi fou et deux partis
Charles VI devient roi enfant. Devenu adulte, il est frappé en 1392 d'une crise de folie qui reviendra par intermittence jusqu'à sa mort. Le pouvoir est disputé entre les princes de sa famille.
Deux partis s'affrontent : celui du duc d'Orléans, frère du roi, soutenu ensuite par le comte d'Armagnac, d'où le nom d'Armagnacs ; et celui du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, les Bourguignons. En 1407, Jean sans Peur fait assassiner Louis d'Orléans dans une rue de Paris. Le royaume bascule dans la guerre civile. Les deux partis recherchent l'alliance anglaise.
Azincourt et le traité de Troyes
Le roi d'Angleterre Henri V profite de ces divisions. Il débarque en Normandie en 1415, prend Harfleur, puis cherche à rejoindre Calais. Le 25 octobre 1415, près d'Azincourt, l'armée française lui barre la route. Elle est beaucoup plus nombreuse, mais le terrain est étroit, détrempé par la pluie ; les chevaliers lourdement armés s'enlisent dans la boue sous les flèches anglaises. C'est un nouveau désastre. De nombreux seigneurs sont tués, d'autres capturés, comme le duc Charles d'Orléans, qui restera prisonnier en Angleterre pendant vingt-cinq ans et y écrira une grande partie de ses poèmes.
Henri V conquiert ensuite méthodiquement la Normandie. En 1419, le dauphin Charles et Jean sans Peur se rencontrent à Montereau pour se réconcilier ; le duc de Bourgogne y est assassiné par l'entourage du dauphin. Son fils, Philippe le Bon, s'allie aux Anglais.
En 1420, le traité de Troyes consacre ce renversement. Charles VI déshérite son fils, le dauphin, et désigne Henri V comme héritier du trône de France. Henri épouse Catherine, fille de Charles VI. Le futur roi de France et d'Angleterre sera donc anglais.
Mais en 1422, Henri V et Charles VI meurent à quelques semaines d'intervalle. Le fils d'Henri V, Henri VI, n'a que quelques mois ; il est proclamé roi des deux royaumes. Le dauphin, réfugié au sud de la Loire, se proclame lui aussi roi : c'est Charles VII, que ses adversaires appellent par moquerie le roi de Bourges. La France est coupée en deux.
5. Quatrième temps : Jeanne d'Arc et la reconquête (1429-1453)
Orléans, Reims, Rouen
En 1428, les Anglais assiègent Orléans, verrou de la Loire. Si la ville tombe, le royaume de Charles VII est menacé. C'est alors qu'intervient une jeune paysanne de Domrémy, aux marches de la Lorraine, Jeanne d'Arc. Elle affirme avoir entendu des voix lui ordonnant de délivrer Orléans et de faire sacrer le dauphin.
En 1429, elle obtient d'être reçue par Charles VII à Chinon. Après examen, on lui confie une troupe. Elle entre dans Orléans assiégée et, le 8 mai 1429, les Anglais lèvent le siège. Le mois suivant, l'armée française remporte la victoire de Patay. Jeanne convainc alors Charles VII de traverser des territoires tenus par l'ennemi pour gagner Reims. Le 17 juillet 1429, il y est sacré dans la cathédrale. Ce sacre est décisif : il fait de lui, aux yeux de tous, le roi légitime.
La suite est moins heureuse. Une attaque sur Paris échoue. En 1430, Jeanne est capturée à Compiègne par les Bourguignons, qui la livrent aux Anglais. Elle est jugée à Rouen par un tribunal d'Église présidé par l'évêque Pierre Cauchon, condamnée pour hérésie et brûlée vive le 30 mai 1431. Un second procès, sous Charles VII, la réhabilitera vingt-cinq ans plus tard.
Arras, la réforme de l'armée, Formigny et Castillon
Le tournant politique a lieu en 1435 : par le traité d'Arras, le duc de Bourgogne se réconcilie avec Charles VII. Les Anglais perdent leur principal allié. Paris est reprise l'année suivante.
Charles VII profite d'une trêve pour réorganiser l'armée. Il crée les compagnies d'ordonnance, une cavalerie permanente payée par l'impôt, et développe l'artillerie, sous la direction des frères Bureau. Les canons permettent de reprendre rapidement les places fortes.
La reconquête est rapide. En 1450, la victoire de Formigny permet de reprendre la Normandie. Les Anglais conservent la Guyenne, où les Bordelais leur sont attachés par des siècles de commerce du vin. Le 17 juillet 1453, à Castillon, sur la Dordogne, l'armée anglaise commandée par le vieux John Talbot attaque un camp français fortifié et se fait écraser par l'artillerie. Talbot est tué. Bordeaux capitule à l'automne.
Aucun traité ne vient clore la guerre. Les rois d'Angleterre continuent à porter le titre de roi de France pendant des siècles, mais de toutes leurs possessions françaises, ils ne conservent que Calais.
6. Les conséquences
Un État plus fort
La guerre a obligé la monarchie à trouver de l'argent régulièrement. L'impôt royal, autrefois exceptionnel, devient permanent : la taille, levée chaque année, finance l'armée sans qu'il soit nécessaire de réunir les états généraux pour chaque levée. Le roi dispose ainsi d'une armée permanente et de ressources stables, base de la monarchie forte des siècles suivants.
L'autorité royale sort aussi grandie face aux grands seigneurs. La victoire est celle du roi.
Une transformation de la guerre
Crécy, Poitiers et Azincourt montrent les limites de la chevalerie lourde face à l'infanterie et aux archers. Castillon annonce l'importance de l'artillerie. L'armée féodale, faite de vassaux convoqués pour un temps limité, cède la place à des troupes professionnelles payées. La guerre devient une affaire d'État.
Deux nations
Le conflit a renforcé chez les deux peuples le sentiment d'appartenir à une communauté distincte. En Angleterre, le français, longtemps langue de la cour et de l'aristocratie, recule devant l'anglais. En France, la figure de Jeanne d'Arc, oubliée puis redécouverte au XIXe siècle, deviendra un symbole national, revendiqué par des courants politiques opposés.
L'Angleterre, chassée du continent, se tourne vers ses propres affaires. Elle connaît peu après une guerre civile, la guerre des Deux-Roses. Puis elle se lancera, plus tard, vers la mer.
Conclusion
La guerre de Cent Ans commence comme une querelle de famille et de fiefs et se termine comme la naissance de deux États. La France a connu trois défaites écrasantes, la captivité d'un roi, la folie d'un autre, une guerre civile et la perte de la moitié de son territoire. Elle se relève grâce à une monarchie qui apprend à lever l'impôt, à payer une armée et à utiliser le canon, mais aussi grâce à l'élan symbolique de Jeanne d'Arc. Pour aller plus loin, on peut comparer cette guerre à d'autres conflits qui ont construit des identités nationales, ou étudier la manière dont la mémoire de Jeanne d'Arc a été disputée aux XIXe et XXe siècles.
Bibliographie
- Philippe Contamine, La Guerre de Cent Ans (collection « Que sais-je ? »).
- Jean Favier, La Guerre de Cent Ans.
- Colette Beaune, Jeanne d'Arc.
- Régine Pernoud, Jeanne d'Arc par elle-même et par ses témoins.
- Georges Minois, La Guerre de Cent Ans.